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Épisode 4 : Frissons noctambules (2)

C’est donc le 18 mars qu’ils se mirent en route pour Le Rideau Rouge. C’était une salle très cosy. Avec des fauteuils, quelques tables avec des chaises, un piano quart queue qui trônait et… évidemment, de grands rideaux rouges en fond de scène. Un chouette endroit « chic » ouvert aux artistes débutants ou plus confirmés qui avaient surtout besoin de confort : autant du côté du public qui réservait un accueil tout à fait indulgent aux musiciens faisant leurs débuts sur les planches que du côté de ce qui se produisaient là : les conditions de sonorisation étant fort soignées.

Marine et Adam furent accueillis par Simon. Celui- ci leur avait réservé une table un peu en retrait… Et oui, bien sûr, il avait reconnu le jeune homme. Adam était d’un tempérament discret, ne posant pas de questions au cours, ni dans la vraie vie non plus, d’ailleurs. Mais à l’école, déjà, il faisait une certaine impression de par son niveau de professionnalisme et son art à emballer ses enregistrements d’une manière toute personnelle très imaginative. Marine, quant à elle, était subjuguée par le personnage de Simon : quelle allure, quelle prestance, et surtout, quel sourire. Il y avait tant de chaleur qui émanait de lui qu’elle s’était sentie tout de suite en confiance. Il était manifestement davantage de sa génération qu’Adam. Mais cela n’était pas « le » critère que retenait Marine pour une relation harmonieuse et réussie d’emblée. Plutôt une reconnaissance des âmes et des corps. Et avec Adam, c’est ce qu’elle éprouvait. Avec Simon, cela prendrait plutôt l’aspect d’une reconnaissance du cœur et de l’esprit…

Le concert débuta donc : l’homme dit quelques mots de présentation qui ressemblèrent à ce dont il avait parlé dans l’émission et puis, Apolline fit son entrée. Un tabouret pas trop haut, juste deux petits spots dirigés vers son visage. Elle prit place sur le siège, croisa les pieds et les coinça sous un des petits barreaux qui reliaient les pieds du tabouret entre eux. Elle régla le micro pour son instrument et puis celui pour sa bouche, fredonna un petit « mmmmmhhhh » en frôlant les cordes de sa guitare. Elle était prête. Les bruits de la salle s’étaient tus, l’assistance était suspendue à sa voix et à ses doigts.

Les affres de l’amour, l’attente, les espoirs déçus, les cœurs brisés, l’amertume. Tout tenait en ces mots. Ceux de Musset, de Vivien, de Ronsard, encore, de Cros et pour terminer… quelque chose de tout à fait délicieux : un texte d’Esther Granek parlant de séduction, de « débuts » maîtrisés, de fil. Cela faisait penser à une chanson explorant les pièges de l’amour, les stratagèmes de filet, de toile d’araignée… C’était imagé comme peuvent l’être des sentiments difficiles à déterminer et pourtant très profonds. Cela plut énormément à Marine. Elle retrouvait les craintes d’une relation trop vite avortée, les questions qu’on se pose quand on est bien mais qu’on a peur que tout ce bonheur ne soit qu’un songe très agréable. Quant à Adam, nul ne saurait certainement s’il avait aimé ou pas, s’il avait ressenti quoi que ce soit comme émotion. C’était son « jardin secret ». Dans le fond de son cœur, Marine songea que le vocabulaire émotionnel d’Adam n’était pas assez fourni pour qu’il puisse exprimer vraiment ce qu’il ressentait avec des mots.

… La suite à lire dans un petit roman qui sortira le 15 novembre 2018

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