4 minutes de lecture

Épisode 4 : Natures vives (2)

Tout en expliquant d’autres idées qui lui étaient venues, le jeune homme relevait les yeux lentement… Et puis, son visage s’illumina.

« Voudriez- vous être mon modèle ? »

Elle se sentit pétiller, des pieds à la tête. Elle lui rendit son sourire et accepta sans hésiter. C’est à ce moment- là que le mari revint.

« Dis, je viens d’avoir une chouette proposition de ton copain de cours…

- Ah oui ?

- Il me propose d’être son modèle pour ses clichés de fin d’études.

- Tu vas devoir te déshabiller ?

Le jeune homme piqua un fard…

- Mais non, enfin. Je dois juste « poser » près de natures mortes….

- Et bien ça, c’est la meilleure… Avec moi, tu ne veux jamais… »

Le jeune homme était de plus en plus gêné. Il se demandait s’il avait eu une bonne idée.

« Si cela vous semble trop tordu, on oublie » dit- il. Puis, il se ravisa. Le couple se regardait en riant. Le mari fit un clin d’œil à son épouse et continua : « Mais non, ce sera avec plaisir. Je pourrai assister à la séance ? ».

Agendas furent consultés et accords pris. Ce serait pour dans moins d’un mois… La visite du salon fut intéressante : il y avait notamment un endroit « protégé » dans lequel étaient exposées des photos érotiques du début du 20è siècle. C’était amusant. Les poses lascives de cette époque ne ressemblaient en rien à ce qu’on pouvait voir aujourd’hui. Les corps, aussi, étaient différents. Pas de modèles féminins sans formes… Quant aux hommes, en général, ils portaient la moustache et étaient bien plus habillés que leurs partenaires. Le jeune homme était un peu gêné et ne fit aucun commentaire. Il devait penser à ces photos qu’il allait prendre, mêlant la vie et la mort.

Quelques jours plus tard, le mari conduisit sa chère et tendre épouse chez leur complice. Il s’était arrangé pour disposer de la maison d’un de ses amis d’enfance, une grande bicoque située en rase campagne. Il y avait un vaste jardin et plein de pièces dont un grenier où il trouverait certainement son bonheur au sujet d’objets tout à fait hétéroclites.

Les auditeurs commençaient de s’agiter sur leur chaise, donnant des signes très visibles d’impatience. Le monsieur de l’âge de mon mari regardait ses invités. Le jeune homme avait les joues très rouges. Il ne me quittait pas des yeux. Les autres hommes gardaient leur verre d’alcool en main et ne les reposaient que quand ils étaient vides. Mon conjoint arrivait alors discrètement pour les remplir. Ils devaient en être à la fin de leur deuxième…

Pour être un hôte parfait, le jeune homme accueillit le couple chaleureusement et proposa immédiatement quelque chose à boire. Le mari ne prenait jamais d’alcool. Par contre, l’épouse… Il servit donc un café au premier et un verre de vin rouge à la deuxième. Ils discutèrent un moment tous les trois pour se mettre d’accord des scènes à photographier. Il y aurait le vase et le profil féminin, d’abord. Ensuite, une corbeille de fruits pourris et la bouche gourmande de la dame qui fait mine d’en mordre un. Une chaise, aussi, avec un chat empaillé dessus et la main féminine qui le caresse. Ils devaient trouver d’autres idées… Le mari s’y collerait pendant que la séance commencerait. Les deux premières prises auraient lieu dans la pièce de séjour. La troisième, à l’étage. Il y avait des tas de chaises de toutes les sortes et de toutes les tailles au grenier, on choisirait celle convenant et on la descendrait. Le mari s’en chargerait, cela pour ne pas traîner en longueur la … chute….de cette aventure photographique…

Hmmmm, les choses allaient enfin se corser un peu. Les quatre hommes étaient impatients de connaître la suite. Mon mari, quant à lui, sachant comment l’histoire tournerait, attendait le moment crucial où l’ épouse-modèle allait se faire entreprendre par le jeune homme. C’était son passage préféré et on y arriverait rapidement, maintenant, c’était une question de minutes….

Le jeune homme régla son appareil et choisit l’objectif convenant à ce qu’il voulait précisément obtenir comme plan. Le premier cliché concernait finalement la corbeille de fruits. Il fallait que sa complice n’ait pas l’air dégoûté par la pomme qu’elle tenait en main. Elle était si blette qu’elle lui explosa pratiquement entre les doigts. Malgré cela, s’appliquant, elle fit mine de trouver le fruit succulent : elle devait garder la bouche ouverte comme si elle allait le mordre. Elle y mettait tant de conviction qu’au final, elle attrapa une crampe à la mâchoire et que le jeune homme lui fit signe de refermer la bouche et de se passer simplement la langue sur les lèvres avec une moue gourmande. Ce n’était… difficile. Elle qui rêvait depuis le début de « prendre autre chose en bouche »…. Quelque chose d’appétissant, de savoureux, de juteux… Elle mit donc beaucoup de conviction dans l’exécution de la consigne. Elle passait la langue de manière excitante et excitée en se disant qu’il fallait vraiment mettre le paquet.

Dans l’écran de contrôle de son appareil, le jeune homme ne regardait plus que cette langue qui passait et repassait sur ces lèvres, ces dents qui les mordillaient. Il ne voyait plus ni le fruit blet, ni la main qui le tenait, non, juste cette bouche. Il shoota en rafale. L’épouse était étonnée : quelle frénésie, tout de même pour un sujet « mort » : bien sûr qu’il n’y avait aucun risque qu’il bouge. Alors ? L’excitation commençait d’être visible du côté du photographe. Il fallait qu’il se reprenne s’il voulait clôturer cette séance aujourd’hui…

Les deux hommes qui buvaient beaucoup avaient à nouveau leur verre rempli (c’était au moins le troisième). L’un des deux chuchota à l’autre : « tu penses qu’elle va se déshabiller et hop là ? Ou alors, qu’elle va LE déshabiller, lui ? A mon avis, le photographe, il doit être de plus en plus excité. Pour avoir shooté en rafale de cette manière… ». L’hôte fit un petit signe au bavard, un doigt sur la bouche pour lui intimer de se taire. Le jeune homme, curieusement, était de plus en plus à l’aise. Il s’imaginait avec l’appareil photo en main, il me regardait, guettant les arrêts que je faisais pour m’humecter les lèvres. Cette situation avait vraiment quelque chose d’excitant. Il était, pour le moment, le seul à être réellement émoustillé par le récit. Les trois autres étaient plus curieux de la suite de l’aventure que réellement titillés…


Appuyez sur "Entrée" pour effectuer votre recherche