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Drôle de dimanche matin pour Nico

Partie 28 - Drôle de dimanche matin pour Nico

Précédemment dans « Cinquante nuances de Jérémie » : le vent qui souffle, la pluie qui tombe, une chambre d’étudiant plongée dans la pénombre, des gestes tendres et sensuels échangés sans laisser les mots gâcher l’instant magique… le beau brun demande à Nico de rester dormir, il saisit sa main et par l’intermédiaire de ce geste inattendu l’invite à l’enlacer… Jérémie qui se laisse aller dans le noir… sa tristesse insoupçonnée, sa détresse inattendue perçue par Nico… un Nico touché, ému, un Nico aux anges tenant dans ses bras l’homme qu’il aime plus que tout au monde… ce même Nico qui croit mourir en se réveillant un peu plus tard dans la nuit enserré dans des bras bien musclés…

Le matin arrive, et en regardant le beau brun dormir, Nico se surprend à repenser au refrain d’une vieille chanson de Clash…

Darling you gotta let me know/Chéri, tu dois me dire

Should I stay or should I go ?/Devrais-je rester ou devrais-je partir ?

If you say that you are mine/Si tu dis que tu es mien

I'll be here until the end of time/Je serai là jusqu'à la fin des temps/

If I go there will be trouble/Si je pars il y aura des problèmes

And if I stay it will be double/Et si je reste il y en aura le double

Well come on and let me know/Alors, vas-y et dis moi

Should I Stay or should I go ?Devrais-je rester ou devrais-je partir ?

Voici la question qui me taraude l’esprit. Je le regarde toujours dormir. J’ai envie de le caresser, de le serrer à moi, de lui faire un million de bisous bien doux… j’ai envie de respirer son odeur, sa beauté, sa jeunesse… j’ai tout simplement besoin de rester là à le regarder, suspendu entre des désirs contradictoires… rester ou partir… j’ai juste envie de lui faire un câlin des plus tendres, de lui faire sentir ma présence… mon amour… un peu, sans l’effrayer, juste ce qu’il faut, juste être là sans trop en faire…

Alors je reste là, la tête posée sur l’oreiller, à le contempler pendant un long moment, à le regarder respirer, le regarder dormir, rêver peut être… s’il rêve, il rêve de quoi, de qui ? Est-ce qu’il y a de la place pour moi dans ses rêves… ? C’est trop beau, Jérém qui fait dodo… je ne veux pas le réveiller, pas encore, je voudrais que ce moment de perfection dure toute une vie… jamais je ne me suis senti aussi bien avec ce mec, jamais… pendant son sommeil, tout est possible… imaginer qu’il m’appartient tout entier, imaginer que la nuit passée ne soit pas qu’un épisode isolé, qu’une erreur de scénario… imaginer que Jérém s’est enfin aperçu que je compte pour lui, un peu quand même…

Au fond de moi, je sais que quand il se réveillera je serai à tous les coups confronté à une réalité trop dure… la réalité du matin… d’une lumière trop forte sur des sentiments encore trop fragiles et timides, des sentiments nés dans la pénombre d’une nuit de pluie et de vent… j’ai peur de cette confrontation, car je sais que je risque d’en sortir blessé, meurtri… je sais à quel point, suivant le moment, ses états d’âme peuvent être changeants… et par-dessus tout je crains son indifférence, son hostilité… je les connais, je les ai déjà croisées et je sais à quel point elles peuvent être impitoyables, rudes, blessantes…

Dans ma tête c’est carrément le feu d’artifice… et voilà que, après l’envie de câlins, une idée plutôt coquine s’empare de mon esprit… sa peau sent bon, son visage est si beau, son épaule dénudée trop sensuelle… j’ai soudainement envie de le réveiller avec une gâterie, de le faire jouir, là, tout de suite… j’ai envie de savoir… savoir à quoi ressemble sa trique du matin… dans sa position, tourné sur le flanc vers moi, il me suffirait de relever les draps pour en avoir le cœur net… vais-je oser ? si, si, si, si, Nico, tu vas oser, t’en crèves d’envie… il dors… alors il faut en profiter… et c’est donc tout en douceur que je soulève les draps…

La voilà sa queue… tendue, belle, délicatement posée sur le matelas avec ses bourses bien pleines… la peau douce et soyeuse, la queue raide et délicieuse… je meurs d’envie de la sentir dans ma bouche, de lui faire une gâterie d’anthologie… je bande à mon tour à une vitesse que je ne croyais même pas possible… j’ai envie de la prendre dans ma main, de sentir mes doigts envahis par ce sexe tendu, j’ai envie de la sucer… j’ai envie de la faire gicler dans ma bouche…

Je ne sais toujours pas ce que je dois faire… rester ou partir… si c’est pour partir, il ne faut pas que je le réveille… dans ce cas je ne connaîtrai peut-être jamais le bonheur de faire une pipe du matin à Jérémie… est-ce qu’il en a seulement envie ? Est-ce que si je le tente, je ne vais pas me faire jeter ?

Je sens mon ventre papillonner, ma respiration se faire profonde, le désir envahir toutes les fibres de mon corps… j’ai la tête qui cogne tellement je suis fou de désir… je prend une profonde inspiration pour essayer de secouer mon esprit et de me résoudre à partir… et là… bingo… en un instant c’est la panique à bord… je ne sais pas ce qui s’est passé… je sens dans mon nez un chatouillement qui grossit, qui enfle sans cesse… j’ai envie d’éternuer… je sens que ça monte, ça monte, ça monte… j’essaie de me retenir… ça monte encore, impitoyable… je ne vais pas pouvoir l’éviter, plus j’essaye de l’étouffer plus j’ai l’impression que ça va exploser dans un bruit immense…

Merdeeeee !... je vais le réveiller, je vais le réveiller en sursaut… c’est la pire des options… merde, merde, merde… celle-là je ne l’ai pas vue venir… je me force tellement à retenir l’onde de choc qui gonfle dans mon thorax que ça me fait mal dans les poumons, j’ai l’impression que je vais m’ouvrir en deux… et malgré mes efforts, à un moment je sens que je ne peux plus… je lâche le drap et je porte mes mains sur le nez et sur la bouche, je les resserre autant que je peux autour de mon visage, juste avant de laisser exploser mon éternuement… une libération d’énergie tellement puissante que, malgré mes précautions, je n’arrive pas complètement à la contenir… mes mains sont comme éjectées de mon visage, mon éternuement ressemble à une déflagration, le bruit est aussi court qu’intense, la vibration se propage dans la petite chambre d’étudiant dans un boucan d’enfer… mon corps est secoué par un sursaut puissant… un véritable tremblement… un tremblement intérieur… un tremblement de chairs… je suis presque en apnée… mes côtes sont tellement endolories que j’ai du mal à reprendre ma respiration…

Je regarde Jérém. Il a l’air de toujours dormir comme un bébé… j’ai un mal de chien mais le plus important c’est que Jérém ne se soit rendu compte de rien… j’ai quand même remarqué un léger mouvement sur son visage… ses lèvres se sont un peu ouvertes, un petit bruit étouffé s’en est échappé… j’ai eu peur qu’il se réveille d’un coup, qu’il me regarde et qu’il trouve désagréable de me retrouver là devant lui… je crois que le danger est passé, que son sommeil va continuer comme si de rien n’était… hélas, non : sa bouche laisse échapper un autre grognement à peine plus prononcé que le premier et sans ouvrir les yeux, le bogoss se retourne et, avec un geste très certainement inconscient, il pivote sur l’autre côté, cherchant un nouvel appui pour continuer son sommeil…

Et là je suis déçu… sa queue est désormais hors de ma portée… sa trique m’est désormais inaccessible sauf à oser l’audace d’enrouler mon corps autour du sien et de commencer à le branler avec ma main gauche… je me prends à imaginer le simple bonheur de tenir sa belle queue dans ma main, cette sensation de chaleur, de douceur, de puissance ; et voilà que, faute d’oser mettre en pratique mon envie profonde, et sans presque m’en rendre compte, je commence à me branler tout doucement…

Je sens son odeur, je sens sa présence à côté de moi… l’odeur de ses draps… le parfum du bonheur… des images de lui refont surface dans ma tête, c’est un tourbillon d’instantanés tous plus excitants les uns que les autres… et par-dessus tout, une image se détache, belle,vive, étincelante… c’est l’image de son visage, de son expression de la nuit dernière juste avant de jouir en moi… cette image ma hante et je sais à ce moment-là qu’elle va me hanter longtemps, peut-être à jamais…

Je me branle lentement, prenant le temps de goûter à la moindre sensation que cette situation inattendue est en train de m’apporter… je veux faire durer encore et encore cet instant d’excitation, d’attente, de bonheur… je ne veux surtout pas le réveiller… alors je fais ça tout légèrement… je suis trop bien, je suis trop excité, trop heureux, je vais me lâcher bientôt…

Ça y est, ça vient… et pendant que je jouis, voilà qu’un seul choix me paraît possible… une évidence : partir. Partir pour ne pas gâcher le bon moment qu’on a passé ensemble. Partir pour pouvoir imaginer un acte manqué plutôt que rester en regrettant un acte forcé. Raisonnement de lâche. Je me protège. J’ai joui. Et on est beaucoup moins brave quand on a joui…

J’ai joui… j’en ai partout sur le torse, dans ma main, j’ai même souillé ses draps… je sens ma respiration bruyante et j’ai l’impression qu’elle fait un bruit assourdissant, au point que je suis étonné qu’il ne se soit pas encore réveillé… je le regarde, de dos, les épaules mues par le rythme de sa respiration silencieuse… il est beau, il est beau, il est beau… il n’y a pas d’autres mot pour dire cela… il dort toujours et il est beau…

Et moi j’accuse le contre-coup de ma jouissance… je suis scié… je transpire… il fait chaud d’un coup… je suis sur le dos, la main toujours autour de ma queue, je n’arrive pas à me décider à bouger… tous mes muscles sont décontractés, je sens le bonheur de l’après jouissance irradier de mon ventre et parcourir tout mon corps, remonter à mon cerveau et l’inonder de bien-être, de bonheur… un bonheur immense, un bonheur sur lequel une ombre s’étire peu à peu…

Oui, une ombre… mon regard parcourt cette chambre que Jérém va bientôt devoir quitter à tout jamais, juste après le bac… et moi avec lui… qu’en sera-t-il donc de notre histoire, une fois privée de cet endroit qui a été le théâtre de notre toute première révision, de la plupart de nos ébats ? et, qui plus est, de cette nuit si spéciale… si spéciale à mes yeux… l’a-t-elle été également aux siens ?

Il faut que je me prépare… il faut que je me prépare à dire adieu à cette chambre où j'ai connu pour la première fois l’amour physique avec un garçon, un garçon nommé Jérémie… cette chambre où j’ai connu l'amour physique sans amour, avant de faire l’amour pour la première fois avec ce même garçon… cette chambre où j’ai dormi pour la première fois avec l’homme que j’aime en le tenant dans mes bras, avant de me trouver enlacé à mon tour dans les bras de l’homme de la vie. Chambre de l'amour et des illusions. Chambre du bonheur et de tristesse. Chambre de désirs et de désenchantements… de surprises et d’angoisse, de plaisir et de jalousie… chambre qui m’a apporté toutes les émotions qu’un cœur amoureux puisse connaître un jour… chambre où je viens de passer la plus belle nuit de ma vie !

Je regarde la porte-fenêtre, la porte de la salle de bain, le petit canapé où tant de fois j’ai trouvé Jérém la queue bien bandante, ce canapé devant lequel j’ai tant de fois avalé sa bite et goûté à son jus… la petite table avec deux chaises où je ne me serai assis que très rarement et une fois seulement pour y manger, le meuble télé, la petite télé, le bazar de cette tanière de mec… j’essaye de m’imprégner à fond de toutes ces images, de l’odeur de cette pièce, son odeur… de cette odeur de cigarette froide mélangée à un parfum bien à lui, j’essaye de graver dans ma tête à tout jamais les sensations que je ressens en franchissant cette porte au numéro 23, de me souvenir dans les moindres détails de la présence de Jérém, de son esprit installé dans cette pièce…

Je me rends compte que cette nuit est peut-être le dernier moment passé dans cette chambre, que je ne la reverrai peut-être jamais… dans deux jours ce sera le bac et après… pour quelle raison on se retrouverait encore ici ? est-ce qu’il aura envie de me revoir ? de me refaire l’amour ? est-ce que cette nuit aura voulu dire quelque chose pour lui ? quand doit-il rendre les clefs ? j’ai souvent eu envie de lui poser la question, je n’ai jamais trouvé le moment pour la lui poser… je suis triste d’un coup…

Décidément, dans ma tête c’est trop le bazar, je ne pourrai jamais supporter son regard du matin. J’ai envie de pleurer. Je ne veux pas qu’il me voit pleurer… il faut me décider, il ne dormira pas indéfiniment. Et lorsqu’il ouvrira les yeux, ma décision sera encore plus difficile à prendre. Il faut que je la prenne maintenant. Tant que je suis seul et que j’ai tout mon arbitre. Si j’attends d’être en sa présence, ce sera lui qui choisira pour moi. Alors, entre la fuite et une confrontation dans laquelle je ne me sens pas assez armé pour affronter l’adversaire, mon choix est vite fait.

C’est bien de choisir, on se sent soulagé après. J’ai besoin d’air, je me sens étouffer… j’ai besoin de sortir de là, avant de perdre tous mes moyens… j’ai déjà trop tardé…

Oui, ma décision est prise… quitte à ce qu’il se pose des questions en se réveillant seul dans son lit, alors qu’il s’y était endormi en compagnie, je préfère ne pas prendre le risque de le voir contrarié de me trouver encore là… quand on couche avec un hétéro bi qui n’assume pas sa part de bi, handle with care, produit dangereux, risque de réactions imprévues… risque de blessures…

J’attrape mon caleçon pour m’essuyer et je rassemble mes forces pour sortir du lit quand je le sens remuer de son côté… il rejette la couette au fond du lit en gardant juste le drap sur lui, il pivote légèrement sur son épaule, désormais il est sur le dos… je me rend compte que sa main glisse sous les draps, elle suit le chemin qui conduit tout droit à sa queue raide… je le vois trifouiller, j’ai l’impression qu’il la saisit et qu’il se caresse, qu’il se branle tout doucement… j’ai trop envie de lui… le voir se caresser me rend dingue… alors que je suis juste à côté et que je ne demande pas mieux que de m’appliquer à le faire jouir… il se caresse mais ça ne dure qu’un instant… un instant au bout duquel il finit par enlever sa main… et là le drap léger se pose sur sa queue comme un voile, moulant ses attributs avec une précision juste diabolique…

Je le regarde… ses yeux sont entrouverts… pendant un court instant mon regard a croisé le sien… c’est presque imperceptible, il a déjà refermé ses paupières… je ne sais pas s’il est encore vraiment dans les bras de Morphée ou si tout simplement il n’a pas envie d’affronter ma présence après cette nuit… est-ce ma petite branlette qui l’a tiré de son sommeil ?

J’hésite un peu… il s’est caressé, il s’est un peu branlé… il s’est arrêté… sa queue bien à ma vue… à ma disposition… ? j’hésite… je ne veux pas lui déplaire… j’hésite, mais au bout d’un moment je ne peux plus me retenir…

Je dégage un peu plus les draps, sa queue se présente devant mes yeux dans toute sa splendeur… droite comme un I, le gland décalotté, juste les poils qu’il faut à sa naissance, il se soigne ce petit coquin… tout, mais vraiment tout pour donner envie… bonbon pour les yeux, bonbon pour la bouche… naaaan, pas possible de laisser passer ça, pas possible de gaspiller ça, une bonne grosse trique matinale de Jérém, je ne sais même pas si l’occasion se représentera un jour… trop envie de le sucer comme un mec aussi beau mérite d’être sucé…

Alors mon bras bouge quasiment tout seul, ma main se pose délicatement sur son service trois pièces… pas de réaction hostile… je m’enhardis… je caresse ses couilles, je remonte tout au long de son manche en direction de son gland, juste en l’effleurant avec mes doigts… je viens de jouir, mais le simple contact de mes doigts avec sa queue est suffisant pour me refaire bander comme un taureau… je caresse par touches légères… je le sens frissonner… je fais quelques aller-retours avant de changer de stratégie… maintenant mon pouce et mon index se promènent de bas en haut (et de haut en bas) de son manche, comme pour en jauger le diamètre, tels un pied à coulisse… je ne veux pas le réveiller en sursaut, je veux qu’il revienne à lui tout en douceur et que son réveil soit sensuel, l’amenant petit à petit vers une volupté inattendue… je finis par enserrer sa queue entre mes doigts, je la sens chaude et raide dans la paume de ma main… j’adore cette sensation… sentir ma main remplie par son sexe… tenir dans ma main son plaisir de mec…

Je commence à le branler tout doucement… ses paupières demeurent closes… et toujours pas de réaction hostile, bien au contraire, de tous petits spasmes, témoins de son plaisir… je continue… il prend son pied… je l’aime… j’ai envie de lui donner encore plus de plaisir… j’augmente légèrement le rythme et j’entends sa respiration changer… il a dû se réveiller… je détourne mon regard posé sur sa queue pour regarder son visage… c’est fugace, furtif, j’ai l’impression qu’il a à nouveaux les yeux entrouverts, mais dès que je me retourne il le referme à nouveau… petit coquin… il était en train de me regarder faire… mais il ne veut pas me le montrer… ce mec est un véritable-petit-adorable-insupportable voyou…

Maintenant je sais qu’il est réveillé et qu’il n’est pas contre une bonne gâterie matinale… alors je me laisse aller à mes envies… j’approche ma bouche de sa bite et après avoir passé ma langue sur mes lèvres, je fais glisser son gland à l’intérieur de ma bouche ; ma langue et mes lèvres s’affairent pendant un petit moment autour de ce fruit délicieux, titillant ce petit creux d’où jaillira sa semence, ce petit truc qu’il aime tout particulièrement… j’arrive ainsi à lui extirper de petits frissonnements de plaisir… qu’est-ce que c’est bon ça… le sentir frissonner quand je le tiens dans ma bouche… qu’est-ce que je suis fier de connaître tout cela… quasiment tout le mode d’emploi du logiciel « Plaisir de Jérém 2001 »… j’avale sa queue jusqu’à presque sentir ses couilles frôler mon menton…

Je le suce avec tellement d’envie de lui faire plaisir que je pourrais passer la journée entière à cet exercice délicieux… après cette nuit, j’ai vraiment envie de lui donner un plaisir intense mais tendre… je suis heureux, heureux qu’il se laisse faire… je libère mes mains, je suis fou, je les laisse parcourir son torse à l’aveugle, aller chercher ses tétons… elles sont libres, libérées… elles remontent jusqu’à ses épaules… cette chute d’épaules qui a pour moi l’angle et les proportions de la perfection masculine… je les caresse, je ne m’en lasse pas… je le suce, je le caresse, je nage en plein bonheur, j’ai l’impression que tout est possible, qu’il n’y a plus d’interdit… alors mes mains osent plus… elles osent remonter au long de son cou… il reste assez d’amplitude à mes bras pour pousser mes doigts jusqu’à effleurer ses oreilles, ses cheveux, assez d’envergure et de courage, de désinvolture pour lui faire des caresses légères… assez de courage, trop de courage…

Eh, oui, Jérém ne sera jamais là où je l’attends. Jamais ou presque. En tout cas pas ce matin-là. Comment savoir qu’on est en train de franchir la ligne interdite quand on croit qu’elle avait disparu la veille ? Comment ne pas se prendre les pieds dans le tapis alors qu’on croyait marcher sur un sol stabilisé ? J’ai tout juste commencé à le câliner, à laisser mes doigts titiller ses oreilles, que ses mains saisissent les miennes, fermement, les immobilisant dans une prise plutôt serrée… il me fait presque mal… je suis tellement ébahi que sans m’en rendre compte j’arrête de le sucer…

Dans ma tête un million de questions commencent à clignoter… je suis déstabilisé, j’ai l’impression que je vais disjoncter… mais qu’est-ce qu’il me fait encore ce petit con… ? Il va pas recommencer à faire son macho… non, c’est pas possible, pas après cette nuit… il ne va pas gâcher tout ça… putaaaaaaaain ! je savais que je devais partir avant qu’il ne se réveille !!! Nico, t’as tout gâché, t’as tout gâché ! Tu en veux toujours trop ! Quand on aime, on en veut toujours trop…

Je sens ses bras éloigner mes mains de son visage, d’abord lentement, ensuite les repousser en les relâchant d’un geste rapide, avec un élan presque enragé… ses mains sont désormais libres… et là, d’emblée, je sais ce qui va se passer… je le sais, je le redoute… je ferme les yeux, j’espère qu’il ne va pas le faire, je prie pour qu’il ne le fasse pas… j’ai presque envie de pleurer quand je sens ses mains se poser lourdement sur ma nuque pour m’obliger à avaler sa queue que son bassin a déjà approché de mes lèvres…

Non, pas ça, pas ça pitié… pas ça après cette nuit d’amour, après m’avoir demandé de rester, après s’être tenu dans les bras l’un de l’autre, après avoir sangloté dans mes bras… pas ça…

Pourtant… pourtant c’est tout ce que j’aurais ce matin-là… un Jérém pressé de jouir… de jouir à sa façon… ses mains ont glissé de part et d’autre de ma tête, elles enserrent mes oreilles, je n’entends plus aucun bruit, sauf celui, assourdissant, de l’humiliation et de la déception que je suis en train de vivre… ses avant-bras s’affairent pour imprimer à ma fellation, une fellation dont je ne suis plus maître mais que je subis, un mouvement rapide, profond et cadencé… il y va si fort que je n’ai pas le temps de reprendre mon souffle, je me sens étouffer, j’ai presque des hauts-le-cœur… il n’en a plus rien à faire de mon plaisir à moi, il est à nouveau tout seul à baiser, à me baiser la bouche… je voulais lui donner le plaisir le plus doux qui soit, il est en train de m’imposer son plaisir… de me le faire subir… de le voler, le prendre par effraction… par pillage…

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Voilà, le matin venu, je suis à nouveau son vide couilles… retour à la case de départ…

J’aurais dû me dégager à ce moment-là, repousser ses mains comme lui il l’avait fait avec les miennes… j’aurais dû partir, l’envoyer chier, passer la porte de sa chambre en le laissant seul avec sa putain de trique mauvaise, partir en courant… j’aurais dû, certes, j’aurais dû mais je ne le pouvais pas… je ne pouvais pas concevoir de ne pas laisser jouir ce mec… je savais qu’en faisant un truc dans ce style, plus jamais je ne le reverrais… alors je me laissais faire, je prenais ce qui venait… faiblesse d’un garçon perdu, car trop, vraiment trop amoureux…

J’ai de plus en plus de mal à respirer, la bouche commence à me faire mal tellement ses assauts sont violents… heureusement, alors que ses mains impriment toujours à ma tête le mouvement bon pour son plaisir exclusif et que quelques coups de bassin sont venus seconder cet « andante con brio », je sens plusieurs jets chauds et puissants s’abattre au fond de mon palais… il avait été tellement violent que je n’avais presque pas eu envie d’avaler… alors que j’ai toujours adoré ça, pour la première fois je ne l’ai pas fait par envie, mais juste pour ne pas le contrarier…

Jérém… mon Jérém… pourquoi, Jérém ? Je me sens humilié et toujours ce couplet de Mylène dans la tête…

Quand de mes lèvres tu t’enlèves, un goût amer…

Et bien plus dans mon cœur que dans ma bouche…

Il a joui et à peine son dernier jet expulsé il sort sa queue de ma bouche et il se tourne de l’autre côté… il me tourne le dos… je suis vraiment déçu… je suis triste, abasourdi, interloqué… je ne sais plus où j’habite… je ne sais plus quoi penser… j’ai mal… mal dans ma bouche, mal dans mon petit cœur brisé… je sens que je tombe, je sens que je dégringole… je sens le monde s’effondrer autour de moi… j’ai besoin de retrouver un peu de la tendresse de cette nuit, je ne peux pas partir comme ça, j’ai un mal de chien… j’ai besoin de m’accrocher à quelque chose pour ne pas me fracasser dans cette chute sans fin, impitoyable… je décide de l’enserrer entre mes bras, comme plus tôt ce matin-là… j’ai envie de retrouver un peu de cette sensation de plénitude… je m’accroche à ça… et pendant un instant je crois avoir ralenti ma chute, je crois que je ne vais pas tomber plus bas… hélas, quand on chute d’une falaise, si on arrive parfois à s’accrocher à une branche providentielle, il n’est pas sûr qu’elle soit assez robuste pour supporter notre poids démultiplié par la chute…

Je viens tout juste de l’enlacer qu’il se dégage violemment, il repousse mon bras… son geste est tellement rapide que son coude vient cogner contre mes côtes provoquant une vive douleur… il se lève presque d’un bond, il passe un boxer et un t-shirt qui traînaient par terre, il attrape son paquet de cigarettes et, sans un regard, il part en terrasse…

Je suis triste, j’ai envie de pleurer… je le regarde de dos, appuyé à la rambarde en train de fumer… mon Dieu, qu’est-ce qu’il est beau… mon Dieu comment je l’aime… mon Dieu comment je le hais… pourquoi j’ai laissé ce mec prendre autant de pouvoir sur moi ? pourquoi sait-il m’apporter à la fois autant de bonheur et me faire autant de mal ? Presque dix ans plus tôt, il était dit dans une chanson bien connue « Only the one that hurts you can make you feel better »… et vice-versa. Sacrée Madonna.

Je suis envahi par la déception, déstabilisé, je suis paralysé. Il a fini sa clope, je n’ai pas bougé du lit. Je suis incapable de me résoudre à partir dans cet état d’âme. J’ai envie de penser que je suis en train de vivre un cauchemar et que je vais bientôt me réveiller. Je le vois jeter son mégot, se relever et revenir vers la porte-fenêtre.

Pendant un court instant, je m’illusionne qu’il va avoir un mot pour me réconforter. J’aurais dû partir en courant pendant qu’il fumait, ma dignité en avait déjà pris un coup, certes, mais là elle allait être pulvérisée. Je m’apprêtais à boire le poison jusqu’à la lie.

Il s’arrête sur le seuil, le regard fixe sur moi, dur, hostile. Il me toise, et avec un effort inhumain je tente de soutenir son regard pour essayer de déceler le moindre signe d’empathie à mon égard. En vain. Face à mon regard défait, face à un Nico en demande de la suite naturelle, du prolongement des câlins de la nuit, son regard à lui est impitoyable, implacable…

Le silence est assommant. Je suis gêné, je baisse mes yeux. C’est à ce moment-là que je l’entends lancer, froidement, le ton détaché, presque méprisant :

« T’es encore là ?

Je suis brisé. Tellement ahuri que j’ai d’abord l’impression de ne pas avoir bien entendu… je lève mon regard, les yeux aux bord des larmes dans l’espoir désespéré que son visage montre autre chose que l’agressivité de ses mots et de sa voix… hélas, son regard est encore plus noir, ses yeux froids comme la glace, je ressens presque de la haine sur moi… je ne sais pas comment c’est arrivé, mais j’ai l’impression qu’à ce moment-là je suis à ses yeux le pire de connards… je viens de le faire jouir et il me déteste… il vient de m’utiliser pour jouir et il me déteste…

-Jérém..., je m’entends lancer d’une petite voix ridicule, hachée par la détresse…

Il se tait, le regard toujours aussi intimidant.

-Jérém s’il te plaît… ma voix ressemble à un couinement ridicule… je suis désespéré… j’ai envie de mourir… j’ai envie de le supplier de me faire un câlin, de me dire un mot, juste un mot, de me montrer un regard un peu humain… j’en ai besoin…

Rien de bon ne viendra de lui ce matin-là. Mon insistance à essayer d’obtenir quelque chose de lui pour ne pas m’effondrer n’aura pour résultat que de lui offrir le possibilité de me blesser encore et encore.

-Il faut que tu partes… t’as rien à faire ici…

-Mais Jérém… cette nuit…

-Ne te fais pas d’idées…

-On était si bien, pourquoi tu fais ça ? je pleure. Dans la confrontation, j’ai perdu, j’ai tout perdu et ma défaite tourne à l’humiliation la plus cuisante.

-Je fais quoi ? Je veux juste que tu foutes le champ de chez moi…

-Mais cette nuit… j’insiste, fou.

-Cette nuit j’étais défoncé… je t’ai baisé comme d’hab…

-Jérém…

-Putain… il lance, et je vois qu’il commence à s’énerver… il est si sexy et si détestable à la fois…

Il s’approche de moi, il me saisit méchamment l’avant-bras et il m’oblige à sortir du lit.

-Tu te casses, oui ou merde ?

J’ai mal au bras, mal à l’épaule, j’ai mal au plus profond de moi…

Je ramasse mes vêtements, je commence à m’habiller en pleurant à chaudes larmes… il se tient là, débout à moins d’un mètre de moi… je sens son regard sur moi, je sens son odeur… j’ai envie de me jeter à son cou, de le serrer contre moi, de le sentir me serrer contre lui, comme cette nuit… j’ai envie de le câliner, j’ai envie de le cogner… j’ai surtout envie de partir loin de cette putain de chambre de malheur… j’ai passé mon pantalon, mon t-shirt, mes chaussures, je suis toujours assis sur le rebord du lit, j’ose un dernier regard. Jérém n’a pas bougé, ses yeux sont si loin de moi, perdus dans le vide… j’ai trop mal, trop mal…

-Jérém, s’il te plaît… cette nuit…

-Putain… ! oublie cette nuit, je t’ai dit ! et débarrasse-moi le plancher à la fin ! »

On m’aurait frappé avec un bâton, je n’aurais pas eu si mal. J’étouffe. Je sens que si je reste je vais vraiment le frapper. Je sens la rage m’envahir. Je n’ai pas envie d’en arriver là, alors je commande à mes jambes de se redresser, de me porter vers la sortie. C’est un effort surhumain que je leur demande, que je m’impose.

Je suis enfin debout. J’avance vers la porte… j’attrape la poignée, je la fais pivoter… et là j’ai l’impression d’entendre un bruit derrière moi… je me retourne, je suis abasourdi… j’ai l’impression qu’il a fait un pas vers moi, j’ai tout juste le temps de croiser ses yeux, pendant qu’il fait demi-tour pour disparaître dans la salle de bain en claquant la porte… j’ai vu un truc, je crois que j’ai vu un truc, pourquoi tu fais ça Jérém ? je vais mourir, c’est trop, c’est trop dur, trop cruel…

Je suis trop mal, il faut que je parte, j’ouvre la porte, je suis dans le couloir sombre, je referme le battant derrière moi, je fais quelques pas chancelants et je m’effondre… les larmes sortent comme rivières… intarissables… j’ai mal comme jamais je n’ai eu mal… il me faut bien une minute pour me ressaisir, pas avant qu’un des résidents du dortoir passe devant moi pour prendre l’escalier… j’essuie mes larmes comme je peux et je lui emboîte le pas…

Je me retrouve dans la rue et je suis le gars le plus malheureux de l’Univers. Pourquoi cette nuit si c’est pour redevenir aussi dur, aussi méchant ce matin? Pourquoi ne suis-je pas parti dès mon réveil, avant qu’il ne se réveille à son tour? Je savais que c’était la seule bonne solution à prendre… pourtant je suis resté ! Quel con !

Quel connard ce Jérémie T !!! Ce que je voyais à ce moment-là, en ce dimanche matin de toutes les désillusions, c’était que Jérém se comportait comme un con et qu’il était d’une méchanceté et d’une injustice sans nom à mon égard… je le haïssais… je l’aimais et je le haïssais à la fois… dans ma tête ce n’était plus le feu d’artifice, c’était un paysage de désolation et de cauchemar… ça cognait avec une violence à m’en donner la migraine… la fatigue et le dégoût me terrassaient.

Au beau milieu du Grand Rond, je me suis assis sur un banc et j’ai pleuré. Le jardin d’Eden avait laissé place à une ghosttown… mais dans cette ghosttown on n’était plus deux, ensemble, amoureux et forts… j’étais seul et meurtri, cette ghosttown me faisait vraiment peur, l’angoisse, le sentiment d’abandon me prenaient à la gorge, j’avais du mal à respirer…

Je finis par me calmer un peu et par prêter l’oreille aux chants des oiseaux célébrant le printemps sur le silence de la ville encore endormie… c’est dingue ça… je ne sais pas où ils sont ces oiseaux, pourquoi sont-ils en ville alors qu’ils seraient bien mieux à la campagne ? Sacrée bonne idée que cet énorme espace vert en ville… Quoi qu’il en soit, ils sont là et leur chant gai et coloré est fait pour donner la pêche… c’est tellement riche comme son, tellement rond comme mélodie… on dirait du Abba…

Hélas, quand on est malheureux, la joie autour de nous est impuissante à nous remonter le moral ; au contraire, elle participe à nous donner encore plus la mesure de notre malheur. Pauvres petits oiseaux chantant le printemps, comme votre chant me rend triste ce matin !

Je suis si accablé… je me surprends à regarder en arrière pour voir ce qui a été jusque là ma vie… je me pose la question de savoir si j’ai jamais vraiment été à ce point amoureux… amoureux et malheureux… et la réponse que je me donne est… non, clairement non… jamais à cause d’une fille, ça c’est sûr, et jamais à cause d’un garçon non plus… depuis très longtemps déjà j’appréciais l’exercice de regarder les bogoss, je me branlais parfois en pensant à un tel ou à un tel que je trouvais sexy… j’avais souvent été attiré, charmé, entiché… mais ça s’arrêtait là… jamais encore je n’avais eu la possibilité de pénétrer assez dans la vie, dans l’intimité de l’un ou l’autre d’entre eux, pour avoir de quoi réellement tomber amoureux… jamais quelqu’un n’avait eu autant de pouvoir sur moi… le pouvoir de me rendre heureux pendant une nuit incroyable, le pouvoir de me mettre plus bas que terre juste après…

La pluie avait cessé de tomber mais le vent soufflait toujours en ce triste dimanche matin. Comme il soufflait le jour de notre première révision. Je réalise soudain qu’à chaque épisode marquant de mon histoire avec Jérém, qu’il soit heureux ou malheureux, il y avait du vent… il y aura toujours du vent… sacré vent d’Autan… presque la partition de ma vie, de notre histoire… un peu comme notre chanson à Jérém et à moi… cette chanson à nous qu'on n'aura jamais…

Dès lors le vent me parla de Jérém. Ce sont des mots heureux, parfois des mots amers, ou encore des mots nostalgiques. Dès que le vent se lève, surtout au printemps, lors de ces journées de soleil très claires, quand le vent souffle sur plusieurs jours, je revois Jérém le jour de notre première révision, son t-shirt blanc, son sourire coquin, son insupportable et irrésistible assurance quand il avait donné le coup d’envoi à notre histoire… je me souviens encore de ses mots précis…

« Eh mec - me dit-il en posant une main sur mon épaule - je sais que tu veux la voir, je sais que tu en as envie... alors viens la chercher... »…

Qui eût cru ce jour-là qu’on en serait arrivé à une nuit comme celle que je venais de vivre ? Et que le matin aurait tout gâché ? Comment ne pas me sentir déchiré entre ces deux Jérémie, meurtri par le contraste criant entre les sentiment d’amour et de haine qu’il avait su inspirer en moi, à si peu de distance l’un de l’autre ?

Je trouve le courage de continuer à marcher vers la Patte d’Oie et quand j’arrive chez moi, je m’aperçois avec soulagement que la maison est toujours endormie. C’est déjà ça. Je ne supporterai pas d’affronter ma mère ou mon père à cette heure-là, dans cet état de fatigue, la mort dans l’âme, avec cette mine défaite, avec cette tête d’enterrement, les larmes intarissables ruisselant sur mon visage. Entendre des questions. Ne pas avoir le courage de donner des explications. J’ai juste besoin de mon lit. Du noir de ma chambre. De ma couette. De me recroqueviller en position fœtale et de continuer à broyer du noir. Essayer de comprendre. Je sais que n’y arriverai pas et que ça va me prendre la tête mais je sais aussi que je ne pourrai pas m’en empêcher.

J’ai laissé un mot sur la table de la cuisine « Suis rentré tard, désolé, besoin de dormir, stp maman. Bisous ». Elle aura mon sms de la nuit mais je serai rentré, alors ça n’aura plus d’importance. J’espère qu’elle va comprendre. On parlera de ça plus tard, mais pas à huit heures du mat. Pas un dimanche matin. Pas ce dimanche matin.

Je suis dans ma chambre. Je me déshabille. Je suis dans mon lit. Son goût, un goût plus amer que d’habitude, persiste dans ma bouche. Le souvenir de ses allés-venues brutales aussi. Je serre sa chemise contre moi, son odeur m’apaise immédiatement. C’est magique et ça le sera toujours. Je suis fatigué, j’ai dû dormir moins de deux heures… je me sens fiévreux, les images se bousculent en moi sans que je puisse les analyser, je suis tellement affaibli que même ma souffrance semble suspendue… alors, entre le sommeil et la veille, dans un dernier sursaut émotionnel avant de céder au besoin de repos de mon corps, je revois Jérém dans mes bras… je retrouve l’odeur de sa peau, sa chaleur, cette sensation de plénitude, ce corps au creux du mien… le rêve… je l’aime… je pleure…

Nuit de dingue, nuit magique. Je rembobine une dernière fois depuis le début cette folie de moins de douze heures , je rembobine pour tenter de comprendre, pour ne pas devenir fou de tristesse et de malheur : le mec des chiottes ; la bagarre ; Jérém hors de lui, sa rage, la violence de ses actes et de ses mots ; le t-shirt blanc taché de sang : le bonheur de voir ce beau mâle accourir pour me défendre ; le départ précipité de l’Esméralda : l’excitation de savoir que je vais le voir nu, le toucher, coucher avec lui ; Thibault dans la lumière des feux de la 205 : peut-être un désir refoulé, touchant ; le retour en 205, ses questions : l’impression qu’une certaine forme de jalousie ou de possession à mon égard se dégage de ses mots ; le trajet à pied entre le canal et l’entrée de son immeuble, les mecs qu’on a croisés se dirigeant vers le On Off, tous ces regards qui se tournent vers mon beau : ma jalousie à l’idée que Jérém habite à mi-chemin entre la Ciguë et l’On Off; une jalousie complètement effacée par l’amour de cette nuit féerique, son attitude de mec attentionné et câlin, son besoin de se laisser aller ; et puis sa demande, non pas un ordre mais une demande chuchotée au creux de mon oreille : Reste, t’en vas pas… et sa main qui saisit la mienne, cette invitation à l’enlacer sous la couette; le sentir dans mes bras, être fou de lui et ne plus rien comprendre quand je l’entends sangloter…

Toujours du mal à réaliser que le champion de rugby, le mec que toute nana avait eu ou voudrait avoir un jour dans son lit, le meilleur ami de Thibault, si souriant et épanoui en sa présence, le mec à la réputation d’être froid et sans sentiments au lit, la bête de sexe, le mec le plus populaire, le plus en vue du lycée, comment réaliser que ce mec non seulement couchait avec moi depuis des mois, mais qu’il terminait sa soirée en cherchant dans mes bras consolation à sa détresse…

Pourtant je ne l’avais pas rêvé… mes lèvres avaient brûlé d’envie de lui apporter des mots doux, de comprendre ce qui se passait dans son cœur, de savoir le pourquoi de ce mal-être si inattendu… alors qu’on venait de faire l’amour, alors qu’on avait pris un plaisir fou, alors que notre entente avait été si parfaite, et bien au-delà de la sexualité…

… j’avais eu envie de lui parler, pour le calmer, pour le rassurer, mais j’avais eu l’intuition que les mots ne serviraient qu’à tout gâcher, à gâcher la magie absolue de cet instant. Alors j’y avais renoncé. Et j’avais même renoncé à lui faire sentir ma présence au-delà de ce contact physique qu’il avait lui-même souhaité : ainsi, alors que mes mains et mes lèvres languissaient de lui faire les câlins les plus doux du monde, je m’étais fait violence pour ne pas lui montrer que j’étais en train d’assister à sa détresse d’un instant… il se serait senti humilié et il m’en aurait voulu à mort… il en allait de sa fierté, et avant sa fierté, tout simplement de sa dignité… je savais fort bien qu’il n’était pas encore prêt à assumer ses blessures, ses fêlures, ses angoisses… pas du tout…

Me réveiller un peu plus tard enserré dans ses bras… je ne suis plus sur terre, j’ai migré au Paradis… je me suis transformé en Ange…

Mais le matin et les Anges ne font apparemment pas bon ménage… après avoir été adorable cette nuit, au réveil le beau brun a été odieux, méchant, violent, blessant… comment y comprendre quelque chose ? On dirait la bande annonce d’un film à suspense… des images mises côte à côte pour perdre le futur spectateur…

Comment ne pas être défait après un tel changement d’attitude surtout à si peu de temps d’intervalle… avoir eu envie de lui faire plein de câlins et un instant plus tard avoir ressenti la rage me prendre au ventre, ressentir un sentiment d’injustice, le sentiment de m’être fait avoir, d’avoir été berné… d’avoir passé la plus belle soirée et la plus belle nuit de ma vie… d’avoir connu le plus beau réveil de ma vie… d’avoir cru vivre tout ça et découvrir que ce n’était que pure illusion, une illusion que son comportement avait par ailleurs grandement contribué à créer… avoir été le plus heureux des gars pendant un instant, juste avant de connaître la pire désillusion de ma vie, la douche la plus glaciale que l’on puisse imaginer…

Vraiment j’aurais dû partir tant qu’il dormait… laisser intact le souvenir de cette nuit… peut-être ça aurait été mieux dans sa tête à lui… j’en sais rien… faut croire que s’il a réagi comme ça, c’est que cette nuit n’a vraiment rien changé… j’ai trop dû le faire chier avec mes câlins… je suis trop tactile, trop en demande… pourtant c’est lui qui a demandé, merde, je n’y comprends plus rien, je n’y comprendrais jamais rien à ce con de mec !

Oui, j’aurais dû partir : j’aurais au moins connu un dimanche de bonheur, en attendant la suite… partir en portant avec moi tous les énormes espoirs que cette nuit avait su créer dans mon esprit amoureux… partir avec une illusion… être heureux en m’appuyant sur une illusion que j’aurais prise pour la réalité… partir sans savoir qu’un désenchantement me guettait dès la prochaine révision... dans l’attente je me serais fait mille films, des long-métrages dont j’aurais certainement rendu Elodie spectatrice unique, contrainte et forcée… j’aurais vendu la peau de l’ours avant de l’avoir tué…

Et dès la prochaine éventuelle rencontre, je n’aurais pas pu résister, j’aurai tenté de lui faire des câlins et je me serais fait jeter de la même façon… ma désillusion, mon désenchantement aurait ainsi été encore plus violents…

Quelque part c’est mieux que ça se soit passé ainsi… au moins j’en ai le cœur net… crever l’illusion avant qu’elle ne devienne dévastatrice… mais ça fait mal… un mal de chien… ça me prend aux tripes… je me sens tellement sur les nerfs que mon corps est secoué par des frissons, j’en suis courbaturé… je n’ai jamais eu si mal dans ma vie… ce putain de sentiment de trahison et d’abandon… cette fois-ci c’est sûr, je ne le reverrai plus jamais…

Non, c’est pire que ça… je vais le revoir au bac la semaine prochaine… toute une semaine à le mater arriver au lycée, beau comme un Dieu, il sera là devant moi avec un putain de t-shirt moulant… il sera là, comme d’hab, l’air de rien, il ne me regardera même pas… il ignorera ma tristesse, mes larmes tout justes retenues, ma mine défaite d’un week-end de chagrin… je passerai une semaine à l’aimer, à avoir envie de lui, une semaine à le détester, à le haïr, à avoir envie de lui faire mal comme il m’en a fait…

J’ai envie de crever… j’ai envie de déchirer sa chemise, de lui foutre le feu, j’ai envie d’oublier son odeur, son visage, son corps, son nom, son existence… j’ai envie de passer tout ce dimanche seul à pleurer, à m’épuiser de tristesse…

Je sais que je ne vais pas dormir et que demain je serai incapable de me concentrer sur autre chose pendant les épreuves du bac que sur les sentiments de haine viscérale et d’amour infini que je ressens envers ce connard de mec… j’ai l’impression que je vais rater mon bac…

Le sommeil ne viendra pas ce matin-là, je passerai des heures à ruminer tout cela sans arriver à trouver le moindre réconfort… un peu avant midi, il me faudra quand même me lever, ma mère commençant à gueuler que le repas allait être prêt. Maman a dû voir que ça n’allait pas fort. Elle ne m’a pas fait la morale. Avant de nous mettre à table, dans la cuisine, pendant que j’attrapais les couverts, elle m’a juste demandé si ça allait. Un peu fatigué. Et Dimitri ça va ? Ça va.

Pendant tout le repas de midi je retiendrai mes larmes. De justesse, en faisant un effort inhumain. Je ne sortirai presque pas de mots. Je pense que ce dimanche-là je me serais noyé si quelqu’un n’était pas passé me tendre une main charitable.

A deux heures, Elodie était dans ma chambre. Je ne l’avais pas appelée. Elle n’avait pas appelé. Elle est juste passée. Elle l’a senti. J’avais besoin d’elle. Et une fois seul avec elle, ce ne sont pas les mots qui sont sortis en premier. Oui, à midi j’ai retenu mes larmes de justesse. Pas avec Elodie. Elles sont venues chaudes, copieuses, dans ses bras…

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