Adam, mon savoureux.

Une saga de Bleue - 14 épisode(s)

Épisode suivant >

3 minutes de lecture

Épisode 1 : Les rubans bleus.

Le visage penché sur un petit carnet quadrillé à spirales, un crayon Conté vert muni d’une gomme entre les doigts de la main gauche, elle était très, mais très concentrée. Sa tante lui avait assigné la tâche délicate de faire l’inventaire de ce qui se trouvait dans la partie principale de la mercerie. Compter les boutons, les paires d’aiguilles à tricoter, les cotons moulinés de chez D.M.C, ce n’était pas chose ardue. Cependant, attention et précision étaient de mise. Il fallait répertorier les références, les couleurs et tout et tout et puis, tout encoder dans Excel.

C’est à ce moment que la sonnette du magasin tinta. Celui- ci se trouvait dans le vieux quartier de la ville, dans une rue piétonne, entre une boutique de chaussures et une confiserie qui vendait encore les sucettes et les bonbons « à la pièce ».

Lentement, le jeune homme s’approcha du comptoir. Il avait l’air un peu perdu, et surtout, gêné. Elle leva les yeux vers lui. Pour quelle raison venait- il donc se perdre ici ?

« Je voudrais...du ruban… »

Elle le regardait, songeuse : elle se sentait bien en peine de satisfaire sa demande s’il ne lui disait pas ce qu’il souhaitait comme largeur, comme longueur, comme couleur, aussi, et éventuellement l’usage qu’il comptait en faire.

« En quel métrage ? De l’étroit ? Du plus large ?

- Je ne sais pas trop. Je comptais sur vous pour….

- Un petit coup de main ? Mais, pas de soucis, monsieur.

- Il faudrait qu’il soit bleu. Deux morceaux assez larges et un autre plus étroit. Pour la longueur…

- Que souhaitez- vous en faire, de ces rubans ? Satin ?

- Oui, satin, un peu brillant, vous voyez ? Et doux, très doux….

- Ok, je vous sors ce que j’ai. »

Elle lui tourna le dos, ouvrit un grand tiroir à la hauteur de ses cuisses et en extirpa des cartons sur lesquels étaient enroulés des rubans bleus : du turquoise, du bleu plus vif, de l’azur et de ce bleu pervenche tirant un peu sur le mauve... C’était précisément ce qu’il cherchait. Son visage s’éclaira et ses yeux vert écume se mirent à pétiller.

« Celui- là » dit- il en désignant le dernier carton. «Exactement, celui- là…. Pour la… quantité, je voudrais que vous m’aidiez. »

Elle mit les « bleus inutiles » sur le côté. Il continua. Il se mordillait la lèvre inférieure et puis, subitement, se lança à l’eau : il fallait qu’il parle très vite, comme pour se débarrasser d’un secret honteux, inavouable… D’un trait, sans respirer, il poursuivit :

« C’est pour un jeu. Je voudrais attacher les poignets d’une jeune personne et aussi l’empêcher de parler et de …regarder. Vous voyez ? »

Ses joues avaient viré au rouge. Elle le regardait, avec un petit sourire très amusé, à présent. Sans rien dire, elle prit le carton avec le ruban bleu pervenche, déroula celui- ci sur une bonne longueur sans le couper, et, le regard engageant, confia le ruban à son vis- à- vis en lui tendant ses poignets. Les longs cils de celui- ci battaient rapidement. Saisissant l’extrémité du ruban, il lui fit encore faire un tour de carton puis d’un geste rapide des doigts, il noua celui- ci autour des poignets de la vendeuse. Il ne serra pas, ou alors, juste un peu… Adroitement, un autre nœud, avec deux boucles. Ils se regardèrent avec un petit sourire. Il tint le ruban à l’endroit où il jugeait la longueur idéale pour l’usage qu’il voulait en faire, elle dégagea ses poignets, attrapa une grande paire de ciseaux et donna un coup bien large à côté des doigts du jeune homme.

« Autre chose ? Une autre mesure à prendre ?

- Juste celles pour qu’elle reste silencieuse et aveugle.

- Il faudrait peut- être quelque chose d’un peu plus large… Entre 5 et 7 cm, je pense que cela devrait convenir. »

Le jeune homme avait les yeux un peu perdus dans le vague. Il devait, pensa- t- elle, s’imaginer cette demoiselle entravée et toute à lui et cela la rendit rêveuse… Reprenant ses esprits, elle rouvrit le tiroir contenant les cartons de ruban, y rangea ceux dont la couleur ne convenait pas et en prit un autre avec du ruban bleu pervenche moins étroit que celui qu’elle venait de découper et de rouler autour de sa main. Ils procédèrent de la même manière pour ceux destinés à la bouche et aux yeux. Et c’est très satisfait qu’il quitta la mercerie, ses précieux rubans dans un petit sachet de papier. La mercière avait ajouté un morceau d’une bonne vingtaine de centimètres de ruban étroit de la même couleur : « je suis certaine que votre demoiselle saura comment en faire usage » avait- elle ajouté avec un sourire malicieux…


… La suite à lire dans un petit roman qui sortira le 15 novembre 2018


Appuyez sur "Entrée" pour effectuer votre recherche