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Épisode 9 : Happy birthday, ma Bleue

« Ma délicieuse,

C’est pas souvent que j’écris : le poids des mots, le fait qu’ils ne disparaissent pas et surtout, celui qu’au final, je ne sache pas vraiment dire ce que je veux. Tout ça, ça me rend peu bavard.

Alors, comme on est le 18 et que tu as 41 ans aujourd’hui, j’ai voulu marquer le coup. Faire un effort. Prendre mon courage à deux mains et te rédiger quelque chose…

Depuis plus de 6 mois, tu me fais grandir. Tu mets de la chaleur dans mon cœur, dans mon corps et tu relies mes neurones entre eux. Oui, je t’aime. Tellement.

Je pense que « notre histoire » a encore de beaux jours devant elle. Je t’embrasse.

Tendrement.

Voracement,

Ton savoureux ».

Marine tournait et retournait la petite carte bleue sur laquelle son Adam avait rédigé son message. Il était tout à fait à l’image de ce qu’elle ressentait de lui. Ses hésitations, son manque d’assurance, ses « 2 pas en avant – 3 pas en arrière ». Il n’était pas fréquent qu’il se dévoile, qu’il parle de ses sentiments, ou de l’avenir avec elle. Cela avait commencé comme une histoire de cul. Oui, c’était vraiment ça : un bon coup une nuit de janvier. Un grand tumulte dans le corps de l’une mais de l’autre aussi. D’ailleurs, si cela s’était borné à une aventure sexuelle, après 7 mois, ce serait déjà terminé, ou du moins, cela n’aurait pas cette intensité. Elle avait eu envie de lui, de son corps, de son trouble, de son inexpérience et de sa curiosité et s’était littéralement jetée sur lui (comment avait- elle osé : il fallait bien reconnaître qu’elle n’était pas coutumière de faire ce genre d’avances et surtout avec quelqu’un de 15 ans de moins qu’elle). D’habitude, c’était elle qui attendait les propositions masculines… Mais eux, ils s’étaient trouvés : Ils étaient si différents et pourtant ils se comprenaient et se respectaient. Elle savait qu’il était inutile d’essayer de « meubler les silences d’Adam ». Et lui, souvent, même s’il se sentait un peu bousculé par sa spontanéité et sa façon enflammée de parler, il l’acceptait et ne lui en voulait jamais d’être autant le contraire de lui.

Il avait longuement réfléchi à la manière dont il aurait voulu gâter sa Bleue. Il avait pensé à différentes choses : un concert, un souper, un moment dans un SPA… Et puis, finalement, il se décida. Il la savait joueuse mais n’aimant pas trop les surprises. C’est pourquoi, dans l’enveloppe contenant la petite carte bleue avec ses mots, il avait ajouté un papier, plié en 4, sur lequel était écrit seulement : 50 nuances… et un autre dont il sera question plus tard.

Elle venait de trouver le premier petit billet… 50 nuances ? Cela faisait- il allusion à cette trilogie sulfureuse qu’elle n’avait pas vraiment aimée ? Situation tordue, du sexe pour du sexe, pas vraiment une intrigue mis à part dans le 3è opus… Peut- être était- il question d’autre chose ? Elle avait dû en lire un extrait lors d’une des émissions des Coquineries Littéraires mais à ce moment- là, Adam n’était pas encore le sonorisateur attitré de l’émission. Enfin, ça, il n’était pas sensé le savoir.

Elle leva les yeux vers lui.

« Tu veux qu’on joue une scène de ce truc- là ? C’est un jeu sado- maso que tu me proposes ?

- Mais non, enfin : je sais bien que tu n’aimes pas ça…

- J’ai pas aimé non plus l’histoire, tu sais, ni la manière dont c’est écrit »

Aïe. Adam se mordillait les lèvres. Il n’avait pas prévu ça. Il pensait que… Il fallait qu’il cherche autre chose. L’idée de la « chasse au trésor » était peut- être bonne mais c’était les indices qui ne l’étaient pas…

Tout à ses pensées, il se mordillait les lèvres de manière insistante… Marine le regardait en souriant. Elle savait ce que cela signifiait. Il se lança à l’eau.

« et si on recommençait ?

- Recommencer quoi ?

- Ben, mon cadeau…

- ….

- T’as vu, il y a autre chose encore …. »

Elle secoua l’enveloppe : de fait, un autre petit papier en tomba.

Choisis une couleur

 Blanc

 Rose

 Mauve

Marine se souvenait de ces jeux de cour de récréation … : combien tu veux ? choisis une couleur. Il y en avait 8. Et puis suivaient les questions : Tu l’aimes ? Tu l’adores ? Où tu le mettras plus tard ?

Elle sourit devant la candeur d’Adam. Il était vraiment trop craquant…

« Rose »

Il savait ce qu’il lui restait à faire…

Pour rattraper le coup, il repensa à la manière dont tout avait démarré avec Marine. D’abord, il l’avait découverte un soir, presque « une nuit ». Elle lisait des textes érotiques durant une émission coquine. Ensuite, elle s’était … jetée sur lui après un concert et était devenue son initiatrice. C’était par là qu’il fallait reprendre les choses... D’habitude, c’était elle qui lisait. Deux possibilités s’offraient donc à lui. Soit, il lui faisait la lecture de quelque chose l’excitant elle, soit, elle s’y collait et il serait son « instrument de plaisir ».

Après quelques recherches, il trouva exactement ce qui conviendrait. Elle aimait le sexe « élégant », ce texte l’était. Les hommes plus jeunes qu’elle l’attiraient, assurément : la différence d’âges, ici, était moins grande que la leur mais de 10 ans, tout de même. Elle apprécierait l’attention. Et puis, il y avait des descriptions, des questions : elle appréciait les « dialogues intérieurs ». Le récit était constitué uniquement de cela. C’était parfait.

Le texte, parce qu’il ne s’agissait en rien d’une nouvelle ou d’un roman, lui rappelait leurs hésitations du « début », de cet après- concert de fin janvier. Ses tâtonnements à lui, la manière dont Marine avait pris les choses en main. Tout s’était passé simplement, dignement, avec un petit parfum sulfureux mais tellement léger…

Cette fois, c’est lui qui lirait… Il n’en avait pas l’habitude. Il fallait qu’il s’entraîne. Pour sa Bleue, il était prêt à beaucoup. Il s’installa donc dans le canapé blanc, la tablette à la main…

Elle : Qu’est-ce que je fais ? Je m’écarte dignement ? Je n’ai pas envie de le vexer… Et d’ailleurs, je n’ai pas vraiment envie de m’écarter. Je tourne la tête vers lui…

Lui : Elle se tourne vers moi, je sens son souffle près de mes lèvres… Alors je l’embrasse, d’abord doucement, puis tendrement, puis très tendrement.

Elle : Il m’embrasse, je ne le repousse pas… Enfin, on s’embrasse… Enfin, qui embrasse qui ? Ah oui, ça dépend : dans quelle bouche sont les langues ? Dans… Ah, finalement, c’est moi qui l’embrasse, là… Et à présent c’est lui… Et… C’est bon dans les deux cas…

Il imaginait ses yeux étonnés. Certainement se souviendrait- elle du souffle de celui qui allait devenir son amant dans son cou… Elle avait pensé qu’il était expert en préliminaires softs. Et cela l’avait troublée.

Lui : Là, elle me regarde, elle approche sa bouche tout près de mon oreille et elle chuchote, son souffle me faisant frissonner autant que ses mots : « Tu as envie de moi ? »

Elle : Pourquoi lui ai-je dit une chose pareille ? Peut-être parce que je continue de le trouver si jeune… Mais ses baisers ne sont pas des aumônes à une pauvre vieille, il y a pris plaisir (ou sinon, c’était très bien imité !).

Il était clair, depuis le début, que la différence d’âges entre eux aurait pu être un obstacle, une difficulté, une composante de laquelle il était primordial de tenir compte.

Elle : Et puis, à travers ma robe légère et son pantalon, son corps dit au mien de la façon la plus claire que oui ! La tendre dureté que je sens contre moi montre qu’il a envie de moi, très envie !

Lui : J’ai le souffle court, ah oui, j’ai envie d’elle !

Elle : Un peu coquine, je prolonge notre baiser. Je prends plaisir à son émotion… et à la mienne ! Je suis appuyée sur l’aile d’une de nos voitures, s’il le voulait, il pourrait me prendre là, sur le capot… Je suis folle ! Mais c’est bon.

Il se souvenait avec émotion de ce moment où elle l’avait chevauché en se frottant à lui, juste vêtue d’une petite robe noire et de bas « qui tiennent tous seuls ». Comme cela l’avait surpris mais excité. Il s’était senti durcir.

Lui : Je m’enfonce de mon mieux en elle, je me retire, puis un coup de reins… et après chaque coup de reins, je l’embrasse sur la nuque, je la mords et je recommence ! Bientôt je réussis à combiner les aller-retour de mon sexe avec les baisers sur sa nuque.

Elle : Ah, il s’enfonce… et il me mord et il s’enfonce et… Je gémis encore, plus fort et plus fort, mon corps s’arque, je jouis, je jouis encore, ah…

Lui : Enfin je jouis moi aussi. Je râle… Puis mon corps se détend sur le sien, nous palpitons encore de plaisir…

Bien sûr, il y avait des choses qui ne s’étaient pas passées de la même façon mais les émotions, juste les émotions : le désir qui s’insinue, qui se répand dans tout le corps, qui démarre du ventre et irradie jusqu’aux sexes… Ils s’étaient vraiment donné beaucoup, cette nuit- là.

Il y avait d’autres mots de l’auteur, un certain… Arturo. Était- ce une coïncidence, ce prénom ? Adam savait qu’avant que leur histoire ne commence vraiment, Marine avait eu une liaison virtuelle avec un Arthur. Ils n’en parlaient jamais mais d’après ce qu’il avait cru comprendre, ce monsieur avait ouvert une boîte de Pandore et depuis… La jeune femme n’avait rien d’une dévergondée mais elle savait très bien comment émoustiller, attiser le désir et le faire grandir au creux du ventre rien qu’avec sa voix. Et ça, elle l’avait appris avec Arthur.

Donc, les mots d’Arturo correspondaient à ce qu’il ressentait personnellement. Ne sachant cependant pas aussi bien manier la langue « écrite » que lui, c’était vraiment venu à point qu’il tombe sur ce texte. C’était miraculeux !

Ensuite, il était question d’enlacements très tendres, de pénétrations fougueuses mais attentionnées. Adam avait reconnu ce type d’étreintes. C’était précisément de cette manière que Marine l’avait séduit. De la douceur, de la compréhension, de la générosité et tellement de tendresse, de respect. C’était sa Bleue, délicieuse, attentive. Et il avait fondu. Ils s’étaient fait fondre l’un pour l’autre…

Voilà : il avait sélectionné ces morceaux du texte « Lettres classiques ». Il allait maintenant se laisser imprégner par ce qu’ils dégageaient. Comment sa Bleue s’y prenait- elle ? Elle recevait ce qu’elle avait à lire à l’antenne le WE précédent et elle en prenait possession, littéralement, comme s’il s’agissait de ses mots. Elle ne s’entraînait pas réellement tout haut. C’était plutôt anticiper les mots et par là même les émotions qu’ils suscitaient. Elle voulait qu’ils gagnent en profondeur, mettant l’un ou l’autre en relief ou au contraire, en les allégeant. Mais bon, il se connaissait : il savait que lui et les mots, ça faisait deux. De plus, il était très conscient de la manière dont il se tenait quand il était troublé. Oui, elle le trouvait séduisant, son savoureux, mais Marine serait certainement très étonnée s’il avait le culot de ne pas se montrer vulnérable comme à son habitude. Les cils battant comme des papillons, les mains crispées sur les cuisses largement ouvertes, la poitrine se soulevant lentement, au rythme de ses souffles, cela avait du charme mais s’il pouvait s’affranchir de cela… Il lut donc, et relut. Dans sa tête. Puis en chuchotant… C’était peut- être la manière qui conviendrait le mieux. Ce texte donnait l’impression d’être un enchevêtrement de confidences…

Deux jours plus tard, un samedi, le « nouveau présent » était prêt. En fait de cadeaux, il y en aurait deux, d’ailleurs. Il a été question de celui concernant les lectures. Pour ce qui était de l’autre, il y avait cette couleur que Bleue avait à choisir. Elle avait remis son petit papier deux soirs auparavant : rose…

« Installe- toi. Aujourd’hui, c’est moi qui te fais la lecture… »

Marine regardait Adam, complètement ébahie… Alors, c’était ça, son projet…

Elle était dans le canapé blanc, les jambes repliées contre elle. Adam pouvait voir son string, bleu clair. Il tâcha de ne pas laisser ses yeux s’y attarder. C’était déjà assez compliqué comme ça. Mais si son amie prenait une pose pareille, il ne lui faudrait pas énormément de temps pour perdre complètement les pédales…

Il lut d’une traite, en murmurant, pratiquement sans reprendre son souffle, les mots délicieux d’Arturo. Il la vit se tortiller, tirer sur sa jupe très courte pour qu’il ne voie pas dans quel état de trouble humide elle se trouvait. Oui, elle se rappelait elle aussi de tout cela. Leurs premiers gestes, les yeux clos d’Adam et les siens, émerveillés. La manière dont il aurait voulu la caresser et celle qu’elle avait eue de le guider, ce soir- là. Là, c’était elle qui était troublée au plus haut point. Combien son savoureux avait dû prendre sur lui pour lui offrir un cadeau pareil. Elle le regardait. Scrutait son joli visage, s’attardait sur cette fossette qu’il avait au menton et qui se dessinait quand il jouait du sax. Il avait tellement peu l’habitude de parler longtemps qu’elle n’avait pas le temps de creuser sa joue droite. De jolies étincelles brillaient dans ses yeux vert écume. Finalement, même s’il n’était pas aguerri à ce genre d’exercice, il ne s’en tirait pas trop mal. Au plus il lisait, au plus elle se sentait fondre. Les mots, les sensations décrites, c’était vraiment du grand art, tellement proches de leur histoire à eux.

Elle : Et puis, à travers ma robe légère et son pantalon, son corps dit au mien de la façon la plus claire que oui ! La tendre dureté que je sens contre moi montre qu’il a envie de moi, très envie !

Ce fut là qu’elle se rapprocha de lui. Sa jupe était relevée, son string mouillé et … Ses doigts à elle voulaient sentir si Adam aussi était excité que l’homme de l’histoire.

Lui : J’ai le souffle court, ah oui, j’ai envie d’elle !

Elle passa sa main gauche sur l’entrejambe de son amant…

Elle : Un peu coquine, je prolonge notre baiser. Je prends plaisir à son émotion… et à la mienne !

Et l’embrassa à pleine bouche. Elle enroula sa langue autour de la sienne. Et il répondit à son baiser. C’était tendre mais surtout très chaud. C’était comme ils aimaient tous les deux… Elle lui prit des mains la tablette sur laquelle il lisait le texte d’Arturo et la déposa sur la table basse du salon. Puis, gentiment, avec énormément de douceur, elle se blottit dans ses bras. Elle leva les yeux vers lui. Toujours ces émerveillements pour son Adam, son savoureux. Sa maîtrise de lui, son calme…

Elle avait encore un cadeau à découvrir. On se rappelle qu’Adam lui avait demandé de choisir une couleur… Il la connaissait coquine mais aussi épicurienne et hédoniste. Ce qui était rose, c’était un nouveau jouet… mis sur le marché peu de temps auparavant. Elle le sortit de son emballage. Il était d’une couleur très vive, d’une taille relativement petite, tenant pratiquement dans la main. Il avait l’air doux… il l’aiderait à prendre du plaisir seule en 3 minutes, selon la notice.

Elle était ravie des surprises auxquelles son partenaire avait pensé pour elle. Oui, il y avait eu un couac au début, mais grâce à la présence d’esprit du jeune homme…

Un amour toujours plus grand les liait. Un amour qui les faisait se respecter l’un l’autre… Quelque chose d’idéal. Ils étaient heureux Ils ne pensaient pas aux lendemains qui pleurent, juste au plaisir qu’ils se donnaient aujourd’hui. Ils aimaient le regard de l’autre sur eux. Ils se faisaient confiance…

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Des MERCIS à Arturo de m'avoir laissée employer ses mots pour les mettre dans la bouche d'Adam - Bleue


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