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Une saga de Bleue - 6 épisode(s)

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Épisode 6 : Joli petit conte

Aujourd’hui, j’avais envie de me lancer dans un conte de fées… Oui, oui, vous avez bien lu. Une histoire de princesse mais… « à ma façon », évidemment.

Ils étaient déjà installés, mes auditeurs. L’endroit prévu aujourd’hui, c’était un salon : un grand canapé trois places, deux petits fauteuils, une chaise avec des accoudoirs et un tabouret haut. Je prendrais place sur le dernier siège. Pour me sentir stable sur celui- ci, je croisai mes pieds dessous en en agrippant un des petits barreaux. J’avais envie de me lâcher, ce soir. Je portais une jupe plus courte que la robe bleue de la séance précédente, des bas, des dessous en dentelle, le tout de couleur noire, ainsi qu’un haut lie-de-vin avec un petit décolleté en V. Dans l’assistance, il y avait un homme qui me plaisait pas mal. Je me concentrerais sur l’effet que ma vox lui ferait.

Ils s’étaient déjà réparti les sièges. Le plus jeune et un des quadragénaires dans le canapé, bien écartés l’un de l’autre. L’autre quadragénaire et le monsieur de l’âge de mon mari dans les fauteuils bas. Mon mari sur la chaise, juste à ma gauche. Cette fois, il voulait voir mes yeux s’allumer au fil de la lecture.

Celui pour qui j’avais décidé de lire plus spécialement était dans le canapé. Il était assez grand, blond, barbu. C’était l’éclat de ses yeux noisette et la beauté de ses mains qui m’avaient attirée. J’ai toujours aimé l’association cheveux clairs et prunelles foncées. Quand il était arrivé, il m’avait fixée un moment, pas timide du tout. Il n’avait rien d’un effronté non plus. Ses regards étaient curieux et la longueur de ses cils me troubla déjà pas mal. C’est pour cette raison que je le choisis comme auditeur privilégié.

Mon mari avait servi un verre à chacun. La lecture pouvait commencer…

« Ce soir, un joli conte… celui où la princesse un peu naïve attend le baiser de son prince pour se réveiller… On raconte qu’elle dort depuis cent ans et que seul un homme courageux et bien né a le pouvoir de la sortir du sommeil.

Il serait arrivé, non pas sur un beau cheval blanc mais dans un… carrosse avec des sièges en cuir noir. Pas de pourpoint, ni de chapeau à plume, non. Juste un jeans et un Tshirt noirs. Aux pieds, des Converse, de la même couleur. Point de château, non plus. Était- ce important, dans le fond ?

Elle, la belle, était assoupie. On était en été. La soirée était déjà bien entamée. Il faisait si chaud que notre héroïne cherchait un peu de fraîcheur, simplement pour s’endormir. Elle portait un de ces petits vêtements charmants qu’on trouve chez Hunkemöller, vous voyez, une nuisette d’un rose très pâle, poudre. Cette dernière était en satin, il y avait un empiècement en dentelle de chaque côté. Elle n’était pas vraiment courte et le jeu des fines bretelles dans le dos dessinait ses frêles épaules de manière délicieuse. Elle était couchée, en travers de son lit, n’ayant pas pris la peine de se glisser sous la couette. L’air était si moite, si pesant de touffeur… »

Dans le petit public, il y eut déjà quelques réactions. Deux des hommes dont celui que je tenais à l’œil avaient vidé leur verre pratiquement cul sec. Il ne fallait pas qu’ils s’enivrent trop vite. J’avais envie de… profiter de l’homme blond à la fin de ma lecture. L’alcool désinhibe mais quand ça démarre de cette manière… Je poursuivis en jetant des coups d’œil un peu désapprobateurs à mon « monsieur ».

« Son prince arriva, les cheveux ébouriffés, le souffle court. Sans hésitation, il gravit la quinzaine de marches qui le menaient à l’étage. Elle était là, alanguie, les cuisses un peu ouvertes.

Dans l’histoire, c’est bien d’un baiser sur les lèvres que la belle est éveillée, non ? Alors, avec beaucoup de précautions, il retroussa le vêtement rose. Les cuisses de sa princesse étaient longues, infiniment longues. Brunes, fuselées. Un duvet blond. Elle soupira doucement, prête à se retourner sur le ventre. La main de l’homme la retint. »

Il était pratiquement certain qu’au moins un de ces hommes fantasmait sur mon physique… Il ne me quittait pas des yeux. Je pense que tout doucement, les effets de l’alcool s’insinuaient dans son esprit. Il y avait les mots que je disais, les images qu’ils suscitaient et c’était accentué par ce verre qu’il avait affoné… Je repris tout en tenant l’homme à l’œil. J’étais intriguée de ce qui allait se passer ensuite. Et puis, et aussi, je voyais mon mari qui commençait à s’agiter simplement parce qu’il avait remarqué les œillades de ce monsieur et mes regards à moi dans sa direction.

« Il s’assit à côté d’elle pour la regarder dormir. Instinctivement, elle avait attrapé le bas de sa nuisette et avait tiré dessus pour la faire descendre et lui couvrir pudiquement le haut des jambes. C’est à ce moment qu’il changea de place pour « attaquer les choses sérieuses ».

Il fallait qu’il soit discret, qu’il empêche son souffle d’être trop présent. Il aurait été malvenu qu’elle se réveille par manque de précautions. Lentement, il recula, se séparant d’elle avec regrets pour mieux s’approcher de ses lèvres. »

Je m’interrompis… Il y avait le souffle de ces hommes, perceptible de plus en plus distinctement. Leurs jambes écartées témoignaient de leur excitation. Les mains fébriles qui sont sur les cuisses, qui les serrent.

« Ses lèvres, elles étaient abricot… Un peu tremblantes, déjà humides. »

C’était le passage que je préférais. Celui où on ne sait pas encore s’il s’agit de la bouche ou … d’autre chose. J’aimais jouer sur la confusion. Je continuai…

« Tendrement, il passa la langue sur les siennes pour qu’elles ne soient pas trop sèches. Il avait tellement chaud qu’il avait peur que ses lèvres brûlantes aient l’effet inverse de ce qu’il voulait pour elle : une source fraîche et délicate à la fois, douce. Avec toute la retenue dont il était capable, il prit possession des nymphes de sa princesse. Celle- ci étouffa un petit soupir sans s’éveiller. Il continua : il léchait, suçotait, introduisant sa langue au creux de l’intimité de la jeune fille. Sa toison blonde frissonnait. Et des petits mouvements de son bassin, très légers, devenaient plus marqués au fur et à mesure que la langue de son partenaire était plus insistante. Le bout de celle- ci se fit plus précis encore. »

J’étais moi- même troublée par mon récit. Simplement parce que je m’imaginais être léchée de cette manière par cet homme blond. J’imaginais sa jolie figure entre mes cuisses, sa barbe me chatouillant et sa langue… divine (comment en aurait- il pu être autrement ?). Mon mari, à présent, ne me quittait plus des yeux. C’était la première fois qu’il me sentait perdre les pédales au cours d’une lecture. Habituellement, je tenais le coup jusqu’au bout. Mais ici, les conditions étaient différentes… J’avais choisi cet homme, j’avais décidé de lire « pour lui » et mes sensations concernant ses excitations étaient décuplées. J’avais envie de lui faire l’amour avec ma voix et que lui, il me traite comme « sa » princesse : avec respect mais audace, aussi. J’étais partagée entre le fait d’arrêter et de tout planter là, simplement pour rejoindre mon auditeur privilégié. Mon mari, bien conscient de ce qui se passait, fit signe aux trois autres hommes.

- Je pense que la lectrice ne se sent pas bien. Il lui faudrait un peu de calme et d’air. Puis- je vous demander de nous laisser. Par contre (faisant un clin d’œil discret à mon homme blond), restez : je sais que vous êtes médecin. Vous allez m’aider à la … remettre d’aplomb, voulez- vous ?

La coïncidence aurait été trop parfaite mais l’homme resta sans protester. Il n’avait rien d’un médecin, d’un infirmier ou de quoi que ce soit ayant trait aux premiers secours, évidemment.

Nous avions tous deux, l’homme blond et moi, les joues très rouges. Je savais que mon coquin de mari n’avait qu’une idée en tête : nous voir à deux dans ce canapé. Il m’y fit donc m’allonger, fit glisser mon string le long de mes jambes, les fit s’écarter et dit, dans un souffle

- C’est à votre tour de réveiller la belle… Je suppose que c’est ce que vous attendiez depuis le début de la lecture, non ?

L’homme blond aux prunelles noisette s’installa donc à genoux entre mes mollets. Sa jolie figure se dirigea contre mes lèvres pour un baiser délicieux. Et quel baiser…

Liquoreux, passionné et très tendre à la fois. Je n’avais pas envie que cela s’arrête. Alors, j’ai continué de faire semblant de dormir. Simplement pour savourer sa langue agile. Elle s’insinuait en moi comme s’il m’avait embrassé la bouche. Avec malice, douceur… J’en tremble encore… et mon mari aussi. D’ailleurs, je sais que tant que j’avais les yeux fermés, il se masturbait. Et ce qui m’a sortie du sommeil dans lequel je me cachais, c’est son sperme sur mon ventre…

Je pense qu’il faudra du temps avant que pareille expérience se reproduise. Ne pas être capable de terminer ma lecture pour me faire honorer par deux hommes à la fois…


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