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À toi de t'érotiser

Je ne veux pas te terroriser, mais t'érotiser... 

En fait, je veux que tu t'érotises toi aussi... 

Lourde commande puisque tu te trouves pas trop attirant, je le sais bien. Chaque matin, tu te regardes dans le miroir et tu t'attardes toujours sur une courbe, un muscle flasque à critiquer, des poils là où il ne devrait y en avoir. 

Pas moi... et personnellement, ça commence à m'éteindre... pour toi !

Nous avons tous deux connu une pandémie qui a duré trop longtems. Personne ne l'a trouvé facile. Malgré le fait que je t'avais rien qu'à moi, nous nous sommes enfoncés, sans se soucier. Ma ménopause ne m'a guère aidée, mais tes constantes jérémiades sur ta prise de poids, ton ventre, ta certitude d'être une horreur alors que je te rassurais qu'il n'en était rien, a porté un coup dur à ma libido. La ménopause et toi... m'on entraîné dans  une longue période d'incertitude. 

Oui, j'ai fantasmé sur d'autres pour tenter de retrouver ce goût perdu du sexe.  Je me suis même presque laissée séduire par une personne que tu ne connais pas. Un collègue. Je voulais tenter de reprendre là où j'avais laissé, tu vois ? Vérifier mon potentiel baise. Est-il réellement à la baisse, comme l'insinue mon foutu livre sur la ménopause ? J'ai arrêté parce que j'avais vraiment envie de lui... et peut-être moins de toi. 

Le plus loin où je suis allée fut un échange de baiser et une main enfouie dans ma culotte... Et j'ai mouillé... Et j'ai eu peur de mes sentiments... Tous ces mois où je t'ai refusé sous prétexte que j'avais trop chaud ou que ma vulve était un Sahara. Je ne pouvais admettre que ce collègue devienne mon oasis. Je le voulais en moi, mon amour.  Je voulais le planquer sur le dos, peu importe l'endroit, et le chevaucher. Je me faisais des idées sur lui, je me jurais qu'il te ressemblait un peu, je me jurais que je pourrais penser à toi pendant le cunnilingus ou la pénétration. 

Finalement, j'ai abdiqué. Il a accepté ma demande de tout arrêter, soucieux de ne pas vouloir me forcer. Dans la voiture, j'ai arrêté quelques minutes dans un endroit tranquille et je me suis masturbé pour déjouer le désir. Avec mon vibrateur, je l'ai imaginé me pénétrant, imaginé ce que je voulais vraiment et j'ai joui. Solide. Dans ma tête, tu me regardais et tu comprenais ce que je vivais. 

Serait-ce à cause de ton manque d'empathie envers toi-même que je perds cet intérêt de te faire l'amour ? Serait-ce tout bonnement cette foutue ménopause ? Je ne sais pas. 

Tu dois faire un effort, mon doux, mon fort, mon amour.  Un effort pour t'aimer. Pour accepter ce corps qui change, qui demeure beau, qui me donne encore des frissons, même si ta façon de te dégrader finit parfois par créer des doutes en moi. Il ne faut pas. Il ne faut plus. 

Aime-toi comme tu m'aimes. Ton sexe est magnifique, mon amour. Je le porte à ma bouche parce que j'aime t'entendre grogner, respirer un peu plus fort. Auparavant, je craignais que tu éjacules et que je m'étouffe avec ta semence. Plus maintenant. Tes épaules me font craquer, autant que ton visage, ton sourire, ton regard. Tes mains qui me caressent partout, dans une lenteur qui apaise et qui fait monter le désir tout doucement, mais sûrement. Continue jusqu'à ce que je ne pense plus aux autres... et tu auras su t'aimer.


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