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Chairs vives

La peau à peine hâlée ondoie. Entre les tissus bleus, les courbes s'agitent au rythme de la transe. Musique lancinante puis subitement prise de frénésie. Oud, rebec, qanoun et percussions nous ensorcèlent. Les vapeurs nous enveloppent. On me parle. On rit. Mais mes yeux ne peuvent se détacher de cette sublime rondeur, cette exquise abondance charnue, tendue, qui flotte devant nous.

Autour du délicieux petit creux du nombril, les chairs vivantes obéissent aux subites inflexions des hanches. Vibrations lentes qui se répercutent, se propagent. Subtiles ondes hypnotiques dans la profondeur de la peau nue.

Du liseré du soutien-gorge à la ceinture du sarouel, mon regard reste captif. Fascinante ondulation de cette peau mate. Quelles courbes somptueuses ! Arrondi plein du ventre voluptueux. Pli savoureux. Chute si douce, moelleuse, toute en creux, des côtes jusqu'aux hanches tout juste dénudées, délicatement enrobées…

Et lorsqu'elle virevolte, tournoyant sur elle-même, ce délicieux bombement sur ses reins ! Juste au-dessus de la ceinture, basse, qui de son empreinte révèle si joliment la tendresse de la chair… Subtile annonce de la double courbe fabuleuse qui débute juste ici, que le sarouel épouse et dissimule à nos regards fascinés.

***

Juste sous mes doigts. La peau nue. Si douce. Parfumée. Fruit de soins raffinés. La sueur, mêlée. Je glisse.

Ventre. Perfection de la rotondité. Ma main couvre, caresse, va et vient. Juste sous les seins voilés, elle s’élève doucement, survole le nombril adorablement niché, s’attarde longuement au sommet de cette plaine justement galbée, penche à droite, revient à gauche… Mes doigts s’enfoncent doucement, si peu, dans la chair accueillante, ferme et souple, qui dissimule si bien les muscles de la danse…

Main grande ouverte, enveloppante. Tout le contact de cette peau sur ma paume recourbée. Je veux saisir toute cette tendre plénitude qui me fascine et se dévoile dans le clair-obscur de notre alcôve.

Je traîne. Je prends mon temps. Jamais je ne me lasse de cette exquise exploration. Cent fois je tourne, je vais, je viens, je m’enfonce onctueusement, j’effleure délicatement, je survole avidement. J’attise. J’éveille. Je suscite. Sa respiration, lente, parfois interrompue, juste avant un soupir, un frisson, approuve tacitement ma lente vénération.

Enfin, j’approche gravement mes lèvres impatientes de ce pli tentateur, là, juste sous le nombril. Baiser langoureux. Gourmand. A pleines lèvres. Je goûte délicatement la saveur, la texture, le parfum entêtant de ces chairs affolantes. Alors, ensorcelée, ma bouche se libère. Minuscules baisers, charnus, ventrus, qui explosent sur la peau, par milliers, entre les tissus bleus. Soupirs. Ondes profondes. La chair s’anime, se tend, se soulève, s’abandonne…

Bientôt, un bandeau bleu azur choit sur le sol de la chambre, libérant deux demi-sphères enflées, aux pointes sombres, érigées. Erotisme absolu de la peau attentive, réactive. Mes doigts s'égarent un temps sur ces douces collines. Mes lèvres et ma langue lutinent quelques instants les deux larges boutons bruns, tendus et vibrants. Mais c'est le ventre, plaine vallonnée, terre enchantée, qui me rappelle à lui.

Alors, inévitablement, couvrant de mille baisers le chemin tout tracé, la tête glisse doucement vers les failles profondes d’où s’élève maintenant, à travers les tissus, le parfum capiteux des désirs impérieux. Lentement, les doigts délacent le sarouel et dévoilent bientôt le fruit mûr et juteux où, irrémédiablement, s’abîme ma raison.