17 minutes de lecture

Bienvenue à la maison

Je suis trempée. Non, pas “comme ça” et encore moins “comme j’aime” ! La réunion d’assistants de direction s’est prolongée jusqu’à tard dans la nuit. J’ai tout juste eu le temps d’attraper le dernier train et, lorsque j’en suis sortie, il pleuvait, il y avait du vent et il faisait sombre, les rues brièvement éclairées d’halogènes orangés. J’en avais pour dix bonnes minutes avant de regagner mon doux foyer, il m’en fallut seulement trois pour sentir l’eau percer mes manches. Alors que je passais la porte, la chaleur relative de mon domicile m’accueillait, de même que mon chat qui venait me signifier de ses miaulements d’incompréhension qu’il avait eu le bon sens de rentrer de ses vadrouilles journalières avant qu’il ne pleuve, lui. Ça, et qu’il avait faim. Moi aussi.

La maison était froide dans l’ensemble, mais le salon, encore chaud de la soirée. J’y accédais en traversant la cuisine où je trouvais un tupperware à laisser tourner au micro-ondes, accompagné d’une note “Bienvenue à la maison, mon amour !”. Mon cher époux s’était montré prévoyant avant d’aller se coucher. Le ronron du four électrique me laissait deux minutes pour me débarrasser de mes habits et les étendre sur le radiateur avant de m’enrouler dans le plaid doux du salon et profiter des dernières braises crépitantes dans la cheminée. En détaillant les alentours, j’imaginais aisément mon époux et son frère regarder un film d‘action à la télé, verres de vin à la main, s’endormir à mi-chemin et monter se coucher raisonnablement tôt, car demain serait un autre jour. Je retournais en cuisine, sortais une coupe et finissais une bouteille déjà débouchonnée : cela me réchaufferait aussi les sangs. Pile au moment où le plat termine sa danse horaire dans le micro-ondes, quel timing ! Je le ressors, rallume la télé et tombe sur une rediffusion des infos. Quelqu’un a tué quelqu’un d’autre, le pays A insulte le pays B, Trump est toujours aussi mauvais président… Un divertissement tout juste dans les limites de l’acceptable pour ne pas concentrer ma vue exclusivement sur la saucisse-purée que je consomme, ni l’un ni l’autre n’ayant rien de glamour, mais cette maigre détente sera suffisante pour calmer ma faim et me requinquer un peu. Le vin fera le reste.

Lasse, délaissant la vaisselle pour le lendemain, j’abandonne tout dans l’évier et gravis les marches menant à notre chambre, baignée dans le confort des lueurs dansantes de l’extérieur que je boude depuis mon intérieur sécurisé et imperméable. La porte passée, je les retrouve allongés, mes deux anges assoupis. Je referme derrière moi, laisse le plaid tomber à mes chevilles et m’avance nue vers ce lit où je peux, telle une tigresse, remonter à quatre pattes pour m’installer entre mon époux et son frère tout aussi craquant. Le vin m’a enivré d’envies de chaleur douce. Je me faufile sous la couette et colle ma poitrine rebondie dans le dos de mon cher et tendre. Sans équivoque aucune, mes ongles plongent dans la chaleur confortable du couvert, frôlent sa hanche et outrepassent l’élastique du caleçon pour gagner son sexe rabougri et brûlant entre mes doigts, alors que mes lèvres viennent lui mordre le lobe d’oreille, puis le déguster de ma langue. Il soupire dans son sommeil profond que je ne rechigne guère à perturber. De doux massages le long de sa virilité, je la sens croître au même rythme où il émerge de l’inconscience jusqu’à ce que, dans un éveil à moitié où il semble douter d’où s’arrête le rêve et où commence la réalité, il ne met aucun état d’âme à se retourner et m’embrasser en guise de confirmation et de désir honnête. J’y glisse mon souffle ainsi que ma langue hagarde, plonge l’autre main sur ses fesses et tire le caleçon vers le bas comme s’il m’appartenait, soupire avec une note mélodieuse pour manifester mon envie de partager ses songes érotiques. Ses mains redécouvrent ma silhouette, semblent chercher les entraves de tissu et n’en trouvent aucune, à son grand contentement marqué d’accroches possessives. Un grognement se joint aux nôtres lorsque c’est mon tour de sentir quelqu’un se glisser dans mon dos, se retourner pour blottir une envie couverte de tissu au culminement de mes fesses. Des lèvres épousent ma nuque lasse et farcie de crampes. Je remonte une main appréciatrice sur celle du frère de mon époux pour l’attirer, l’inviter à la fête. Les siennes gravissent mon corps, s’emparent de mes seins qu’il masse avec impertinence alors que ma perte de contrôle permit à mon amour de venir me croquer le cou, puis préférer mes seins à son oreiller pour quelques baisers baveux. Je relève la cuisse, accroche celles de mon tendre tandis que je m’offre à lui, mais mes pensées sont distraites par cette forme raide qui se masse, qui se déhanche contre mes joues arrières. Exigeante, je relâche la nuque de mon invité, et plonge de nouveau sous la couette pour démasquer l’imposteur cagoulé d’un boxer, mettre à nu son visage rose et moite qui caresse immédiatement ma peau, lui aussi. Prise en sandwich, je fonds pour l’un comme pour l’autre, mon cœur battant la chamade à chacun de leurs actes, ma tête noyée par les baisers, mon intimité noyée par les caresses de leurs membres approchants. Je n’en reviens pas que l’on en soit arrivé là. Quelle folie ! Quelle délicieuse, exquise folie…

Peut-être vous demandez-vous à ce stade de la confession qui je suis, ou comment j’en suis arrivée là ? Je me prénomme Melina C., épouse de Jorge C. depuis quatre ans maintenant. Mon cher époux trentenaire tient une petite compagnie de marketing web du haut de son mètre 80, de ses cheveux bruns de star de cinéma, de ses traits parfois trop sérieux et de ses beaux yeux noisette. Nous filons le parfait amour, il est l’homme qui comble mes désirs comme il est l’oreille attentive à tous mes tracas que nous affrontons toujours ensemble et c’est même en grande partie grâce à son soutien et son aide que je suis allée décrocher mon job actuel et que je comble enfin mes ambitions. Disons, sans plonger dans les détails les plus tristes de mon existence, que lorsque l’on s’est connus, je n’allais guère bien loin dans la vie et qu’il en a supporté des vertes et des pas mûres, le pauvre chéri ! Alors, me demanderez-vous, quels sont ses défauts ? Il n’en a qu’un seul, qui répond au doux nom de Manuel, son frère de quatre ans son aîné et qui doit probablement être l’homme qu’il aurait épousé si je n’avais pas été là. Ces deux-là sont inséparables depuis la plus tendre enfance, partageant les mêmes avis ensemble, se rendant à deux à tous les concerts, films, courses de sport qui leur font envie. C’était au grand dam de ma personne puisque j’ai dû le maquer avec une amie de l’époque pour simplement pouvoir approcher et séduire celui qui deviendrait mon époux. Pourtant, ce n’est pas de la haine que je ressens à son égard, loin de là ! J’aime que mon mari retrouve son frère quand ça lui chante, qu’il me le ramène en bonne santé après une de leurs beuveries et, faut être honnête, cela m’évite bien évidemment de l’accompagner à bon nombre de sorties déplaisantes, me donne un peu de temps à moi donc… On s’y retrouve ! Non, ce que je redoute, c’est davantage de les côtoyer tous deux ensemble car… Il est plus beau encore que Jorge ! Bien sûr, je préfère mon mari sur le plan du caractère, l’on s’entend largement mieux et nous partageons un lien unique que je ne saurai jamais reproduire avec Manuel, mais… Au commencement, j’étais même gênée, prise de bouffées de chaleurs, incapable de m’asseoir entre les deux et préférant pousser Jorge vers Manuel pour qu’il m’ignore toute la soirée plutôt que d’être au centre. Bien évidemment, avec le temps et le mariage, je finis par reprendre les rênes de ces impulsions, mais cela ne m’a jamais quitté, juste de grands cris de mon corps, réduits au silence par l’habitude de ne jamais se faire entendre.

Aussi ai-je eu le plus grand mal à accepter le divorce de Manuel ! Ma “bonne amie de l’époque” était devenue une peau de vache amère et cruelle, mais aussi très rusée. Lorsqu’elle s’est lassée de lui, elle est partie pour un avocat qui l’a rincé de tout ce qu’il avait, business compris, car ils l’avaient monté à deux. Innocent qu’il était ! Bien évidemment, mon cher époux, le cœur sur la main, souhaitait qu’il vive avec nous, “le temps de se retourner”. J’étais plutôt froide à l’idée, tentais d’excuser la chose sous des prétextes :

— « Et où va-t-il dormir ? On n’a pas la place pour un deuxième lit ! »

— « Il peut dormir avec moi, comme quand on était gamins ? »

— « Jorge ! »

— « Il dormira sur le canapé, bien sûr, que penses-tu ? »

— « Et pour manger ? Et le ménage ? Je n’ai pas le temps et toi non plus ! »

— « Raison de plus : il a toute la journée pour le faire, et je suis sûr qu’il se montrera volontaire ! »

— « Et… Et… Tu accepterais donc, comme ça, un deuxième homme sous notre toit ? Et notre intimité, qu’en est-il ? Et s’il me séduit, mmh ? » Me défendais-je, sentant déjà que je perdais pied, à court d’arguments. Il rit, l’insolent !

— « Je doute fortement que vous fassiez un si bon couple, tous les deux, allons ! Et notre intimité… Je n’ai jamais été jaloux de lui, ni lui de moi, alors ça devrait aller, je pense…? »

Des mots que je gravais dans ma mémoire. À court d’arguments, je fus obligée de plier, mais si j’étais mal à l’aise, je me fis la promesse que Jorge le serait aussi ! Trop facile de laisser les deux garçons s’amuser devant la télé et me ruiner mes moments intimes dont je suis si friande ! Quelques jours plus tard, après que Manuel ait emménagé, les deux frérots se tenaient assis dans le même canapé à trois places, regardant un film quelconque tandis que je prenais ma douche à l’étage. J’aurai dû me montrer pudique, descendre habillée de quelque chose de décent, mais au contraire, je les rejoignis en petite culotte noire à dentelle et un top qui m’arrivais tout juste sous les seins. Après tout, je suis chez moi, je m’habille comme je le veux ! Jorge, par habitude, se décala vers son frère pour me céder une place chaude, mais je lui annonçais avec un air fier :

— « Non, je préfère être au milieu si ça ne vous dérange pas. » Les deux hommes parurent incertains de m’avoir bien entendue, se regardant l’un l’autre, puis Jorge regagna sa place initiale et je vins, en douce épouse, m’asseoir à ses côtés et me blottir contre son bras de mon buste, les pieds glissant paradoxalement un peu vers Manuel qui n’en dit rien. J’entamais ensuite une courte conversation avec mon cher et tendre pour relâcher l’atmosphère, “c’était bien, au bureau, aujourd’hui”, “qu’est-ce que le film raconte”, et laissais ensuite le silence s’installer quelques longues minutes, attendant mon moment. Baillant avec subtilité, je venais me blottir davantage contre mon aimé et son torse sécurisant, puis finis par me vautrer sur ses cuisses et, dans la démarche, ramenais mes jambes sur le fauteuil pour les étirer par-dessus celles de Manuel, lui demandant poliment si cela ne le dérangeait pas. Bien sûr que non. Les deux hommes devaient se douter que je manigançais quelque chose, mais ils n’en pipèrent mot, peut-être convaincus qu’une fois que je serai installée et endormie, le malaise partirait. Tu parles, oui ! Le visage un peu remonté, je frottais ma joue contre l’entrejambe de mon époux afin de gagner un espace propice à faire reposer ma tête mais, comme je connaissais ses réactions et savais l’avoir “accidentellement” provoqué, je relevais un regard curieux à son encontre, interrogateur de ma trouvaille. Il parut gêné, quoique souriant. Je me décalais alors la joue sur son ventre et d’une main suave, massais la forme sous mon nez, puis l’embrassais distraitement à travers la fermeture-éclair gênante, faisais mine de le croquer, jouant avec ses nerfs. Manuel, derrière mes fesses, faisait copieusement mine d’être trop absorbé dans le film pour nous voir et émettre le moindre jugement. Je lançais un regard entendu à Jorge pour qu’il remarque du coin de l’œil que son frère semblait ne rien remarquer et décriminaliser ce qui allait suivre, puis ouvrais très lentement chaque cran de la fermeture gardienne de mon plaisir. Jorge ne dit rien, se mordant les lèvres pour se retenir. La bosse cachée sous son caleçon était fort évocatrice, l’apporter à mes lèvres m’enivrait de son odeur chaude, son contact plaisait à mes lèvres et mes ongles chipotaient rapidement pour le libérer du tissu, dévoiler la tête rose que je dénudais de sa peau protectrice et enlaçais de ma langue pour la précipiter en bouche. Faussement cachée par leur malaise commun, je jouais avec ma récompense de chair, la laissais joyeusement me creuser la joue gauche dont la paroi intérieure se marquait de ses fluides d’empressement. Bien sûr, jamais je n’aurai pu lui avouer qu’en même temps, ma culotte noire s’imbibait des miens à l’idée toute sotte et si dangereuse que j’étais en train de sucer mon homme tandis qu’un autre se tenait juste à côté, qu’il savait très probablement. J’étais en train de partager avec Manuel ce que son frère et moi avions de plus intime, un moment que je n’avais montré à nul autre que l’intéressé, nul autre que mon époux ! Contre toute attente, le sentiment qui me dominait était la fierté. Je le comblais, je le sentais retenir ses soupirs au ventre crispé contre ma joue alors que je le travaillais de longues lèches, de caresses insatiables de ma langue à défaut de ne pouvoir vraiment trop remuer la tête. J’étais une amante exemplaire et savoureuse, et le revendiquer enveloppait mon ego d’une tendre chaleur érotique. Mais mon vice était plus profond. La voix tapie en moi avait recommencé à porter de son volume et réclamer un ancien fantasme qui se retrouvait presque à portée de main. D’un seul coup, je le ressortais de mes lèvres en un bruit absolument pas discret et, à voix haute, regardait mon mari pour lui lancer :

— « Ton frère doit être particulièrement frustré que tu ne lui proposes pas de partager. Pas la jalousie qui te retiendrait, de toute façon, mmh ? » avant de sourire et de replonger sur sa verge, cette fois-ci, relevée par mes doigts tandis que ma tête se pose par-dessus et que je le fais disparaître de tout son long, sans me cacher désormais. Je n’entends qu’un couinement honnête de Jorge qui dévoile toute la supercherie plus encore que mes mots, et… J’ignore comment ils se sont arrangés, au final. J’imagine que Manuel a dû le regarder et réciproquement, tous deux gênés et indécis, l’un demandant sans doute des yeux “je peux” et l’autre “je t’en prie”. Quoi qu’il soit advenu entre les deux frères, j’ai rapidement senti la main chaude et inconnue de Manuel glisser le long de mes jambes d’une caresse hésitante et… j’étais partie ! Je déboutonnais convenablement mon mari, baissais le tissu en bas de ses jambes et reprenais avec vigueur des élans de passion soupirant qui gagnaient d’une main douce sa bourse, de lèvres humides la base de son envie. Et, de l’autre main libre, je venais prendre celle de Manuel, notre inconnu, et la remontais sur mes fesses sous les yeux de mon époux. Je le sentais tremblant, et malgré sa crainte, il assura rapidement sa prise sur mes dessous noirs, vint sans se faire prier, glisser dans un second mouvement à même la chair, son pouce remontant le tissu devenu serré sur l’entrejambe. Mon cœur battait deux fois plus vite que d’ordinaire, je paniquais intérieurement et restais maître de chaque geste extérieur. C’était de la folie ! Et s’ils regrettent, maintenant ou plus tard ? Et s’il y aurait un geste de trop ? Et si je brisais mon mariage, moi aussi, finirais divorcée ? Manuel avait tout perdu, mais il en serait de même pour moi puisque les frères se soutiendraient et je replongerai peut-être dans mes anciens vices, livrée à moi-même. Mais le désir l’emportait que trop sur la raison. Mon époux vint me rassurer, calmer mes peurs en englobant la chair qui dominait mon cœur, la massant de ses mains apaisantes et sensuelles à la fois. Il relevait le tissu qui couvrait mes seins, tenait fièrement à le montrer à son frère, à s’en vanter et susciter son admiration. Quelque chose que je n’avais guère compris jusqu’alors, devint évident. C’était un nouveau jeu pour eux deux, une invitation de l’un à découvrir des plaisirs qu’il a par de nombreuses fois expérimenté, un plaisir de l’autre que de céder peut-être à une envie longtemps refoulée, que ce soit son célibat ou plus particulièrement ma personne, péché interdit désormais offert à la tentation. Manuel se tourna dans le fauteuil, son bassin faisant face à mes fesses, chipotant quelque chose à mon insu. Chaque seconde de sa préparation sembla durer une éternité, et j’en perdis tellement ma concentration que je bavais un moment au-delà de mes lèvres perverses sur l’envie de Jorge. Maladroitement, il me baissa ma culotte dans un geste soudain, la tira hors de mes pieds avant que je n’aie le temps de protester. Puis, il releva l’une de mes cuisses et, de sa main puissante, plus épaisse que celle de son frère, massa avidement mon intimité humide. Paniquée, je lançais une main à la recherche de notre invité et trouvais quelque chose de long, brûlant, moite à la pointe et ornée de doigts à la base, qui se massait doucement et m’encourageais à l’accompagner. Je ressortis le sexe de ma bouche, car l’émotion était trop forte. Je laissais échapper un souffle de bonheur et me hissais vers mon cher époux pour l’embrasser, le remercier, le rejoindre et partager sa saveur. J’étais une épouse aimante avec le pénis d’un autre homme entre les doigts, et celui de mon mien au creux de l’autre main. Nous échangions un regard lascif une fois le baiser parti, complices. Je sentais au creux de ses yeux le même feu qui animait le mien. Il ne m’en aimait pas moins, non, tout le contraire ! Sans doute était-ce un ancien fantasme à lui, aussi. Sans doute n’osait-il guère m’en parler de peur que je ne me vexe, d’être considérée que comme une chose entre deux frères, entre deux hommes. Je ressentais beaucoup d’émotions partagées, mais la vexation n’en faisait nullement partie. D’autant que son frère…

Sans attendre que la chance ne s’épuise et que, d’un coup, nous ne rétractions notre offre, il redressa nos deux bassins accroupis dans le canapé, écarta l’une de mes lèvres intimes avec son pouce et je sentis une pointe chaude, arrondie, glisser contre mes parois. Je sentis arriver ce qu’il allait faire sous l’œil vigilant de mon mari et peinait à cacher un grand sourire de satisfaction ou, pire encore, un cri de plaisir tremblant lorsqu’il abattit d’un coup son bassin contre mes fesses, envahissant toute cette place au creux de mon être. Il avait sans doute jugé que j’étais plus que prête à cela et c’est avec une docilité complaisante que j’abaissais mon visage à nouveau pour récompenser mon époux ou racheter mon adultère du bout des lèvres, creuser le dos tandis que Manuel s’emparait de mon bassin et me prenait vilement sous notre toit d’honnêtes gens mariés. Chaque échange était divin, tant de ressentir cette forme habituelle contre mon palais que celle, presque inhabituelle, le long de mes parois. “Presque”, dis-je, car c’était amusant de constater qu’ils étaient fort comparables sur ce point ! Un détail divertissant qui me déroutait, comme si, d’un coup -de sexe!- toutes mes perspectives charnelles étaient multipliées par deux et que je n’aurai plus à choisir entre le combler ou lui demander de me faire du bien à son tour. Ce plaisir, cette nouvelle ivresse, me rendait endiablée. Jorge me l’avoua par la suite que je n’avais jamais été aussi gourmande que ce soir-là, de son avis, et Manuel n’eut guère de point de comparaison aux coups de hanches farouches que je lançais à sa rencontre sans pour autant retenir ses cris très approbateurs. Mais tout ceci ne fût au final que de courtes patiences et jouissances précoces, fruit des premières fois qui nous submergent bien trop rapidement par manque d’expérience, aussi, revenons à la réalité, voulez-vous ?

Finalement, je me retourne vers Manuel, loin de déplaire à mon époux qui, sans attendre un seul instant, presse son doigt sur mon étoile et le fait fondre entre mes fesses, m’extirpant un cri. L’avantage de ce ménage à trois est que nous avons pu, ensemble, redécouvrir le plaisir anal à travers de rigoureux et fréquents entraînements dans lesquels il finit enfin par exceller. Les lèvres dans le cou de son frère, je prends possession de sa chose raide et ardente, la masse avec envie. Il commence à me connaître, lui aussi, et sait que face aux ardeurs de mon époux, je recherche une stimulation plus douce pour compenser les efforts à venir. Je l’attire vers moi et il suit, puis me gagne sans me faire attendre, m’emplit de ce désir toujours aussi sensationnel. Entre nous, la main libre de mon époux me pince le sein tandis que j’embrasse son frère pour étouffer mes soupirs déjà fort marqués. Nous allons vite, emplis de vigueurs dans notre rêve partagé à trois, dénué de retenue comme si cela n’aurait aucune conséquence, comme si le rêve permettait tous les vices. Mon souffle s’emballe et finit par faire céder le baiser tandis que Manuel me suce la lippe, que j’exprime la joie délicieuse de son travail au sein de la pièce et rends jaloux ou non mon mari dont je sens le doigt s’activer, tirailler sur les parois avec le désir dévorant d’envahir cet espace dès que possible. Quelques longues minutes de supplice plus tard, il s’extrait et vient à son tour me blottir dans un écrin masculin que j’ai toujours souhaité, celui-là même pour lequel je ne pouvais me tenir seule avec ces deux hommes parfaits sans fantasmer sur des instants comme celui-ci, un moment glorieux où l’homme de ma vie presse son corps contre mon fessier et cause l’empalement de ma chair contre le vit de son frère, beau et vigoureux. Unis à trois, je reste une chose égarée entre leurs désirs respectifs et perds aisément le contrôle de mes cris alors qu’ils gagnent leurs libertés, leurs autonomies respectives. Deux paires de lèvres me mordent la chair et soupirent contre ma peau. Deux bassins s’entrechoquent et me coincent, me gardent au chaud, me heurtent dans des bruits mats. Deux sources de plaisir rayonnent en moi et s’expriment dans les tremblements de mon corps, les battements de mon cœur, les folies interdites que nous faisons ensemble, liés, joints comme si c’était la voie traditionnelle de prendre du plaisir, celle pour laquelle j’étais faite, la seule voie permise désormais pour moi, pour nous. Je m’accroche à eux de mes ongles, les encourage à venir en moi, chacun de son côté, puis à recommencer, échanger. Je ne voudrais jamais que cela s’arrête. Jamais.

Le lendemain matin, que j’aime généralement savourer d’un petit doublé de fellations tranquilles au lit, est promptement perturbé par un haut-le-cœur. C’est en courant que je quitte le lit et disparaît aux toilettes, loin d’éveiller les soupçons des deux marmottes qui n’ont fait que se retourner et dormir davantage. Une nausée. Mais je n’ai rien mangé d’avarié la veille, à peine bu un verre de vin… Le doute m’assaille. Et pour le dissiper, un test. Retour aux toilettes, attente de quelques minutes qui semblent durer des heures et… C’est positif. Oui ! Jorge et moi attendions un enfant depuis près d’un an ! Enfin ! Nous finissions par perdre espoir, à force d’essais infructueux, d’avoir suivis tous les conseils et… Oh.