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Drôle de soirée pour Nico 3 – Retour en 205.

Partie 25.  Drôle de soirée pour Nico 3 – Retour en 205.

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D’abord merci. Merci à mon ami lyonnais, mon Jiminy Criquet, dont l’aide et l’encouragement sont si précieux pour moi et pour les textes. Merci à Ptitfreddo45 pour m’avoir soufflé en premier l’idée de l’arrivée de Jérém : grandiose. Vos commentaires sont précieux, merci de continuer à donner votre avis, ça fait un bien fou !

Et maintenant, la suite !

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Précédemment, dans 50 nuages de Jérémie : un mec bien éméché s’était laissé allumer par un regard un peu trop appuyé… Nico s’était ainsi trouvé dans les chiottes d’une boîte de nuit toulousaine face à une situation plutôt délicate… Un beau brun s’était pointé à son secours, en parlant un langage très viril et plutôt musclé qui avait fait fort impression dans l’esprit de Nico… un crime odieux avait été commis : un t-shirt blanc Airness, moulant un torse à se damner, avait été irrémédiablement souillé…

Je n’ose pas le regarder dans les yeux alors que j’en ai tellement envie… tellement envie que le cœur m’y amène… lentement, timidement, je lève mon regard et je croise le sien, brun, ténébreux, inquiet… un regard qui me semble bien différent du regard froid, arrogant et insolent du jeune mâle en rut que je lui ai connu jusque là pendant nos baises… non, là c’est un regard touchant, troublant, presque doux… j’ai comme l’impression… putain… j’ai comme l’impression qu’il a envie de tendresse ce soir… nos têtes sont à une vingtaine de centimètres, je sens sa respiration, je sens les battements de mon cœur qui secouent ma poitrine… j’ai envie et j’ai peur, je ne sais pas lire dans son regard…

Et c’est là que l’impensable se produit… je crois rêver… je le vois approcher sa tête et un instant plus tard je sens ses lèvres se poser sur les miennes… son approche est hésitante, furtive… je sens de l’excitation et le refus de s’y abandonner, comme un flottement, je le sens nerveux, inquiet… il finit par mordiller ma lèvre supérieure… ça ne dure qu’une fraction de seconde, juste avant de me repousser sèchement avec ses avant-bras, comme dans un mouvement de répulsion… nos têtes sont à nouveau séparées, son regard est sur ses chaussures…

Retour en arrière de 60 minutes.

« Putain ! s’exclame Jérém en attrapant entre deux doigts un bout du coton élastique de son t-shirt juste au dessus de ses pectoraux et en regardant les taches rouges qui gâchent la perfection de sa blancheur – c’était vraiment pas le bon soir pour foutre un t-shirt blanc…

(j’ai envie de pleurer et de rire au même temps… putain de Jérém… tu rigoles là, j’espère… gaulé comme tu es, pour toi c’est toujours le bon soir pour mettre un t-shirt blanc moulant…)

-T’as ta bagnole… ?

-Oui…

-Tu rentres avec tes potes…

-Naaan…

-Il y a une place dans ta voiture ?

-Faut voir pour qui…

-Il sourit le coquin.

-Je vais prévenir mes potes…

-Je vais prévenir ma cousine…

-On se retrouve au parking dans 10 minutes…

-Entendu… »

Si ça ce n’est pas de l’entente, si ça ce n’est pas de la complicité, là alors je n’y connais rien.

Je pars à la recherche d’Élodie un brin chancelant après la brusque montée d’adrénaline que je venais de vivre, une tension qui vient de retomber brutalement me laissant KO. Je la retrouve en bord de piste et je l’entraîne à part pour lui expliquer que je vais partir plus tôt que prévu et avec un moyen tout aussi inattendu. Évidemment, je ne me sens pas le courage de lui raconter la petite aventure que je viens de vivre… Je ne lui ai pas dit grand-chose, mais ma cousine ne me rate pas… elle est ma conscience, elle est mon Jiminy Cricket à moi…

« Il a envie d’une gâterie… une pipe et au lit, comme disent les mecs…

-C’est à peu près ça…

-Et toi, en toutou bien sage, tu pars sucer la queue de ton maître dès qu’il claque des doigts…

-Élodie, stp…

-Je t’aime bien, mon cousin, mais tu sais ce que j’en pense…

-Je t’adore, Élodie… »

On s’embrasse et on se serre dans les bras l’un de l’autre… je lui souris pendant que je m’éloigne d’elle pour aller rejoindre « mon » mec… je me dirige vers la sortie et je vois Jérém en train de discuter avec Thibault… mon Dieu que ça me remue les idées, que ça me fait de l’effet, que ça me fait remonter des fantasmes lubriques de voir ces deux mecs magnifiques côte à côte… oui, quand deux beaux mecs se rencontrent, l’imagination commence à s’emballer…

Je passe une main sur mon visage pour m’ôter de la tête des images créées de toute pièce par mes fantasmes, des images de deux corps musclés en train de s’enlacer, de deux queues en train de se frotter entre elles, de douches coquines, de siestes crapuleuses… j’accélère le pas, je coupe le contact visuel avec ce couple d’apollons en t-shirt moulant, ce qui me permet, dans l’ordre :

1) de reprendre ma respiration

2) de chasser de ma tête ces putains de fantasmes qui emballent mon imagination

3) de repenser à ce qui vient de se passer aux chiottes et d’en être une fois de plus ébloui…

4) de penser à ce qui va se passer une fois qu’on sera chez lui, vu l’envie démesurée que j’avais de lui vider ses putains d’attributs, ces couilles dont ce soir-là il venait de montrer toute l’envergure…

Je suis dehors dans la fraîcheur de la nuit du mois de juin… depuis notre arrivée, la brise du soir s’est transformée en rafales puissantes… putain de vent d’Autan… la météo l’avait pourtant bien annoncé… du vent, encore du vent… vent de printemps, vent puissant, vent insistant, vent qui parle de la belle saison qui est en route, vent qui balaie ma peau et mon esprit et qui, en notifiant un nouveau changement de saison, semble me parler du temps qui avance inexorable, des jours passés, de mon enfance perdue, des chemins inattendus, des chemins empruntés pur me retrouver ce soir-là à ce moment précis à l’extérieur de cette boîte de nuit en train d’attendre le mec qui me fait vibrer pour rentrer avec lui et m’offrir à lui… le vent me parle du bac qui approche, encore et toujours, du saut dans le vide que représente la fin du lycée, ma nouvelle vie, sa nouvelle vie, une vie dans laquelle je n’aurai plus ma place… j’ai envie de pleurer en pensant que dans quelques semaines, dans quelques jours, ça en sera fini de nos révisions… c’est une idée qui m’angoisse profondément, depuis pas mal de temps, mais que depuis quelque jours tourne à l’obsession, au cauchemar… j’ai un petit coup de blues, mais il me suffit de repenser au fait que je vais rentrer avec Jérém et instantanément je suis le mec le plus heureux de Toulouse…

Je regarde les jeunes qui se pressent à l’entrée de la boîte pour être de cette folle nuit toulousaine… je nage à contre-courant, comme un saumon à la saison des amours… et pour cause… je rentre avec « mon » Jérém… ce n’est toujours qu’une heure du matin d’un samedi soir…

Je n’attends pas plus d’une minute ou deux avant de le voir sortir… je le vois passer le sas d’entrée et je sens mon cœur s’arrêter de battre… putain de Jérém… putain de putain de Jérém… le voilà avancer dans sa démarche bien mec dans son jean parfait… le voilà envahissant mon champ visuel, sa simple présence prenant d’assaut mon esprit conquis… le voilà, oui, et le voilà non pas tout seul mais accompagné de ce putain de bogoss de Thibault… mon imagination s’emballe…

Pour ceux qui ont suivi toute l’histoire, il sera simple de deviner pourquoi le fait de voir Jérém et Thibault sortir de boîte ensemble alors qu’une révision nocturne est prévue, a le pouvoir de me mettre dans un état pareil… pour les autres, il suffira de rappeler que lors de l’une de nos premières révisions, pendant une baise plutôt intense, Jérém avait envisagé un plan avec Thibault… un plan qui n’avait pas été suivi d’effet, certes, une éventualité irréaliste que je considérais juste une boutade sortie sous l’effet d’une excitation extrême… une idée qui était quand même toujours tapie dans l’ombre au fond de mon esprit, dans cette partie qui recèle les fantasmes les plus inavouables… et là, le simple fait de voir les deux mecs côte à côte, le fait d’imaginer que Thibault puisse rentrer en voiture avec nous… ce souvenir et ce fantasme remontaient en moi avec une violence inouïe…

Putain de Jérém… alors il n’a pas bluffé en me parlant de ce plan avec Thibault… non seulement il n’a pas bluffé, il l’a vraiment envisagé, non seulement il l’a envisagé mais il a carrément tout préparé… il a tout préparé et il le veut ce soir son putain de plan !… je me sens pris au dépourvu, je n’y suis pas préparé, j’ai jamais vraiment pensé qu’il oserait ça, que je me serais trouvé confronté à ça… alors qu’un instant plus tôt, en les regardant discuter ensemble, je sentais le ventre papillonner devant des images torrides inspirées de la rencontre de leurs plastiques parfaites, là je me dégonfle… non, ce soir-là je ne me sens pas prêt pour un plan à trois…

Non, je ne me sens pas prêt pour ça : je ne suis pas prêt car d’abord un plan à trois me fait peur… peur de ne pas assurer, peur de trop me faire soumettre par deux mecs… peur de tout accepter, de trop accepter dans le feu de l’action et de me dégoûter après, une fois l’excitation retombée, me dégoûter de moi-même…

Je ne suis pas prêt à cause de la crainte qui me taraude, la peur de gâcher ce truc spécial que je ressens pour Jérém en couchant avec quelqu’un d’autre que lui, quelqu’un qui jouerait le même rôle que lui… j’ai peur de découvrir que je pourrais peut-être prendre du plaisir avec un autre garçon que Jérém… et alors relativiser son charme, sa puissance sexuelle, mes sentiments pour lui… je n’avais pas envie de ça… j’avais tellement envie que Jérém soit à jamais le coup de ma vie, faute d’être le garçon de ma vie…

Certes, côté plan à trois, il y a déjà eu Guillaume… mais avec Thibault ce serait tout à fait autre chose… avec Guillaume on avait été deux vide-couilles pour un seul mâle… avec Thibault je me retrouverais à devoir satisfaire les envies viriles de deux mâles… est ce qu’il n’y aurait pas compétition entre eux ? de la jalousie ? arriverais-je à m’occuper comme il faut de tous les deux ? sans en laisser un sur le carreau ? est-ce que ils se disputeraient ma bouche, ma langue, mon ti trou ? est-ce que l’un materait l’autre dans la beauté de sa course vers le plaisir ou est-ce qu’il frémirait en attendant son tour, impatient, à la limite de se battre pour assouvir ses pulsions de mâle en rut pendant la parade amoureuse, excité au plus haut point ?

Est-ce que Jérém mesurait bien que cette expérience pourrait changer son regard sur moi ? Est-ce que c’était bien cela qu’il visait ? M’entraîner dans l’humiliation ultime de faire assister son pote à ma complète soumission à sa sexualité, soumission qui aurait été accomplie dans le geste de me mettre à disposition des envies de son pote, de me mettre à disposition comme si j’étais un t-shirt, une chaussette, un objet qu’on partage sans état d’âme ? M’humilier jusqu’au bout pour ensuite me laisser tomber comme un jouet qu’on aurait usé jusqu’à la corde et qui ne représenterait dès lors plus aucun intérêt ?

Est-ce qu’il en avait simplement quelque chose à carrer ? Est-ce que le seul truc qui lui importait c’était à la fin de faire jouir sa queue et de pousser un peu plus loin le plaisir qu’il éprouvait à exercer sa domination sur moi en m’obligeant à vider les couilles de son meilleur pote ? Faut dire que j’imaginais bien qu’il devait y avoir des choses bien plus désagréables que de vider les couilles de ce beau Thibault, mais j’avais peur également que ce qu’on allait vivre puisse changer ma façon de voir Jérém, me pousser dans l’humiliation au-delà du seuil de non retour… tout dépendait de la façon dont Jérém allait jouer… et jouir…

Et il y avait une dernière raison qui faisait que ce soir-là en particulier je ne me sentais pas prêt à un plan à trois… après autant d’émotions, après tout ce que je venais de vivre, après ce qui s’était passé dans les chiottes, j’avais plutôt envie de me retrouver juste avec lui, sentir sa puissance, la chaleur de ses bras, être aux petits soins pour lui et m’employer comme jamais à lui donner du plaisir pour le remercier, pour lui montrer ce que représentait pour moi ce qu’il avait fait…

« Salut ! » je lance à Thibaut dès qu’ils furent assez proches.

De toute façon, si Jérém avait décidé que ce soir-là plan à trois il y aurait, je ne vois pas comment j’aurais pu m’y soustraire. D’autant plus qu’en voyant Thibault de près… putain que T-es-beau, mon Thibault… presque un pléonasme… en sentant son putain de déo, je n’avais déjà plus qu’une envie, c’est de le voir à poil avec Jérém, leurs deux queues bien tendues devant mon nez… comme quoi quand les sens et la raison sont amenées à s’affronter, c’est une bataille à l’issue foncièrement prévisible… du moins pour le Nico de 18 ans…

« Salut ! » me répond Thibault en dégainant un sourire à faire fondre le soleil lui-même. Putain qu’il est craquant ce petit con lui aussi… il est carré, un peu plus petit que Jérém, mais beauuuu mon Dieu, beau à en pleurer… lui aussi…

Il me tend son bras puissant et voilà que dans le pivotement de l’épaule la manchette moulante de son t-shirt se déforme dévoilant un peu son biceps… je suis tellement sous le choc de sa beauté que je tarde à lui tendre la mienne… putain… s’il pouvait bien me tendre autre chose que sa main… faute de mieux, j’attrape sa paluche et je me retrouve, comme à chacune de fois qu’on s’est dit bonjour, avec ma main broyée par sa putain de prise de mec…

Pendant une fraction de seconde, mon regarde croise le sien… ce charme… putain… je vais me taper ça… ce soir… comment vais-je faire pour m’occuper d’autant de beauté masculine à la fois ? Je vais devenir dingue, je le sens…

Jérém semble pressé, alors Thibault lui emboîte le pas, se retrouvant vite à sa hauteur. Les deux potes marchent presque épaule contre épaule, ils avancent à travers le parking… putain, on rentre vraiment tous les trois… ensemble… il ose ça ce petit con de Jérém… j’ai tant de fois fantasmé sur ce plan et maintenant qu’il se profile je suis à deux doigts de me dégonfler…

Le vent souffle puissant pendant qu’on avance dans les allées du parking immense de l’Esmeralda, les cimes des arbres bordant la route en face sont secouées dans tous les sens ; on marche toujours, la voiture de Jérém doit être garée assez loin… je regarde les deux potes côte à côte… ils sont beaux tous les deux… beaux et virils… putains de dos, de cous puissants… et que dire de ces deux culs, de ces deux paires de fesses rebondies à se damner… et que dire surtout à propos de mon manque de discernement… depuis le temps je devrais savoir… et surtout savoir l’éviter… éviter l’irrespirable torture de marcher derrière ce genre de petit con à la plastique si parfaite, au déo si généreux, laissant dans le sillage de leur déambulations une trace olfactive qui sublime leur attrait et leur charme… je suis sous hypnose et j’arrive tout juste à capter leur conversation… c’est d’abord la voix calme et bienveillante de Thibault :

« T’es sûr que t’as rien ?

-Naaan, ça va…

-Mais c’était qui ce con ?

-Je sais pas, un type qui cherchait la merde… il était beurré… il m’a fait des réflexions…

-Fallait m’appeler…

-Pas eu le temps, mais il a eu son compte…

(ça je confirme, il a eu son compte ce petit con)

-Tu fais gaffe à toi…

-Mais oui… - il lui sourit, Jérém, complice et un brin taquin…

-Tu sais que si t’as une merde…

-Je sais, je sais…

Et ce disant, Jérém porte une main sur l’épaule de Thibault, fait mine de le frapper avec son poing tout en le poussant, l’obligeant à faire un écart… Thibault fait mine de se rebiffer, il semble charger, Jérém fait un écart dans l’autre sens… Thibault arrive sur lui, il lui passe un bras autour du cou, le pince presque à hauteur de la mâchoire… c’est un jeu, un jeu de mecs, un jeu de complicité entre potes… on dirait une danse, un ballet… c’est harmonieux, esthétique, sensuel… et c’est beau, putain c’est beau à chialer… cette putain de complicité entre beaux mecs…

-Petit con – réagit Jérém au geste de Thibault… en se dégageant promptement.

-Espèce de petit con toi-même… – lui donne le change Thibault – on dirait que t’as égorgé un cochon…

-C’est un peu ça… »

C’est beau, beau et suggestif cette complicité entre mecs… putain ils ont l’air vraiment en forme, je sens que vais passer un bon sale quart d’heure… putains de mecs jouant dans la même section de bogoss modèle premium… je trouve qu’à l’image comme dans les mots, ces deux-là vont si bien ensemble… Jérém, Thibault sont des mots qui vont très bien ensemble… et ça marche même quand on essaye de caler cela sur l’air de McCartney… au point que j’ai du mal à croire qu’il ne se soit jamais passé un truc entre eux, qu’il n’y ait que de l’amitié entre ces deux-là… je trouve même cela dommage à la rigueur…

Certes je suis fou de Jérém, fou de ce que je crois ressentir pour lui, fou de ses blessures que je sens sous-jacentes, masquées par sa carapace de froideur, de dureté, de domination… oui, je suis fou de Jérém, fou bien au-delà de l’intimité sexuelle qui s’est créée entre nous, fou à m’en arracher les tripes… mais tout fou de lui que je suis, cela n’empêche pas que le fait de les imaginer ensemble, les deux meilleurs amis du monde, seuls dans un lit en train de se donner du plaisir, franchement je trouve ça beau, beau et naturel, naturel et excitant par-dessus tout…

On arrive enfin à la voiture… je sens encore ma respiration se couper quand je vois Jérém ouvrir la porte passager et fouiller dans son bordel comme pour faire de la place… là je me dis que l’on va vraiment monter tous les trois dans la voiture et rappliquer dans sa chambre, dans son lit… j’ai les jambes qui tremblent, la gorge sèche… je me surprends en train de prier de me tromper… sauf quand je me retrouve un instant plus tard à éprouver une énorme déception lorsque je vois Jérém se relever et tendre un portefeuille noir à Thibault… putain ce n’était que ça… je suis soulagé et déçu au même temps…

Déçu car j’avais vraiment cru l’espace d’un instant que ça allait se faire, surtout que vu de près ce putain de Thibault est vraiment à craquer lui aussi… je m’étais bien vu goûter à sa virilité sous le regard excité de Jérém, me faire baiser par les deux potes pour qui je serais alors le moyen ultime de partager le seul truc, le plus intime, qu’ils n’aient jamais partagé : leur sexualité…

Et maintenant que tout cela devenait à nouveau impossible, que ça redevenait pur fantasme, je me voyais bien rendre Jérém heureux en me regardant donner du plaisir à Thibault, autant que de voir Thibault, excité, me regarder faire à Jérém tous ces trucs de dingue que je lui faisais depuis des mois… lui montrer comment c’est bon l’amour avec un garçon… lui montrer sur Jérém, lui montrer sur lui… oui, définitivement je me voyais bien être celui qui mettrait le mot « fin » à cet effroyable gâchis, à l’Inacceptable Suprême, le fait qu’un mec aussi canon ne connaisse pas les caresses magiques que seul un autre garçon, un garçon qui aime les garçons et qui n’a peur de rien quand il s’agit de leur donner du plaisir, lui seul sait faire…

D’autre part, j’étais soulagé qu’on ne rentre finalement que tous les deux… j’étais vraiment heureux à l’idée de me retrouver seul avec le beau Jérémie surtout ce soir-là, un soir si spécial à mes yeux, et ainsi pouvoir me concentrer sur le plaisir le plus délicieux et sensuel que je me sentais prêt à lui donner après ce qu’il venait de faire… ce soir-là j’avais envie de m’offrir à lui comme jamais encore auparavant… je sentais pour lui une attraction qui me faisait bouillir le sang, qui secouait chaque cellule de mon corps, qui emballait ma respiration, qui troublait ma raison… et pourtant Dieu sait à quel point j’avais ce mec dans la peau depuis bien longtemps déjà… mais là ça dépassait et de loin tout ce que j’avais pu ressentir jusque là pour lui…

« T’es sûr que ça va aller ? t’as pas trop bu ?

Putain qu’il est mignon ce Thibault, sous tout point de vue.

-Naaan, ça va, j’ai déjà dessoûlé…

Thibault n’a pas l’air convaincu par les mots de son pote. Il s’adresse à moi :

-T’as pas le permis toi ?

-Non, non… pas… pas… pas encore, juste le code… - pris au dépourvu, je bégaie…

-T’inquiète pas pour moi, papa… - rigole Jérém…

-Faut pas qu’il t’arrive un pépin…

-C’est pas loin chez moi… tu sais… - rigole Jérém - surveille plutôt Julien et Mickael, ce sont eux qui ont besoin de Sam…

-Oh con, eux ils ne rigolent pas avec la boisson…

-C’est à deux heures demain ? – fait diversion Jérémie.

-Oui, à Tournefeuille…

-Durs à cuire ceux-là…

-En plus, à deux matches de la fin du tournoi, ils vont tout donner…

-Et nous aussi on va tout donner, cette année on n’est vraiment pas loin… un dernier effort et on l’a le tournoi… demain on va les cramer… - conclut Jérémie.

-C’est pour cela que notre meilleur attaquant doit rester entier…

-Oui, papa…

-Dégage ou c’est moi qui vais te frapper… - coupe court Thibault, faisant mine d’être vexé, affichant sur son visage un beau sourire plein de tendresse et d’attachement qui rajoute encore quelque chose à l’attitude bienveillante qui se dégage de ses mots et de sa personne toute entière.

Ça en est touchant au point d’en être presque émouvant. Je sens que Thibault a pris Jérém sous son aile depuis bien longtemps et qu’il essaie de protéger son pote de ses propres excès… de sa tendance à se mettre en danger… je réalise que dans le beau couple d’amis qu’ils forment tous les deux, Thibault est définitivement le pilier de stabilité, le garçon qui veille sur son pote.

J’ai déjà dit que c’est beau à pleurer cette complicité entre mecs ? Il se peut bien, mais c’est tellement ça, tellement beau que ça me fait du bien de le redire… c’est carrément à pleurer…

-A demain… - répond Jérém en faisant le tour de la voiture pour aller ouvrir la porte côté conducteur. Il se penche alors vers le vide poches, attrape un truc et se relève, il s’adresse à Thibault :

-T’as des capotes ?

-De quoi ?

-La petite brune de toute à l’heure…

-Quoi la petite brune ?

-Elle en veut après toi…

-Arrête…

-Elle n’a pas arrêté de te mater pendant toute la soirée…

-Conneries…

-Tiens… - tranche Jérémie tout en lui balançant une petite boîte en carton – tu vas juste la voir et elle va rentrer avec toi… elle n’attend que ça, que t’ailles la lever…

-Arrêtes de balancer des conneries…

-Fais moi confiance… je le sais…

-Tu sais quoi ?

-J’ai été lui parler…

-N’importe quoi…

-Et je lui ai dit que t’es monté comme un chevreuil…

-Mais tais-toi…

-Elle a eu l’air bien intéressée la coquine… elle n’a pas arrêté de te mater de toute la soirée…

-Elle te matait toi plutôt, oui…

-Tu verras, tu t’approches d’elle, tu lui souris et tu la mets dans ton lit comme qui rigole…

-Je suis Sam, tu te souviens ?

-Bah, tu fourgues Juju et Micka à Vincent, il a de la place dans sa caisse…

-Avec toi, tout a l’air simple…

-Tu me diras demain si c’est un bon coup… - lance Jérém, taquin, en s’asseyant dans la voiture.

-C’est ça…

-Bonne bourre… - je l’entends lancer depuis l’intérieur de la 205 rouge, un instant avant de démarrer le moteur…

Putain… là j’ai eu peur… oui, pendant un instant j’ai eu peur que Thibault réponde « toi aussi »… là j’aurais été mal… dans ma tête c’était tellement clair que je partais me faire sauter par Jérém que je me disais que ça devait se voir… j’avais tellement l’impression qu’il y avait une complicité tacite entre les deux potes, comme si Thibault savait et Jérém savait que Thibault savait et que Thibault savait que Jérém savait qu’il savait… une complicité où les paroles auraient tout gâché… c’est ça être potes… savoir des choses sur l’autre et savoir parfois les passer sous silence quand on sait que ça pourrait créer un malaise ou blesser… savoir comprendre, respecter les choix et les besoins de l’autre, accepter sans juger… ça s’appelle l’amitié…

Dans tous les cas, je me dis que même si Jérém ne lui en a pas parlé, Thibault a quand même dû comprendre… dès lors, j’ai peur de rencontrer son regard et d’y lire ce qu’il doit penser de moi, le vide-couilles de son pote…

-Bon retour – il se contente de lancer.

Ouf, je suis soulagé.

-Bonne soirée… » je lance en direction de Thibault…

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Je claque la porte presque en même temps que Jérémie. Pendant que la 205 sort de la place de parking, Thibault est toujours planté là, juste à l’écart du passage des roues… je croise son regard quand les phares de la voiture mettent sa silhouette magnifique presque en plein jour… je regarde ses yeux et j’ai l’impression d’y voir un peu de tristesse, un petit malaise, un soupçon de nervosité… je me fais peut-être encore un de mes films, mais j’aurais juré y avoir vu un peu de déception… oui, j’ai l’impression qu’il serait bien monté dans la voiture avec nous…

Juste avant d’être ébloui par les phares de la voiture, Thibault lance un clin d’œil qui devait certainement être adressé à son pote mais que pendant un instant je prends pour moi… je sens au plus profond de moi qu’il sait tout pour Jérém et moi… qu’il sait au moins depuis la toute première fois qu’on s’est croisés devant la porte de la chambre de Jérém, quelques semaines plus tôt… ce jour-là, en arrivant devant sa porte pour une de nos révisions de l’après-midi en même temps que Thibault quittait la chambre, pour la première fois j’avais éprouvé de la vraie jalousie à l’égard de Jérém… en pensant justement qu’il avait pu se passer un truc entre eux juste avant que j’arrive… ou bien dans une ou dans plusieurs des autres innombrables occasions dans lesquelles deux potes comme eux auraient pour se retrouver tous les deux…

Ce jour-là, dans sa poignée de main, dans son regard, j’avais eu l’impression qu’il savait tout. Et puis il y avait eu cette petite conversation au bar du KL… c’est lui qui m’avait branché, il m’avait parlé de Jérém… son discours était tellement débordant d’affection vis-à-vis de son pote que j’avais eu l’impression qu’il me le confiait en quelque sorte, qu’il me demandait de m’occuper de lui et de faire attention à lui…

J’avais eu l’impression que ce mec était vraiment un bon gars et qui se souciait du bien-être, du bonheur de Jérém… parce que Jérém comptait beaucoup pour lui, vraiment beaucoup, il semblait me demander de lui apporter une forme de bonheur dont il me devinait capable, un bonheur que sa position de meilleur ami ne lui permettait pas de lui apporter, bien que l’envie soit bel et bien là…

Jérém suit les flèches blanches au sol qui l’obligent à aller au fond du parking et à contourner un petit rond-point avant de revenir sur ses pas pour diriger la voiture vers la sortie : ce qui fait qu’on repassera forcément devant Thibault…

Jérém demeure silencieux… j’ai vraiment l’impression que quand il est avec Thibault et quand il ne l’est pas, c’est vraiment un autre mec… à présent, seul dans la voiture avec moi, il a l’air affecté, sombre… son sourire ne fait qu’une courte apparition quand on arrive à la hauteur de son pote, en train de remonter le parking pour retourner dans la boîte… Jérém met un petit coup de klaxon et pour toute réponse Thibault lève la main et dégaine un sourire des plus craquants… un sourire doux et sexy à la fois…

Plus je regarde ce charmant Thibault et plus je me dis qu’il me plaît vraiment comme mec… Thibault est vraiment un garçon plaisant… au-delà de sa beauté assez hors normes, ce mec a l’air rassurant, solide, facile à vivre, attentionné, chaleureux, sensible, loyal, fidèle à lui-même, à ses amis et à ses engagements… oui, Thibault est un garçon dont je pourrais facilement tomber amoureux… si seulement je ne l’étais pas déjà, et plus que de raison, d’un certain Jérémie…

Putain de Thibault, débordant de sensualité, un mec tranquille qui respire le calme et la puissance, l’équilibre et les bien-être dans ses baskets… un garçon bien bâti tant dans le physique que dans le mental, un garçon à l’intérieur duquel on devine une tendresse, une douceur qui ne demandent qu’à être dévoilées… j’ai même l’intuition qu’il pourrait être le genre de mec avec qui il serait doux de faire l’amour et de se perdre en gestes de tendresse juste après…

Et puis, qu’est-ce qu’il est touchant dans son attitude protectrice vis-à-vis de Jérém… on dirait son grand frère, alors qu’ils ont tout juste le même âge… ce petit con de Jérém l’appelle « papa »… Thibault est le mec réglo, qui veille sur son pote, qui sait offrir une véritable amitié… Thibault est le pote qui sera toujours là quand Jérém aura besoin de lui, le mec qui se mettra en danger s’il le faut pour sauver son pote… ça doit réchauffer le cœur d’avoir un pote comme Thibault… sentir quelqu’un qui veille sur soi…

J’ai vu leur complicité et je trouve cela hyper touchant… je suis d’abord jaloux de cette complicité, de cette amitié que j’ai vue entre eux, une amitié qui remonte à l’enfance, une amitié que rien ne peut faire disparaître… oui, je suis jaloux car je n’ai jamais connu une telle complicité avec un pote, avec personne… je me dis que ça doit être beau et rassurant de compter sur l’amitié de quelqu’un qu’on estime, qu’on porte haut dans son cœur…

C’est une amitié qui forge leurs personnalités et qui fait se sentir un jeune homme moins seul, surtout à ce moment de la vie, à ce moment du passage de la jeunesse insouciante vers l’âge adulte où on a tant besoin de repères… surtout pour un garçon comme Jérémie, s’étant construit dans le manque de l’affection familiale…

Thibault était sa famille, le grand frère qu’il n’a pas eu… Thibault était le pote toujours là quand il le faut, qui sait quand parler, comment parler et quand se taire, qui sait quand il faut juste partager une cigarette, un silence… ces deux mecs se comprenaient au quart de tour, parfois sans mots, juste avec un regard… on aurait dit qu’ils se connaissaient par cœur, surtout Thibault vis-à-vis de Jérém, il connaissait par cœur ses faiblesses, ses point sensibles, il savait comment le faire rire, comment le provoquer en mode bon enfant pour le faire rire, pour l’apaiser, pour le rassurer… ils se connaissaient tellement par cœur que j’avais l’impression qu’ils pouvaient percevoir le ressenti de l’autre dans les moindres détails…

J’avais l’impression que Thibault était perturbé à l’idée que Jérém ait pu se trouver en danger, qu’il ait pu se battre sans qu’il ait pu lui venir en secours… et évidemment il ne m’avait pas échappé ce petit détail, le fait que Jérém ne lui avait pas donné les véritables raisons pour lesquelles il s’était battu… je me demandais bien pourquoi… Jérém avait donc un secret pour Thibault ? Notre secret ? Ça faisait partie de leurs non-dits ?

Jérém allume la radio, la musique est jeune et branchée, ça doit être Le Mouv’. Le vent d’Autan souffle toujours aussi fort lorsqu’on prend la rocade ; la voiture semble faire des petits écarts de trajectoire sous l’effet des rafales successives. On est à hauteur de la Cépière quand la pluie commence à tomber ; les essuie-glaces usés couinent sur le pare-brise plus qu’ils ne font le travail pour lequel ils sont prévus…

Jérém ne parle toujours pas, je le regarde du coin de l’œil dans la pénombre, même sa façon de conduire est virile, sa façon d’attraper le volant, de s’installer dans le siège… putain de bijou de mec dans cette caisse pourrie… cette caisse pourrie qui grâce à sa seule présence a pour moi l’allure et le bruit d’une Lamborghini… dans l’espace confiné de l’habitacle, son deo me met en transe… ses bras découverts me font un effet de dingue… son cou, son profil, tout est beau chez ce mec… je suis seul avec lui et j’ai déjà oublié Thibault… il n’y a que lui qui compte, mon insupportable magnifique Jérém, mon héros, le mec grâce à qui je me suis sorti sans une égratignure d’un sacré pétrin…

Il y a quand même une petite ombre au tableau, un petite note discordante… dans son allure de mec viril, j’ai l’impression de déceler une sorte de fébrilité… son genoux semble sautiller sans répit, ses inspirations sont profondes, ses expirations bruyantes…

J’ai l’impression que Jérém est bien plus secoué par ce qui vient de se passer que ce qu’il a voulu montrer à Thibault, certainement pour le rassurer… ou alors, est-ce que, désormais à froid, il se rendait désormais compte du danger qu’il avait bravé ?... pensait-il au fait qu’il recroiserait peut-être un jour le type avec sa meute et que celui-ci chercherait à se venger ?

Je le trouve de plus en plus crispé, à fur et à mesure qu’on s’approche de la rue de la Colombette. Je pense avoir quelques idées pour le décrisper… je pense alors au bonheur qui m’attend incessamment sous peu… Jérém m’amène chez lui pour me laisser accéder à sa virilité… je bande comme un malade en essayant de m’imaginer ce que je vais lui faire, ce qu’il va avoir envie que je lui fasse… putain… j’ai envie de lui… j’ai une envie folle de le serrer contre moi, de l’embrasser, de le couvrir de baisers, de le caresser partout, je suis fou de lui… j’ai envie de lui montrer que ce qu’il a fait représente beaucoup à mes yeux…

Et puis il a dit que je suis son pote… putain, ça vient de sortir ça… j’ai la tête qui tourne en pensant à ces simples mots et en me repassant la scène pour l’énième fois dans la tête, en revoyant son attitude macho et so sexy, en le revoyant prendre mon parti sans même savoir ce qui s’était passé, chasser le danger au péril de soi, défier sans hésiter un mec plus baraqué que lui… putain… ce mec était prêt à se faire cogner pour me sauver la mise…

Mais pour l’instant son silence me gêne. J’ai envie d’entendre sa voix grave, virile… je me lance, maladroit comme toujours.

« Jérém…

-Quoi ?

C’est toujours la même réponse quand je m’adresse à lui en l’appelant par son prénom : un « Quoi ? » sec et tranchant, presque hostile, balancé sur un ton dissuasif pour couper au plus court mon courage à aller plus loin… mais cette fois ci je n’ai rien à lui demander, juste un truc à lui dire, alors je ne me gêne pas pour revenir à la charge.

-Juste merci… pour…

-J’allais pas laisser ce con te cogner quand même…

-Ouais… comment ça se fait que vous n’êtes pas parti au KL ?

-Bah, changement de programme… et apparemment c’était une bonne idée…

-Putain oui…

-Qu’est-ce qui s’est passé ?

Je n’ose pas lui dire que le type voulait que je le suce à cause d’un regard un peu trop insistant…

-Je ne sais pas trop…

-Tu l'as chauffé ?

Jérém a enfin tourné la tête vers moi : il me regarde, je fonds. Son regard est pénétrant, interrogatif, profond. Je sens qu’il attend ma réponse. C’est nouveau ça… il s’intéresse à moi autrement que par le biais de mes trous…

-Non… enfin… juste un regard... 

-T’allais le sucer ?

Il regarde à nouveau devant lui, dans la lumière des phares… il semble légèrement tourmenté.

-Non…

-Mais il te l’a proposé…

Je n’ose pas lui répondre… je suis mal à l’aise.

-Je l’ai juste regardé parce que je trouvais qu’il n’était pas mal…

-Pas mal ? Tu le trouvais pas mal ?

Sa main se crispe autour du volant.

-Bah, il n’était pas moche…

-T’as des goûts de chiottes…

Toujours troublant et ambigu d’entendre ce genre de remarque de la part d’un hétéro… allons voir, là je sens que je vais en apprendre un peu plus sur ce petit con de Jérém. Vas-y Nico, pique encore un peu dans le vif et tu vas voir…

-Il y a plus moche, je veux dire…

Jérém inspire un bon coup et en haussant la voix sans s’en rendre compte, me lance :

-Thibault est un beau mec, Julien est un beau mec… mais ce machin, enfin Nico… ne te mets jamais en danger pour un nullard pareil…

(tiens tiens, nous y venons… ah oui, Jérém, t’as raison, Thibault et Julien ce sont des beaux mecs, surtout Thibault d’ailleurs, il est comme toi, il est beau et en plus il a un charme fou… mais le nullard des chiottes il était quand même pas à jeter, loin de là)

-T'as du être relou pour qu'il soit si énervé…

J’ai l’impression qu’il me sonde pour voir si je serais capable de coucher avec un autre mec que lui. Il me semble capter un petit truc qui ressemblerait à de la jalousie ?

-Il puait la vodka… - je me dédouane.

-Ça c'est vrai…

-Tu devrais faire gaffe… tu sais… les mecs n'aiment pas être regardés comment tu les regardes…

Voilà une mise en garde qui ressemble à une recommandation tendancieuse.

-J'aime les mecs…

-Ah, ça je sais… suffit de voir comment tu les mates…

-Toi tu mates bien les nanas…

-Oui, mais pour un mec mater les nanas est moins dangereux que mater d’autres mecs… si je n’étais pas arrivé, le mec t'aurait cogné…

-Ça c’est vrai… merci encore… tu as été incroyable… »

Je sens que mes compliments le décrispent un peu. On arrive rue de la Colombette, on la parcourt de tout son long mais il faut rejoindre le Canal Riquet pour trouver une place. On remonte la rue de la Colombette jusqu’au numéro … là où se trouve l’entrée du dortoir. Il pleut toujours et les gouttes finissent par tremper nos t-shirts et nos cheveux. Putain… ce coton blanc collé à la peau… on ne peut pas imaginer plus sexy, mon esprit en est carrément incapable…

Une fois encore, j’ai l’impression que nous sommes des saumons nageant à contre-courant… c’est exactement l’heure de la migration gay du comptoir de la Ciguë à la piste de danse du ON OFF… la rue de la Colombette est le lit de rivière qui unit les deux extrémités d’un écosystème bien connu… le Toulouse gay vit à fond la nuit encore jeune.

On croise pas mal de garçons, certains seuls, d’autres accompagnés, d’autres encore en bandes plus ou moins fournies, se dirigeant vers le Canal… de nombreux regards fuyants dévorent carrément mon beau Jérém… et les traces rouges sur son t-shirt blanc doivent bien intriguer les esprits…

A cet instant précis je réalise quelque chose qui ne m’avait jamais encore chatouillé l’esprit… putain, je me dis… Jérém habite vraiment pas loin de deux hauts lieux du milieu gay toulousain… et la question tombe comme une lame dans mon esprit… est-ce qu’il y a déjà mis les pieds ? Est-ce qu’il ne s’est jamais fait brancher en rentrant chez lui ? Impossible à croire à mon sens…

Je commence à sentir la jalousie monter en moi et parasiter dans mon esprit le plaisir d’être là avec lui, après cette folle soirée, en train de marcher sur le trottoir pour regagner sa petite chambre… heureusement le malaise est de courte durée… lorsque nous arrivons devant la porte du dortoir, je réalise tout simplement que c’est avec moi qu’il va rentrer ce soir, que dans un instant je serai en train de m’envoyer en l’air avec lui… à ce moment-là plus rien d’autre ne compte, rien d’autre n’a de sens… je vais coucher avec le garçon que j’aime…

Je monte les marches derrière lui, toujours en état de choc à cause de ce putain de déo entêtant, toujours en train de me demander comment je fais pour ne pas me jeter direct sur lui… et encore le supplice est de courte durée… sa chambre n’est qu’au premier étage…

Et nous voilà devant la numéro 23… Jérém tourne la clef dans la serrure, la porte s’ouvre sur l’obscurité de sa chambre… je lui emboîte le pas… et il est là, moi avec lui, son t-shirt Airness blanc mouillé épousant d’une façon scandaleuse son physique de dingue, son jean tenu par une belle ceinture de cuir épaisse, une vraie ceinture de mec, la braguette laissant entrevoir une jolie bosse au travers de laquelle je devine, je reconnais l’érection de sa queue… je peux presque sentir l’odeur de son sexe à travers son jean…

Le mec est là, appuyé au mur, devant moi, il me toise, il me jauge. Ses cheveux mouillés dégoulinent sur son visage, putain que c’est sexy, rien que ça… Il a un regard très viril mais qui semble moins dur que d’habitude… dans ce regard il y a quelque chose de doux et de touchant ce soir-là…

Jérém se débarrasse de son t-shirt mouillé et taché en le laissant atterrir nonchalamment au sol, avec un geste rapide et tellement mec que j’en ai déjà la tête qui tourne, même avant de me trouver confronté à la beauté de son torse dans la pénombre… le store de la porte fenêtre n’est baissé qu’à moitié, quelques rayons de la lumière de la rue arrivent à rendre justice à cette plastique indescriptible… sa chute de reins dépassant outrageusement de son jean et de l’élastique d’un boxer Calvin Klein…

Quel bonheur de me retrouver devant mon beau Jérém, en pleine forme, sain et sauf… j’ai vraiment eu peur qu’il se fasse mal dans ces putains de chiottes… on ne sait jamais ce qui peut se passer quand deux mecs un tantinet éméchés par l’alcool se lancent dans la bagarre… on sait où ça commence mais pas où ça peut se terminer… peut-être à l’hôpital ou bien à la morgue… il suffit que l’un des deux glisse sur le sol humide… ça peut arriver très connement un accident… ça arrive toujours connement… un coup, un gars perd l’équilibre, il tombe, sa tête cogne quelque part et c’est le drame… j’ai vraiment eu peur de le perdre, de le perdre à cause de ma bêtise… la vie est fragile, elle ne tient qu’à un fil, même celle d’un garçon de 19 ans foutu comme Jérémie…

Ce soir-là j’ai envie de m’offrir à lui comme jamais encore auparavant, j’ai envie de lui montrer à quel point ça compte à mes yeux ce qu’il a fait pour moi… j’ai envie de lui montrer à quel point j’ai trouvé cela sexy et touchant à la fois… je ne sais même pas comment faire pour exprimer ce que je ressens, son parfum arrive à mes narines, je suis fou… je me débarrasse de mon t-shirt à mon tour… et soudainement je réalise… c’est décidé… ce soir je vais juste me laisser transporter par mon instinct, par mes envies, quitte à me faire jeter… nos révisions nous sont comptées, alors, un peu plus ou un peu moins… je sais que je m’en voudrais un jour si ce soir je ne tentais pas ce que mon cœur emballé me commande de faire…

Dans un élan sans hésitation, presque désespéré, je m’avance vers lui… je passe mes bras sous les siens… mes mains se rejoignent dans le creux de son dos juste en dessous de ses épaules; je pose mon visage dans le creux de son cou…, mes lèvres effleurent la peau entre sa clavicule et la base de son cou… limite de zone autorisée… je m’aventure en terrain miné… je sais que ça peut partir en vrille à chaque instant… tant pis… j’ai dit que ce soir j’allais aller là où le cœur m’amenait… je le serre à moi décollant ses épaules de la paroi, permettant ainsi à mes mains de remonter vers ses épaules… je me surprend à oser l’audace extrême d’en pousser une jusqu’à son cou pour atteindre cette région à la base de sa chevelure, si douce et si sensible… je le serre encore à moi, je sens la chaleur et la fermeté de ses abdos, de ses pectoraux, je sens son parfum de tout près, je suis au Paradis… je ne suis plus sur Terre, je plane je suis le mec le plus heureux de la Haute-Garonne…

Jérém ne réagit pas mais se laisse faire quand même… ses bras sont toujours immobiles mais je ne décèle aucune réaction hostile… mon audace devient alors folie… je laisse libre cours à ma bouche… j’embrasse son épaule, son cou, je remonte sur sa joue, jusqu’à son arcade sourcilière, jusqu’au front… mes mains sont fébriles… elles se baladent dans ses cheveux, dans son dos, sur ses épaules…

Et c’est là que tout semble basculer… Jérém s’anime d’un coup… c’est comme un éclair, je sens ses avant bras se plier, ses mains saisir mes bras à hauteur des biceps dans une prise ferme et puissante… il serre très fort, il me fait presque mal… je me dis que j’ai franchi la ligne invisible et qu’il va me jeter, que j’ai encore gâché cet instant magique avec trop de mièvrerie… je sens sa prise se faire encore plus puissante, ses bras m’éloigner lentement de son torse, je perds le contact avec ses pectoraux, avec la chaleur et la douceur de sa peau… je me sens comme un ours à qui on aurait arraché sa fourrure… j’ai froid, mon corps souffre…

Je n’ose pas le regarder dans les yeux alors que j’en ai tellement envie… tellement envie que le cœur m’y amène… lentement, timidement, je lève mon regard et je croise le sien, brun, ténébreux, inquiet… un regard qui me semble bien différent du regard froid, arrogant et insolent du jeune mâle en rut que je lui ai connu jusque là pendant nos baises… non, là c’est un regard touchant, troublant, presque doux… j’ai comme l’impression… putain… j’ai comme l’impression qu’il a envie de tendresse ce soir… nos têtes sont à une vingtaine de centimètres, je sens sa respiration, je sens les battements de mon cœur qui secouent ma poitrine… j’ai envie et j’ai peur, je ne sais pas lire dans son regard…

Et c’est là que l’impensable se produit… je crois rêver… je le vois approcher sa tête et un instant plus tard je sens ses lèvres se poser sur les miennes… son approche est hésitante, furtive… je sens de l’excitation et le refus de s’y abandonner, comme un flottement, je le sens nerveux, inquiet… il finit par mordiller ma lèvre supérieure… ça ne dure qu’une fraction de seconde, juste avant de me repousser sèchement avec ses avant-bras, comme dans un mouvement de répulsion… nos têtes sont à nouveau séparées, son regard est sur ses chaussures…

Au secours… quelqu’un aurait-il le mode d’emploi de ce mec ?

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