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Drôle de dimanche pour Nico

Partie 29 -  Drôle de dimanche pour Nico

Précédemment dans Cinquante Nuances de Jérémie : une soirée en boîte de nuit s’était terminée en bagarre entre deux beaux garçons ; une drôle de soirée s’était transformée en nuit de bonheur ; hélas, la magie d’un instant avait été souillée par un réveil plutôt brutal : oui, après avoir été adorable pendant l’amour, le matin venu Jérém s’était révélé odieux et méchant ; Nico avait quitté la chambre Rue de la Colombette triste et malheureux, regrettant de ne pas avoir écouté la petite voix intérieure qui, depuis le réveil, lui avait signalé sans détour que le seul choix à faire aurait été de partir avant le réveil du beau Jérém ; c’est un Nico meurtri, incapable de comprendre le comportement à la con du beau brun, qui se retrouve en larmes assis sur un banc en plein milieu du Grand Rond… heureusement une main charitable lui avait été tendue en début d’après-midi…

… je sens que le sommeil vient en ce dimanche soir… je ferme les yeux et j’ai l’impression d’être dans ses draps, comme la nuit dernière… j’inspire encore son odeur à travers le tissu froissé de sa chemise et j’ai l’impression que si je bouge mon bras il va être là à côté de moi, que je vais pouvoir le caresser, le serrer à moi… l’avoir contre moi, l’avoir en moi… son expression juste avant de jouir en moi revient sans cesse à mon esprit, elle me hante… ma main glisse sur ma queue et, tout naturellement, je me branle…

Je suis tellement fatigué que je sens que ça va être difficile d’arriver au bout… je pense que le sommeil va me gagner avant… je suis bien, je me branle plus pour continuer à penser à lui que pour vraiment jouir… je suis bien, son odeur avec moi, ça me calme, je ressens un doux apaisement, je suis suspendu entre veille et sommeil, entre envie de me faire jouir et besoin irrésistible de céder au marchand de sable…

Retour en arrière de quelques heures. 

A deux heures ce dimanche-là, Élodie était dans ma chambre. Je ne l’avais pas appelée. Elle n’avait pas appelé. Elle est juste passée. Elle l’a senti. J’avais besoin d’elle. Et une fois seul avec elle, ce ne sont pas les mots qui sont sortis en premier. Oui, à midi, devant ma famille, j’ai retenu mes larmes de justesse. Pas avec Élodie. Elles sont venues chaudes, copieuses, dans ses bras.

« Calme-toi, Nico… »

Ses mots ont une douceur et une délicatesse infinies, bien loin des piques qu’elle me lance parfois. Merci Élodie. Elle a vu que je suis vraiment mal, elle n’est pas en mode « je te l’avais dit », elle est juste en mode « je suis là, ti cousin ». Je l’adore. Pendant toute ma crise elle m’enserre dans ses bras, sans un mot ; une de ses mains caresse mon dos et ça me fait un bien fou… ce petit câlin me donne encore plus envie de pleurer, mais c’est une bonne chose, il faut que ça sorte, il faut que ça sorte jusqu’au bout…

Il me faut un bon moment pour me calmer et trouver la force de parler.

« C’était génial, cette nuit…

-Je vois ça… - elle recommence à se moquer. Mais c’est bon enfant, elle arrive à m’arracher un sourire humide. Elle a toujours le bon tempo. Je ne sais pas comment elle fait. C’est une super nana.

-Te moque pas, stp…

-Excuse…

-Cette nuit il était si tendre, si adorable… jamais on l’a fait de cette façon là…

-A savoir…

-Ce n’était plus de la baise…

-De l’amour ? il t’a fait l’amour ? tu ne te fais pas des films ?

-Il m’a même embrassé…

-Tu l’as fait boire… ! T’as pas trouvé mieux ? C’est une ruse vieille comme le monde… – si je n’avais pas été si triste, le ton sur lequel elle a sorti sa boutade me ferait esclaffer de rire.

-Il n’était pas dans son état normal… il avait un peu bu mais ce n’est pas ça, pas que ça…

-Quoi donc ?

-A l’Esméralda j’ai failli me faire cogner par un type aux chiottes…

-Tu ne me l’as pas dit…

-Je ne voulais pas t’effrayer… et il est venu me défendre… il a cogné le type…

-Jérém ?

-Oui…

-Oh, putain… tu ne devais plus tenir en place…

-J’étais fou…

-Alors, quand il t’a proposé de rentrer avec lui…

-J’avais pas le choix…

-Ça se conçoit… à ce stade ce n’est même plus une question de choix, c’est une évidence…

-Déjà dans la voiture il m’a fait son jaloux…

-Son jaloux ?

-Il a compris que le mec voulait me cogner parce que je l’avais trop maté…

-Nico, surveille tes regards, un jour il va t’arriver un truc, à force…

-Oui…

-Jaloux… le Jérém… d’un autre mec qui s’intéresserait à toi ? ? Tiens, curieux ça…

-Il m’a presque fait la morale…

-Très fort venant d’un mec qui prête sa queue bien plus souvent que son dû…

-C’est clair…

-Et une fois chez lui ?

-Élodie… tu veux le croire ou pas… on s’est retrouvé face à face… je l’ai embrassé… il m’a laissé faire… je le sentais secoué, par ce qui venait de se passer en boîte, par notre conversation dans la voiture, je sentais qu’il avait besoin de moi, de chaleur, de tendresse… je lui en ai donné, je l’ai caressé comme jamais avant cette nuit… à un moment il m’a arrêté… et… et… il m’a embrassé à son tour… du bout des lèvres, mais c’est venu de lui…

-Il a pris de l’ecstasy !

-Élodie…

-Continue, mon cousin…

-Et pendant l’amour… il était doux, attentionné… il m’a même touché…

-Touché ?

-Jamais il ne m’avait branlé…

-Non, putain, de la coke… il s’est fait un rail sur le rebord des chiottes…

-Élodie…

-Excuse, j’essaie juste de te faire rire un peu…

-Oui, Élodie, tu es adorable…

-Continue ti cousin…

-Il n’a pas été jusqu’au bout… ensuite il est… il est…venu…

-Il est venu en toi ?

-Oui… quand il est venu en moi, il était différent des autres fois… il ne faisait plus son macho, son serial baiseur… il prenait son pied sans se presser, j’avais même l’impression qu’il faisait attention à moi… qu’il faisait attention pour que moi aussi j’aie du plaisir…

-C’est ça un homme, un vrai …

-Quoi donc ?

-Un homme…

-Ça veut dire quoi ?

-Pour un homme, ce qui est également important, c’est de voir que l’autre prend du pied grâce à lui, en plus de son propre plaisir et parfois même avant son propre plaisir… un homme ne se contentera pas de jouir… sa jouissance ne sera complète que si son partenaire aura joui à son tour… je ne te parle même pas d’amour, c’est juste une histoire de psychologie masculine, de maturité…

-Pas tout compris Élodie…

-Ton Jérém avait envie de te faire plaisir car ça le confortait encore plus dans sa « virilité »… te voir prendre ton pied grâce à son sexe, ça doit sacrément flatter son ego… et qui sait… il commence peut-être à se rendre compte qu’en plus d’être beau garçon, tu n’es pas qu’un objet sexuel…

-Je ne sais pas, j’ai trop de mal à le comprendre… il avait un regard, pendant qu’il était en moi, un regard que je ne lui ai jamais connu… doux, touchant… si différent…

-Tu sais, Nico, parfois pendant qu’ils couchent, les mecs se lâchent un peu, baissent un peu la garde, mais faut pas croire que c’est définitif… un mec près de jouir est prêt à tout pour conclure… il n’est plus vraiment lui-même…

-Non, tu ne connais pas ce mec comme je le connais… hier soir il était pas comme d’hab… il avait tombé sa carapace…

-La carapace d’un mec après l’orgasme remonte souvent aussi vite que sa queue retombe, mon cousin… certains s’ouvrent sur l’oreiller, d’autres se referment comme des huîtres… pardon d’être si directe…

-C’est ça que j’aime le plus en toi…

-Nico, regarde les choses en face… il s’est bagarré, tu l’as rendu jaloux… il avait picolé… tu l’as câliné… tout s’est enchaîné bien différemment que d’habitude…

-Oui…

-Ôte moi d’un doute… ta nuit a l’air de s’être plutôt bien passée… alors comment ça se fait que je te retrouve dans un état pareil ?

-C’est pas fini…

-Et quand tu es parti, il était comment ? enchaîne Élodie avant que je puisse aller plus loin.

-Je ne suis pas parti…

-Ah bon ??? t’as dormi chez lui ?

-Il me l’a demandé…

-De rester dormir ?

-Oui, et de le prendre dans mes bras…

-On parle bien de Jérém… de Jérémie T ?

-Lui-même !

-Ecsta+coke+alcool… il était chargé le mec…

-C’est malin…

-Tu devais être dingue…

-A deux doigts de disjoncter…

-Bon pour l’Hôpital Marchand… ou alors… prêt pour un petit séjour longue durée à Lannemezan ?

-Élodie !!!!

-Pardon, j’arrête mes conneries… t’as réussi à dormir ?

-Très peu…

-Tu m’étonnes…

-Je me suis réveillé un peu plus tard et c’est lui qui me tenait dans ses bras…

-Tu me donneras ton numéro de chambre et les horaires de visite quand tu seras interné ?

-Bien sûr…

-Toujours pas compris comment ça se fait que tout ça t’a mis dans un état pareil… tu devrais être le gars le plus heureux de la terre…

-C’est pas fini…

-Oh, non… non… non… non… nooooon !… je me refuse de croire que même mon ti cousin Nico, le roi des maladresses, le prince des gaffeurs ait pu se cogner à un obstacle si facile à esquiver… je vais t’appeler Titanic…

-Quoi donc ?

-T’es resté… t’as attendu qu’il se réveille…

-Je suis resté…

-Dis-moi au moins qu’il s’est réveillé avant toi… que tu n’as pas sciemment attendu qu’il se réveille, que tu ne lui as pas carrément tendu le bâton pour te faire battre…

Je la regarde, sans savoir quoi dire.

-T’étais réveillé avant lui…

-Oui…

-Et t’as pas pensé qu’il valait mieux te tirer avant qu’il ouvre les yeux ?

-Si… si…

-Et il a été odieux je te parie…

-Oui…

-Tu t’en doutais pas que ça allait arriver ?

-J’en avais peur mais j’avais envie que ça se passe autrement… après cette nuit, j’y croyais un peu… j’avais trop envie de…

-De lui faire une gâterie au réveil ?

-Aussi…

-Comment ne pas avoir envie de faire tomber la trique du matin d’un beau garçon… mais là c’est vraiment mal joué mon cousin… puisque tu sembles ne pas la connaître, je te donne une règle très utile pour ce genre de situation : à savoir que, lorsqu’elle est agrémentée d’un peu d’alcool, de substances illicites…

-Je te dis qu’il n’a rien pris…

Elle continue, faisant mine de ne pas avoir entendu mes mots.

-… et de quelques émotions, la nuit est capable de déclencher des événements que certains ne savent guère assumer le matin venu. C’est déjà vrai pour les amours hétéros, ça doit l’être d’autant plus dans ce genre de situation, là un des deux partenaires est, comme Jérém l’est à l’évidence, un bi qui ne s’assume pas… il faut savoir comprendre s’il faut rester ou partir… tu sais, cousin, une fois ça m’est arrivé de coucher avec un mec qui… »

Élodie enchaîne sur le récit de l’une de ses nuits compliquées… je fais semblant d’écouter mais en réalité je n’entends plus ses mots… je pars ailleurs dans ma tête… deux de ses phrases résonnent en moi comme un écho dans les Pyrénées : « des événements que certains ne savent guère assumer le matin venu… un des deux partenaires est un bi qui ne s’assume pas » et soudainement j’entends un déclic en moi. D’un seul coup tout devient clair dans ma tête. Tout s’enchaîne et s’organise. Ma cousine est un as. Ou alors je suis tout simplement trop bête. Aveuglé par mon amour. Abruti par mon manque d’expérience et de connaissance de la psychologie masculine. De la psychologie « Jérémie ».

Mais tout est pourtant clair depuis le début… pourquoi cette nuit Jérém était-il dans cet état d’âme si étrange? Pourquoi sa détresse dans mes bras ?

La raison est pourtant si simple, si évidente… porté par des événements, par des émotions inhabituelles, une fois dans sa vie il a accepté qu’on lui apporte, que JE lui apporte, un peu de tendresse… il s’est rendu compte que ça lui faisait un grand bien, un bien dont il avait besoin mais qu’il avait toujours refusé, refusé pour ne pas en devenir dépendant, suivant une philosophie qui consiste à renoncer à vivre ce dont on a envie pour se protéger des conséquences…

Un peu de tendresse et voilà, voilà d’un coup d’anciennes tensions se relâcher, des blessures jamais guéries recommencer à saigner… il a dû se sentir perdu… égaré dans cet univers d’affection qui lui était jusque là si étranger et dans lequel il s’est retrouvé projeté sans vraiment le vouloir, par la présence d’un petit mec prénommé Nico…

Pourquoi son changement brutal de comportement le matin venu ? Ça aussi c’est limpide comme de l’eau de roche. Le prix à payer pour ce nouveau bonheur lui paraît pour l’instant trop élevé : laisser un pd rentrer dans son intimité, lui donner les clefs de son cœur… en fin de compte, Jérém n'est pas difficile a comprendre… c’est un mec à nana qui tombe amoureux d'un garçon, qui finit par se rendre compte qu'un gay n'est pas qu'un trou et qui ne sait pas, ne veut pas, ne peut pas accepter ça, il ne peut pas se remettre en question… être un canon, en plus du fait de s’être taillé une réputation de serial baiseur, l'a placé dans un rôle de mâle qui est difficilement compatible avec des envies qu’il découvre malgré lui… il se sent attiré vers l’inconnu, vers quelque chose qui lui fait peur…

Mais oui… il affectionne un homme ! il m’affectionne moi !! c’est un changement brutal dans sa vie… tellement brutal et inattendu que ça explique sa façon d’avancer à reculons… il va lui falloir du temps pour digérer tout ça… il va me falloir comprendre ses regards, comprendre et accepter que certaines de ses attitudes disent autre chose que ses mots durs et que ses réactions à la con, aller au-delà de son incapacité présente à assumer tout ça…

Je repense alors à ce petit bruit dans mon dos pendant que je saisissais la poignée de la porte de sa chambre… un doute hante mon esprit se transformant petit à petit en certitude… je suis presque sûr que Jérém avait avancé vers moi pendant que je prenais la porte de sa chambre… quand je me suis retourné, son bras revenait vers son buste comme pour cacher un geste inaccompli et non assumé…

Il avait fait un pas, certes retenu, retiré, mais un pas quand même… un pas, quelle symbolique… et puis son regard, ce bout de regard que j’ai capté pendant que déjà il partait loin de moi, pendant qu’il complétait son demi-tour hâtif juste avant de disparaître aux chiottes en claquant la porte… ce ne fut qu’une fraction de seconde, une fraction qu’aucun horloge ne serait capable de mesurer… une fraction de temps où j’ai cru mourir… un tout petit moment de rien du tout pendant lequel j’aurais juré, sans vraiment être sûr que ce ne soit pas mon imagination qui me jouait des tours, voir quelque chose au fond de ses yeux… comme de la tristesse… humide…

Avait-t-il voulu me retenir pour ne pas me laisser partir dans cet état-là ? Avait-t-il pendant un court instant regretté sa dureté, sa méchanceté? Avait-il été touché par ma détresse et mon désespoir ? Avait-il à un moment voulu me réconforter sans pouvoir se forcer à le faire au bout du compte?

Mon pauvre Jérém… Jérém pourquoi résistes-tu ? Pourquoi te fais-tu violence ? Pourquoi te rends-tu si malheureux ? Pourquoi nous rends-tu si malheureux ?

C’est dur, si dur… c’est dur mais il faut que tu sois fort, Nico. Il faut te battre. Tu le sais désormais, sa violence est une armure… tu l’as bien découvert cette nuit… tu sais qu’il est capable d’être aimant, d’être humain… tu commences à avoir quelques clefs, il faut que tu t’accroches à ça, il faut que tu fasses le dos rond, il faut que tu prennes sur toi pour l’instant, tu es assez fort, tu vas y arriver… ce mec en vaut la peine… c’est l’homme que tu aimes… il faut que tu penses à ses regards, à ses gestes pendant l’amour, il faut que tu penses à l’homme que tu as vu cette nuit et non pas au mec énervé et agressif que tu as croisé ce matin…

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« A quoi penses-tu, mon cousin ? c’est Élodie qui m’arrache à mes pensées. En quelques secondes à peine, elles ont totalement changé de polarité.

-Pourquoi ?

-Tu ne parles plus, tu souris tout seul… t’as pris de l’ecsta toi aussi ?

-T’es conne ! Non, Élodie, je viens de comprendre quelque chose… grâce à toi…

-Qu’est-ce que tu ferais sans ta cousine préférée ? »

Élodie est restée pendant tout l’après-midi. On a encore parlé de Jérém, je lui ai expliqué ce que je venais de comprendre à son sujet, et au sujet de son comportement du matin… elle m’a écouté, elle sait désormais que c’est peine perdue que d’essayer de me persuader que Jérém n’est pas un garçon pour moi, qu’il faut que j’arrête de penser à lui, de le voir, que ma vie serait infiniment plus simple si j’arrivais à l’oublier… oui, c’est peine perdue car le mal est fait… ce garçon a pris mon cœur à jamais, et je ne peux rien contre cette force irrésistible qui m’attire vers lui ; je sais ce qu’elle pense, elle sait que je le sais, elle respecte mon choix ; je sais qu’elle a compris que je dois aller au bout de ce que j’ai à vivre avec ce garçon, coûte qui coûte, je le dois car je n’ai carrément pas le choix… et je sais désormais que je pourrai venir pleurer dans ses bras à chaque fois que j’en aurai besoin car elle m’a montré le mode « Je suis là, Nico » en prenant sur elle pour me réconforter.

Oui, Élodie, comment ferais-je si tu n’étais pas là ?

Après avoir traité du dossier « Jérémie T » en long, en large et en travers, on a aussi parlé d’elle, de ses amours compliquées ; et à la fin, on a parlé de notre enfance. Depuis quelque temps, quand on reste longtemps ensemble, on finit toujours par parler de notre enfance. Ça doit être le signe que l’on est en train de grandir… On s’est surpris à être un peu nostalgiques de cette époque qu’on a vécue ensemble, une époque où tout était simple, où l’amour ne faisait pas encore battre nos cœurs en chamboulant nos vies de la sorte. Une époque où Jérémie n’était pas encore rentré dans mon existence. Une époque où le monde avançait sans nous. Où personne ne nous demandait de comptes. Une époque où on se sentait en sécurité. On passe les dix premières années de notre vie à vouloir sortir de l’enfance. Et le restant de notre existence à rêver d’y revenir.

Élodie est restée dîner. Elle a fait la conversation à table. Et moi avec elle. J’étais presque euphorique. Rien à voir avec la gueule de midi. C’est bon de l’avoir à mes côtés. Élodie est mon Thibault à moi. Elle me met de bonne humeur, elle veille sur moi, elle est toujours là quand il le faut, elle sait toujours quoi faire. Ni trop, ni pas assez. Le juste milieu. Elle sait ce qui est bon pour moi, avant même que je le sache moi-même. Depuis qu’elle est arrivée ce dimanche après-midi, j’ai trouvé comment sécher mes larmes.

Elle est partie peu après le repas.

Il n’est que 21h30 mais je sens l’appel du lit. La nuit dernière je n’ai dormi que deux heures à peine… demain c’est le bac, il faut que je récupère, il me faut être en forme… je regarde mon portable… écran vide… inutile d’espérer un sms de mon beau, ce n’est pas son genre… surtout pas après ce qui s’est passé cette nuit, surtout pas après s’être énervé comme il s’est énervé ce matin… surtout avec le bazar que ça doit être dans sa jolie tête… sacré bazar… un peu comme dans la mienne…

Élodie n’est partie que depuis une demie-heure et, privé de sa présence, je sens rapidement mon état d’esprit changer : oui, sans ma cousine à mes côtés, je me sens beaucoup moins fort. Je sens que mes résolutions de l’après-midi, si déterminées il y a encore quelques minutes, semblent perdre de leur audace, de leur énergie, de leur conviction. Je sens le courage me quitter. Je sens l’angoisse s’emparer de mon esprit, l’envahir, le submerger, l’étouffer. La décision d'affronter bravement l'hostilité et les humeurs changeantes de Jérém s'évapore à vitesse grand V et voilà mes doutes me rattraper. Je me sens seul et sans ressources, sans défense face à son agressivité et à sa dureté, à l’instabilité affective dans laquelle son comportement me plonge.

L’idée de le revoir dans quelques heures au bac recommence à me paraître insoutenable, angoissante. Il me faut reprendre tout ça une fois de plus et retrouver l’état d’esprit de l’après-midi quand Élodie était avec moi, quand je me suis senti fort et déterminé, capable de faire face à Jérém, à son attitude à la con, quand je me sentais assuré du fait qu’il faudra du temps pour qu’il se rende compte de certaines choses, mais qu’il y arrivera un jour, c’est sûr… retrouver la sensation rassurante qu’il me faut juste du temps, de l’énergie et du courage pour apprivoiser la bête… parce que l’enjeu est trop grand pour que j’envisage, ne serait-ce qu’une seconde, d’y renoncer…

Je me cale sous la couette dans le noir et dans le silence de ma petite chambre. Je m’isole, je ferme les yeux sur le monde et je les ouvre sur mon monde intérieur. Je voyage dans ma tête. Je pars loin du présent. J’ai toujours été très bon à ce jeu-là : m’évader dans l’espace infini de mon jardin secret.

J’en ai vraiment besoin car, depuis qu’Élodie est partie, je ne me sens pas bien, je me dis que c’est moi qui ai tout gâché ce matin… je décide alors de remonter le temps pour voir exactement là où ça a foiré, pour imaginer une autre issue, plus heureuse. Je ferme les yeux et dans la salle obscure de ma tête, je lance la bande des dernières 24 heures en mode rembobinage…

Je fais défiler ce dimanche image par image, je revois le dîner de tout à l’heure, mon état d’esprit guilleret tant que ma cousine était là ; je remonte mon après-midi avec Élodie, je me remémore nos conversations, nos rires, mon récit de la nuit avec Jérém, ses blagounettes pour détendre l’ambiance, ses mots qui ont fait clic dans ma tête « la nuit est capable de déclencher des événements que certains ne savent guère assumer le matin venu… là un des deux partenaires est, comme Jérém l’est à l’évidence, un bi qui ne s’assume pas… »… je voudrais à ce moment-là faire arrêt sur image, mais tout circule si vite que je ne peux qu’en être spectateur ; je me revois en pleurs lorsqu’elle est rentrée dans ma chambre… je me replonge dans l’affreux repas en famille de midi, passé en silence retenant mes larmes prêtes à déborder ; mon esprit se balade encore plus loin … je suis sous la couette où je tente de m’endormir en ce matin de dimanche… je recule encore la bande vidéo dans ma tête et je me revois rentrer chez moi à huit heures et laisser un mot à ma mère ; image après image, je suis dans la rue, je suis triste, je suis perdu, je suis assis sur un banc du Grand Rond, je suis déjà en larmes et le chant des oiseaux du matin me donne la mesure de mon malheur ; je continue à regarder les images défiler à rebours avec un mouvement rapide et inversé qui n’a rien de naturel : je me retrouve rue de la Colombette, ensuite je me revois dans le couloir du dortoir, la porte de sa chambre dans mon dos, l’impression que tout s’effondre autour de moi, la porte se ferme et se rouvre, je suis à nouveau dans sa chambre, la poignée de la porte devant moi, Jérém qui disparaît dans les chiottes après avoir fait un demi-pas vers moi et s’être retiré… dans l’image juste avant, me voilà encore assis sur le lit, Jérém debout à un mètre de moi, en silence, en colère… envie à la fois de lui faire un câlin et de le frapper… je revois son regard noir, dur, fuyant, ses gestes sans pitié, ses mots qui résonnent dans ma tête avec une violence brutale… je les entends repasser à rebours…

« Putain… ! oublie cette nuit, je t’ai dit ! et débarrasse-moi le plancher à la fin ! (J’ai mal au bras, mal à l’épaule, j’ai mal au plus profond de moi)… Tu te casses, oui ou merde ?... (il s’approche de moi, il me saisit méchamment l’avant-bras et il m’oblige à sortir du lit… Je le revois en train de s’énerver… si sexy et si détestable à la fois)… Ne te fais pas d’idées… Cette nuit j’étais défoncé… je t’ai baisé comme d’hab… Je veux juste que tu foutes le champ de chez moi… Il faut que tu partes… t’as rien à faire ici… T’es encore là ? (Sacrée petit con ce Jérém !). »

Je tente de chasser ce cauchemar de ma tête, en vain, tous les détails remontent… je voudrais passer vite sur ces moments mais la bande vidéo semble ralentir toute seule… ou bien est-ce que ce serait moi qui suis inconsciemment en train de la retenir ? la bande recule encore… je retrouve son goût, cette fois-ci bien amer, dans ma bouche, ses mains sur mes oreilles enserrant ma tête, ses coups de bassin dans ma bouche, ses mains qui saisissent les miennes, coupables d’avoir tenté juste avant une caresse sur son visage, une caresse comme celle permise quelques heures plus tôt et redevenue taboue à la lumière du jour ; je me revois prendre sa queue raide dans ma bouche, le faire de mon propre chef, la caresser, hésiter devant le drap moulant ses attributs, avoir pensé avec tristesse au fait que c’était peut-être la dernière fois que je revoyais cette chambre, avoir joui tout seul dans ses draps un instant plus tôt, avoir éternué, avoir essayé en vain de retenir mon éternuement, avoir eu peur de le réveiller… avoir soulevé le drap, l’envie de voir sa trique du matin…

Et voilà qu’arrive enfin la dernière image heureuse : Jérém endormi à côté de moi… Dernière séquence utile. Je mets sur pause. L’image est trop belle pour ne pas s’y attarder un instant. J’ai du mal à m’en détacher, mais je finis par rembobiner l’enregistrement jusqu’au début de la scène.

Mon réveil. Il est 7 heures quand j’ouvre les yeux… le store n’est pas complètement déroulé et le jour commence à rentrer par le bas de la porte-fenêtre… Jérém n’est plus enlacé autour de moi… il est endormi, beau comme un enfant, juste à côté… il est presque tourné sur le flanc, vers moi, une main entre la tête et l’oreiller… canaille de mec, qu’est-ce qu’il est beau dans son sommeil… son regard est tellement doux, apaisé, ses angoisses et ses inquiétudes de la veille semblent complètement effacées de son visage… j’adore le voir dormir car je me fais la réflexion que quand il dort il est là, tout entier avec moi… il ne fait pas des trucs que je ne voudrais pas qu’il fasse, il ne pense pas à des trucs auxquels je ne voudrais pas qu’il pense… je ne suis plus jaloux, je ne suis plus angoissé, je suis bien, je le regarde et je veille sur lui… je sens que ma jalousie vis-à-vis de ses nombreuses aventures du passé s’estompe, je sens que mon cœur est conquis… je sens qu’il ne peut plus me faire souffrir, que nos deux esprits sont si proches, liés à jamais… je sens une étrange sensation parcourir mon corps, un truc qui m’attire vers lui, un truc d’une tendresse infinie, comme un parfum de bonheur…

Alors je reste là, la tête posée sur l’oreiller, à le contempler pendant un long moment, à le regarder respirer, le regarder dormir, rêver peut-être… s’il rêve, il rêve de quoi, de qui ? Est-ce qu’il y a de la place pour moi dans ses rêves… ? C’est trop beau, Jérém qui fait dodo… je ne veux pas le réveiller, pas encore, je voudrais que ce moment de perfection dure toute une vie… jamais je ne me suis senti aussi bien avec ce mec, jamais… pendant son sommeil, tout est possible… imaginer qu’il m’appartient tout entier, imaginer que la nuit passée ne soit pas qu’un épisode isolé, qu’une erreur de scénario… imaginer que Jérém s’est enfin aperçu que je compte pour lui, un peu quand même…

Le choix qui se présente à mon esprit est difficile à appréhender… partir maintenant, quitte à ce qu’il se pose des questions en se réveillant seul dans son lit, alors qu’il s’y était endormi en compagnie ; ou bien rester, rester et prendre le risque de le voir contrarié de me trouver encore là…

La scène touche à sa fin. Je mets sur pause. Cette image de Jérém endormi ce matin-là à côté de moi est d’une beauté à m’étourdir. Je décide que je garderai cette image-là en dernier ; et que la suite sera entièrement réécrite. Sur la puissante table de montage installée dans ma tête, je coupe toute la bande tournée après ce moment et je la remplace par une scène que je suis en train de créer de toute pièce en partant du seul choix qui s’imposait ce matin-là… dans ma tête, je revis ce dimanche matin… c’est le Dimanche Matin 2.0…

… dans le Dimanche Matin 2.0, je sais que la seule bonne décision à prendre, c’est celle de partir avant qu’il se réveille. Je suis sûr de ma décision et je sais que je ne vais pas la regretter. C’est bien de choisir, on se sent soulagé après. Quand on couche avec un jeune homme bi qui n’assume pas sa part de bi, handle with care, produit dangereux, risque de réactions imprévues… risque de blessures.

… dans le Dimanche Matin 2.0, je m’oblige, la mort dans l’âme, à m’habiller en faisant bien attention à ne pas réveiller le beau dormant ; je me retourne vers lui, je le regarde amoureusement, je lui offre une dernière caresse et un ultime baiser sur le front… je me tiens debout devant le lit, prêt à partir… je m’arrache non sans difficulté du contact visuel avec ce visage d’ange endormi… je dois me faire violence, et pendant un instant ça fait mal comme quand on arrache un pansement… je prends la porte et je la referme doucement derrière moi… je quitte sa chambre la larme à l’œil… je me pose encore une fois la question de savoir ce qu’il ressentira à son réveil, voyant que je suis parti… ça y est, je suis dehors… je reprends enfin une bonne inspiration bien profonde…

... dans le Dimanche Matin 2.0, imaginer Jérém ouvrant les yeux en entendant la porte se refermer derrière moi, lui qui ne dormait peut-être plus déjà depuis un certain moment, le laissant se réveiller tranquille, sa trique matinale lui faisant regretter une gâterie que je ne lui aurais pas faite, lui faisant ressentir une frustration qui aurait gardé vif en lui le souvenir de moi pendant un long moment, lui inspirant ainsi de bonnes branlettes sous la couette et sous la douche en repensant à tout cela…

… dans le Dimanche Matin 2.0, je revis mon départ ce matin-là avec un tout autre état d’esprit… dans cette réalité parallèle, après l’avoir quitté avant son réveil, je me retrouve en bas de chez lui, dans la rue déserte à cette heure-là. J’ai les yeux pleins d’étoiles, j’ai l’impression que toute la ville est pour moi, que je suis seul au monde, je me retiens de justesse de pousser un grand cri de joie… s’il n’était pas si tôt, j’appellerai Elodie pour la faire délirer… tous mes sens sont en éveil et je suis tellement heureux que j’ai l’impression qu’autour de moi tout est plus beau que la veille… je descends la rue de la Colombette et je tourne vers St Aubin direction La Patte d’Oie… j’ai envie de marcher pour me calmer… j’ai l’impression que tout est facile et que la vie est vraiment belle et que rien ne peut m’ôter ce sentiment…

… dans le Dimanche Matin 2.0, j’arrive au Grand Rond et je suis tellement heureux que je dois m’arrêter un instant sur un banc pour reprendre mon souffle ; mes oreilles sont ravies par des chants d’oiseaux célébrant le printemps sur le silence de la ville encore endormie… c’est dingue ça… je ne sais pas où ils sont ces oiseaux, pourquoi sont-ils en ville alors qu’ils seraient bien mieux à la campagne ? Sacrée bonne idée que cet énorme espace vert en ville… quoi qu’il en soit, ils sont là et leur chant gai et coloré est fait pour donner la pêche… c’est tellement riche comme son, tellement rond comme mélodie… on dirait du Abba… mon cœur est heureux et lorsqu’on a la joie dans le cœur, la joie qu’un ressent autour de nous ne cesse de faire écho à la nôtre et de nous rendre encore plus heureux…

… dans le Dimanche Matin 2.0, je suis enchanté et je me surprends à regarder en arrière ce qui a été jusque là mon existence… je me pose la question de savoir si de ma vie j’avais jamais vraiment été amoureux… et la réponse que je me donne est… non, clairement non… jamais d’une fille, ça c’est sûr, et peut-être jamais d’un garçon non plus… depuis très longtemps déjà j’appréciais l’exercice de regarder les bogoss, je me branlais souvent en pensant à un tel ou à un tel que je trouvais sexy… j’avais souvent été attiré, charmé, entiché… mais ça s’arrêtait là… jamais encore je n’avais eu la possibilité de pénétrer assez dans la vie, dans l’intimité de l’un ou l’autre d’entre eux pour avoir de quoi réellement tomber amoureux…

… et si parfois je m’étais dit que même Jérém n’était au fond qu’un coup de cœur, que c’était plus de son physique, de sa beauté aveuglante et de sa queue toujours droite dont j’étais épris… à partir de cette nuit-là j’avais la certitude que ce que je ressentais pour lui c’était bien plus que ça… jamais encore je n’avais rien vécu qui ressemble, de loin ou de près, à ce que je venais de vivre…

… dans le Dimanche Matin 2.0, je me suis rendu compte que non, définitivement je n’avais jamais été amoureux de ma vie avant cette nuit-là… je ne pouvais pas avoir été amoureux car je n’avais jamais senti ce que je sentais ce matin-là en partant de chez lui… le ventre plein de papillons, un optimisme infini au regard de l’avenir et de l’évolution de notre relation… c’était comme si d’un coup tout devenait possible, grâce à un baiser, à un regard… à cette certitude qui s’est soudainement installée en moi, la certitude qu’il ressent un truc spécial pour moi, la certitude que je ne suis plus son vide-couilles comme il me l’a montré jusque là, ou du moins que je ne suis pas que son vide-couilles … merde, alors !... cette nuit il y a eu de la tendresse, on s’est fait des câlins… j’ai envie de le crier dans la rue, de le crier à tue-tête…

… dans le Dimanche Matin 2.0, j’ai l’impression d’avoir vécu mille nuits en une seule… j’ai l’esprit embrumé et confus… oui, décidément il y a des images de cette nuit dont j’ignore si elles appartiennent vraiment au souvenir ou si elles ne sont pas directement issues de mon imagination trop excitée… comme des flashs, comme dans la bande-annonce d’un film, des extraits, des images percutantes juxtaposées pour créer des effets de surprise, des questionnements, des coups de théâtre, des chutes, un véritable feu d’artifice… oui, dans ma tête il y avait tout ça… de la surprise, des questionnements, un feu d’artifice…

… dans le Dimanche Matin 2.0, la pluie avait cessé de tomber mais le vent soufflait toujours en ce dimanche matin heureux… comme il soufflait le jour de notre première révision. Je réalise soudain qu’à chaque épisode marquant de ma relation avec Jérém il y avait du vent… le vent d’Autan… presque la partition de ma vie, un peu comme notre chanson à Jérém et à moi… cette chanson à nous qu'on n'aura jamais… dès lors le vent me parla de Jérém. Des que le vent se lève, surtout au printemps, lors de ces journées de soleil très claires, quand le vent souffle sur plusieurs jours, je revois Jérém le jour de notre première révision, son t-shirt blanc, son sourire coquin, son insupportable et irrésistible assurance quand il avait donné le coup d’envoi à notre histoire… je me souviens encore de ses mots précis…

« Eh mec - me dit-il en posant une main sur mon épaule - je sais que tu veux la voir, je sais que tu en as envie... alors viens la chercher... »…

Ça ne doit pas être facile pour toi, mon beau Jérémie… passer du mec qui couche avec toutes les meufs… à une situation où tu as envie de te faire enlacer par un mec (et ce mec, c’est moi !) pour dodo. Tu as besoin de temps pour admettre cette réalité... je suis ce que je fuis, n’est-ce pas mon beau Jérém ?… il te faut du temps, mais tu finiras par te rendre compte que l’on est fait l’un pour l’autre… pour l’instant tu ne peux pas assumer tout ça, c’est trop nouveau et trop puissant pour toi, tu ne le peux pas encore, mais tu m’aimes, mon Jérém, tu me l’as montré cette nuit… tu m’aimes à ta façon à toi mais tu m’aimes, ça c’est sûr…

Je ferme les yeux et j’ai l’impression d’être dans ses draps, comme la nuit dernière… j’inspire encore son odeur à travers le tissu froissé de sa chemise et j’ai l’impression que si je bouge mon bras il va être là, à côté de moi, je vais pouvoir le caresser, le serrer à moi… l’avoir contre moi, l’avoir en moi… son expression juste avant de jouir en moi revient sans cesse, elle me hante… ma main glisse sur ma queue, tout naturellement, je me branle…

Je suis tellement fatigué que je sens que ça va être difficile d’arriver au bout… je pense que le sommeil va me gagner avant… je suis bien, je me branle plus pour continuer à penser à lui que pour vraiment jouir… je suis bien, son odeur avec moi, ça me calme, je ressens un doux apaisement, je suis heureux, demain je vais le revoir au bac… il faut pas que je lui tienne rigueur pour ce matin, je dois lire entre les lignes, surtout pas m’arrêter à son comportement à la con, penser qu’il peut être quelqu’un de bien, qu’il peut se laisser aller, faut juste trouver la bonne porte, le bon moyen, le bon moment… et tu vas y arriver, Nico, tu vas y arriver… non, il ne faut pas que tu lui tiennes rigueur pour ce matin, d’ailleurs ce matin n’a jamais existé car tu es parti avant son réveil !

Assuré de son amour, un amour réel dont le seul défaut est celui de ne pas s’assumer, assuré de ma capacité à attendre qu’il mûrisse et qu’il en prenne conscience, avec au plus profond de moi la certitude, comme une lueur dans une nuit sombre, que cette nuit soit un peu plus qu’une scène ratée coupée au montage d’un film magnifique, me voilà suspendu entre veille et sommeil, entre envie de me faire jouir et besoin irrésistible de céder au marchand de sable…

… entre rêve et conscience, mes pensées se déforment… qui eût cru ce jour-là qu’on en serait arrivé à une nuit comme celle que je venais de vivre ? Qui eût cru à ce fabuleux matin, le Dimanche Matin 2.0 que je viens de fabriquer, le matin qui aurait certainement été si je n’avais pas commis l’erreur de rester…

Quand on a à ce point envie de croire en quelque chose contre vents et marées, c’est impressionnant la capacité de l’esprit de créer des rêves sur mesure et de les prendre pour des réalités. Je sens en moi une force incroyable, inattendue, je l’aime, je me sens fort. Aimer rend fort, aimer rend fou. Imaginer l’impossible. Même si on est seul à y croire.

Mais qu’importe, définitivement, en concevant le Dimanche Matin 2.0, je suis le garçon le plus heureux de l’Univers… et je le suis toujours en arrivant au bout de mon plaisir solitaire. Je finis par m’endormir dans des draps moites.

En m’endormant, j’ai aperçu l’écran de mon portable s’allumer. Un sms vient d’arriver. Je n’ai pas le courage d’attraper mon téléphone. Je m’endors. Je l’aurai demain matin au réveil. Un sms d’Elodie :

« Bon courage pour demain,

pour ton bac, et pour le reste

je pense très fort à toi, mon cousin… »

Au même moment, à l’autre bout de la ville, dans une petite chambre d’étudiant, un beau brun cherchait lui aussi le sommeil… et il finirait par le trouver de la même façon que Nico trouva le sien… quant aux images qui défilaient dans sa tête pendant la recherche de son plaisir solitaire…


Certains d’entre vous reconnaîtront dans certains passages de ce texte, des mots ou des phrases tirés des commentaires de l’épisode de la semaine dernière. C’est mon hommage à l’intérêt que vous portez à mon histoire.

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