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Avant de mourir

Le boulot, c’est de la folie en ce moment. Journaliste. Avec ce qu’il s’est passé en politique dans les six derniers mois, je suis cérébralement cuite ! Coups de fil, prises de contact, entrevues, duplex, voyages aux quatre coins du pays… Tout le monde a été mobilisé, bien évidemment, mais toute l’équipe n’a pas pu partir en vacances au même moment juste après la tempête, n’est-ce pas ? La presse ne s’arrête pas de tourner simplement parce que les élections sont finies, elle doit continuer de parler du reste de l’actualité, encore et toujours ! Alors, dans ma lassitude morbide au bureau parisien, j’ai fait mes réservations pour l’été, planifié mon petit voyage d’aventure dans l’archipel des Cyclades en Grèce, chez l’habitant, en bord de mer. Le dépaysement, la solitude, les beaux paysages, bref, le rêve ! Mon genre de vacances, riche en possibilités et aux résultats imprévisibles !

Toutefois, après avoir séjourné quelques jours sur place, ce n’étaient plus les rochers et les vagues qui attiraient le plus fréquemment mon regard, mais bien ce délicieux amour de vacances qui venait de naître. Le brave cinquantenaire moustachu divorcé chez qui je résidais -mmmh!- avait un jeune fils -je vous ai fait peur, hein?- pour l’aider avec sa modeste entreprise de plongée touristique -comprenez par là une vieille coque de noix à demi-rouillée et du matériel en passe d’être obsolète- qui, taillé comme le bel Adonis qu’il l’était, plongeait bien plus fréquemment à mes côtés que le pauvre monsieur Andropoulos et sa bedaine qui ne passait plus le rebord du bateau qu’une fois le pont abaissé à quai ! Luka était un beau brun, tant de chevelure courte que de peau bronzée, d’une récente et croquante vingtaine, plutôt fin, mais délicieusement musclé lorsqu’il maniait ses cordes et son matériel de plongée. Il collait parfaitement à mes griffes d’anglo-hispanique de 28 ans expatriée en France, autant que mes hanches de fond de sablier latin semblaient faites pour ses mains audacieuses, son regard noisette fasciné par mes saphirs, ses caresses perdues dans ma longue chevelure blonde en bataille et son souffle si doux lorsqu’il me murmure “Liliana”, mon prénom, avant de m’embrasser…

Et c’est bien là, le problème ! Il est beau comme un jeune dieu, et tout ce qu’il fabrique, c‘est de m’embrasser ! Je lui jette des regards depuis que je suis arrivée, exhibe mes plus beaux maillots sous son nez, me réjouissais qu’il se jette à l’eau -métaphoriquement, cette fois!- pour m’offrir ce petit souvenir impérissable de séduction estivale et… et quand passera-t-on enfin aux choses sérieuses ? Après tout, je n’ai que deux semaines de congé pour en profiter et, bien évidemment, ma dernière aventure remontait aussi à plus de six mois puisque j’avais tout mis en stand-by au profit du démon à l’appétit gargantuesque et infini que l’on appelle “carrière” ! Alors, tant pis ! Je prenais mon mal en patience en jouant les touristes avec lui, et c’était tout-de-même agréable ! Même sans sexe, j’aimais qu’il me transporte à travers tout le village à l’arrière de sa mobylette, pouvoir paresser sur son épaule, caresser ses abdos, les cheveux au vent… J’appréciais aussi l’heure de la sieste où, malgré une chaleur étouffante, je venais me presser contre sa peau moite et la caressais du bout des doigts pour qu’il me prenne, me jette sur lui et recommence ses langoureux baisers à n’en plus finir, à m’en faire gémir de frustration ou d’un simple plaisir des papilles… Et, bien sûr, n’est pas touriste celle qui ne passe pas du temps à dorer sur un caillou en bord de mer et se faire masser de ces mains délicieuses lorsqu’il m’étale l’huile sur le corps, à l’abri des regards et sans maillot, lorsque je lui demande, exige de lui qu’il masse fermement ma poitrine, mes cuisses pour me protéger et plus encore s’il le souhaite… Non mais franchement ! Qui résisterait encore, surtout dans une situation pareille ?!

Et enfin, entre la première et deuxième semaine, voilà que nous nous étions fortement éloignés des côtes pour aller explorer les panoramas d’une des 57 îles magnifiques à visiter, photographier, etc. J’avais, bien sûr, à mon agenda de ramener autant de photos que possible, ce qui est chez moi un gage de qualité lors de tout voyage et un plaisir à voir et à revoir lorsque j’avais besoin d’une bouffée d’air frais au bureau. Et oui, j’avais aussi un dossier caché pour les amours de vacances à remplir ! Cependant, je réalisais que nous n’allions guère voir grand-chose lorsque, à mi-chemin de notre destination, un horrible bruit de frottement se fit entendre sur la coque tribord, comme un raclement de rouille sur la roche. Je me souviens encore que je me serrais contre lui, ne jouait pas si sagement que ça du bout des ongles sur le rebord de son short lorsqu’il se raidit comme un suricate effrayé quand l’infâme son retentit et m’abandonna en un temps record, marmonnant son inquiétude pour se jeter sous la trappe derrière nous qui menait à la cale. Ce n’était clairement pas bon signe lorsque n’importe quel capitaine de bateau oubliait les affections d’une femme pour laisser libre cours à son inquiétude navale, alors je le suivis de même, descendant par la stupide trappe, puis le long d’une échelle :

— « Il y a un problème… ? », demandai-je prudemment à la créature excitée qui se retourna rapidement dans ma direction pour me crier :

— « Non, la trappe… » Ce fut tout ce qu’il était en mesure de prononcer avant que l’on entende un déclic se former à la fermeture du seul portail que je venais de franchir. Prise d’un doute, je poussais de la main pour essayer de la soulever à nouveau. Impossible. Je la secouais, puis tapais du poing pour essayer de la faire céder. Elle refusa toute négociation. Je cherchais une poignée du bout des ongles. Luka me tapota l’épaule avec ladite poignée qui lui était restée en main, avant de la jeter rageusement dans un coin, vacarme de colère cachant mal sa peur. Vaincue, je descendais de mon perchoir pour constater qu’il y avait une fuite manifeste par plusieurs petits trous distincts comme l’éraflure de carrosserie d’une voiture qui aurait trop fricoté avec le rail de sécurité en bord de route, fort peu d’objets en cale -ou du moins, rien d’assez bon pour colmater la brèche- et aucune autre issue. La cabine se remplissait graduellement d’eau, sans échappatoire autre que l’air qui filtrait par la trappe. La peur commençait à me prendre au ventre :

— « Dis, Luka… On ne va tout-de-même paaas- »

— « Mourir noyés parce que le bateau coule et qu’on est enfermés avec la fuite d’eau ? Si, absolument ! » D’entendre ces mots prononcés donna soudainement une forme très concrète à ma peur. Allais-je réellement connaître mes derniers instants, ici ? Maudite soit cette coquille de noix toute rouillée !

— « M-mais, il y a une brèche, non ? On pourrait l’élargir et sortir par là, à la nage ? »

— « Mauvaise idée. On n’a pas de quoi l’élargir complètement et tu risquerais de t’ouvrir le ventre ou la jambe en sortant par les rebords de fer déchirés, et tu ne gagneras pas la côte avec une hémorragie grave. De plus, on ne ferait que précipiter notre mort si l’on échoue. Non, il y a une balise de détresse à bord qui s‘est activée par sécurité suite à l’avarie. On peut juste… espérer que quelqu’un soit déjà dans les parages et nous trouve avant que l’on coule complètement. »

— « Ah. » C’est tout ce qu’il me vint. Je baissais les épaules, désemparée, me décalais sur le côté alors qu’il remontait à l’échelle, tapant du poing plus fermement que moi contre la trappe, tentant ce qu’il pouvait tenter. Plus il essayait, plus la trappe semblait gagner sur ses nerfs et l’inquiétude devint rapidement de la panique nerveuse. J’assistais impuissante au spectacle d’une bête prisonnière de sa cage qui lui semblait de moins en moins agréable à vivre, alors que j’avais de l’eau jusqu’aux chevilles.

— « Bon sang, maudit rafiot ! Et maudit soit mon père pour ne pas m’avoir écouté quand je lui disais qu’il fallait réparer cette trappe ! Et le sonar ! Nager en aveugle, c’est dangereux avec les récifs. Pfff, vieux têtu ! À cause de lui, je vais mourir vierge, étranglé par l’eau et- » Je le coupais net.

— « Attends… Vierge ? », soulignai-je en haussant un sourcil, tellement surprise que j’en oubliais, l’espace d’un instant, toute situation de mort imminente.

— « Euuuh, o-oui ? », répondit-il, gêné.

— « Tu es vierge… ? », insistai-je avec le besoin de confirmer l’information, peut-être une déformation professionnelle.

— « Bahh, tu sais, c’est un petit village et je n’ai jamais… Je n’osais pas te le dire… », admit-il, les joues rouges, ayant oublié lui aussi sa hargne à survivre pour se noyer de honte. Je fus prise d’un fou rire désemparé. Et moi qui pensais que j’avais un problème quelconque, qui remettait tout en question !

— « Ce n’est pas grave, tu aurais dû me le dire ! Je n’osais pas t’en parler, mais, hm… enfin, je pensais que tu temporisais pour l’une ou l’autre raison… plus grave, disons ! Quoique cela ne change pas grand-chose à notre situation désespérée ! », opinai-je, me rappelant soudainement le bourbier dans lequel nous étions alors que l’eau caressait la moitié de mes mollets. Je soupirais, et m’approchais de lui pour me blottir dans ses bras, cherchant à le rassurer -et me réconforter par la même occasion- en levant le nez vers son visage. « Rien ne va changer notre situation, j’imagine. Et tu… ne veux pas mourir vierge, tu disais ? » D’un coup, il sembla d’autant plus confus, et sa voix baissait même d’un ton.

— « Hé bien… Je… Ça m’a toujours chipoté de savoir, mais… je ne sais pas, j’espérai rencontrer une autre fille que celles de mon village, comme une belle américaine, le genre que l’on voit dans les films ! Celles que je connais par ici, elles sonnnt… Et puis, tous les garçons leurs courent déjà après, et faut affronter leurs parents qui sont très vieux-jeu et… et si ça ne marche pas, après… », étala-t-il nerveusement. Je le fis taire d’un doux baiser, promptement pressé contre ses lippes tremblantes. Il m’avait souvent embrassé et initié l’embrassade, mais c’était mon tour de happer sa lèvre inférieure, l’aguicher de ma langue suave avant de lui sourire. Sans attendre, j’outrepassais son short de bain et plongeais la main sur ce sexe qui avait pu me faire tant d’envie, que j’avais sentie maintes fois se redresser sous le tissu sans recevoir permission d’y toucher, commençant à le caresser, en découvrir le contour de mes doigts en lui murmurant :

— « Chhht. Tu ne va pas mourir vierge… Mais l’on n’a pas beaucoup de temps ! » Quelque part dans ce moment de panique où il se perdait en excuses, j’avais pris ma décision avec détermination : si je devais mourir noyée, autant que ce ne soit pas avec la frustration en tête et la peur dans les tripes, n’est-ce pas ? De plus… de plus, j’avais déjà été sur bon nombre de fronts militaires, bravé de nombreux dangers dans mon métier de journaliste et… encore une fois, je prenais des vacances loin d’être de tout repos. Aussi n’est-ce guère un mystère de savoir que l’adrénaline, le danger me stimule outre mesure. D’ordinaire, je voyageais seule, ou avec des collègues pour qui je refusais de mélanger travail et plaisir. Alors, à l’orée du bout de mon chemin sur cette Terre, j’éprouvais un frisson morbide à l’idée de consacrer chaque souffle d’air restant dans cette cabine au plaisir physique et, de plus… de plus, je n’avais jamais eu de garçon vierge entre mes cuisses ? Les hommes sont beaucoup trop précoces en la matière, et qui plus est, j’avais choisi un beau mâle plus âgé pour ma première fois, préférant l’expérience à l’innocence. Quelle ironie que les rôles s’inversent précisément aujourd’hui, mmh ? Plus j’y pensais, plus cela faisait de sens, et plus mon bas-ventre tremblait de désir…

— « Je… on ne devrait pas plutôt appeler à l’aide ? », bredouilla-t-il. Ses lèvres hésitaient encore, mais son membre avait tôt fait de me remplir la main, et plus encore. Je n’allais certainement pas reculer maintenant.

— « Et qui nous entendra ? Qui plus est, on peut crier si tu le souhaites… », taquinai-je d’un clin d’œil provocateur avant de m’agenouiller en tirant des deux mains sur les pans de son bermuda : le sexe en jaillit d’une raideur chaude et vivace, une longueur plus que raisonnable dressé vers le ciel absent, il se pinça les lèvres sous la sensation. Il allait encore objecter, mais je happais son gland d’un baiser mou, lui lançait un regard de défi d’oser seulement protester et commençait à le caresser de ma langue en une tendre spirale de salive, destinée à recueillir sa sueur sur le prépuce avant de recommencer dans le but de faire reculer cette frontière de peau et expérimenter de nouvelles gourmandises. « Mmmmhh », laissai-je entendre avec bienveillance, afin de lui faire découvrir mon appréciation de l’instant partagé. C’était drôle d’y penser : chaque geste que je marquais sur sa peau, chaque baiser, chaque coup de langue… c’étaient ses premiers. J’initiais un jeune garçon à devenir un homme, à prendre goût au plus grand plaisir que l’on puisse avoir sur la planète, je croquais l’enfance de quelqu’un. Mes paupières s’étaient rapidement abaissées, mais ce n’était nullement pour me cacher. Je laissais courir mes lippes moites le long de la colonne, et à son tour, il en gémit de bonheur. Pressé contre l’échelle, ses mains s’y accrochaient et semblaient le retenir debout avec ce qu’il pouvait lui rester de vaillance face à la passion qui le gagne graduellement, un peu plus à chaque insertion appétissante. Je souris de penser que, quand viendra mon tour, j’en ferai sans doute de même avant de m’éteindre, les doigts figés contre les barreaux, préférablement par l’orgasme. Cette pensée macabre me donna du courage, une bravoure ironique en vérité. Je pris conscience que, puisque ce serait notre dernière fois à tous les deux, je n’avais guère à me cacher, n’est-ce pas ? Il n’aura pas le souvenir de cet acte, et que restera-t-il de ma propre mémoire ? Sans attendre, mes cuisses se séparaient et j’enfonçais mes doigts dans la partie basse du bikini, remontant deux d’entre eux au fin fond de ma chair intime, étouffant un soupir chaud contre son bas-ventre finement saillant. Le délice de la sensation m’avait fait rouvrir les yeux brièvement, mais je les refermais pour savourer son sexe, le drainer de mes joues creuses en faisant tous les bruits qu’il me plaira de faire, de ventouse, de succion ou de souffles sirupeux et agonisants. Je n’osais évidemment pas l’affirmer, d’ordinaire, mais j’aimais les échos du sexe, les bruits mats d’une peau heurtée contre une autre, la fougue qui ne s’embarrasse pas d’une sourdine. Et lui, doux et gentil jeune homme, il se laissait simplement faire, trop nerveux pour oser accomplir quoi que ce soit, ou même demander. Je le forçais de plus en plus vite, grattais son frein de ma langue rebondie, plaquais sa pointe rose à l’orée de ma gorge et déplaçais mes doigts sur le mont de Vénus en contrebas alors que l’eau gagnait mes hanches et mon nombril. Le temps venait à manquer, mais comme tous les autres débutants, il était en avance sur l’horaire. Il murmura des couinements de prévention, je ne le laissais pas se retirer. Acculé, il laissa s’écouler le témoignage de sa sérénité orgasmique contre ma langue et au fond de ma gorge. Je n’en perdis pas une goutte, le savourant comme si c’était mon dernier repas. Ce l’était sans doute.

Je sentais son envie de se reposer, et simultanément, je sentais le niveau de l’eau monter dans la cale, constatais son ascension létale et dramatique. Alors, je me redressais et vins l’embrasser avec impétuosité, avant de lui susurrer avec un sourire ardent :

— « Ce n’est pas encore fini, beau brun. Tu te reposeras quand on ne sera plus de ce monde… Et il te faut encore m’envoyer au paradis ! » Ce faisant, mes doigts l’abandonnaient pour délacer le haut de mon bikini, le chasser et libérer mes seins volumineux, délicieusement sphériques et à peine relâchés par l’absence de soutien, d’un moelleux que beaucoup d’hommes apprécient, dont Luka. Même s’il faisait mine de ne pas vouloir naguère, je l’avais bien senti hésiter sur sa retenue lorsque je lui demandais de m’étaler la crème solaire, de même qu’il appréciait mes fesses, encore maintenant alors que je lui pris les mains, les guidais sur cette zone, puis accrochais sa nuque pour lui plonger le visage contre ma poitrine. Pas une seconde à perdre en subtilités, je voulais l’aguicher vite et correctement ! Mes ongles glissaient le long de ses épaules, handicapés par l’échelle contre laquelle il se reposait alors qu’il avait commencé à embrasser mes seins, puis lécher les pointes, les mordre un peu maladroitement, m’arrachant un cri de surprise. En quelques instants, ses mains tortillaient sur mon fessier, accrochaient le maillot et sa rigidité amoindrie revint en force contre mon nombril. Bénie soit l’infatigable jeunesse ! J’accrochais alors sa chevelure et l’attirais fermement en arrière pour lui dévorer les lèvres d’un gémissement accentué. Encore une fois, je ne me le serais pas permise si ce n’était pas la dernière des dernières, mais j’avais faim de lui, tellement faim ! J’avais au fond du ventre la sensation que l’on n’aurait jamais le temps de me rassasier, l’eau au niveau des cuisses qui me pressait à achever l’affaire ! J’inversais alors nos places avec un sourire qui appelait à la confiance et décalait le maillot sur la gauche pour lui montrer mes lèvres intimes. Ému, il allait s’agenouiller pour les embrasser, me rendre la pareille face à l’orgasme que je lui avais donné, mais je le retins avant qu’une catastrophe n’arrive et l’attirais contre moi. Il comprit bien vite sans avoir besoin du moindre mot. Je m’accrochais à ses épaules, redressais les cuisses contre ses hanches et il lui fallut quelques frottements d’essai particulièrement excitants avant de trouver la voie… délicieuse. Je ne l’ai guère narré à son avantage jusqu’ici, mais il était d’une taille plus qu’appréciable malgré sa candeur, il avait en lui la vigueur des gens qui mangent et vivent bien, l’énergie de ceux qui gagnent leurs vies de leurs mains, et c’est cette même énergie qu’il mit en marche avec passion dès qu’il recula et revint avec vigueur en moi, m’arrachant un soupir nerveux sous la sensation savoureuse. Lui aussi commençait à se lâcher et à prendre tous les risques, s’osant à m’embrasser et me presser contre la barrière de fer, à m’accrocher par les fesses qu’il écartait avec une curiosité gourmande. Je le sentais en moi, jeune gamin plein d’envie de connaître, cherchant la meilleure des sensations, apprenant bien vite à contenter le haut de son gland contre mes parois supérieures détrempées et brûlantes de lui faire accueil. De plus, avec pareille cadence et le niveau de l’eau grimpant, nous ne tardions pas à émettre les bruits d’entrechocs les plus mouillés qu’ils soient, couverts par mes cris d’un plaisir naissant et rapidement progressif. J’étais aux anges !

— « Luka, Luka… mmmh, t-tu apprends vite ! Encore… », lui ronronnai-je à l’oreille alors qu’il me croquait le cou, laissant probablement une marque à faire rougir le futur légiste. Il relâcha ma peau pour répondre de même :

— « J’ai… attendu ce moment… toute ma vie… Si j’avais su… mffh, Lili… » Je lui calmais la démarche pour lui prendre la mâchoire entre les doigts, le guider auprès de mes lèvres avec douceur et souffler :

— « Rattrape le temps perdu. Efface tout de nos peurs. Prends-moi plus fort que la mort ! », roucoulai-je avec poésie. C’est ça le métier : trouver les mots justes quand on vit la situation la plus désarmante ! Et s’il n’avait guère le talent des mots, il possédait celui de son corps, capturant mes lèvres pour me dompter la langue, tremblante de la mienne sous les assauts de ses hanches vigoureuses. S’il continuait comme ça, je ne donnais pas cher de ma peau ! Je finis par étouffer un cri orgasmique quelques secondes incalculables plus tard et le pris au piège des spasmes nerveux de mon sexe. Face à pareille sensation de massage étroit, il rendit gorge et s’étendait en moi. J’étais protégée par ma pilule, et cette pensée sans aucune importance me traversa l’esprit avec un frisson de regret sur l’instant. Je n’aurai donc jamais donné la vie, même pas une seconde.

Mais qu’importe, puisque le temps presse toujours et ne laissait guère de place à la déprime ! L’eau glissait déjà en travers de mon ventre lorsque je lui demandais de sortir de moi, libérant nos fluides sexuels au gré de la Méditerranée. Il n’y avait qu’une seule façon pour lui de se maintenir après deux orgasmes et je le savais autant que je le redoutais. Mais tant pis, mmh ? C’était la dernière… et sa première à la fois ! Pourquoi ne pas la rendre mémorable, même si ce n’est que pour quelques instants seulement ? Je lui fis dos et me pressais à nouveau contre l’échelle, la barre froide serrée entre mes seins tandis que je dénouais le bas de mon bikini, me préparant à devenir un splendide cadavre sans pudeur aucune, aussi nue que mon amant. L’invitant d’un regard, je retrouvai sa chaleur rassurante contre mon dos alors que je commençais à lentement paniquer. Ma main tremblante s’emparait de son membre à demi-détendu et le pressait contre mon œillet que je n’avais guère le temps de détendre moi-même. Pour s’occuper, il saisit mes seins et vint les masser ardemment alors que ses lippes me croquaient la nuque, me rassurant davantage bien que le rythme de mon cœur devait me trahir. Après maintes et maintes tentatives, ses tripotages ainsi que les miens lui rendirent la force de m’envahir et, dès que la tête fût passée, son corps suivit avec fougue.

— « A-ah ! », m’exclamai-je.

— « …Ça va ? Tu n’as pas mal ? », s’enquit-il immédiatement. Il était adorable, vraiment. Un petit ange innocent. J’acquiesçai.

— « O-oui… Tu peux y aller. » Cela faisait un peu mal, mais il reprit sa cadence habituelle et mes muscles, horriblement chauffés, devraient désormais s’y plier. Plus il se glissait profondément en moi, plus j’angoissais, le plaisir peinant à compenser la peur alors que l’eau gagnait mes épaules. Notre va-et-vient commençait à nous éclabousser, moi plus tôt que lui, de par ma différence de taille. Et il semblait le remarquer à son tour lorsqu’il me prit par les cuisses et me hissa le long de l’échelle pour que je m’y accroche de mes jambes, profite jusqu’à la dernière bouffée d’air. Malheureusement, je n’aimais que trop me laisser retomber en arrière sur sa verge délicieuse, terrorisée autant qu’excitée à chaque fois que j’en prenais le risque. À force de panique, mon corps répondait d’une sensibilité toute nouvelle, mû par la boule qu’il avait dans l’estomac et qui électrisait mon fessier. Lui-même posait le pied sur le dernier barreau et s’accrochait aussi pour mieux se blottir contre moi, pour mieux se plonger au creux d’une sensation comme nulle autre. Ressentait-il la même peur que moi ? Savait-il seulement que la sensation qu’il éprouvait, était unique, et non le fait de sa première fois ? Il finit par me le confirmer, murmurant ses gémissements au creux de mon oreille :

— « Hahh… Hahh… Cela fait… peur… et en même temps…Mmmh… En même temps… je n’ai jamais rien connu de semblable… Merci, Liliana… Merci pour ce cadeau. », dit-il avant de se gargariser, et moi de même. Je voulais lui répondre, mais l’eau nous en empêchait. Nous respirions désormais fortement par le nez, la peur au ventre, mes mains jetées en arrière pour accrocher son fessier et le pousser plus en moi, comme si chaque pression de son sexe allait le rassurer, et me réconforter par la même occasion. Puis, enfin, le niveau de l’eau était beaucoup trop haut. Nous relâchions notre lutte pour gagner la grande bleue, je le regardais par-dessus mon épaule avec mes boucles blondes flottant comme des algues dans le chemin. Il en fit de même, et d’un geste magnifique, vint m’embrasser pour que nous partagions l’air qu’il nous restait. Je reprenais ses mains sur mes seins, les serrais fort. J’avais envie de crier, mais l’interdiction d’ouvrir la bouche. Sur les derniers instants, il me fit jouir, puis il vint de même, quelques gestes plus tard. Je me sentais partir, et j’ignorai si c’était l’orgasme ou l’asphyxie. Qu’importe. Je flottais, cotonneuse, prise d’une intense fatigue, comme si j’avais enduré dix fois ce qui m’avait menée à ces vacances. C’était la fin. J’avais envie de pleurer. Qu’importe, les larmes aussi se perdront dans la mer. Mais j’étais heureuse d’avoir vécu ce moment avec lui. J’aurai aimé, même, eussions-nous davantage de temps, qui sait… J’aurais aimé l’aimer…

Et d’un coup, le soleil brillait à nouveau sur ma peau, s’abattant comme la foudre sur ma tête. Je sentis qu’on me prit sous les bras et m’arracha du bassin quand mes poumons, par réflexe, s’emplirent voracement d’air dans le but de sauver le reste de mes organes. Je toussais, crachais une eau que je ne me souvenais pas avoir bue et m’appuyais sur mon bras pour regarder autour de moi. Des sauveteurs, mais pas de Luka ? Paniquée, je levais vainement un bras pour indiquer la trappe alors qu’ils tiraient son corps de l’eau, et lui aussi reprit vie sur l’instant. Je me laissais alors choir sur le plancher, soulagée et reprenant mon souffle.

— « Mais qu’est-ce que vous fichiez, à poil dans cette cale ?! Fiston, c‘est quoi cette érection, franchement ?! Tu n’as pas honte ?! C’est comme ça que je t’ai élevé ?! » Je reconnaissais la voix du père Andropoulos parmi les sauveteurs. Du peu de souffle que j’avais, j’en riais aux éclats. De sacrées vacances…

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