Déclics

Une saga de Sinjilo - 3 épisode(s)

< Épisode précédent

9 minutes de lecture

Épisode 3 : Le Leïca


Il s’était réveillé en sursaut, le front mouillé. Il était tôt, la nuit s’effaçait à peine. Il avait dormi nu et le frottement de la vieille couverture contre son corps l’avait transporté dans des rêves érotiques. Il regarda son sexe qui se fanait lentement. Elle n'avait pas pris part à  ces rêveries. Il ne s’était frotté qu’à des femmes inconnues pendant ces songes. Rien de bien extraordinaire. Ça lui arrivait de rêver de la sorte. Il repensa au vieux lavabo de son laboratoire et rougit. Comment avait-il pu se conduire de la sorte.   La veille il avait donc rincé le lavabo à grandes eaux, écoutant le gargouillis typique de l’eau froide qui s’écoulait vers l’égout. Il s’était rhabillé, regardant avec inquiétude la baie vitrée. Quelqu’un l’avait peut-être vu. Il allait passer pour l’artiste pervers du quartier. Mais qui aurait pu le voir au fond de cette cour ? Personne. Il s’était lavé sommairement et était reparti chez lui. Il avait laissé les négatifs et son Leïca tel quels sur sa table de travail, laissé son vieux 4x4 dans la cour.  Il était rentré chez lui à pied, histoire de se rafraîchir l’esprit. Chez lui il s’était déshabillé et couché dans son vieux canapé convertible. Il s’était endormi bien vite.

Après un petit déjeuner frugal, il décrocha le combiné du téléphone. Il ne faisait que son travail. Elle était une cliente comme une autre. Il allait faire les tirages de lecture dans la journée et il l’appelerait simplement pour qu’elle vienne choisir les clichés à agrandir. C’était un cadeau pour combler un mari.

Pas lui.

Après quatre sonneries, elle décrocha.

-Bonjour Madame, c’est le photographe ici. Excusez-moi de vous déranger. Je vous téléphone afin de convenir un rendez-vous pour que vous puissiez voir les tirages de lecture.

Pas de réponse. Juste un souffle.

-Allô ? Je suis bien chez…

-Oui, un instant, je change d’endroit.

Il y eu un bruit étouffé et un déclic. Il crut un instant que la communication était coupée.

-Allô, allô, je…

-Oui, oui laissez-moi le temps de sortir du salon, Monsieur le photographe, vous vous rappelez la taille de la maison, non ?

Cette même voix rauque. Son cœur manqua un battement mais il fit semblant de rien. Un léger crissement et une profonde respiration. Elle venait sans doute de s’allumer une cigarette.

-Ah, oui, excusez-moi. Les tirages de lecture seront prêts ce soir. Vous pouvez venir les voir quand vous le souhaitez.

-Vous vous excusez beaucoup, non ? Et bien je passe donc ce soir.

Pourquoi avait-il dit cela ? Il allait devoir travailler dans son laboratoire toute la journée pour que le travail soit réalisé. Il aurait pu lui dire « demain » ou « dans quelques jours ». Il ferma les yeux et fit une grimace.

-Ceci dit, si vous ne savez pas venir, nous pouvons convenir d’un rendez-vous demain ou…

-J’ai dit ce soir Monsieur le photographe. Et vous m’avez dit ce soir aussi. Non ?

Elle souffla dans le combiné. Donc ce soir. Il n’avait pas le choix.

-Bien ce soir, disons… vingt heures. Vous savez où se trouve mon laboratoire ?

-C’est écrit au verso de votre carte de visite, Monsieur le photographe. Donc vingt heures. Au revoir.

Elle raccrocha. Il regarda son bracelet-montre. Il n’y avait pas de temps à perdre.


Un merle s’époumonait à saluer la fin de la journée. Il faisait orageux et les fenêtres ouvertes de la vieille baie vitrée du laboratoire lui apportait un peu d’air frais tout en distillant les odeurs de formol des produits chimiques. Ses mains étaient gercées et ses bras douloureux. Les planches contact séchaient sur leur fil ainsi que certains tirages de lecture. Il s’essuya le front du revers de la main. Il avait fait une sélection, une vingtaine de tirages. Il avait scruté à la loupe son anatomie, ses seins cachés par l’étoffe, ses courbes en contre-jour. Il avait fait un tirage de lecture de la dernière photo prise lors du shooting. La pellicule rendait bien le grain de sa peau, le noir et le blanc l’aréole de ses seins tendus. Et surtout, surtout, le relief de sa vulve dans ce pyjama de soie. Ces ombres sur l’étoffe tendue. Il y avait comme une minuscule tache à l’endroit de son sexe. Il n’avait pas rêvé. Son chibre s’était tendu plusieurs fois sous la toile de son vieux pantalon crasseux qu’il utilisait pour développer les photos. Il s’était touché le sexe plusieurs fois mais ne s’était pas masturbé. Il devait avancer et terminer son travail.  Et tenter d'oublier ce qui avait amener à son acte de la veille.

Le gravier crissa sous les roues du petit coupé italien. La petite voiture s’immobilisa à quelques centimètres de son vieux tout-terrain. Elle fit rugir le moteur et coupa le contact. Elle jeta son immense chapeau sur le siège passager, ouvrit la portière et s’extirpa du véhicule. Elle portait une longue robe blanche au dos nu. Ses petits seins étaient visibles sous l’étoffe. Il lui semblait voir les aréoles. Sans doute le fruit de son imagination. Il avait pensé à sa poitrine toute la journée. Elle s’approcha d’une démarche chaloupée, regardant d’un air austère la façade de son vieux laboratoire. Elle sourit à peine en le voyant. Il avait décidé  de voir à travers elle, de ne pas lui montrer son trouble, son excitation. Il se retourna et changea machinalement la station de radio du vieux transistor à piles. Un air de jazz nasillard emplit l’espace en faisant crachoter le haut-parleur.

-Vous n’avez pas un bon microsillon à me passer, Monsieur le photographe ? Je déteste le jazz. Oh, vous n’avez que ce petit transistor. Triste, non ?

-Je… je n’ai besoin que d’un bruit de fond pour travailler. Et puis mes mains sont souvent dégoulinantes de produits chimiques, je ne voudrais pas abimer…

Elle fit un geste vague pour arrêter la conversation. Elle se posta à côté de lui, regardant les tirages qui séchaient. Il sentit son léger parfum sucré. Pas de fragrances de marques à la mode. Juste son odeur corporelle. Il la regarda à la dérobée. Elle ne portait effectivement pas de soutien-gorge. Ses tétons étaient bien visibles sous l’étoffe. Il plongea les mains dans les poches pour masquer son trouble.   Ses doigts touchèrent son sexe presque dur.  Fort heureusement, il se reprit.

-Vous avez fait du bon travail Monsieur le photographe. Vous me montrez ?

Il arracha les différents tirages des fils. Plusieurs pinces à linge s’envolèrent dans le laboratoire. Il posa le tout sur la table de travail et poussa son Leïca.

-Je peux fumer ? J’ai laissé mon étui à cigarettes dans la boite à gants de la voiture.

-Je ne préfère pas. Il y a des produits chimiques ici.

Elle fit une petite moue et colla sa hanche contre lui. Il déglutit.

-J’ai tiré ce qui est le plus dans votre optique, enfin selon ce que j’ai compris.

-Et qu’avez-vous compris, Monsieur le photographe ?

Elle planta son regard dans le sien. Le fixa. Elle entrouvrit les lèvres et il ne vit que sa langue pointue. Elle l’attrapa par la nuque et ils s’embrassèrent. Elle cherchait un passage. Il ouvrit un peu plus la bouche et leurs langues se mélangèrent dans un baiser sans fin. Il caressa sa nuque moite et son dos nu.

-J’ai eu envie de vous dès que vous m’avez caressée avec votre objectif. Prenez-moi. Maintenant.

Elle posa la main sur son entrejambes. Sa verge était dure. Dure comme la veille. Peut-être même plus encore.

Il posa le creux des mains sur ses tétons durcis. C’était bien mieux qu’il ne l’avait imaginé. Ils s’embrassèrent à nouveau. Elle écrasait son sexe durcit à lui faire mal. Il souleva la longue robe et la jeta au loin. Elle recula et il put admirer de ses yeux son corps. Plus à travers l’objectif de ses appareils photographiques. Elle se lécha délicatement le coin des lèvres et se toucha les cuisses tout en fixant sa verge qui battait la mesure dans son pantalon. Il la souleva et la posa sur la table de travail. Elle était légère comme une plume. Il lui embrassa les seins, fit rouler sa langue sur ses tétons et traça un sillon humide jusqu’au bord de sa culotte blanche. Il sentit les effluves de son sexe. Il lui arracha presque le morceau de tissu qui glissa sur le sol pavé du laboratoire. Il découvrit alors une toison de poils noirs et drus où il pouvait deviner les grandes lèvres rosies. Il détailla l’ensemble, cette chatte touffue mais entretenue qu’il voyait comme un pilote d’avion voit un paysage. Elle écarta les jambes et posa les pieds sur ses épaules. Elle poussa ce cri, le cri.

Il détailla encore ce sexe qui s’ouvrait, béant, humide. Il vit surgir de la noirceur de la toison un clitoris qui ne demandait qu’à être sucé, léché, gâté. Il respira à fond l’odeur de cette vulve qui lui était offerte et plongea la bouche dans le buisson humide, la langue en avant. Elle courbât le dos en gémissant et le gout de ce sexe qu’il avait fantasmé si fort emplit sa bouche. Elle faisait des petits va et vient avec le bassin tout en poussant ce cri. Le Leïca glissa du bord de la table et se fracassa sur les pavés. L’objectif éclata en plusieurs morceaux qui se dispersèrent sous les fardes en carton et les rouleaux de papier. Il ne s’en rendit même pas compte. Sa langue explorait cette caverne humide et chaude. Il avait les yeux fermés mais il pouvait cartographier son sexe, dessiner mentalement ces lèvres, petites et grandes.  Ce paysage humide, ouvert, offert.   Son clitoris s’était encore durci et il le faisait rouler sur le bout de sa langue. Elle agrippa sa tignasse du bout des doigts.

-Continuez comme ça et je vais jouir, Monsieur le photographe. Mais pas maintenant. Prenez-moi. Montrez-moi ce qu’il y a dans ce pantalon. Vite.

Il défit la boucle de sa vieille ceinture de cuir et baissa rapidement son pantalon. Sa verge était dressée comme elle ne l’avait jamais sans doute été, le bout de son gland rougi était légèrement humide. Il l’empoigna et fit quelques allers-retours. Son sexe vibrait. Elle le regarda en gloussant, le prit délicatement et le guida vers sa toison où perlait quelques gouttes de salive et de cyprine mêlées. Il la pénétra d’un coup de rein et sentit son sexe s’enrober de velours. Quelques tirages glissèrent doucement sur le sol, montrant la femme qu’il prenait à l’instant dans des poses équivoques mais cela ne l’excitait plus. Il se mit sur la pointe des pieds pour aller le plus profond possible, lui léchant du bout de la langue ces aréoles et ces tétons qui pointaient outrageusement vers son visage, vers lui. Et plus vers le plafond d’un dressing d’une villa cossue. Elle haletait et gémissait la tête en arrière, ses cheveux balayaient le vieux bois de la table. Ses pieds martelaient les épaules du photographe. Ils accentuèrent ce mouvement jusqu’au moment où elle jouit en hurlant de plaisir. Il eut l’impression alors que sa verge se perdit dans un flot chaud. Il ferma les yeux et jouit à son tour, incapable de se retenir. Il put se dégager un peu et éjacula en partie sur le buisson humide et sur le ventre tremblotant, traçant des lignes parallèles. Une grosse goutte de sperme inonda le nombril. Il recula, la verge toujours tendue et humide tout en s’appuyant contre le vieux lavabo, légèrement étourdi.

Ils restèrent de longues minutes dans cette position. Elle couchée sur le dos et gémissant, les mains blanchies et accrochées au bord de la table. Lui appuyé contre le lavabo dans lequel il avait éjaculé la veille. Il découvrit alors son Leïca brisé au sol. Il sourit. Ce qu’il venait de vivre valait beaucoup plus que cet appareil cassé.


Elle fumait, nue et allongée dans le vieux canapé. Après s’être relevée de la table, elle fit attention à ne pas marcher sur les morceaux de verre de l’objectif brisé et était sortie ainsi, en tenue d’Eve, le ventre encore luisant. Il n’avait rien dit, s’était contenté de remonter le pantalon sur cette érection qui ne disparaissait pas. Il l’avait simplement regardée se pencher à l’intérieur de l’habitacle du coupé italien lui montrant les tréfonds de sa croupe. Elle revint une cigarette entre les lèvres. Sa beauté était époustouflante. Ses seins, ses hanches, ce sexe poilu et noir dans lequel il avait presque joui. Ce mouvement fluide, cette démarche de chat sauvage. Elle s’était laissé tomber dans le canapé, le regardant à peine. Lui ne voyait qu’elle.

-Tu es belle. Magnifique. Je voudrais encore te photographier, comme ça.

-Monsieur le photographe, je préfère que nous en restions là. Vous continuez à me vouvoyer. Mon mari passera demain vous payer et prendre les clichés qu’il jugera à son goût. Je n’ai pas eu le temps de les regarder.

Il la regarda une dernière fois, résistant à l’envie de sortir son appareil reflex Nikon et de la garder pour toujours sur ces pellicules qui auraient encore pu l’exciter plus tard. Il ouvrit un petit placard et balaya les débris de son Leïca.

Elle s’habilla en quelques secondes, l’embrassa sur les lèvres tout en murmurant « Merci ».

-Alors ça se termine comme cela ?

-Est-ce que quelque chose a commencé ? Vous êtes le seul photographe du coin, non ?

Elle écrasa sa cigarette dans le lavabo.


FIN

Appuyez sur "Entrée" pour effectuer votre recherche