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Épisode 15 : Un beau moment

Les jours passèrent, et Audrey se faisait plus câline qu’à l’accoutumée. Cela ne se traduisait pas toujours par du sexe, mais elle me cherchait tout le temps, ne fut-ce que du regard. Lorsque je lui demandais des explications en plaisantant, elle m’avoua se sentir coupable de ce qu’elle nous avait fait subir à Kévin et moi.

Kévin avait été puni, même si cela c’était bien terminé pour lui, mais elle avait la sensation de m’avoir lésé dans cette dernière étreinte. J’eu beau la rassurer, faire de mon mieux pour lui expliquer que je ne m’étais senti ni frustré ni trahi, rien n’y changea. Peut-être cela avait-il à voir avec cet autre homme, peut-être se sentait elle encore coupable.

Deux semaines plus tard, elle m’accueillit avec un sourire taquin. Elle m’avait préparé une surprise. Les enfants n’étaient pas là et tout ce qu’elle consentit à me dire fut que nous partions pour la soirée. Je devais prendre une douche et me ceindre les yeux d’un foulard. Elle me fit monter dans la voiture, visiblement très excitée et amusée de la situation et nous partions, roulant sous les étoiles.

Le trajet ne dura pas longtemps, et ce fut heureux car elle refusait obstinément de me dire où nous allions. Elle me fit descendre de voiture, me guida, sa main dans la mienne, et ouvrit la porte. Me précédant à l’intérieur elle m’embrassa, me caressant à travers mon pantalon et me susurra à l’oreille : « tu vas compter une minute à haute voix et lorsque tu achèveras ton compte, tu ôteras ton bandeau. » Elle m’embrassa sur la joue et disparue alors que j’entamais mon compte.

La minute passée, une éternité en réalité, je soulevais mon bandeau et découvrais une maison inconnue. Devant, au sol, une lettre manuscrite, quelques pas plus loin gisait le débardeur qu’elle portait lorsque nous étions partis. « Mon amour, suite à notre dernière escapade, je voulais te remercier de ta patience, de ton amour et de tout ce que nous partagions. Je voulais un moment pour toi. Suis la piste qui s’étend devant toi maintenant. Tu n’as qu’une chose à faire, ôter un vêtement chaque fois que tu en trouves un. Oh, et emporte le bandeau avec toi, il pourrait encore servir. Je t’aime, Audrey. » Je tremblais d’excitation.

Audrey n’avait jamais été très imaginative, il fallait bien se rendre à l’évidence, ce que nous vivions ces derniers mois n’avaient pas seulement libéré la femme que j’avais toujours vu en elle, mais aussi une imagination que je soupçonnais pas.

Je m’exécutais donc, à la recherche de ma femme dans une maison que je ne connaissais pas, et déjà presque nu en pénétrant dans le couloir qui menait manifestement aux chambres à coucher. Je retirai mon caleçon et le posait sur son string qui gisait au sol devant la porte de l’une d’entre elle, ornée d’un grand lit, dans lequel une forme était dissimulée sous les couvertures.

Je m’agenouillais devant et tirant les draps pour révéler le corps de ma femme. Mais ce n’était pas Audrey. Elle était aussi blonde qu’Audrey était brune, belle oui, un sourire taquin sur le visage, j’eu à peine le temps de contempler son corps, abasourdi, désorienté, qu’Audrey se glissa derrière moi, écrasant ses seins dans mon dos en me serrant contre elle. « Surprise ».

- Je te présente Clémence, Marion lui a parlé de toi, enfin, de nous et elle était impatiente de faire ta connaissance.

- Enchantée, dit Clémence en se redressant sur ses genoux et planter un baiser sur mes lèvres.

- … moi aussi.

- On dirait bien, en effet, dit elle en entourant mon sexe de ses doigts.

Elle devait avoir une dizaine d’années de moins que nous, son visage délicat à la peau dorée et aux yeux bleu gris était une invitation au fantasme. Elle était plutôt fine, mais ses seins étaient ronds et pleins, son ventre plat, orné d’un piercing au nombril, sur son pubis une fine ligne de poils semblait marquer la direction à suivre, sur sa hanche droite un tatouage marquait un arrondi voluptueux qui dessinait un cul rond.

La salive me manquait et mon cœur faisait des bonds dans ma poitrine. Audrey frôla son buste en étendant le bras de derrière moi. « Clémence est toute à nous, et nous sommes toutes à toi, ce soir. Je t’aime. » Je me tournai la tête pour l’embrasser par-dessus mon épaule, et Clémence glissa aussitôt sur mon torse pour le couvrir de baisers chauds et humides. Le monde n’existait plus.

Ce n’était pas en soit le fait que deux femmes s’offrent à moi, c’était cette bande minuscule entre fantasme et réalité qui prenait vie, une vie qui lui avait été insufflée par nulle autre que la femme que j’aimais au-delà de toute barrière terrestre ou physique.

J’avais refusé de telles expériences par le passé, parce qu’il y avait tout au fond une histoire de pouvoir, de possession. Mais il n’y avait plus de barrières de ce type dans la relation que je vivais avec Audrey, simplement nous, et le reste du monde, le reste du monde qui ne nous atteignait que lorsque nous le souhaitions.

Ce cadeau qu’elle m’offrait, c’était au-delà d’une aventure et au fond, je savais ce qu’elle ressentait. Ce cadeau, ce n’était pas à moi qu’elle le faisait, c’était à Clémence, de lui permettre de se mettre entre nous un instant seulement. Ce n’était pas une affaire de domination ou de pouvoir ici, mais je savais qui était la Déesse à l’origine de tout cela, et Clémence le savait de même. Nous le savions tous deux. La Déesse, c’était celle qui me masturbait dans la bouche de Clémence, celle qui appuyait sur sa tête par intermittence, la guidait pour mieux me mener à l’orgasme. Je ne voulais pas jouir, je m’y refusais, pas avant d’avoir réellement pris part au jeu. Mais Audrey en décida autrement en se saisissant du bandeau que je serrais toujours contre moi.

Elle quitta mon dos et vint s’allonger tout près de Clémence. « Cache toi les yeux. » dit elle simplement. Lorsque ce fut fait, tout ce que je percevais, c’était l’avidité de leur bouche qui m’enserrait l’une après l’autre, plus goulue l’une que l’autre. Je savais qui était qui, je connaissais les lèvres de ma femme plus que nul autre, bien que d’autres s’y soient glissés, plus avant que moi. Je faisais semblant de m’abandonner au jeu. D’abord parce que c’était exquis, et puis, parce qu’il ne s’agissait que d’un jeu.

Je ne pus pourtant m’y résoudre trop longtemps et retirai bien vite le bandeau qui me privait de les voir s’activer sur moi. Et je découvris ce que je ressentais jusque-là sans le voir, Audrey, mon sexe entre les dents, Clémence, mes bourses entre les lèvres. Je découvris leurs mains qui couraient sur leur dos et leurs fesses. L’avidité de ma femme qui branlait Clémence sans que celle-ci ne me laisse échapper à ses lèvres. L’avidité de Clémence qui refusait d’abandonner mon membre, emportée par le plaisir que les doigts de ma femme insufflaient en elle. Leurs langues qui se mêlaient sur mon gland, leur salive qui se mélangeait.

Audrey fut la première à voir que j’avais ôté mon bandeau, dans un sourire, elle releva Clémence sur les genoux, la mettant en position de levrette, et vint derrière elle. Elle planta ses doigts en elle, et laissa dégouter de la salive entre ses fesses qu’elle étala de son autre main. Je ne voyais pas où ces doigts là s’activaient, mais au souffle de Clémence et à sa position, je pouvais le deviner.

Lorsqu’elle fut satisfaite du traitement qu’elle infligeait à son anus, elle libéra une de ses mains et saisit les cheveux de Clémence qu’elle relâchait par intermittence pour pousser celle-ci plus avant sur mon sexe déjà brillant de salive.

J’aurai voulu avoir deux sexes pour les baiser toutes les deux comme elles le méritaient, comme des reines, jusqu’à me fondre en elles.

Je faisais rouler Clémence sur le dos et mon sexe dans sa bouche, je montais sur le lit. J’embrassais ma femme au-dessus du ventre de Clémence. Comme je n’avais qu’un sexe, je n’avais qu’une bouche, et tout me semblait un choix Cornélien. Mes mains couraient partout sur le corps, avides, incapables de se décider. Audrey décida pour moi. Elle posa son bas-ventre sur celui de Clémence, passant ses jambes par-dessus les siennes et je pouvais me gorger de ma femme.

Je n’allais pas tarder à jouir entre les lèvres de Clémence et je n’en avais aucune envie. Je me retirais et l’embrassais à pleine bouche, elle qui m’avait si bien gâtée, elle qui s’effaçait devant ma femme pour notre plaisir à tous les trois.

Audrey eut la même réaction que moi et nous nous retrouvions tous deux entre les cuisses de la belle, partageant sa liqueur, nos langues courant partout de ses fesses à son ventre, la couvrant de nous.

Audrey m’attira en elle alors que j’embrassais le clitoris de Clémence, tandis qu’elle s’amusait des contractions de son anus déclenchées par le bout de sa langue. Clémence gémissait de plus en plus fort et lorsqu’elle fut au bord de l’explosion, Audrey me repoussa. Remontant le lit, elle vint s’asseoir sur le visage de Clémence et me saisit par la queue, enroula un préservatif autour de mon gland, et me guida jusque dans la charmante ingénue que nous partagions tous deux.

Je voyais les jointures des doigts de Clémence blanchir sur les hanches d’Audrey, serrer, et serrer encore pour retarder encore un peu l’orgasme qui venait. Le sentant, Audrey me repoussa à nouveau jusqu’à m’extraire de son sexe, et me faire entrer dans son petit trou. Clémence jouit presque aussitôt et je ne tardais pas à la rejoindre dès lors qu’Audrey enroula ses doigts autour de mes bourses, en me mordant les lèvres.

Notre amie devint alors une furie, léchant, suçant, introduisant partout où elle le pouvait en Audrey des doigts désordonnés, avides, soucieux et impatients de rendre ce qu’on lui avait offert. Les lèvres d’Audrey quittèrent les miennes pour hurler son plaisir et nous nous écroulions tous trois, pressés l’un contre l’autre dans une tendre étreinte.

Alanguis dans l’enchevêtrement de bras et de jambes que nous formions, la faim d’autres corps apaisée pour un instant, je me demandais si je ne rêvais pas. Étonnamment, bien que j’eus mille fois fantasmé de voir ma femme dans les bras d’un autre, vivre une étreinte avec deux femmes ne m’avait jamais paru aussi excitant, et je mesurais le poids de mon erreur.

Notre étreinte en avait tout dit. C’était d’une douceur surprenante, feutrée, soyeuse comme les peaux que mes mains recouvraient à présent. Tendre, même dans les moments les plus emportés. Les filles se chuchotaient des mots que je ne parvenais pas à entendre et lorsqu’elles se levèrent et me tirèrent chacune par un bras vers la salle de bain, je me sentais fort, désiré, et c’était bon.

Elles me lavèrent sous la douche avec application puis me proposèrent de m’asseoir pour les regarder se nettoyer à leur tour. Bien sûr, elles en rajoutèrent en postures, en caresses, en baisers, et bien sûr je bandais à nouveau. Mais elles n’avaient pas fini de jouer avec moi.

Nous revînmes tous trois sur le lit où elles me boudèrent et entremêlèrent leur corps, me dévorant du regard en riant. Elles ne me taquinèrent pas longtemps ainsi, Audrey vint se couler entre mes cuisses et entreprit une fellation des plus mutines, soufflant du bout des lèvres sur mon frein avant de m’avaler au plus loin qu’elle le put.

Clémence, elle plongeait amoureusement les mains dans l’entrejambe de ma femme, allongée sur le ventre. Audrey se faisait plus audacieuse, plus désordonnée, plus obscène, à mesure que Clémence introduisait ses doigts en elle, étalait sa semence jusque sur ses reins et venait s’en délecter sur sa rosette. Lorsque je manquais me répandre dans la bouche de mon adorée je me retirais d’elle et venait prendre la place de Clémence. Alors que nous la gâtions tous les deux, Audrey lui fit prendre ma place.

C’était la première fois que ma femme se laissait aller de cette manière avec une autre, et bien que les caresses qu’elle prodiguait n’eurent rien de sage, c’était d’un érotisme stellaire, d’une beauté déstabilisante. Je constatais une nouvelle fois que le fait de la voir avec un autre homme n’avait rien de particulier en soi, car d’autres hommes il n’y avait pas, non, c’était avec une femme qu’elle prenait son plaisir aujourd’hui et en donnait, beaucoup.

Mes réflexions avaient été vaines, mes questionnements idiots, il n’y avait aucune quête de pouvoir dans le « partage » de ma femme, l’objet de mon désir, de mon plaisir, c’était elle, et uniquement elle.

J’aurai pu les regarder indéfiniment. Mais pour Audrey, il n’en était pas question. « Baise moi » dit-elle en passant ses genoux sous elle pour relever sa croupe et me l’offrir. Je joui le premier dans un cri qui me surprit moi-même, mais je ne quittais l’antre d’Audrey pour autant, le plat du pouce appuyé sur le petit trou de son cul qu’elle tendait vers moi, l’autre main sur son clitoris, jusqu’à la faire jouir, fort, le visage contre le con de Clémence qui fini elle aussi par se laisser consumer par l’orgasme.

Cette fois, nous étions apaisés, étendus sur le lit, presque dans la position où nous avions jouit tout trois, séparés de quelques centimètres à peine, mais ensemble, comme si nous possédions même l’air qui régnait dans la chambre.

Ce fut Audrey qui bougea la première, elle vint s’allonger contre Clémence et la prit dans ses bras, l’embrassant passionnément, comme elle aurait pu le faire avec moi, comme elle le faisait parfois après l’amour leur corps épousant les courbes de l’autre.

Je les rejoignais et nous remercions tous deux notre hôte, la couvrant de baisers et de caresses. Je me rendis seul sous la douche cette fois, lorsque je revins, Clémence était allongée contre Audrey, la tête sur sa poitrine.

Quant à elle, ma femme enserrait mon amie de ses bras la tête dans ses cheveux. Il y avait une douceur entre elle que je n’avais jamais vu à ma femme avec aucun de ses amants, quelque chose de plus que seules les femmes sans doute peuvent partager simplement entre elles.

Je m’étendais contre elles deux dans une étreinte sage jusqu’à ce qu’elles se rendent à leur tour à la salle de bain. Cette fois, il n’y eut ni gémissements, ni caresses, simplement des rires et des discussions. Nos jeux avaient eu raison du feu qui nous consumait, il ne restait que la tendresse. Clémence nous raccompagna à la porte après que nous eûmes refusés avec politesse son invitation de rester dormir avec elle, nous avions besoin d’être seuls. Nous la remercions chaleureusement et sans ambiguïté du moment qu’elle nous avait offert et rentrions chez nous.

Une fois dans la voiture, et comme toujours nous revînmes sur la soirée que nous avions vécu. Audrey m’expliqua comment elle avait pris contact avec Clémence grâce à Marion, à travers Franck avec qui elle avait correspondu.

« Même si j’avoue n’avoir jamais été aussi jalouse que lorsque je t’ai vu avec Marion, il y avait quelque chose de beau dans votre étreinte, et j’avais envie de t’offrir cela une nouvelle fois en y prenant part. Même si je ne m’attendais pas à y prendre autant de plaisir ni à me laisser aller de la sorte… »

Elle ne semblait pas pouvoir se départir de son sourire. « Je crois que si je n’avais pas apprécié les caresses de Stéphanie par exemple, c’est qu’il y avait un conflit de pouvoir entre nous. Un pouvoir que je possédais, mais dont je ne savais pas me saisir. » C’est exactement ce que je pensais, comme si les évènements que nous avions vécus ne l’avaient été que pour que nous en soyons là aujourd’hui, pour révéler ma femme au grand jour. Dévoiler la Déesse que j’avais toujours vu en elle.

C’est étrange comme un « je t’aime » peut dire plus que ce que les mots ne disent ou taisent. Dans nos « Je t’aime », ce soir-là, il y avait des mercis, profonds, sincères, qui provenaient des fondations même de notre couple. Des fondations qui n’avaient cesser de s’étoffer, de se solidifier, à chaque nouvelle expérience. Et solides, il fallait qu’elles le fussent pour vivre sans se rompre ce que nous allions vivre par la suite.

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