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Les promenades le long de la Seine

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    Durée : 15:53 min

    Après "Terrain neutre", elle et lui font enfin connaissance réellement... Premiers émois.

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Les promenades le long de la Seine, très peu pour lui… Ce qu’il aimait, par contre, c’était la forêt, ses odeurs, la lumière jouant dans le feuillage des grands arbres, le soleil d’hiver un peu bas et les ombres qu’il projette. Il s’était dit que ce serait sans doute un bel endroit que de lui donner rendez- vous sur un banc. Celui qu’il avait choisi était en bois, fraichement repeint de vert. Il était installé au bord d’un chemin peu fréquenté, un peu à l’écart. Il lui avait dit qu’il avait envie de la connaître autrement que virtuellement. Le jour où ils avaient commencé d’échanger, les choses s’étaient enchaînées très rapidement, trop, sans doute. Il souhaitait reprendre leur histoire « avant », faire comme si cette cyber- rencontre sulfureuse n’avait jamais existé. Y arriveraient- ils ?

Ils se connaissaient un peu. Ils s’étaient déjà rencontrés fin novembre. On était en février. Il n’avait plus neigé comme en décembre. Elle pourrait porter, comme elle l’aimait tant, des collants dévoilant ses jambes et une jupe très courte soulignant le galbe de ses cuisses. Il avait envie de la regarder, de les regarder.

Il arriva le premier, s’assit sur le « banc rendez- vous » et l’attendit quelques minutes, pas plus de dix. Il ne voulait pas louper son apparition : sans être trop provocante, il savait que sa démarche serait subtilement chaloupée. Il regardait sa montre toutes les dix secondes et son portable tout aussi souvent…

De loin, il la vit. Elle était enveloppée dans un manteau noir, ample. Ses jambes n’en avaient l’air que plus jolies. Ses bottillons chocolat dansaient tant elle marchait vite. Elle le vit et lui sourit, imperceptiblement : juste une petite moue qui pinça les commissures de ses lèvres, comme si elle allait lui envoyer un baiser léger. Cet air un peu gêné mais amusé qu’elle arborait lui plaisait vraiment. Il était à présent sûr qu’elle ne ferait pas de lui une proie. Il aurait été si facile pour elle de l’entortiller à nouveau dans « sa voix » pour lui faire perdre la tête. Il ne saurait pas résister et… c’est là que les choses plus compliquées commenceraient : il se torturerait à nouveau et déprimerait et ce n’était pas le but. Il était rassuré.

Il l’accueillit donc avec un sourire franc, les yeux pétillants, les lèvres un peu entrouvertes. Il était heureux : cette manière de se retrouver annonçait les meilleures choses possibles. Il se leva pour la saluer. Pour le moment, un baiser sur la joue conviendrait.

Elle s’assit à sa gauche. Elle avait les joues un peu roses. Ses mains étaient gantées et elle portait un chapeau noir trop juste. Sa chevelure mi- longue en dépassait malgré les petits gestes qu’elle faisait pour faire entrer ses cheveux dans son couvre- chef. Elle donnait l’impression d’avoir froid, un peu.

« Tu voudriez que nous allions boire quelque chose de chaud ? Je n’ai pas été très malin en te proposant de nous retrouver ici. C’est vrai, il ne neige plus depuis plus d’un mois mais il n’en fait pas pour autant doux…

- D’accord. Je te fais confiance pour le lieu. Je ne connais pas grand-chose de Paris, tu sais… »

Elle avait débarqué seule, le soir précédent, à la gare de Paris- Nord. Elle avait dans l’idée d’aller visiter une expo au Musée d’Orsay, ensuite, une promenade dans un parc où se trouvaient des sculptures de Rodin. Pour le reste, elle n’avait pas vraiment d’idées. Elle comptait (un peu) sur lui pour qu’il remplisse sa journée en découvertes artistiques. Aimaient- ils les mêmes choses ? Elle n’en savait rien : ils parlaient davantage de leurs désirs. Enfin, cela remontait à si loin, à présent. Presque deux mois dans une cyber-vie, c’était beaucoup.

Ils se levèrent et se dirigèrent vers la sortie du parc. Il y avait peu de gens qui se promenaient. Ils restaient enfermés chez eux, n’osant s’aventurer par ce temps incertain. Il voulait lui montrer un endroit cosy : de gros fauteuils, des tables basses, des livres partout et de bonnes choses à manger et boire pour se réchauffer.

Il l’y conduisit donc. Il y faisait bon : pas trop chaud, tranquille, un peu sombre. Ils prirent place l’un à côté de l’autre dans un divan assez large que pour qu’ils ne soient pas obligés d’être trop proches l’un de l’autre « à se toucher ». Elle apprécia l’attention et la considéra comme une marque de respect. Ce n’était pas parce qu’ils s’étaient envoyés en l’air de manière virtuelle qu’ils allaient se sauter dessus à la première occasion. Elle avait pris le temps de le regarder. De jolis yeux, grands, très expressifs : elle avait surtout retenu cela de lui.

Après avoir fait leur choix sur la carte des desserts, juste un thé, pour se réchauffer. Quelqu’un vint prendre leur commande et… c’est là que les choses démarrèrent vraiment. Ils parlaient, de tout, de rien, se découvrant des goûts communs, des idées semblables. Ils ne creusèrent pas trop profond, préférant plutôt rester dans le vague si ce n’est en ce qui concernait les « plaisirs » en général. Elle lui parla de son goût pour la lecture, revenant sur le fait que certains hommes aimaient se masturber en l’écoutant. Quant à lui, il aimait les mots, coquins ou au contraire, très sérieux. Il tenait un blog et de ce qu’elle avait découvert de lui, c’était quelqu’un d’angoissé, de très soucieux du mal ou du bien qu’il peut faire, que ce soit à ses lecteurs ou aux autres. De fil en aiguille, et de manière totalement, insidieuse, tout cela les excitait autant l’un que l’autre. Elle tenait nerveusement entre ses mains ses gants qu’elle avait ôtés. Quant à lui, il jouait avec la carte de desserts déposée sur la table tout en s’humectant les lèvres de temps à autre. Il y avait comme un nuage de désir qui les enveloppait et c’était délicieux.

On vint leur apporter une théière ainsi que deux tasses sur un petit plateau. Voulant chacun servir l’autre, leurs doigts se frôlèrent et ils eurent tous deux un regard très gêné. Mais qu’est- ce qui leur arrivait ? Ils avaient le cœur battant. Elle reprit ses gants dans un geste un peu brusque le laissant ainsi se débrouiller avec la théière brûlante.

Un silence, à présent. Ni l’un ni l’autre n’eut envie de s’embarquer dans une histoire de sexe uniquement. Bien sûr, ils s’étaient plu, énormément. La manière dont ils avaient fait connaissance ce mardi- là, c’était vraiment quelque chose qui les avait surpris tous les deux. Ils voyaient chacun l’autre comme un cadeau, de ceux qu’on se fait sans penser à mal, sans intentions cachées, juste « pour le plaisir ». Et puis, quelques jours plus tard, cette rencontre au salon de la littérature érotique… Ils avaient bien senti qu’il y avait comme un courant électrique mais ils étaient tellement craintifs de la suite des événements…

Et là, on y était, à la suite. Un RV fixé par internet, un sms pour confirmer l’heure et l’endroit. Ils étaient à présent côte à côte. Et même si les intentions avouées n’avaient rien de sexuel, dans le fond…

Elle rêvait d’être contre lui et lui, de l’entourer très intimement de ses bras. Le silence, c’était ça : leurs envies tues, leurs fantasmes refoulés. Bien sûr, ils avaient convenu que ça n’irait pas plus loin que cet échange téléphonique, qu’il ne fallait pas, que le « jeu n’en valait pas la chandelle ». Mais à présent… Il y avait cette chaleur qu’ils dégageaient et qui les troublait.

Elle avait déposé ses mains, ses jolies mains sur ses genoux et les regardait sans bouger. Quant à lui, il la scrutait, se demandant comment lui faire reprendre pied. Elle avait un joli profil, un peu enfantin, un nez en trompette, une bouche pulpeuse et des yeux en amande vert, ou orange, impossible d’en déterminer la couleur exacte. Elle ne dit rien. Ce fut lui qui réentama la conversation.

« jusque quand comptes- tu rester ?

- Oh, pas plus tard que demain matin, sauf si tu as prévu que nous dinions ensemble. »

Il corrigea mentalement « déjeuner et pas dîner…. » mais ne dit rien. C’était étrange, tout de même, cette manière de se faire inviter. Il trouva cela charmant et recommença de la regarder. Loin d’en être intimidée, elle fit pareil. Son visage à lui était assez intéressant : ouvert, curieux, très mobile. Des yeux foncés. Une barbe bien taillée. Une jolie bouche. Quand ils eurent terminé de boire leur thé, ils décidèrent d’aller ensemble voir la fameuse expo des pastels de Degas.

Trajet dans le métro. Aucun contact. Et puis, arrivée à Orsay : volée d’escalators, grand hall, repérer la sortie vers le musée. Ils y arrivèrent très vite. Pas de file. Contrôle à l’entrée. Achat de places…. Pas d’audio- guide pour cette fois. Ils préféraient se servir du catalogue de l’expo temporaire : cela leur permettrait d’échanger oralement.

Leur visite commença. Elle admirait particulièrement Degas, surtout pour ses peintures. Ses pastels, elle ne le connaissait pas vraiment, dans le fond. Se succédaient les travaux du maître : elle aimait les couleurs, la manière dont le mouvement était observé et réinterprété (si peu). Elle avait une passion pour le ballet, qu’il soit classique ou plus contemporain. L’explosion de sensualité de beaux corps l’avait toujours branchée. Lui, il était plus discret. Il ne connaissait pas particulièrement le peintre et n’était pas féru d’impressionnisme, même s’il appréciait. Ils étaient à présent devant un petit pastel. Il s’était rapproché d’elle pour lire la description des conditions dans lesquelles le petit carton avait atterri à Orsay. Rapproché si près que quand elle fit un mouvement de la tête, ses cheveux frôlèrent pratiquement le nez de son « ami ».

Un parfum de rose, parce oui, c’est ce qu’elle portait encore et toujours, effleura ses narines. Il s’en étourdit en fermant les yeux et eut envie de déposer ses lèvres sur la chevelure nue. La chose qui le retenait, c’était le fait qu’il hésite à la brusquer au risque de la perdre. Tout son être à elle vibrait. Elle était intéressée par cette petite galerie et n’aurait sans doute pas apprécié qu’il prenne leur promenade à cet endroit pour un RV amoureux. Et puis, il avait envie de laisser monter l’excitation. Être près d’elle, la toucher imperceptiblement, du bout des doigts, des lèvres, c’était une manière puissante de provoquer son désir à elle. Tout en touches délicates mais déterminées. Il resta donc derrière elle, un peu en retrait, suivant son sillage en se goinfrant de son odeur.

Ils déambulèrent de cette manière pendant un bon moment. Et puis, elle lui demanda s’ils pouvaient se rendre au 5è étage, celui des impressionnistes. Il y avait là des tableaux de Renoir qu’elle vénérait. Ce n’était pas comme si elle avait une grande culture de cet art en général. Non, plutôt une fascination pour certaines toiles. Elle lui avait expliqué que lors de sa dernière visite, elle était passée cinq fois devant certains tableaux, émue aux larmes tant la sensation était profonde. Un plaisir intense. Ils s’y rendirent donc : il voulait voir dans quel état elle serait. Était-il possible qu’elle se pâme véritablement comme elle l’avait sous- entendu ? Ils s’assirent donc face à « Madame Gaston Bernheim de Villers », une huile sur toile. C’était le portrait d’une jeune femme assise dans un jardin. Elle portait une robe bleu pâle et avait un regard particulier, serein mais comme appelant au désir. Il la sentait fondre devant ce tableau. Elle eut un geste maladroit et se pencha vers lui, comme pour chercher son épaule. Ses yeux à elle étaient remplis de larmes et sa poitrine se soulevait de manière un peu plus précipitée. De ses lèvres entrouvertes, un murmure « Merci » qui lui rappela ses derniers mots, avant qu’ils ne se déconnectent, deux mois auparavant, après qu’ils aient joui simultanément.

C’était donc vrai… quand elle lui disait que ce genre d’art lui mettaient les sens à l’envers. Il en avait à présent la preuve. Accompagnant le mouvement de son corps entier, il passa son bras gauche autour de ses épaules, la laissant se blottir contre lui, complètement chavirée. Il retrouva son odeur fraîche, son souffle court et sa voix étranglée. Il en fut touché et ému. Elle était à sa merci, même si cela ne durait que quelques instants. Elle s’en remettait à lui. Combien c’était touchant, cette manière de s’abandonner. Il la berçait tendrement, sa main gauche taquinant une mèche de cheveux près de son cou. Elle avait les larmes aux yeux et tentait à présent de reprendre ses esprits.

Ils prirent ensuite le chemin de la sortie : elle était toujours contre lui, ne sachant si elle devait l’abandonner, s’il avait compris qu’elle avait saisi l’occasion de se rapprocher de lui… Et lui, tellement charmé, il profitait de ce corps chaud qui, pour la première fois, s’alanguissait entre ses bras, à sa merci. Ils ne disaient rien, respirant la proximité de l’autre.

La visite du jardin des statues de Rodin les rafraîchit. Ils parcoururent les allées, à leur aise, à nouveau très proches l’un de l’autre. Ils n’avaient pas envie de rester distants. Il était devenu urgent que leur désir explose. Cela leur faisait peur. Combien de temps durerait ces hésitations ?

Alors, pour ne pas laisser filer ces impressions douces d’enveloppement, ils décidèrent de prendre deux chambres, l’espace de deux heures…