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Le laboratoire

Il quitta le quartier aux maisons cossues alors que le soleil se couchait. Des insectes volaient dans la tiédeur du soir, esquissant des traits éphémères dans la lumière des phares. Une migraine naissante lui fronçait les sourcils. Il se massa les tempes rapidement tout en coinçant l’immense volant entre ses genoux. Il passa ensuite la troisième nerveusement, faisant grincer la vieille boite de vitesses. Il fit défiler le fil de la journée  dans son cerveau un peu engourdi par la douleur.

L’attitude de cette femme. Elle semblait à la fois si proche, provocante et distante. Elle soufflait le chaud et le froid. Il était habitué à diriger ses modèles lors de ses rares shootings en studio. Une main plus haute, moins de cambrure, les épaules moins raides… Aujourd’hui, il avait dû s’adapter, suivre cette femme dans cette immense maison, se plier à ses règles. Ruser aussi  d’intelligence pour obtenir de bons clichés malgré une lumière désastreuse. Lui demander de garder la pose, lui proposer quelques attitudes. Mais elle ne l’avait jamais écouté. Des pensées plus mercantiles lui effleurèrent alors l’esprit. Cette bourgeoise allait le remettre à flots pour quelque temps. Il pouvait voir la fin de l’été avec le portefeuille plus lourd.

Il gara son véhicule devant le vieil atelier qui lui servait de laboratoire. Son épaule craqua à nouveau sous le poids du sac. Il avait tout rangé en vitesse, sans sa minutie habituelle. Il était parti rapidement. De toute façon, quand il lui avait signifié qu’il était à court de pellicules, elle s’était relevée de la table d’un bond, le regard noir. En croisant les bras sur ses seins, elle lui avait dit un peu sèchement qu'il pouvait remballer et partir. Il n’avait pas insisté, lui signalant juste qu’il lui passerait un coup de téléphone pour l’avertir du développement des premiers tirages de lecture. Elle s’était retournée tout en lui rappelant qu’il savait où se trouvait la porte d’entrée. Il était parti,  un peu vexé mais soulagé.

Il posa son sac sur l’antique canapé de cuir dans lequel il dormait souvent. Il préférait son atelier à son modeste trois pièces situé à quelques rues de là. Il pouvait y travailler n’importe quand. De jour comme de nuit. L’odeur des produits chimiques ne le dérangeait plus. Il ouvrit son sac à la recherche des bobines. Il les posa sur la table lumineuse, déchargea le Leica. Il fixa alors ces boites métalliques et son esprit lui posa une image devant les yeux. Ce pyjama de soie dont l’étoffe se tendait sur ce monticule de chair, dessinant l’empreinte de la vulve. La lumière brillait inégalement sur ce mont d’or et selon la position des poils de ce sexe certainement touffu. Était-ce une minuscule tache humide que… Ses seins étaient tendus à l’extrême, les tétons durs sous ses doigts si délicats.  Elles les pinçaient? Il plaça le Leica sur la table sans trop regarder où il le posait. Il devait développer ces pellicules. Il devait la voir, il devait faire une sélection, des tirages. Il devait savoir.

Les négatifs séchaient en tressaillant légèrement dans l’armoire. Il avait allumé le transistor à piles et choisi une station qui passait  des nouveautés rock la nuit, sans interruptions intempestives. C’était un bruit de fond, à peine couvert par le chuintement de l’air chaud de la sécheuse. Il avait agité ses cuves sans réfléchir, machinalement. Il repensait sans cesse à elle, cette cambrure, ses seins à peine cachés durant la journée et aperçus le temps de quelques clichés. Sa lingerie n’offrait pas tout. Il avait remarqué simplement, lors des clichés pris dans la cage d’escalier que son entre-jambe était sombre.  Elle n'était pas rasée comme ces nouvelles actrices de films légers.  Il avait rangé cette information dans un coin de son cerveau, se concentrant sur ses réglages.

Son petit cri résonnait aussi dans sa tête, quand elle s’était cambrée sur cette table. Pourquoi se sentait-il si fiévreux, si… excité. Il toucha son sexe à travers la toile épaisse de son pantalon à poches. Il le sentit se gonfler directement, se tendant à la verticale, dur comme jamais il ne l’avait été. Il eut envie de se masturber, là, au milieu de son laboratoire. Il défit sa ceinture et s’exécuta. Il ferma les yeux et revit ce corps, ce mont de Vénus moulé dans la soie.  Un doigt qui fait crisser la toison et descend lentement pour disparaître dans son sexe béant. Et ce cri, ce râle. Cette cambrure en contre-jour, les jambes légèrement écartée pour l'inviter à y glisser son sexe tendu.  Le même qu’il empoignait à l'instant et qui tressautait entres ses doigts. Ses doigts à elle. Sa bouche posée sur son gland et…

Il jouit bien vite, plus vite que d’habitude.

Il s’appuya lourdement contre son bureau, la main serrant son sexe rougi par l’effort.

Il regarda incrédule le sperme épais s’écouler le long de la paroi du lavabo qu’il utilisait pour vider ses produits usagés.

Il jura.

A suivre.