Conjugaisons

Une saga de CirceTrillium - 2 épisode(s)

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Épisode 1 : Infinitifs

Repenser aux préparatifs, à l’attente, aux premiers instants et à tous ceux qui suivirent.

Plonger dans les souvenirs récents, pour mieux les fixer par écrit, incomplètement, et me sentir moite, très humide. M’en étonner. Ou pas. Me rappeler que, depuis deux jours, un peu en avance, la lune intérieure coule rouge, comme pour me rassurer. Tout de même ressentir que ces simples pensées me font de l’effet. Accueillir ce tourbillon en mon bas-ventre. Le laisser s’amplifier tandis que mes dix doigts effleurent les touches du clavier. Créer des mots qui le touchent. Imaginer ses corps caverneux en émoi automatique à la lecture de ces lignes. Avoir la certitude que, là, il va sourire, ou soupirer. Avoir suffisamment confiance pour penser que ces lignes ne sont que pour lui, ou alors assez d’audace pour les donner à lire à tout un chacun, anonymement? Me demander ce qu’il peut en penser, puis ne plus m’en soucier, et faire ce que je veux de mes mots et de mon corps. Revenir à ces souvenirs, les miens, les narrer, me marrer, car moi seule sais où commence la fiction.

Arriver sur place, là où j’ai choisi d'être, de le rejoindre, là où il m’invite, pour un moment bien défini ––du moins, c’est ce que nous nous plaisons à croire. Suivre les instructions mal comprises. Me tromper de côté. Lui écrire. Paniquer un tout petit peu, mais savoir aussi que tout va s’arranger. Le lire. Recommencer. Y arriver.

Entrer. Savoir que c’est bien lui, qu’il était là, qu’il y sera, avec moi. Me sentir bien, en sécurité.

Mettre les touches finales à ce corps imparfait qui pourtant nous donne tant de plaisir quand on respecte sa sacralité. Gérer un petit accident. Savoir rire de l’imprévu. Le retarder. Le faire languir? Dans sa langue, lui écrire encore. Le laisser patienter. Me demander à quoi il peut bien penser pendant qu’il attend mon signal. Terminer les préparatifs.

Me tenir prête, apprêtée, préparée, parée et pleine d’audace bien vive, sur ma bouche rouge comme un fruit juteux et attirant. Je suppose ––et à raison–– qu’il pourrait bien aimer ça: la séduction, la vie, l’offrande dont je déborde. Me regarder et me trouver belle. M’estimer séduisante. Savoir que je vais lui plaire. Attendre son désir certain, son envie totale. Me toucher et m’apercevoir que déjà mon corps le désire et me le fait savoir. Passer bien au delà d’un pâle consentement et entrer dans le désir qui mène au plaisir. Vouloir le sentir avant de le voir, le tenir pour mieux le retrouver, nous retrouver.

Patienter un peu. Pas autant que lui. Ou bien plus. Comment savoir?

Entendre la porte qui s’ouvre et mon cœur qui bat fort d’excitation, d’anticipation. Attendre encore un peu.

Sentir qu’il s’approche. Respirer sous le duvet qui m’étouffe un peu, de plus en plus vite, et gémir. Me laisser aller parce que je sais qu’il ne prendra pas peur, qu’il saura me revoir, me recevoir, me prendre toute entière et par tous les sens. Sentir ses mains toucher mes pieds, me sentir par là même reconnectée.

Apprécier chaque caresse, chaque baiser. Imaginer son regard se poser sur moi. Ne rien voir. Souffler, toujours sous le duvet. Me laisser embrasser, dévorer, savourer chaque instant de son approche. N’en plus pouvoir et me découvrir d’un seul coup, pour que je puisse respirer et lui me voir en entier. Me savoir regardée et me sentir désirée, encore plus fort. Témoigner de ma plus complète confiance: en lui, c’est lui. Comme bon lui semble

Savoir sans le voir. Et qu’il sera bon. Et que tout sera bon. Le toucher pour reconnaître les traits de son visage et ses cheveux. Le renifler mais il n’a presque aucune odeur, vraiment. Ressentir son toucher: oui, le sien, la douceur de sa peau. À ce moment-là, savoir en mon corps, complètement. Savoir que de lui ne peut me venir aucun mal, que ma confiance est totale et que nous sommes, désormais, même au-delà.

M’abandonner à lui, à quatre sur cinq: le cinquième sens suivra, le sixième aussi, même s’il est déjà actif. Oublier tout le reste, qui je suis, qui je devrais être, qui d’autre on attend que je sois. Ne plus être qu’avec lui, à lui, librement. Interagir, maladroitement, me demander comment il me trouve, puis ne plus m’en soucier et me laisser porter par toute son attention. Ressentir toute cette douceur. Ne plus exister en dehors de ces retrouvailles. Me laisser conduire au plaisir offert. Savoir, entendre, sentir que tout ceci lui plaît beaucoup: le rouge intense sur mes lèvres, l’invitation à les embrasser, les sens partiels, le vêtement de semi-nudité, déjà ouvert, la confiance accordée, mon corps rendu accessible pour lui. Me laisser guider, porter au plaisir, sentir le sien. Jouir.

Rire.

Le remercier.

Revoir. Retrouver la vue. 

Et recommencer. À cinq sur cinq. 

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