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Épisode 4 : Dans les méandres d’Internet

Deux mois passèrent sans que nous ne fassions allusion autrement que succinctement à l’interlude qui avait relancé notre sexualité.

Audrey avait changé, profondément. Elle qui était d’une pudeur extrême jusqu’à l’épisode que nous avions vécu avait repris confiance en elle et en son corps. Et cela se ressentait. Fini les petits coups rapides en allant se coucher sans enlever le haut de son pyjama. Nos étreintes étaient plus passionnées, et elle ne manquait pas une occasion de se dévêtir lorsque nous étions seuls, prenant même du plaisir à jouer avec moi.

Mais si notre expérience l’avait profondément marquée, elle, cela avait aussi eu un impact sur moi. Je la désirais plus encore, et plus souvent, même si cela revenait à dire tout le temps. Cependant, je ne pouvais abandonner l’idée de la voir avec un autre homme à nouveau. Deux mois. Deux mois durant, je parvins à garder le silence. Jusqu’à ce qu’enfin, j’ose lui poser la question, un soir où nous étions nus, l’un contre l’autre à nous caresser.

- Tu aimerais recommencer ?

- Recommencer ?

- Coucher avec un autre.

Elle inspira longuement interrompant ses caresses.

- Je ne sais pas. C’était très bien, mais c’était sur le moment. D’ailleurs on a eu de la chance, ça aurait pu très mal se passer.

- C’est vrai, pourtant le lendemain…

- Oui, c’est vrai. Mais c’était avec les mêmes personnes, pas dans le même temps mais presque. On n’était pas chez nous. Je ne sais pas. C’est vrai que c’est très excitant, mais il faudrait le prévoir, trouver la bonne personne ou les bonnes personnes, il y aurait moins de magie.

- Chercher des partenaires pourrait être amusant aussi.

- Hmm. Comment on ferait, sur les sites de rencontres ?

- Oui, pourquoi pas. Et sur des sites coquins je suppose. On pourrait s’inscrire pour voir ce que ça donne.

- Je ne sais pas, vraiment. Tu en as envie ?

- Oui. Te voir avec un autre, c’était… je ne sais pas l’expliquer. J’avais peur, j’étais jaloux, c’était comme si un gouffre s’ouvrait en moi, et que l’excitation… non, pas l’excitation, une sorte d’extase. Oui, comme si l’extase le remplissait tout entier ce gouffre.

- Je n’y suis pas vraiment opposé, c’est juste que je ne suis pas sûre que ça me plaise comme la première fois. Et puis, toute cette recherche, j’ai peur que ça me coupe plus l’envie qu’autre chose.

- On peut essayer, ça peut être marrant. On n’est obligé de rien, et tu es la seule qui décide.

- Et toi ?

- J’ai toujours su que te savoir heureuse me suffirait. Ça n’est pas différent.

- Bon… ok. Essayons.

- Tu es sûre ? Je ne veux pas que tu le fasses pour moi.

- Non. Je t’aime, mais ce n’est pas quelque chose que je ne ferai que pour toi. J’en serais incapable. Et puis, c’est quand même terriblement excitant, dit elle en me prenant dans sa main.

Nous fîmes l’amour et nous endormions, encore l’un dans l’autre. Encore quelque chose qui avait changé en elle, nous n’utilisions presque plus de préservatif, auparavant elle ne se serait jamais endormie alors que mon sperme s’écoulait de son sexe.

Les couples débutants qui souhaitent s’essayer à l’échangisme sauront de quoi je parle lorsque je dis que trouver des partenaires sur Internet n’est pas chose facile. Y compris sur les sites spécialisés.

Entre les hommes qui se font passer pour des femmes ou des couples, les lourdauds incapables de se rendre compte que la grossièreté n’a rien d’excitant quand on n’en est qu’à la recherche, les faux comptes ou les comptes de « professionnelles », les mineurs qui cherchent des dialogues coquins, les frustrés ou que sais-je, il est parfois dur de ne pas se décourager. Pourtant, cela restait pour nous la meilleure option. Nous ne tenions pas à retourner en club, nous savions la chance qui avait été la nôtre que notre première expérience se passe bien et reste discrète, nous ne voulions pas tenter le diable et préférions choisir la ou les personnes avec qui renouveler l’aventure.

Quelques contacts s’avérèrent amusants tant ils étaient pathétiques ou puérils. Audrey eut, un soir, une conversation avec un homme qui ne comprenait pas que nous puissions chercher des partenaires alors que nous étions en couple. Lorsqu’elle tenta posément, respectueusement, et calmement de lui faire comprendre que cela ne le regardait en rien, il changea du tout au tout. Il devint si violent et vulgaire dans ses propos que ç’en était hilarant. Un autre entama notre premier tchat avec lui par un « Bonjour salope ». Devant notre silence, ses répliques qui suivirent furent un florilège de stupidité et d’immaturité. « Tu me réponds pas tu dois sucer la queue de ton mec » « je suis dispo si tu veux que je vienne t’enculer pour te faire gueuler comme un truie »… tout cela bien sûr dans une orthographe et une grammaire étrange.

Non, la recherche n’est pas chose aisée, moins encore lorsque l’on manque d’assurance et qu’on débute.

Pourtant, après quelques semaines, nous avions retenus une poignée de comptes qui nous semblaient sérieux et présentaient peu de risque, trois hommes seuls et deux couples. Je n’étais pas très à l’aise avec l’idée d’une nouvelle expérience avec un couple. Ce n’était pas que j’avais perdu mes moyens en voyant ma femme avec un autre homme, je n’avais pas eu de problème d’érection, bien au contraire, mais je n’avais pas ressenti plus d’envie que ça pour la femme qui s’offrait à moi. Ni plus de plaisir. Cela avait blessé Stéphanie, et joué dans son comportement plus brutal le lendemain. Sans compter que la perspective de renouveler l’expérience avec une femme ne tentait pas Audrey. Soucieux que le moment soit agréable pour nous deux ainsi que pour notre ou nos partenaires, nous préférions nous contenter tout du moins dans un premier temps de rencontrer un homme seul.

Franck avait 45 ans, soit une dizaine d’années de plus que nous. Ça paraît n’être rien, mais son expérience et son âge, en faisait, tout du moins à nos yeux, un candidat plus apte à la mesure et au respect. Avant de nous décider à le contacter pour de bon en visio, nous nous renseignâmes auprès d’autres contacts – ce qui entraina de nouvelles vérifications pour être certains de leur identité – tentant d’en apprendre un peu plus.

Une nouvelle fois, il nous fallu toute une préparation avant de consentir à une discussion « live » par webcam. Nous étendîmes un drap au-dessus de notre tête de lit et enfilions nos masques vénitiens achetés pour l’occasion dans le but de ne pas être reconnu au cas où la personne que nous découvririons nous connaisse de près ou de loin.

Enfin le moment vint. Nous étions à la fois très tendus et excités par la situation. Nous avions convenu que nous serions habillés pour commencer et laisserions la situation évoluer au gré de nos envies, ou de l’absence de celles-ci.

L’ordinateur s’alluma et presque aussitôt l’appel visio retentit. Franck était bel homme. Ses cheveux aux tempes grisonnantes étaient coupés courts, ainsi que sa barbe, n’étaient pas pour déplaire à Audrey.

Nous échangions quelques banalités, mais bien vite il fallut se décider à passer à l’étape suivante, nous savions tous les trois pourquoi nous étions là. Je regardais Audrey lorsqu’il proposa que nous enlevions chacun un vêtement à notre tour. Il commença avec sa chemise. Ses épaules étaient massives, il était mince, mais ses muscles dessinés ondulaient avec grâce sur son torse épilé. Je n’étais pas vraiment à l’aise avec mon ventre naissant, mes poils et mes pectoraux inexistants mais retirait mon tee-shirt. Le tour d’Audrey vint, et elle ôta par dessus son masque tee-shirt et soutien-gorge.

- Ça va ? Pas trop déçu par la taille de mes seins ?

- Non, pas du tout. Ils sont très mignons en plus. Qu’est-ce que j’enlève à présent ? Pantalon ? Ou pantalon et caleçon ?

- Hmmm… pantalon et caleçon, dit elle.

Franck dévoila un sexe rasé aux dimensions colossales à demi bandé. Audrey fit les gros yeux, et j’eus tout à coup du mal à avaler ma salive. À côté de lui, je devais ressembler à un enfant. Il remarqua immédiatement notre trouble.

- Oui, je sais, il y en a que ça peut impressionner.

- Comme je les comprends.

Et je les comprenais aussi.

- Rassures-toi, d’expérience, je peux te dire que la taille n’a pas d’importance tant que l’envie est là.

- Je veux bien te croire, mais j’ai quand même une petite appréhension.

- Je t’assure que tu n’as pas à t’inquiéter. Et quoi qu’il en soit, si quoi que ce soit ne va pas, tu es libre de me demander d’arrêter. Je ne force personne, à moins qu’on ne me le demande explicitement.

- Non, ça, c’est pas notre truc, dis-je aussitôt.

- Pas de problème avec moi là-dessus. C’est Madame qui décide, elle et seulement elle.

Audrey parut satisfaite de sa réponse.

- En tout cas, tu as un… une… un bel organe.

- Merci. Mais je comprends que ça puisse faire peur.

- Oui, je confirme. Mais il… elle est très belle, dit Audrey en passant une main sous mon caleçon.

- Merci encore. Hé, c’est à vous maintenant.

J’ôtais mon pantalon et mon caleçon et Audrey fit de même sans attendre son tour. Elle posa aussitôt une main sur mon sexe que Franck ne voyait pas dans l’œil de la caméra.

- Et maintenant ? demanda-t-elle.

- Et bien, je ne sais pas, comme vous voulez. On peut décider de se voir ou pas. Ou bien on peut s’amuser un peu avant de se décider, comme vous le souhaitez.

- À vrai dire, on a déjà commencé, dit Audrey en tournant l’écran du Mac sur mon sexe que sa main caressait.

- Ça vous ennuie si je fais pareil de mon côté ?

- Absolument pas. Tu veux qu’on te motive un peu ?

- Pourquoi pas ?

- Qu’est-ce qui te plairait ?

- Disons… une fellation ?

- Très bien.

Audrey déposa l’ordinateur sur le lit, face à mon sexe et vint me prendre dans sa bouche face à l’écran afin que Franck ne perde pas une miette de la gâterie qu’elle m’offrait.

- Tu bandes ? demanda-t-elle entre deux caresses de sa langue.

- Oui, rit il.

- Fais voir !

Franck se leva et dévoila son sexe de star du x, parfaitement épilé et tendu à présent.

- Elle est vraiment énorme… me chuchota-t-elle.

- Qu’est-ce que tu en penses ? Ça te fait peur ?

- Un peu… je sais pas. On peut essayer, on verra bien. Il a l’air gentil.

- C’est toi qui décides.

Franck se rassit face à son écran.

- On se demandait si on allait continuer.

- Et ?

- Je ne suis pas convaincue, j’ai un peu peur.

- Je te l’ai dit. Aucun problème pour moi. Ça m’est déjà arrivé de ne pas aller au bout de rencontres à cause de ça. Quoique la majorité des hommes en pensent, avoir un gros sexe n’est pas un avantage.

- Je me doute.

- Sincèrement. Si tu ne le sens pas…

- Je crois que je le sentirais, sourit-elle.

- Ce n’est pas ce que je voulais dire, rit il.

- Je sais, minauda-t-elle mon sexe dans la bouche.

- Si tu te sens mal à l’aise, si je te fais mal, ou simplement si tu n’as pas envie, ça peut arriver aussi parfois sur le moment, tu n’as qu’un mot à dire et nous arrêtons tout.

- Et bien… pourquoi pas. Oui, pourquoi pas, alors. C’est d’accord.

- J’en suis très heureux. Et honoré de votre confiance à tous les deux.

- Comment fait-on ?

- C’est vous qui décidez. On n’est pas trop loin les uns des autres, on peut se retrouver chez moi, chez vous, ou faire la moitié du chemin par exemple et se retrouver dans un endroit neutre.

- Un hôtel ?

- Pourquoi pas.

Elle me regarda, et j’acquiesçais en silence.

- Très bien, ne reste plus qu’à trouver où.

- Ce que je vous propose, c’est de vous en charger, comme ça vous choisissez. Vous n’aurez qu’à m’envoyer le nom de l’hôtel et l’adresse ainsi que l’heure de notre rendez-vous le matin du jour que vous aurez décidé.

- Ça marche. Tu veux nous regarder encore ?

- Avec plaisir.

Elle glissa alors sur moi, m’offrant son sexe à déguster tandis qu’elle s’affairait sur le mien sans quitter l’écran des yeux. Je m’attendais à ce qu’elle déborde d’envie, mais il n’en était rien. Si elle était visiblement très excitée, cela n’avait rien à voir avec ce que nous avions vécu avec Antoine et Stéphanie. Je ne m’acquittais de ma tâche qu’avec plus de ferveur, plongeant mes lèvres et ma langue avec délectation dans son abricot délicieux. Il ne me fallut toutefois pas longtemps avant de récolter les fruits de mon ardeur, elle était à présent inondée, et ne tarda pas à me demander que mon sexe remplace ma bouche. « Comme ça ? » « Oui. » souffla-t-elle.

Ordinairement, elle n’était pas friande de levrettres enflammées, peut-être m’étais-je trompé sur son état d’excitation. Quoiqu’il en fût, malgré mes propres efforts pour ne pas me répandre en elle trop vite, elle ne quittait pas l’écran des yeux. Lorsqu’il jouit enfin, je me laissais aller de même en joignant des caresses sur son clitoris jusqu’à ce qu’elle nous rejoigne enfin. Franck nous remercia cordialement, et nous demanda de le tenir au courant aussitôt que nous aurions pris notre décision.

Une fois l’ordinateur éteint, le drap rangé, nos sexes épongés et nettoyés, nous nous couchions aussitôt. Audrey semblait soucieuse.

- Qu’est-ce qui ne va pas ?

- Je ne sais pas, des fois je me dis que ce qu’on est en train de vivre est étrange.

- Tu veux qu’on arrête ?

- Pas forcément. La question ne s’est pas posée la première fois, tout est arrivé très vite, sans que nous y réfléchissions. Et j’y ai pris du plaisir. Là, c’est différent. C’est prévu, moins…

- Excitant ?

- Libre, je dirai. Plus figé. Nous savons où ça va se passer, avec qui, comment… Peut-être que j’ai besoin que les choses soient plus spontanées.

- Je comprends, mais le côté spontané, c’est aussi moins sûr, beaucoup plus dangereux pour parler franchement.

- Je sais. Et je n’ai pas envie qu’on se retrouve dans des situations bizarres ou trop extrêmes. Mais la part d’inconnu… je trouve ça excitant.

- Il te plait ? Enfin, je veux dire, il t’attire ? Je ne veux pas qu’il te plaise trop non plus, hein. C’est juste qu’il faille que tu aies envie de lui.

- Oui, il me plait. Moins que toi bien sûr, et toi je t’aime. Je trouve juste ça un peu trop « téléguidé ».

- Je comprends. On est toujours à temps de ne pas donner suite si tu préfères.

- On peut essayer, on verra bien. Ça a l’air d’être un gentil garçon.

- C’est vrai. C’est peut-être ça qui te manque, un côté « ce qu’on fait n’est pas sage, je ne veux pas de garçon sage ».

- Peut-être. Ou peut-être pas. On se laisse quelques jours avant de décider ?

- Pas de problèmes. Et ne te sens pas obligé de quoi que ce soit, ni vis-à-vis de lui, ni surtout vis-à-vis de moi. Je t’aime, c’est ce qui compte.

- Je t’aime.

Malgré mon rappel quand au fait qu’il ne s’agissait que de son plaisir et de sa décision, j’avais le sentiment qu’elle se contraignait quelque part à cette nouvelle expérience, et décidais donc de ne pas revenir dessus. Ce fut-elle qui le fit.

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