Arthur....

Une saga de Bleue - 9 épisode(s)

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Épisode 4 : Savoureux... j'ai envie de te goûter

On était donc samedi.

Elle, B., était devant son ordi, à la recherche d’un texte qu’elle aurait pu lire pour l’émission des « Coquineries littéraires » du mercredi soir suivant. Elle surfait, sans trop savoir ce qu’elle voulait. Elle aurait à intercaler sa lecture entre un extrait du Kama Sutra qui parlait de fellation et quelque chose de Colette.

Quant à lui, Arthur, il errait tranquillement sur le net. Il avait en projet de la mener dans des voies bien déterminées. Elle voulait jouer ? Et bien, elle allait être servie. On s’en tiendrait au virtuel, encore, toujours, mais ce n’était pas pour cela qu’on ne pouvait pas pousser la demoiselle dans ses retranchements les plus profonds. Et question de profondeur, il s’y connaissait. Il n’avait pas envie, par contre, d’être trop insistant et au prix d’un effort terrible, il décida de ne pas entrer en contact avec elle d’ici l’émission suivante. Mais ensuite…

Leur dernier échange datait de la veille. Cela leur avait donné faim à l’un comme à l’autre.

En découvrant le passage du Kama Sutra qu’elle aurait à lire, elle soupira. Hmmmm : ce langage, cette manière de décrire. Elle n’aurait aucun mal à être coquine, juste ce qu’il fallait, pour que les auditeurs soient émoustillés. Quant à l’extrait de Colette, c’était une histoire d’initiation comme elle les aimait. Aucun souci non plus. Il lui restait à trouver « la » perle rare, un texte intelligent, sulfureux à la limite du cru… de préférence écrit par une femme. Il était plus difficile pour elle de se mettre dans la peau d’un auteur masculin. Elle mit la main sur quelque chose de très beau : intense, profond, de pas très long mais cela suffirait certainement à attiser le désir de ses auditeurs. Elle n’avait aucune idée de l’identité de celui ou de celle qui mettrait l’émission suivante en ondes mais se dit que si c’était « son savoureux », les choses seraient parfaites.

Elle s’installa dans son divan en rêvant à ces deux hommes : Arthur le flamboyant et ce sonorisateur dont elle ignorait le prénom.

On arriva rapidement au mercredi suivant. Il avait neigé pas mal. Il faisait froid aussi.

Lui, il rejoint l’immeuble de la radio, monta les escaliers quatre à quatre parce qu’il était presque en retard et que l’ascenseur mettait décidément trop de temps à arriver. Il entra dans le studio minuscule et prit place derrière sa console. Il était 21h. Il aurait deux émissions à sonoriser, ce soir. Dans la première, des « gens de la nuit » parfaitement inconnus venaient présenter leurs œuvres … Pour la deuxième… Hmmm, rien qu’à y penser, il se rappelait des émois que la « voix » avait provoqués en lui. Serait- ce pareil cette fois- ci ? Qu’allait- elle lire aujourd’hui ? Le regarderait- elle encore comme le mercredi précédent ? Serait- il troublé ? A nouveau ?

Elle arriva au bâtiment de la radio avec les joues rouges (était- ce l’excitation ou autre chose ?). Elle portait un manteau noir, un petit chapeau et de jolis gants. Elle avait particulièrement soigné sa tenue. Elle voulait en mettre plein la vue à son savoureux. Bien sûr, Arthur était toujours dans ses pensées. Et d’ailleurs, elle lirait pour lui aussi : des envies de... Enfin, on n’en était pas encore là. Il fallait d’abord prendre l’ascenseur jusqu’au 3è étage, retirer manteau, chapeau et gants, s’installer face au micro et ensuite… vérifier qui s’occuperait du son durant une heure. Elle avait le cœur un peu battant.

Personne, il n’y avait personne derrière la console. Mais enfin, ce n’était pas envisageable, ça, tout de même… Elle entra dans le studio et commença de fouiller dans son sac à la recherche des textes qu’elle allait devoir lire, la bouche collée au micro susurrant des choses excitantes. Elle était toujours en train de fourrager quand il y eut un bruit léger : quelqu’un qui entre, qui prend place sur une chaise, celle de la console, elle la reconnaissait au petit grincement des roulettes. Le quelqu’un lui dit d’une voix un peu étranglée : « Bonsoir ! ». Elle reconnut le ton hésitant et relevant la tête très lentement… c’était son savoureux. Intérieurement, elle battit des mains. Elle savait que ce soir, ce serait particulier. Arthur serait tout ouïe chez lui et celui- ci, il allait être troublé en direct : elle pourrait voir son désir et moduler éventuellement sa manière de lire. Elle lui répondit brièvement, n’osant trop en faire de peur de provoquer des catastrophes. Elle reprit donc ses recherches dans son sac : il y avait un tel fourbi là- dedans. Et puis, cela lui donnait le temps de regarder le bas du corps du beau jeune homme sans se faire remarquer.

Quand elle releva enfin vraiment la tête, ses joues étaient très roses. Il le remarqua immédiatement. Un voile de trouble s’était abattu sur eux.

Elle commença par le Kama Sutra. La lecture durait deux minutes, juste deux minutes. Mais c’était si excitant. Elle introduisit la chose de manière très soft. Cela parlerait de sexe oral. On pense toujours que le Kama Sutra, c’est quelque chose qui concerne des positions toutes plus tordues les unes que les autres. En fait, c’est simplement un « traité » pour faire l’amour et donner du plaisir à celui qu’on aime de la manière la plus sensuelle possible. Susciter le désir aussi, et ces instructions pour pratiquer une bonne fellation en étaient la preuve. Les étapes se succédaient. Au moment où elle parla du « baiser » (prendre le pénis dans sa main et l’embrasser comme on embrasse une lèvre inférieure), elle entendit un petit bruit mouillé : son vis-à-vis se mordait la lèvre inférieure, les yeux dans le vague. Il était à nouveau sous le charme de sa voix. Et quand elle termina par la « promesse » (selon le souhait pressant de l'homme, la femme absorbe maintenant le sexe tout entier comme si elle désirait l'avaler et le presse jusqu'à l'orgasme), elle pouvait distinguer le bout de sa langue entre ses lèvres.

Faire redescendre un peu les choses, se recentrer sur son boulot d’animatrice radio.

« Vous avez prévu… ?

- Oui oui. Du jazz, avec du sax. Ça convient ?

- Parfaitement. Ne dit- on pas que le sax est l’instrument sensuel par excellence ?

- Il paraît, oui »

Ses joues à lui étaient écarlates. Si elle avait su. C’était charmant.

Elle se demandait comment Arthur prenait les choses. Il devait être à l’écoute de l’émission. Sa voix à elle trahissait- elle le trouble régnant dans le studio ? Elle n’en avait pas envie. Mais elle était consciente, d’un autre côté, que son auditeur serait excité de la savoir frétillante… Il ne savait toujours pas pourquoi, la semaine précédente, sa lecture avait été différente des autres soirs.

Elle repensait au mercredi où, à la place du monsieur un peu rond avec des lunettes et des cheveux foncés, elle avait découvert ce jeune homme troublant et troublé. Elle s’était souvenue de ce qu’elle avait imaginé, qu’il avait pratiquement l’âge de l’Adrien de Clarissa Rivière, et ça l’avait émue. Et puis, de sa poitrine qui se soulevait quand elle avait parlé de 69, et ça, ça l’avait vachement excitée…

La musique d’interlude avait pris fin. Elle entama donc la deuxième lecture, celle de Colette. Cette fois, les deux textes choisis par le programmateur, même s’ils n’étaient pas actuels, avaient tout de même l’heur de lui plaire. Le sexe oral et l’initiation étaient ses deux thèmes favoris.

Quand elle avait découvert le passage qu’elle aurait à présenter, elle s’était sentie très émoustillée. D’abord par le sujet. Il était clair que cette histoire à trois, impliquant un couple et un cousin du monsieur, beaucoup plus jeune, était un vrai dépucelage, autant intellectuel que sensuel, sexuel, même. Ça ne « faisait pas dans la dentelle ». Le personnage féminin n’était pas avare de descriptions de son anatomie, avec un vocabulaire imagé, cru, à la limite du vulgaire. Mais parfois, il était bon de « bousculer les esprits et les tempéraments tièdes », non ? C’est peut- être ce qu’il se passerait ce soir- là, dans le studio.

« Ma garce se pâmait de sa propre luxure :

— Va, disait-elle, regarde... regarde bien... ça me fait jouir !... Est-ce cochon, hein, de te montrer mon con que ta mère a tant de fois bouffé... ce gentil conin, avec le joli petit trou qui est par-dessous ?... Baisse-toi... Tiens, regarde-le !...

Elle replia une jambe sur l’épaule de René, se tourna de côté pour dégager la raie du derrière dont sa main débusqua la rosette de bistre.

— Baise, mon chéri... Baise le petit trou du cul !... »

Bon dieu, ce que c’était grivois… et excitant. Les mains de son savoureux avaient quitté la console. Comme la semaine précédente, elle ne pouvait les voir. Rhaaaa, si la table avait pu être transparente… Elle imaginait ses doigts à lui, qui passaient et repassaient sur les coutures de son jeans, entre ses jambes. Il n’oserait certainement pas les laisser s’aventurer ailleurs.

Elle continua.

« Elle lui avait passé sa jambe gauche en collier, et paresseusement adossée, les deux bras sous sa nuque, elle balançait sa motte aux coups de langue du gamin.

— Mais, c’est qu’il sait faire, le vicieux !... Ah ! qu’il suce bien !...

Elle ne fut pas longue à jouir.

— Plus vite !... plus vite !... Mets ton doigt dans mon cul... Ah !... ah !...

Elle agita son ventre.

— Ah ! ça y est !... ça y est !... gémit-elle dans son étreinte de ses jambes autour de la jolie tête.

Au même moment, je sentis la petite queue se gonfler, quelques gouttes chaudes perlèrent sur mon pouce et le gosse tituba.

— Vite, viens me le mettre, dit Colette qui l’attirait à elle. »

Il y eut un mouvement du doux jeune homme. Il fit tourner le siège se trouvant derrière la console de quelques centimètres et écarta davantage les cuisses. De sa chaise à elle, elle pouvait voir le jeans gonflé, juste à l’entrejambe. Sa tête à lui, renversée, son souffle court, ses yeux fermés, ses mains qui étaient sur ses cuisses et qui les serraient… L’extase le reprenait. Ses mots ? Sa voix ? Elle ne le saurait sans doute jamais… ou du moins, pas tout de suite.

« Debout, tourné vers elle, il lui pointa son vit à hauteur de la bouche.

— Oh ! ce chibre mignon ! Tiens, mon gosse, plante-le dans ma bouche !... »

Cela termina sa lecture de Colette. C’était vraiment ce dont elle avait envie avec lui… Elle imaginait son membre adorable, sentant le propre. Son savoureux, qui aurait eu bon goût dans les deux sens du terme…

Il restait une lecture… Il eut toutes les peines du monde à mettre en route le deuxième interlude alors qu’il n’y avait que la souris de l’ordinateur à déplacer un peu et puis, cliquer sur ENTER. Heureusement, la piste était prête.

A nouveau du jazz mais avec une chanteuse et du piano, cette fois. Elle ne reconnut pas de qui il s’agissait. Elle lui poserait la question après l’émission.

« J’ai envie de te lécher ce matin. Je te regarde dormir d’un air tranquille et sourire dans tes rêves. »

Ça commençait bien… doucement, avec tendresse, mais très sûrement…

« J’ai envie de prendre ton sexe dans ma bouche alors qu’il est au repos. Je veux le saluer. »

Était- ce vraiment ce dont elle avait envie avec lui ? Était- ce une proposition déguisée ? Mais, pourquoi déguisée, au fond ?

Et cela continuait. Après quatre ou cinq autres paragraphes commençant chaque fois par « j’ai envie », cela se terminait par… Ils en frissonnaient tous les deux :

« J’ai envie de cette envie. De celle qui t’apaise et me calme tout en créant d’autres répliques sismiques. Les vibrations annoncent la jonction des possibles et je choisis avec soin le tissu du drap qui caressera ta peau. Tu prends une place immense même quand je me couche seule. Et, demain, je me réveillerai à nouveau avec l’envie de toi. »

Pour les dernières phrases, celles qui parlaient de « place immense » dans un lit vide et d’envie du lendemain matin, au réveil, c’était peut- être un peu exagéré puisqu’ils ne connaissaient de l’autre que les troubles provoqués par les mots. Mais pour le reste, pour l’envie de l’envie qui apaise et calme… Et puis, l’histoire des vibrations, ça pouvait être pas mal non plus.

Ils reprirent leurs esprits avec difficulté. Le générique de fin de l’émission était programmé lui aussi et c’est dans de longs soupirs qu’ils levèrent enfin les yeux et se regardèrent. Lui, toujours assis, les mains sur les cuisses. Elle, assise aussi, les doigts tripotant nerveusement la feuille qu’elle venait de lire.

Qu’allait- il se passer à présent ? Tant de frissons les liaient. Tant de choses retenues leur vrillaient le ventre. Tant de désirs sourds – et muets. Tant d’excitation. Simplement entre les mots…

Ils se levèrent, gênés tous deux. Elle reprit son manteau et son petit chapeau. Il l’aida à se rhabiller, sans un mot. Ses mains étaient longues et fines, et douces, si douces, quand il chercha à replacer une petite mèche de cheveux de « la voix » dans son couvre- chef un peu petit… Il ramassa ses gants qui étaient tombés au moment où elle avait attrapé son manteau et les lui tendit. Elle effleura sa main. Elle se demandait s’il ressentait la même chose qu’elle : une envie irrépressible de le connaître autrement. Elle avait peur de se lancer à corps perdu dans une histoire ratée d’avance. La différence d’âge, c’était ce qui l’angoissait le plus. Bien sûr, elle était attirée par les hommes plus jeunes qu’elle, et pas de 3 ans, non, bien davantage. Mais à quoi cela mènerait- il ?

Elle attendit qu’il endosse sa veste en cuir. Ils se dirigèrent vers l’ascenseur, silencieusement.

Au pied du bâtiment de la radio, elle appela un taxi. Lui, il reprit sa petite voiture grise au parking. Il en avait pour une petite heure pour rejoindre son appartement. Pour elle, ce serait plus rapide : elle avait hâte d’être chez elle, devant son ordi, pour savoir si Arthur avait laissé un commentaire ou un message privé sur le site de l’émission.

« Je suis certain que votre trouble n’était pas feint ce soir, pendant les « Coquineries Littéraires ». Racontez- moi vos émois, ma chère. Demain, vous voulez ? »


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