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C'est l'amour à la plage...

C'était en 1986. J'avais 14 ans. Valérie, ma tante, m'avait proposé de m'emmener avec elle sur les côtes du Nord pour deux semaines de vacances. Pas le glamour de la Côte d'Azur mais c'était déjà ça, mes parents ne pouvaient nous emmener en vacances cette année là, et puis, je l'aimais bien tante Valérie. Elle avait un franc parler et un humour corrosif qui m'enchantaient. Elle jurait comme un charretier sous amphétamine et pouvait, par sa répartie, clouer au pilori n'importe quel abruti qui s'amusait à "exposer sa connerie avec la même assurance et fierté qu'un clébard en rut montrant sa bite aux passants", dixit ma tante indigne.

Elle me paraissait "vieille" à l'époque alors qu’elle était plus jeune que moi au moment où j’écris. Elle abordait, seins en avant, la trentaine. Dans la famille, elle était un peu à part. Son absence de retenue et sa vie amoureuse n'étaient pas vraiment dans les standards. Elle lisait aussi beaucoup. J'en ai bien profité. Elle me disait : "Vas-y ! Sers toi. Prends ton pied, mon petit. En plus, lire est un remède préventif contre la bêtise." J'ai lu, grâce à elle, mes premiers ouvrages "mauvais genres".

"Tu viens à la mer avec moi ? Tu te feras moins chier qu'avec tes parents. Je les aime bien mais tu t'emmerdes un peu avec eux, non ?" Elle riait et moi aussi. "Et puis, tu vas peut-être pouvoir sortir avec quelques adolescentes délurées, hein ?" Je rougis tellement qu'elle ironisa : "N'aie pas honte. Tu vas devoir y passer, comme tout le monde, mon vieux !" Et elle me claqua le dos en se marrant plus encore. Je toussais autant de son coup de battoir que de la gène.

Nous fîmes la route dans sa 205 Junior avec ses fauteuils en Jeans. La scie hantant les ondes radios est encore incrustée dans mon lobe frontal : “L’amour à la plage”.

Muriel Moreno et Valérie avaient des points communs : leur aplomb et une féminité affirmée mais aussi, je dois vous l’avouer, d’avoir jouer les rôles principaux dans certaines de mes séances de masturbation. J’imaginais les longs cheveux de la chanteuse, flux et reflux sombre sur mon torse, trouvant leur pendant entre ses cuisses qu’elle avait largement écartées pour me chevaucher. Quant à ma tante, succédané tout à fait honorable de Brigitte Lahaie, j’avais élaboré deux ou trois scénarii où je la surprenais, sans le vouloir, dans sa salle de bain ou sa chambre. Le son de sa voix, la douceur de ses gestes, presque maternels, m’autorisant à venir coller ma peau contre la sienne. Elle m’initiait - tantôt douce tantôt autoritaire - aux arcanes de la jouissance féminine guidant mes doigts et ma langue. Des fantasmes faits main entre le porno, encore un peu libertaire, du début des 80’s et l'esthétique de RanXerox, qui vous forgent une libido en deux coups de cuillère à pot et sans doute moins brutalement que les résultats de recherche du tag #aunt dans un Tube porno quelconque.

La mini-jupe relevée sur les cuisses de Valérie durant le trajet, sur lesquelles je jetais des regards furtifs au son des “Aou cha-cha-cha !” de la radio, me rappelèrent mes branlettes quasi incestueuses.

Aujourd'hui je suis persuadé qu’elle m’avait percé à jour. Et qu’elle s’en amusait. Son demi-sourire lorsqu’elle me dit : “Il fait chaud comme dans le slip d’un adolescent ! C’est terrible !” va au-delà du simple bon mot, vu avec quelques décennies de recul.

Elle avait réservé un bungalow dans un camping de bord de mer. Dès notre arrivée, elle me força à aller sur la plage pour : “ne pas louper une seule minute de bronzage parfait et pouvoir mater tous ces corps dénudés dans cette une parfaite acceptation sociale de l’exhibitionnisme que sont les plages publiques.”

Il y avait deux chambres, elle me désigna la plus petite :

- Désolé mais je prends celle avec le grand lit. Je compte bien le remplir de temps en temps. “Sea, sex and sun” mon petit !”

- Pas de problème. C’est toi qui m’invite… bredouillais-je, confus.

- Mais si tu as besoin de mon lit, dis-le moi. Tata saura s’éclipser. Je prendrais ta chambre pour te laisser explorer les sables émouvants de la petite qui aura le bon goût de s’amuser avec mon neveu préféré.

Elle aimait beaucoup citer Gainsbourg. Et moi, j’étais passé de vermillon à cramoisi.

Ce qui m’amène à écrire arriva à la fin de la première semaine de notre séjour, un samedi soir. J’avais déjà passé une semaine à lire d’excellents romans extraits de la bibliothèque de Valérie : "Dune" d'Herbert, “Le carnaval de fer” de Brussolo et “Simetierre” de King avaient occupés mes journées à la plage entre deux fous-rires avec ma tante et le matage discret de toutes ses courbes et creux que l’on devinait sous les maillots. Ah ! L’émouvant souvenir des quelques poils pubiens dépassant discrètement de l’entre-jambe du bikini de cette naïade à peine plus âgée que moi… On ne dira jamais assez le pouvoir érotique du poil. Je sais que mon petit compliment à l’animalité de la pilosité, exhausteur de la libido sonne comme un larsen dans le Te deum du porno glabre que l’on nous joue mais, foutre bleu !, celui qui ne connaît pas le plaisir de caresser, de jouer avec la toison d’un sexe autre que celui que Dieu a placé au bas de votre ventre est un gougnafier.

Pour en revenir à mon récit, ce samedi soir c’était “soirée disco” au camping. Ma tante m’y avait traîné. Mais je l’avais vite laissée s’amuser et danser seule. La soupe musicale qu’ils servaient me collait la nausée. Les Jeanne Mas, Gold et autre Stéphanie de Monaco pouvaient gentiment faire guincher l’embonpoint velu et la cellulite dorée à souhait des congés payés mais c’était sans moi.

Il était environ une heure du matin, j’étais en train de tourner les pages du terrifiant roman de S.King à la lueur de ma lampe de poche lorsque j’entendis des rires étouffés. Je sus immédiatement que Valérie avait ramené quelqu’un. Je souris. Ma tante était vraiment terrible. J’essayais de me concentrer sur le récit. Je n’eus pas de chance : je tombais assez vite sur ce passage où la femme du personnage principal l’accueillait, après une journée éprouvante, en lui faisant couler un bain. Il s'ensuivit une scène de masturbation avec un gant de toilette qui n'a jamais quitté ma mémoire. C’est alors que les gémissements de ma tante commencèrent.

Ça faisait beaucoup.

Alors, je fis une chose que je ne m’explique pas, même après toutes ses années : j’éteignis ma lampe et je me glissais le plus discrètement possible hors de ma chambre. La lune éclairait le minuscule couloir au bout duquel était la chambre de Valérie. La porte n’était pas totalement close. J’approchais. Allongée sur le lit, elle caressait les cheveux de son amant dont la tête oscillait entre ses cuisses. Chacun de ses soupirs soulevait ses seins blancs aux mamelons gonflés. Je vis sa main droite se diriger vers le sexe qu’il léchait avec un certain talent si j’en croyais le souffle de Valérie. L’intensité des bruits mouillés que provoquaient ses libations monta d’un cran. Elle saisit son sein gauche à pleine main, pinçant entre deux phalanges, le téton. Son dos s’arqua, elle remonta les genoux, s’ouvrant plus largement encore. Son orgasme monta avec autant de lenteur que de puissance. Elle jouit dans un “oui” sans fin. J’étais paralysé devant l'intensité d’un tel plaisir. Je pouvais presque en sentir “l’épaisseur”. C’était de la magie.

Elle repoussa soudain la tête de son lécheur d’un soir pour se mettre sans ambages à quatre pattes. C’est à la lueur de la Lune que je fus saisi par la beauté de son cul tendu et de la brèche luisante au milieu de cette touffe blonde. Cela ne dura qu’un instant mais je sais que parmi les dernières choses que je verrai avant de mourir, son sexe éternellement émouvant sera de celles-ci.

Lorsqu’elle jouit à nouveau, plusieurs fois, je n’étais plus spectateur. Je m’étais presque enfui vers ma chambre. J’avais crû, alors que le ventre de son partenaire - dont je ne garde aucun souvenir - claquait contre son cul, accrocher son regard.

Je me suis masturbé plusieurs fois cette nuit là. Le lendemain, elle ne me fit aucune remarque, autre que : “J’espère que je… nous n’avons pas fait trop de bruit, hier soir ?”

Elle sourit lorsque je tentais de simuler mon étonnement et expliquait que je m’étais vite endormi.

Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai jamais su si elle m’avait vu. Statue de sel dans l'entrebâillement de la porte. Jusqu’à aujourd’hui. Ma tante est morte hier. Un cancer du sein. Celui que je lui avais vu caresser. Elle avait laissé une enveloppe pour moi. Sur un beau papier à lettre, quelques phrases : “J’espère que cette nuit là, je t’ai révélé, sans trop de maladresse, un peu de la beauté de la vie que je vais quitter. La prochaine fois que tu feras jouir une femme, fais le comme un hommage à ce que je t’ai montré ce soir là. Et n’oublie pas de prendre soin de mes livres, ils sont à toi.”


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