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Épisode 1 : Prologue (Londres, septembre 1996)

Je me regarde dans la glace, et j’observe cette femme qui me fait face et qui me regarde, elle aussi. Cette femme, c’est moi: Rose Calvert. Suite à un appel que j’ai reçu et auquel mon neveu Ted a répondu, j’ai rendez-vous dans quelques heures pour embarquer à Southampton, à bord d’un bateau qui me conduira vers un autre bateau, en plein Océan Atlantique.

La raison? Je vous l’expliquerai en temps voulu…

Pour pouvoir me rendre présentable et… coquette, comme il faut, à ce rendez-vous, je me suis vêtue de l’un des plus belles robes dont je dispose dans ma garde-robe. Elle a été dessinée puis conçue par un grand couturier. Sur mesure, bien évidemment. Elle est rose bonbon, en mousseline. J’ai vissé sur mes cheveux blancs et qui m’arrivent à hauteur du menton, un très beau chapeau de la même couleur que mes cheveux. Un joli ruban rose fait le tour du chapeau. Sous la robe, je porte un simple soutien-gorge blanc. Simple, mais en dentelle. Il couvre mais met aussi ma poitrine encore voluptueuse bien en valeur. Mes yeux en forme d’amande virent entre le marron et le vert. Noisette, diront certains… Je porte une culotte simple, noire. Mais, encore une fois… en dentelle. Je porte une paire de collants. J’ai décidé de chausser à mes pieds une ravissante petite paire de ballerines. Sans me vanter, j’ai des airs de Sa Majesté la reine Élisabeth II. Bon d’accord… je suis bien plus âgée qu’elle et un peu moins bien «conservée» qu’elle, mais quand même! Bien sûr, les années ont défilé à la vitesse grand V, et on ne reste pas celui ou celle que l’on était quand on était adolescent(e). Mais… pendant une bonne grosse partie de ma vie, j’ai eu la chance d’avoir été mariée à l’un de ces hommes qui semble être tombé du ciel, juste spécifiquement pour nous. J’ai eu le bonheur d’avoir été une épouse aimée, choyée, chérie, épanouie… et désirée. Philip m’a toujours été fidèle. C’était un bel homme, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Il avait beau être corpulent et avoir des poignées d’amour, je l’ai toujours aimé avec le même amour, avec le même désir, avec la même intensité. Bien sûr, rien n’était jamais simple dans la vie, et si vous saviez le nombre de fois où nous nous sommes disputés… Les meilleurs amis: on parlait de tout et de rien, au lit, sue l’oreiller. Les meilleurs ennemis: on se querellait, on se faisait la guerre, puis on faisait l’amour et on repartait enfin à zéro- réconciliés sur l’oreiller, dans les draps. Ah… c’était le bon temps… avant que Philip ne rende son dernier souffle, brusquement, d’une crise cardiaque foudroyante, le 4 avril 1988 (soit la veille… de mon anniversaire).

En cette belle de journée ensoleillée de septembre 1996, me voici devant la glace du miroir de ma chambre: Rose, 102 ans, veuve depuis presque dix ans, encore belle dans son corps et dans sa tête, mais sur le déclin et en gros manque d’amour, de chaleur et de…

Il va bientôt être temps de me rendre à Southampton et d’embarquer à bord du bateau pour rejoindre l’équipe de l’expédition qui se trouve au beau milieu de l’Atlantique et qui m’a conviée (ainsi que mon neveu Ted). Quand Ted m’a parlé de cet appel et de l’invitation des membres de l’expédition «Titanic 1996: le Coeur de l’Océan» à les rejoindre, j’ignorais les raisons pour lesquelles ces gens avaient fait des pieds et des mains pour que je vienne. D’après ce que j’ai pu comprendre de Ted, ces messieurs voudraient que je leur raconte mon histoire, du moins mon odyssée à bord du paquebot Titanic. En revanche, rien qu’à l’évocation de ce nom… des myriades de souvenirs me vinrent en tête et prirent possession de moi. Bien des années après, je me rends compte que je me souviens encore de telle ou de telle chose même si ma mémoire est devenue de plus en plus défaillante. Ce que je sais, c’est que je vais renouer avec mon passé. Irrévocablement. Rien que d’y penser, des souvenirs délicieux me reviennent déjà… malgré la tragédie qui a eu lieu, en plein milieu de l’Atlantique, le 15 avril 1912.