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De nos draps à nos bras...

Ecrit en collaboration avec Fleurdepom, son récit en "normal", le mien en "italique"... les deux entrelacés.


A l’abri derrière le rideau, dans la ville lumière, sous les spots de cette cabine qui deviendra notre scène, j’ai le trac mais me prépare à l’aventure.

Je m’engage dans l’allée, un chemisier blanc à la main, je renvoie, j’en suis sûr, l’image d’un homme indécis avançant lentement avec un vêtement féminin au bout d’un cintre. Je tente de gérer mes émotions, mais celle qui me tient, là, menace de déborder. Derrière son comptoir, symbolisant la zone d’essayage, la jeune vendeuse me regarde approcher, souriante. Pendant une poignée de secondes, je m’évade, je repense.

Des mois qui s’étirent comme des élastiques, ceux de nos sous-vêtements que nous avons 1001 fois rêvé d’écarter virtuellement, des mois de mots et d’émois. Vous et moi, une épopée, des défis électrisants, des désirs, du plaisir, des corps qui vibrent à distance, des reins qui se cambrent d’envie et aujourd’hui, le mensonge, le secret, l’audace, un hôtel, deux jours, une nuit, loin de nos repères, une bulle hors du temps et une folie introductive qui nous amène ici et qui nous fait vivre tellement plus fort.

Je repense aux jours, aux mois passés, aux mails et aux photos échangés, aux promesses tenues et à celles envisagées. Le désir et l’excitation qui n’ont cessés de grimper en flèche, nous laissant parfois à bout de souffle, chacun dans son coin, à plus de 600 km de distance. Le temps s’est étiré mais il nous rattrape enfin. Nous le rattrapons enfin ce temps perdu. Un weekend, deux jours, une nuit, loin de nos vies, un saut dans les limbes, dans une dimension parallèle où notre folie prendra corps. Corps qui se trouvent enfin, arrêtent de se croiser pour enfin se toucher, s’emmêler, se mélanger. Tout mon être tremble intérieurement. Si loin depuis si longtemps, vous êtes là, si près.

Folie extraordinaire au cœur des habitudes, j’ai le cœur qui bat un peu plus vite, un peu trop vigoureusement, il empli cet espace exigu où nous allons enfin nous trouver l’un face à l’autre. Mon désir qu’il soit trop grand encore pour nos deux corps enfiévrés se repend comme un fleuve dans mes veines et dans l’intimité de mes cuisses.

Mon être raisonnable a cédé la place à une nouvelle facette, celle d’un fou à deux doigts de vivre un rêve, rien ne pourra l’arrêter. Vivre cet instant si longtemps rêvé est la seule condition de sa survie. Et je veux vivre, je veux le vivre. Vivre pendant qu’il est encore temps. Ma folie, mon désir se distillent dans tout mon être, remplace mon sang et devient mon énergie vitale. Cet endroit que je vois maintenant paraît si petit mais il est le plus grand que nous allons partager… pour la première fois physiquement.

Les minutes s’égrainent sous mes doigts, l’attente de votre premier tu, notre premier dialogue effectif, sensitif, émotif, écrit à 4 mains, ces quelques mots si simples que vous allez prononcer dans quelques instants en trois temps, ils dansent depuis des jours dans nos cellules…

Les secondes défilent, les minutes n’existent plus, j’effleure en passant les rideaux fermés du bout des doigts, vous êtes là, quelque part, j’en frissonne. Une phrase, quelques mots, un code secret décidé un soir pour enfin se reconnaître. Pas de visuel, une sonorité, quelque chose jamais échangé jusqu’à maintenant… nos voix. Nos écrits partagés vont s’envoler, être remplacés par un mélange de sons, de nos voix, murmurés ou pas, combien de fois avons-nous soupirés l’un sans l’autre… dans quelques secondes, ce sera l’un contre l’autre… Enfin. Il est temps. D’une phrase je déchire le rideau de la réalité, engage un processus de non-retour.

« Je suis là, j’ai trouvé, tu es où ? ».

« Je suis là, j’ai trouvé, tu es où ? ».

Vous aurez un vêtement féminin à la main, le cœur qui se décroche lui aussi, la voix qui tremblote, les jambes qui se dérobent, un sourire d’audace et de défi que vous tenterez de dissimuler tant bien que mal.

J’aurais envie de me dévorer les lèvres, consumées par la soif et l’ivresse de vous découvrir enfin, j’observerai avec délices dans le miroir ces étincelles que vous avez allumées dans mes yeux, je retoucherai une fois encore cette mèche de cheveux, ces bas, ce décolleté, ma plus jolie robe, ce velours bordeaux, celui de la photo de nos début qui vous a plu.

L’instant en apparence banal, s’inscrira dans nos souvenirs quoi qu’il advienne.

Je bredouillerai un "je suis là", mon corps implosera, ma main écartera ce pan de tissu qui nous sépare et vous rentrerez dans la cabine, vous pénétrerez dans ma vie, dans la lumière et au fond de nos yeux.

Vous serez l’acteur de ce moment suspendu, nous refermerons le drap sur nous...et

Une voix me réponds, sereine. Un « je suis là » exalté de derrière un rideau, mais je perçois un léger frémissement dedans, une vibration, mélange d’appréhension et de désir, je le sais, je le connais ce mélange, il est aussi en moi. Un main écarte le tissu temporel de notre bulle, m’invite à entrer, franchir l’ultime frontière… La bulle se referme derrière moi, j’ai le souffle coupé devant le tableau que vous m’offrez, je n’ose faire un geste de peur que ce rêve ne s’évanouisse, volutes de désir et de ravissement ? Finalement j’ose tendre la main vers vous, vers votre taille, elle se pose dessus tel un papillon sur une fleur fragile et…

Une fleur offerte, qui s'incline, oh, juste un peu, juste ce qu'il faut pour que nos corps fusionnent...

A suivre....

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