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Comment te dire adieu...

C’était un mercredi, une fin de journée classique, te sachant à la maison je rentrais du travail avec hâte. Hâte de te retrouver après cette semaine d’absence où nous n’avions échangé que par sms, ton travail et mes horaires ne nous permettant pas de nous téléphoner. J’ai franchi la porte et tu étais là, au bout du couloir, adossé au chambranle de notre porte de chambre, simplement vêtu d’un boxer. Nous avons fêté nos retrouvailles dans la chambre, finissant tous deux dans le plus simple appareil et essoufflés, mais heureux. Et puis tu as sorti un sac de dessous le lit et me l’a tendu en me disant ces simples mots « C’est pour toi ».

A l’intérieur, une magnifique petite culotte bleue, satin et dentelle finement ouvragée. Moi qui ne portait que du classique, confortable mais sans fioritures, j’étais subjuguée par ce que j’avais sous les yeux. Nous ne roulions pas sur l’or, tu acceptais tous les déplacements possible pour faire rentrer un peu plus d’argent, la lingerie fine était un luxe que je ne pouvais me permettre. Mon travail de vendeuse ne payait pas suffisamment. Et là, devant moi se trouvait le modèle sur lequel j’avais flashé le mois dernier. Tu avais dû me voir, te rendre compte de l’envie que ce bout de tissu avait déclenché en moi, mais aussi de la frustration de ne pas pouvoir l’acquérir. J’avais reposé le sac à terre, à l’abri, et ravalant une larme d’émotion, je me suis jeté sur toi, te refaisant l’amour avec plus de passion et de fougue que jamais.

Cette petite culotte était devenue le symbole de notre amour, de ce qui nous liait, de notre symbiose. Lorsque tu t’absentais je l’avais avec moi, je ne la mettais pas mais la regardais tous les jours en ouvrant mon tiroir, pensant à ton retour, au jour où je la mettrais. Pour toi. Un jour en plaisantant tu m’avais dit « Tu me la rendras lorsque tu ne voudras plus de moi ».

C’était il y a six mois. Six mois déjà. Aujourd’hui nous patientons tranquillement dans une queue au cinéma. Tu t’étais étonné de mon choix sur le film, acteurs et réalisateur inconnus, synopsis limite incompréhensible… et pourtant tu as cédé. C’était la première séance de la journée, il ne devait pas y avoir plus de dix personnes attendant l’ouverture des salles et je ne pensais pas qu’elles iraient toutes voir le même film que nous. Ta main était posée en bas de mes hanches et ton pouce caressait doucement la pièce de satin bleue que je dissimulais sous ma robe d’été. Tu savais ce que je portais et je savais que cela ne te rendais pas indifférent. J’alimentais ton désir en me rapprochant de toi, appuyant de façon prononcée ma poitrine contre ton torse. Ce n’était pas l’envie de voir un film qui m’avait attiré là, mais une envie te concernant. Nous nous étions confiés mutuellement nos désirs, nos envies, j’avais en tête l’idée de te faire plaisir. Une dernière fois.

Comme prévu, la salle était presque déserte. Juste un couple installé au milieu. Je te guidais vers les sièges du fond de la salle, là où nous serions en hauteur, où nous dominerions, où nous pourrions voir sans être vus. Les lumières s’éteignirent, le film commença. Moi aussi.

Je lâchais ta main et me mis debout, face à toi, te cachant l’écran. Je savais pour l’avoir étudié avant, que le contrejour de l’écran rendait ma robe vaporeuse et te laissait deviner mes formes. Les yeux fixé sur moi, sur mon corps, tu attendais patiemment. Lentement, je commençais à me caresser à travers ma robe, tout d’abord mes seins puis mes mains qui descendirent entre mes jambes frottant les deux épaisseurs de tissus contre mon intimité. Je m’aventurais sous cette robe et écartais le devant de ma culotte afin de glisser un doigt en moi, te regardant droit dans les yeux. Tu ne perdais pas une miette du spectacle que je t’offrais, l’écran derrière moi diffusant ses images de façon totalement inutile. J’étais devenue ta principale attraction. Délaissant mon intimité devenue humide à souhait, je m’agenouillais devant toi, devinant le degré de ton excitation par la vue du renflement de ton jean. Je portais à ta bouche le doigt qui venait de fouiller mon intimité et tu entrepris de le sucer doucement, tes yeux luisants de désir dans la pénombre de la salle. Lentement je dégrafais les boutons de ton jean et libérais l’objet de ma convoitise, ton sexe turgescent qui battait au rythme de ton cœur. Je l’accueillis dans ma bouche, faisant jouer ma langue autour, le décalottait tout en le gardant en moi, mettant à nu le gland sur lequel ma langue se mit à ramper. Je ne m’aventurais pas plus bas, me concentrant uniquement sur cette partie, la plus sensible de ton anatomie, te connaissant par cœur depuis un an. J’avais une main autour de ta queue, l’autre s’était faufilé entre mes jambes et caressais mon intimité à l’aide de la petite culotte bleue, l’imprégnant de l’odeur et de l’humidité qui en suintait. Il ne te fallut pas beaucoup de temps pour lâcher prise, tes halètements devenant de plus en plus rapide. Peut m’importait que l’autre couple ne nous surprenne ou que quelqu’un ne débarque dans la salle sans prévenir, j’étais concentrée sur toi, sur ton plaisir et la chaleur qui montait entre mes jambes. Puis finalement tu explosas, répandant ton plaisir dans ma bouche alors qu’un orgasme me terrassait, finissant d’imprégner ma culotte. Aspirant les dernières gouttes de ta semence, je me détachais de toi et rangeais délicatement ton membre devenu hyper sensible, bien à l’abri, dans son emplacement d’origine. Je fouillais dans mon sac à main et sorti une enveloppe que je posais à côté de toi, sur le siège que j’avais occupé en entrant dans la salle. Toujours debout, je glissais mes mains sous ma robe et fit glisser ma culote jusqu’en bas, la plia soigneusement avant de la placer sur l’enveloppe à tes côtés. Légèrement hagard, le cerveau en overdose d’endorphine, tu me regardais faire sans bouger, ce n’est qu’une fois la ma culotte bleue posée que tu bougeas, tendant la main pour t’en saisir et la porter à ton nez, humant la fragrance qui s’en dégageait. Sans rien ajouter, je tournais les talons et sorti de la salle, non sans un dernier regard sur l’enveloppe où une trace d’humidité était apparente, preuve de mon orgasme dont la culotte de satin bleu était imprégnée. Mon plaisir n’avait pas été feint, je ne voulais pas partir sur un mensonge. Pas un de plus. Dans l’enveloppe, tout était écrit, confié, avoué.

Je revenais sur cette année passée à tes côtés, sur cette mission que l’on m’avait confié et qui m’avait mené jusqu’à toi, toi dont j’étais tombée amoureuse, toi qui faisais partie d’un réseau de contrebande d’objets d’art, toi qui m’avais aidé, malgré toi, à collecter suffisamment d’informations pour faire mettre à jour et faire tomber tout le réseau. Pendant que nous étions dans cette salle, mes collègues effectuaient une descente dans tous les lieux, à tous les domiciles, arrêtant toutes les personnes incriminées, tout le monde sauf toi. J’avais voulu te faire un cadeau d’adieu, réaliser un de tes fantasmes, t’épargner une arrestation et te donner l’occasion de refaire ta vie. Mais pas avec moi.

Le soleil dehors agresse mes yeux, j’ajuste mes lunettes de soleil pour me protéger, mais aussi pour masquer mes yeux humides. Le vent léger qui souffle se faufile sous ma robe et me rappelle que je ne porte plus rien en dessous. Cette sensation me ramène un court instant sur ce que je viens de faire, me fait douter… Puis la sensation se tarit, mon cœur se ferme, je me remets en route. Là-bas, à une centaine de mètres, une voiture banalisée vient de se garer. On m’attend.