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Épisode 9 : Marine se dévoile

Elle en était là…

Sa voix avait séduit pas mal d’auditeurs. Parmi eux, Arthur, flamboyant de sensualité, de fougue, d’idées saugrenues, véritables catalyseurs de leurs désirs. Elle avait découvert le sexe virtuel, l’excitation ne résultant que des mots. Ils s’étaient envoyé des vidéos d’eux de plus en plus osées et avaient pris leur pied simplement en se chauffant et en se masturbant de manière solitaire : elle dans l’intimité de sa chambre, lui … mieux valait rester discret. Mais aucun contact physique. Cela lui faisait peur, à elle, de toute manière. Elle avait enregistré un texte et l’avait posté sur Soundcloud spécialement pour lui: cela parlait de ces mots- cris, de ce désir qu’il était capable de susciter, rien qu’en écrivant…

« Je suis sur le dos, les cuisses un peu écartées. Vous êtes en face de moi, à genoux, entre mes jambes. Je vous dévoile à peine mon intimité.

Vous me regardez…

Vos yeux brillent.

Et puis, vos mains se posent sur mes genoux. (Souhaitez- vous que je les soulève un peu ?)

Elles s’immiscent au creux de mes cuisses. (Voulez- vous que je prenne une pose un peu plus… ?)

Vos paumes en caressent l’intérieur… (Cela vous excite- t- il, ces petits frissons qui me réchauffent la chatte… ?)

Vos doigts délicats, légers, frôlent le haut de mes jambes…

Et là, c’est le signal.

Mon corps entier se cambre, se tend sous vos tâtonnements tentants.

Laissez- m’en pour plus tard, quand je vous aurai imaginé nu, votre main vous branlant tranquillement.

Ce spectacle sera délicieux. Il anticipera la jouissance que nous connaîtrons ensuite.

Parlez- moi, dites- moi des choses bien crues. Ne les dites pas doucement.

Ça me fait venir.

Traitez- moi de salope, votre salope. Hurlez- le.

Ça me fait venir.

Des mots, vos mots, qui m’étourdissent, qui me vrillent le ventre.

Je sens le désir vous habiter et le mien monter en flèche.

Et puis, et puis, ils se font plus discrets et mes gémissements prennent le pas.

Vous vous taisez, à présent. Vous avez défait la ceinture de votre jeans et votre main s’active de plus en plus. Vous allez décharger : inondez mon ventre, mes seins de votre foutre.

Mes jouissances vont rejoindre les vôtres.

Vous voir dans cet état m’excite tellement que, comme cela, sans crier gare, mon orgasme se précipite, intense.

Bon dieu ce que c’est bon…

Déchaînements, cris mêlés. Qui de nous deux serait le plus bruyant ?

Vous m’avez à peine effleurée, juste vos mots, violents, brutaux, votre désir de me posséder, exigeant, votre main, sur votre queue coulissant avec vigueur et vos yeux reluquant mon sexe liquoreux…

Des mercis, monsieur… Pas entièrement repue mais tellement heureuse. »

Cela datait de quelques semaines après leur « rencontre » mais c’était toujours ce dont elle avait envie avec Arthur. Du « pur et brut ».

Parmi eux aussi, il y avait Jean, avec ses angoisses, ses remises en question. La relation qu’ils avaient construite, Marine et lui, était très douce. Le « passage à l’action » les avait surpris, même s’ils espéraient que les choses se passeraient de cette manière, au final. Ils s’étaient vus, s’étaient plu. Ils avaient entamé quelque chose de respectueux. Il l’avait menée dans les méandres du polyamour. Et même si, à présent, ils avaient moins cette faim de se voir, ils savaient l’un comme l’autre qu’un avenir tranquille avec des pics de plaisir leur était destiné. Elle lui avait envoyé un audio dans lequel elle parlait de ces plaisirs qu’il lui avait fait goûter : des choses qui auraient pris le sens qu’ILS auraient voulu leur donner. Le chemin voluptueux, les montées vertigineuses, les descentes dangereuses et intenses. Les looping, les pauses pour reprendre souffle. Il l’avait écouté, plusieurs fois, en pensant que Marine, même si elle était autant en attente de sexe, n’en était pas moins quelqu’un de « raisonnable », qui était attentive à lui. Cela lui faisait chaud au cœur et le rassurait. Il savait qu’il pourrait toujours compter sur elle, que ses oreilles et son cœur étaient « là pour lui ».

Mais celui qui, invariablement, peuplait ses rêves de ses yeux vert écume, c’était Adam, son savoureux. Cela avait été comme un cadeau de la vie. Elle pour lui mais aussi lui pour elle. Ils s’étaient tellement apporté. Tant pis, au final, si Adam avait quinze ans de moins qu’elle, Arthur et Jean. A sa manière, il était aussi flamboyant. Bien sûr, il avait fallu qu’elle fasse face à ses hésitations, ses retenues, ses oui – non, ses allers- retours entre sa recherche du plaisir et une pseudo mise en danger et la tranquillité, le fait de ne pas se torturer pour des histoires de cœur… Il ne voulait pas vraiment tomber amoureux, en fait. Dans un premier temps, il s’imaginait que ce serait juste une initiation : du sexe, encore du sexe, rien que du sexe. Mais cela avait vite « viré ». Ils se voyaient souvent, Marine et lui. D’abord, le mercredi soir, pour les « Coquineries littéraires ». Ensuite, lors des concerts, auxquels il l’invitait régulièrement. Elle se souvenait de l’un deux, où il avait été très distant. C’était au début de leur « relation ». Elle lui avait écrit une lettre fictive dans laquelle elle lui faisait part de ses envies intimes.

« Mon savoureux,

Comme j’attendais ce moment. Etre privée de vous, m’abstenir de vous écrire pendant si longtemps, c’était difficile mais à présent…

Je pénètre dans cet endroit un peu sombre et m’assieds : vous vous approchez de moi, nonchalamment. Vos yeux clairs brillent dans le noir.

Depuis des semaines, mes doigts inquisiteurs se faufilent entre mes cuisses à la recherche d’un plaisir que vous me donneriez. Vous voyez, ce trouble éphémère, cette douce chaleur qui m’envahit quand vous êtes en face de moi et que vous faites semblant de m’ignorer. Vos yeux fuient les miens. Cela n’a qu’un effet, celui de me rendre plus vulnérable, plus perméable encore à ce désir qui m’inonde. Il y a tellement de questions dans ces moments, des soupirs, des silences, des envies d’étreintes… Vous pensez calmer mes ardeurs ? Mais… c’est tout le contraire.

Quelques pas, vous êtes à ma hauteur : vous vous penchez vers moi. Le contact de ma bouche sur le satin de votre joue… Je tremble.

J’ai imaginé ce moment, où nos visages auraient été proches l’un de l’autre. Vous auriez joué avec une petite boucle de mes cheveux, vous savez, juste à côté de mon oreille gauche. Puis, lentement, votre main serait descendue dans mon cou, effleurant ma nuque, la massant légèrement. J’aurais fermé les yeux en profitant de ce moment suspendu durant lequel ma peau aurait frissonné à chaque petit frôlement. Vous auriez serré ma gorge, un peu, comme pour empêcher mes sanglots de le faire.

Vous vous attardez, un verre en main : nous laissons nos regards se mêler. Mes yeux émerveillés, les vôtres surpris de la retenue que je vous manifeste.

J’ai rêvé que je vous déshabillais, d’abord le buste, ensuite… le reste. Votre désir pour moi était discret. Votre membre à peine gonflé ne demandait qu’une intromission entre mes lèvres. Etiez- vous d’accord pour que je vous prenne en bouche ? J’étais prête à vous gâter, mon savoureux, de tout mon art et de toute mon imagination.

Comme étonné de ma froideur et de mon silence, vous m’avez quittée : mon cœur battait à tout rompre, j’aurais tellement voulu vous prendre la main, y déposer de chastes baisers. Simplement.

Vous auriez étouffé un gémissement d’impatience, peut- être même un petit râle : « suce- moi, ma délicieuse ». C’est moi qui ai bon goût ? Mais oui, forcément, puisque je vous ai choisi entre tous. J’aurais pris tout mon temps. J’aurais mis toute mon attention à une fellation … parfaite… Votre souffle aurait accéléré, votre poitrine se serait soulevée de plus en plus vite. Et puis, noyé dans le plaisir, vous auriez déchargé d’un coup, me remplissant de vous, de votre liqueur un peu amère.

Vous me quittez et enjambez les quelques marches qu’il reste pour rejoindre l’endroit d’où vous allez œuvrer. « Tout est prêt ». Les moments qui suivront seront magiques.

Et même si les débordements ne sont pas dans vos habitudes, je n’ai que faire de votre raison : Aimez- moi comme je le mérite et faites- moi hurler de plaisir ….

Avec toute ma passion tendre,

Votre délicieuse. »

Un jour, peut- être la lui montrerait- elle. Elle voulait que leurs élans, le moment où ils s’étaient enfin trouvés, cela reste quelque chose de spontané, et pas qu’Adam s’imagine avoir été pris entre ses filets à elle….

Il y avait eu ce moment, en janvier, dont ils se souviendraient certainement longtemps. Leur première nuit. Elle en frissonnait encore. Ils avaient fait l’amour tendrement. Il l’avait laissée le guider, lui parler de ses désirs, et tenter de, sans doute maladroitement à ses yeux à elle, les assouvir. Il ne savait pas combien elle avait aimé cela. Ils s’étaient revus ensuite, en dehors des émissions et des concerts, pour des moments complices et s’appréciaient réellement… Ils étaient heureux, l’un comme l’autre. Ce n’était plus les silences d’Adam qui faisaient peur à Marine. Elle savait qu’il n’attendait pas qu’elle les meuble, qu’elle les remplisse à tout prix. Elle le laissait tranquille, dans son monde parce que c’était quand il avait les yeux fermés qu’il se sentait bien : il avait besoin de se retrouver seul avec lui- même, c’était sa façon de se reconnecter à son cœur, à son esprit. Elle savait aussi qu’il lui arrivait de « jouer sans elle » : elle était certaine que cela lui faisait du bien, l’épanouissait, le faisant rencontrer d’autres gens, expérimenter d’autres manières de jouir. Elle se disait qu’il lui reviendrait toujours grandi, plus sûr de lui. La seule chose qu’elle espérait, c’est qu’il ne s’abime pas le cœur. Rester dans le léger, c’était le principal…

Elle avait découvert, par ces « jeux » avec ces trois partenaires, que la vie, ce n’est pas une route, simple, droite, tout tracée devant elle. Que c’était elle qui avait le crayon en main, c’était elle qui la dessinait. Elle pouvait y ajouter de jolis petits sentiers, revenir (un peu) en arrière, avancer plus vite, presser les choses… Avec sa faim maladive de sensations, elle avait parfois été trop vite. Et puis, se ravisant, elle avait ralenti le cours des événements et se sentait bien, à présent. Elle aimait cette vie entre eux trois. Elle se sentait respectée, regardée de manière bienveillante. Et tant pis, dans le fond, tant pis si… l’un habitait à des kms de chez elle, l’autre était trop soucieux de ne pas la blesser, lui bousculer le cœur et les sens, et que le troisième était si jeune que… Elle les aimait tous les trois. Et ce qu’elle avait engrangé avec les deux premiers, elle s’en servirait avec Adam, son savoureux chéri.

Elle n’avait pas de projets précis concernant l’un ou l’autre. Juste la douceur de se laisser vivre. Celle d’être heureuse gentiment. Ne pas se poser trop de questions. Profiter du temps qui passe : dans ses étreintes fantasmées avec Arthur, ses conversations attentives avec Jean et contre le corps magnifique d’Adam. Aventures plurielles et délicieuses.

C’est ce qu’elle était pour chacun d’eux : une friandise. Ils étaient gourmands, elle était insatiable…

La romance entre Marine et Adam fera l'objet d'une autre saga. L'initiation d'Adam continue.