Elle

Une saga de Camille_Eelen - 2 épisode(s)

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Épisode 2 : Contrainte.

Cette fois, c'est elle qui s'était déplacée. Il l'avait invitée. Elle le faisait rarement. Il y avait quelque chose chez lui qui l'avait touchée. Au delà du physique, une proximité intellectuelle, un amour des mêmes livres, films… Elle avait aussi perçu de l'intelligence. Il était au dessus de la moyenne. Et elle détestait la moyenne. Elle ne baisait pas avec un corps. Jamais totalement. Ni même avec le sien. Elle baisait avec sa tête. Il lui fallait de l'intelligence pour jouir. Toujours. Et de la confiance, parfois.

Il y eut du Graves profond et un repas très agréable. Ils parlèrent, beaucoup. De films - les clairs obscurs d’Alan Parker, la scène prémonitoire de l'ascenseur d’Angel Heart - mais aussi de livres, de musiques - des Doors notamment. Intellectuellement stimulant, évidemment. C'était comme des préliminaires pour elle, elle parlait beaucoup, elle réfléchissait plus vite encore. Il répondait avec pertinence, suffisamment pour montrer qu'il suivait ses raisonnements, souvent justes et complexes. Il la relançait. Assez pour écouter sa voix. Un peu grave, texturée par le tabac, un débit fluide mais solide. Un truc qui pouvait vous emporter si vous n'y preniez garde. C'était un flot puissant, sûr de lui qu'il fallait parfois affronter.

Il savait l'interrompre. C'était aussi un aspect qui lui plaisait, à elle, qu'on puisse l'interrompre. Intelligemment bien sûr. Du répondant, elle voulait du répondant.

Cela faisait quelques minutes qu'il n'avait rien dit. Il l'observait le verre à la main et lui dit, au milieu d'une phrase sur Mary Shelley.

- On va baiser. Tu le sais, ça ?

Elle s'arrêta net. La colère et la surprise dans les yeux et sur le visage.

- Évidemment que tu le sais. Tu es même venue pour cela, non ? Tu es intelligente, cultivée. C'est d'ailleurs une chose que j'aime chez toi mais, là, aujourd'hui, tu es venue pour coucher avec moi.

Elle le savait. Elle ne s'était pas habillée de cette jupe, ni mis cette lingerie, ni épiler pour discuter uniquement littérature et cinéma. Elle voulait baiser.

- Oui mais…

- Arrête. Ici, on va le faire selon mes règles. Tu peux refuser, je ne t'en voudrais pas, je te raccompagnerai. Tu comprends ? Je veux que tout soit clair.

- Je ne suis ni sourde, ni stupide…

- Tu arrêtes immédiatement. Tu me réponds simplement. N'oublie pas que je t'ai enculée, sur tes ordres, certes. Je t'ai aussi entendu jouir sans retenue, ma chère. J’ai entendu et aperçu l'autre. Alors tes grands airs…

- Oui…

- Oui quoi ? Le ton était cassant.

Il sonnait comme une gifle pour elle. Elle était à deux doigts de le frapper et de se lever… Mais elle avait envie de baiser. Plus que tout, envie de baiser.

Elle sentait aussi que cela l'excitait. Il lui tenait tête. Enfin.

Il se leva et s'éloigna sans une parole.

Lorsqu'il revint, il se positionna derrière elle et chuchota à son oreille :

- Je vais te mettre ce bandeau.

Elle allait répondre.

- Chut… tu vas aussi ne parler que lorsque je te le dirai. Compris ?

Les mots, leurs murmures étaient un aphrodisiaque pour elle. Il le savait. Elle se sentait humide. Déjà.

Elle acquiesça de la tête.

- Bien.

Relevant délicatement ses cheveux, il plaça et serra le bandeau. Nuit noire.

- On jouit mieux sans les yeux, ne trouves-tu pas ?

Il souriait. Il s’amusait de sa faiblesse. Elle se mit à le haïr pour ça.

- Maintenant, nous allons nous déplacer un peu.

Il la guida. Elle était désorientée. Ce fût court.

Soudain, il lui plaqua le buste et la tête sur une surface dure, froide.

Elle gémit. De surprise et de la morsure du froid sur ses tétons.

Il se pencha, se colla à elle, la contraignant à ne pas bouger. Le froid pinça davantage. Ses tétons étaient durs. Sa bouche approcha de son oreille, au plus près. Un murmure encore. Le ton était calme, doux.

- Je vais te prendre. Et ton plaisir, je n'en ai rien à faire. Tu m'entends ? Tu es devant le miroir de ma salle de bain. Je vais te prendre. Je vais te regarder te faire défoncer. Ce sera très graphique, non ? Une belle mise en abyme. Le genre de truc qui te plaît. Et finalement, je vais me répandre. Pour marquer mon territoire. Et je vais voir ton joli petit visage se contracter, ta bouche s’ouvrir, gueuler peut être. Tu imagines bien tout cela ?

Elle ne dit rien. Elle était perdue.

Il lui claqua les fesses. Elle voulut se redresser mais la main sur sa nuque la maintenait.

- Alors ?

- Oui…

- Bien.

Il releva sa jupe noire.

- Et bien... Au vu de ta lingerie, tu voulais vraiment te faire prendre. N'est-ce pas ? On ne met pas ce genre de choses si on ne compte pas les montrer.

Pas de réponse. Nouvelle claque.

- Oui… le ton était pitoyable, sa joue pressée contre le marbre gênait l'articulation.

Nouvelle claque. Au même endroit. Plus cinglante.

- Oui quoi ?

- Oui, je voulais me faire prendre.

- Tu vas donc m'enlever ta culotte. Allez ! Dépêche. J’ai une belle érection à utiliser.

Elle essaya gauchement de glisser ses mains le long de ses hanches pour faire glisser la culotte. Elle se sentait ridicule. Elle mouillait comme une dingue. Il ricanait.

- Quand il s'agit de donner des ordres, en ton palais, tu es plus agile.

Nouvelle morsure sur ses fesses.

La culotte était restée à mi cuisse mais sa vulve était dégagée.

- Entièrement épilée… pourquoi tu t’épiles intégralement ? Explique moi. Moi, j'aime bien quand mon foutre reste sur les poils. Pourquoi tu fais ça ?

- Je préfère…

- Tu préfères pour te caresser, non ?

Choc des doigts sur la peau nue cette fois.

- Non… je préfère sans…

- Tu mens.

Sa fesse rougit davantage.

- Tu aimes te caresser… mais on en reparlera tout à l'heure.

La surprise fut totale lorsqu'il la pénétra. Elle se contracta sous le coup d'une douleur qui ne vint jamais. Il la pénétra facilement. Elle mouillait vraiment.

- Tu es prête. Je n’en doutais pas. C’est bien.

Il lui donnait des coups de reins violents.

Elle gémissait. Sa poitrine étaient douloureuse, son cou aussi, elle essayait de se maintenir en place en saisissant les bords du plateau.

- Tu devrais voir ton beau visage, ma douce. Si dur parfois... Pour le moment, - il lui asséna un beau coup de rein - il ne sait pas s'il doit jouir ou pleurer. Hum... je sens que je vais bientôt te marquer.

Il jouit sur son cul en grognant et étalant largement son sperme avec sa queue. Elle sentit les saccades et la chaleur humide de son gland glissant sur sa peau. Il avait choisi l'endroit où sa main avait marqué le plus. Elle n'avait pas joui. Elle était tremblante des crispations musculaires, du plaisir qui s'annonçait à peine.

- Bien… c'était vraiment bien, non ? Tu n'as pas joui ? Tu m’en vois désolé mais je n'avais ni le temps, ni l'envie d'attendre que tu viennes. Tu ne m’en veux pas, hein ?

Elle ne répondit rien. Mais elle aurait voulu lui exploser la mâchoire et lui cracher à la gueule. Elle en tremblait. Une larme coula accentuant la colère et la honte.

- Tu peux enlever ton bandeau et te nettoyer. Je t'attends dans le salon. Nous n'en avons pas fini.

L'éblouissement lui fit cligner les yeux. Elle le regarda s'éloigner après avoir refermé sa braguette, la laissant seule, penchée au dessus du lavabo. Elle évita de croiser son regard dans le miroir.

Lorsqu'elle revint dans le salon, il était assis dans un fauteuil, face à elle. Elle essayait d'être le plus digne possible avec son rimmel ayant un peu coulé, sa coiffure, si savamment travaillée, en désordre et sa jupe chiffonnée, tachée de sperme.

- Viens. Approche.

Il lui tendait un verre de vin. Bois. Il est bon.

Elle but une gorgée. Il l'était. Ses saveurs s'insinuaient dans sa bouche, son palais, son nez. Après ce qui venait d'arriver ses sens étaient plus affûtés, plus sensibles.

Elle ferma les yeux.

- Profite. Garde les encore un peu fermés.

Il se leva.

- Car tu vas devoir les garder bien ouverts. Pour la suite.

Il alla ouvrir le tiroir d'une antique drèche. Il se saisit de quelque chose. Elle ne voyait pas ce que c'était, il lui tournait le dos. Et le miroir face à lui ne reflétait pas l'intérieur du tiroir. Il la regarda à travers ce dernier.

- Relève ta jupe au-dessus de tes hanches. Expose cette vulve si belle que tu en enlèves la toison. Voilà. Enlève ton haut, ton soutien-gorge. Montre moi tes seins. Il mérite d'être… libérés.

Elle aimait ses seins. Elle savait qu'ils étaient beaux. Qu'ils plaisaient. Elle savaient exactement ce qui plaisaient aux hommes chez elle. Ce n'était pas de l'orgueil, ni un pathétique narcissisme. Juste la vérité. Elle était intelligente, très. Et elle savait ce qui leur plaisait chez elle. Et certaines choses étaient difficiles à admettre. À avaler. La chienne en elle, lorsqu'elle hurlait, lorsqu'elle se déchaînait, éclipsait cette intelligence, cette sensibilité extrême aux yeux de ses amants, à ses propres yeux aussi. Et c'était une souffrance. Une injustice immense. Elle en pleurait parfois.Elle espérait que lui serait différent. Qu'il verrait au delà des apparences. De la surface glacée. Là où presque tous échouaient.

- J'espère qu'il sera à ta taille… elle entendit un bruit. Assieds toi. Sur le fauteuil.

Il l'observait toujours à travers le miroir.

- Tu vas devoir regarder les choses bien en face. Tu vas aussi me raconter. Te raconter. Mais…

Il saisit le large miroir par les côtés de l’encadrement ouvragé. Il avait une esthétique très gothique.

- … j'ai un petit dispositif scénique à mettre en place.

Captivée, elle l’observa le poser contre le fauteuil qui lui faisait face. Dès qu'il se retira, elle se vit. Assise, elle distinguait sa chatte au creux de ses cuisses, son ventre en partie caché par sa jupe tire-bouchonnée, ses seins fermes, pleins et elle se fixa, scrutant son visage. Ainsi décomposée, elle se trouva presque belle. C'était rare.

Elle regarda le meuble au tiroir resté ouvert. Un gode. Il avait sorti un gode.

Il avait suivi son regard. Sourire aux lèvres, il s'en saisit et vint vers elle.

- Tu as vu ton jouet. Il est beau. N'est-ce pas ? Il lui mit devant les yeux. Mais est-il à ta taille ?

Elle trouva qu’il était de taille tout à fait normal. Rien d'effrayant. Il était rouge. Elle se dit qu'il allait la branler avec. L'idée lui plaisait.

- Ouvre la bouche. Et il le glissa doucement. Le faisant allant et venir lentement. Plus de salive, s'il te plaît. Bien…

Il s’écarta un peu. Elle se vit en train de sucer le gode, les mains posées sur les accoudoirs. Le dos bien droit.

- Est-il à ta taille ? Réponds en suçant. Tu aimes sucer. Ça se voit.

Un “vui” humide sorti de sa bouche. Quelques gouttes de salive tombèrent sur ses cuisses.

- Prends le. Continue de sucer.

Elle s'en saisit. Il se plaça derrière elle.

- Regarde moi.

Elle tourna la tête.

- Non. Dans le miroir. Regarde moi dans le miroir. Montre moi comment tu vas me sucer tout à l'heure.

Elle fit montre de tout son talent. Elle suçait bien. Ça aussi, elle le savait. Elle ne le lâchait pas du regard tout en faisant courir sa langue sur le plastique, en pompant plus ou moins fortement. Ses yeux à lui en point de mire.

- Tu fais bien tes gammes. Tu es bonne élève, hein ?

Elle sourit, le gode dans la bouche. Fière, de l’exciter, de le mettre dans l’attente de la suite. Il sourit.

- C'est nul. Tu suces comme on récite sa poésie devant la maîtresse.

Elle blêmit. Blessée dans son orgueil de bon coup, de virtuose de la pipe. “Connard ! Tu te prends pour qui ?!”, ses yeux hurlaient.

- Regarde toi. Regarde comment c'est artificiel, faux.

Elle ne voulait pas regarder. “Putain, non ! Vas te faire foutre !”, elle avait envie de lui gueuler dessus.

- Regarde…

Ses yeux ne bougèrent pas. Elle le défiait

Il lui saisit le crâne, des deux mains et l'obligea à regarder.

Ce qu'il vit la glaça : elle avait cette bite en plastique dans la bouche, elle était nue, décoiffé, ses seins pendaient, des bourrelets…

- Va te faire foutre, putain ! Elle hurlait de toutes ses forces, à pleine gorge.

Le gode percuta le miroir avant de rebondir vers ses pieds.

Il se retrouva devant elle, la saisissant à la gorge.

- Tais toi.

Il serra.

- Je te dis de te taire.

Sa voix était calme, très froide, assez pour être menaçante.

Elle se tut. Mais ses yeux étaient des puits de haine, elle pleurait. Elle haletait. Un peu d'écume aux coins des lèvres.

Il s'accroupit. Sans la lâcher. Il ramassa le gode, le brandit devant son visage puis, lui ouvrant les cuisses, il la pénétra.

Elle tressaillit.

- Écarte. Plus. Ta jambe. Sur l'accoudoir.

Elle fit passer sa jambe sur l'accoudoir. Le droit.

Il la branlait. Doucement. Il savait qu'elle avait un peu séchée. Mais elle mouillait à nouveau.

Il allait accélérer. Elle en était certaine.

- Touche toi.

Leurs regards étaient imbriqués. Aucun ne voulait baisser les yeux. Une partie de la suite de leur histoire se jouait là. Tenir tête.

- Caresse toi. Tu m’as entendu ? Caresse toi. Répété et lentement articulé.

Elle descendit sa main et commença. Elle sentit sa chatte trempée de cyprine. Elle en avait honte. Comment pouvait-elle être excitée dans une telle situation ? Putain, comment ? Elle ne comprenait pas. Elle ne le comprenait jamais.

- Tu vas me dire ce que tu fais. Et tu jouira quand je te le permettais. Je te fous dehors si jamais tu foires, si tu refuses, tu dégages. D’accord ?

Elle déglutit. C'était pénible. Mais ce n'était pas la main enserrant sa gorge qui la gênait, c'était la honte.

- Je me caresse la chatte. Autour des lèvres. J'aime bien quand je la saisis à pleine main, quand je la caresse dans… son ensemble pour commencer.

- Bien. Continue. Ne t'arrête pas.

- Je sens les mouvements du gode sur mes lèvres… J'ai commencé à enserrer le haut de ma vulve, autour du clitoris…

- Il est sensible ? Très ?

- Oui, je suis… excitée.

- Difficile à dire, hein ?

- Oui…

- Redis le.

- S'il te plaît…

- Redis le !

- Je suis excitée, putain ! Comme une putain de tarée que je...

- Arrête ça. Tout de suite. Tranchant. Il ne criait pas. Continue de me raconter.

- Des cercles, je fais des cercles avec trois doigts sur mon clito.

- Tu te sens venir ?

- Non, pas tout de suite… mais ça ira vite…

- Pas si je ne le veux pas. N'oublie pas.

- Oui… je sais.

- Tu peux te taire si tu ne fais rien de nouveau. J'aime bien te regarder te branler. La couleur de tes yeux change selon la montée de ton plaisir, tu le savais ?

- Non… elle gémissait faiblement. Je suis passée à deux doigts. J'accélère… un peu. C'est bon. C'est comme un bourdonnement.

Il accélèra le va et vient du gode.

- Hum…

- Tu le sens ?

- Oui… oui. Je me branle avec un doigt. Ça vient. Je le sens…

Il retira le sextoy et saisit sa main pour l'arrêter.

- Non. Tu vas attendre. Un peu.

Elle avait le regard un peu vitreux, ailleurs, vaguement douloureux.

- S’il te plaît… continue. Ça fait… mal.

Il lui sourit.

- Évidemment.

Il fit courir l'extrémité du gode autour de son sexe. Elle se cambra s’ouvrant plus largement .

- Tu en as envie ? Il lui montrait le cylindre rouge.

- Oui. Vraiment.

- D'accord. Lubrifie le.

Elle se mit la main entre les cuisses et se couvrit les doigts de ses sécrétions puis vint en couvrir le gode qu'il tenait.

- Tu ne m'as pas bien compris. Avec ta bouche.

“Enfoiré”.

- Allez.

Il pressa sa nuque et avança l'objet. Elle essaya de résister. Mais il força. Elle l’avala.

Elle eut un mouvement de recul et il la laissa faire.

- Parfait. Tu aimes le goût ?

- Non. Mais c'est plus une odeur qu'un goût…

Le gode s'enfonça. Elle poussa un petit cri étouffé. Il reprit le mouvement interrompu.

- Ta main. Vas y.

Elle se précipita sur son clitoris.

Il baissa la tête pour regarder.

- Directement à l'essentiel. À l’os, hein ? Demi sourire. Moqueur.

- Je veux jouir… je peux ?

- Oui mais dis le moi. Formule le et prends le gode.

Elle le saisit et accélèra immédiatement.

Il se décala légèrement. Elle se vit. Elle vit son reflet… ses reflets dans le miroir brisé. Elle ne vit plus rien de laid, d’imparfait. Elle ne voyait qu'une femme jouir. Elle voyait ses mains s'agiter sur son sexe, sa bouche s'ouvrir, son souffle faire trembler ses seins.

- La couleur. La couleur de tes yeux change. Tu vas jouir.

- Oui… oui… je viens. Putain, ça vient.

- Le miroir, regarde le !

Elles étaient toutes en train de jouir, elles gémissaient de concert, elles se donnaient la main. Rien ne comptait d’autre qu'elles, leurs corps, leur plaisir.

- Tu es belle. Regarde toi.

Elle pleurait.

- Donne toi du plaisir. Vas-y ! Crie ! Hurle !

- Putain ! Oui ! Oui ! C’est bon.

Toujours plus de larmes. Un véritable flot. Des sanglots

- Tu es superbe. Viens ! Maintenant ! Viens !

- C'est bon ! Mon Dieu !

Elle se poignardait littéralement le sexe.

Elle fixait le miroir. Ses yeux étaient fiévreux. Elle se vit sourire. Se sourire. Sincèrement. Avec amour.

Elle jouit dans un hurlement qui lui glaça le sang.

Elle sentit sa main sur sa bouche. Depuis combien de temps était-elle là ? Pourquoi sa gorge était-elle si douloureuse ? Pourquoi son vagin lui faisait mal et, putain, pourquoi alors était-elle en train d’y remuer un gode ? Elle ouvrit les yeux. Il la regardait. Intensément. Ses pupilles brillaient. Il lui souriait. Aucune ironie, aucune cruauté, juste un sourire. Infiniment doux et compatissant. Le sourire d’un amant. De celui qui accepte, qui ne juge pas. De celui qui veut tout, qui aime autant la boue que l’or, la chienne que l'esthète, le corps déchaîné que l'esprit contrôlant tout.

Pourquoi la regardait-il comme cela ? Elle ne comprenait pas. Plus.

- Le miroir ? les reflets ? Ils sont…

- Non. Je les ai fait disparaître. Ils ne sont que des ombres.

Elle ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil par dessus son épaule. Pour vérifier, être certaine. Le miroir avait été posé au sol. On n’en voyait que l'envers.

- Ne fait plus jamais cela.

- Quoi ? Sa voix tremblait.

- Douter de moi. De ce que je dis. Jamais. Nous ne jouons pas à un petit jeu gentillet de maître et d’esclave. Pas moi en tout cas. Et toi ?

- Je… je… non, je ne sais pas.

- Si tu sais. Mais je vais le formuler pour toi : je ne te veux aucun mal, je vais te soumettre, je vais te faire faire des choses… bestiales, animales. Tu vas te rebeller, refuser… mais tu ne feras que ce que tu veux faire. Ces choses sont en toi, elles sont profondément ancrées en toi. Elles sont toi. Je les aime. Toutes. Plus que toi, apparemment mais cela va changer. Je te le promets.

Sa voix était posée. Décidée mais amicale. Une voix de consolation qui annonçait la souffrance, l'épreuve. L’espoir de la rédemption. Un acte de foi.

- Mais je serai impitoyable.

La main sur la gorge. À nouveau. Le ton sec, presque froid.

- Suce moi.

Il se releva et se déboutonna.

- Mais pas comme celle qui l'a fait tout à l'heure. Si fière, si sûre de son talent, de sa technique. Si propre sur elle. Tu vas me sucer comme un voyageur perdu au milieu du désert se jetterait sur la mare d'une oasis. Tu vas le faire salement. Tu vas me prendre dans ta bouche comme si ta vie en dépendait. Tu vas me pomper, me cracher sur la bite, tellement baver que ton visage en sera couvert. La salive mêlée à la sueur. Ton visage devra être marqué par l'épreuve. Pas par mon sperme. Ça, on verra. Je déciderai. Tu comprends ? Chaque mot ?

- Oui. Chaque mot.

- Tes mains. Elles ne devront pas me toucher, ni te toucher. Parce que je ne veux pas que ce soit facile… pour toi. La bonne élève risquerait de revenir. Je veux de la maladresse. J'exige une offrande, tu m'entends. Et elle n'a de valeur que si elle est difficile.

- Oui…

- Et c'est mon plaisir qui compte. Le tien sera plus… abstrait. Plus désintéressé. Mais n'oublie pas, je dois sentir l'effort, l'envie, l'avidité. Si je sens que tu fais cela comme si tu te regardais dans un miroir…

- Non. Je le ferai. Vraiment. Tu seras content.

- Ça je m’en fous.

- Pourquoi ? Elle était désarçonnée et peinée.

- Tu es intelligente, tu trouveras et maintenant, tu suces.

Elle aimait la fellation. Elle aimait sentir cette chair chaude, tendre et dure à la fois. Elle aimait sentir le souffle de son amant varier selon le chemin que prenait sa langue, la pression de ses lèvres, les caresses de ses mains. Lorsqu’il saisissait ses cheveux pour lui enfoncer sa bite au fond de la gorge, accélérer la pompe ou l’arrêter avant qu'il ne lui macule le visage. Elle aimait tout cela. Même le sperme chaud sur son visage - qu’elle savait beau, attirant car ils lui avaient tous dit et elles savaient qu’aucun n’avait menti - après le grognement final. Mais ce qu'elle aimait par dessus tout, c'est l'étonnement dans les yeux du mec au bout de la queue et son admiration. Elle savait ce que ces amants se disaient : “Mais comment fait-elle ? Elle est merveilleuse, j'ai de la chance. C'est la meilleure pipe de ma vie.”, et, parfois, “Comment peut-elle tant aimé cela ? Combien en a-t-elle sucé pour être si bonne ?”. Ça, elle essayait de ne pas le voir.

Mais que se soit la première fois ou la dixième, elle lisait l’admiration à chaque fois. Dans leurs yeux.

Elle se jeta comme une démente sur son sexe, commençant par lui lécher le gland non pas à petits coups de langue mais de toute sa langue, en salivant le plus possible. “Salement”, elle n'avait pas oubliée. Elle l’enfonça le plus possible dans sa bouche, à la limite de la nausée, elle la faisait glisser sur sa joue lorsqu'elle s'échappait de sa bouche, de ses lèvres dans un claquement humide. Frénétiquement. La sueur coulait sur son front, poissant ses cheveux, les plaquant sur ses joues, son front. Mais elle n'arrivait pas à voir ses yeux. Elle aurait dû ralentir pour cela et il lui avait rappelé sèchement la seule fois où c'était arrivé : “Tu refais ça, une fois, et tu te finiras seule à la main en pleurant dans ta chambre lorsque je t'aurais ramené.” Et elle ne l'aurait pas supporté, plus maintenant. Ils avaient été trop loin.

Elle le suçait, lui léchant même les couilles, les gobant, tirant sur leur peau élastique et granuleuse. Elle crachait sur son gland, étalant la salive avec sa langue. Mais le souffle ne variait pas, aucune main ne venait caresser, tirer ou replacer ses cheveux. Ça la refait folle, rendant la fellation plus erratique encore.

“Salopard ! Dis moi quelque chose, merde ! Donne moi quelque chose ! Je me défonce pour toi et tes exigences de merde ! Putain, va te faire foutre ! Je te fais ce que je n'ai jamais fait à un homme. Les autres auraient tué pour que je leur fasse cela. Fils de pute ! Dis quelque chose ! … S’il te plaît… Dis quelque chose…”

- Arrête.

Un mot. Un seul. Elle se dit que c'était gagné, elle l'avait amené au bord. Tout au bord de la jouissance. Elle avait gagné. Il avait vacillé.

- Je m’ennuie.

Elle eut, l'espace d'un instant, l'impression que le monde se diluait, comme une gouache sous la pluie.

- Mais j'ai fait tout ce que tu m'as demandé…

- Oui, tu es une bonne élève.

Tout en elle se révolta.

Elle se releva en hurlant. Un long cri inarticulé. Et elle le vit sourire. Un sourire de victoire.

- “Va te faire foutre ?! Tu m’entends ! Va te faire foutre !”

Elle le frappa. Des deux poings. Sur sa poitrine.

Il la saisit par les poignets. Il l’immobilisa. Mais ce ne fut pas difficile. Elle s'était vidée de toute son énergie. Elle était vide. Vidée.

D’abord le murmure lui parvint dans la nuit, au dessus du bruit des vagues d’un océan sombre et agité puis il se rapprocha, peu à peu.

- Écoute moi. Concentre toi sur ma voix. Reviens. Doucement. Voilà. Je suis là devant toi.

Elle le vit. Elle l'entendait. Il tenait ses poignets, ses poings reposaient sur sa poitrine. Elle ne sut pourquoi mais elle baissa les yeux. Il bandait.

- C’est toi qui va te faire foutre. Tu m’entends. Tu vas te faire foutre, tu n'imagines pas à quel point. Pas encore. Mais ça va venir.

Il la lâcha. Elle ne bougea pas. Elle en était incapable. Sa chair était devenu pierre. Elle ne voulait plus bouger, jamais. Elle le regardait.

Il lui caressa le visage doucement.

- Tout va s'arranger. Il y a un dernier cercle à franchir. C’est tout.

Il la fit asseoir sur le canapé. Il s’agenouilla devant elle, lui écarta les cuisses et se mit à la lécher. Il le fit comme on réanime un noyé. Réchauffer le corps pour faire revenir le souffle. Et elle se mit doucement à respirer. Sa langue la lapait. Il savait que la vulve est un labyrinthe, il faut le parcourir, l’explorer. Il caressait du bout de la langue les lèvres intérieures, jouant avec elle, les saisissant parfois entre ses lèvres à lui. Le souffle, là, aussi. Il l'utilisa pour faire naître le plaisir, le frisson. Il introduisait sa langue dans son vagin, le plus loin possible. Elle sentait sa chatte prise par sa bouche toute entière et le souffle. Son souffle. Chaud, vivant, presque liquide, se mouvant comme une vague, comme le ressac.

Et il y avait son regard. Plus aucune ironie, plus aucune dureté. Juste de la compréhension, de la compassion et de l’abandon. Il s'abandonnait pour elle, sa bouche sur son sexe. Il ne lui demandait rien.

Enfin il atteint le cœur du labyrinthe, le cœur des ténèbres.

Son clitoris.

Il le lécha, le suça, le pinça de ses lèvres, le pressa de sa langue. Il le baisait. Il lui faisait l’amour par l’intermédiaire de ce petit morceau de chair connecté à sa tête. Elle préférait ça, c'était mieux. Moins dangereux. Et elle jouit.

Par saccades violentes qui soulevèrent sa poitrine, comme celle d'une noyée, expulsant l’eau de ses poumons pour respirer, à nouveau. Enfin.

Ce fut long, fort, si fort qu’elle eût l’impression, tangible, inexorable de mourir. Mais paradoxalement, elle se sentait vivante, chaude.

Elle rouvrit les yeux. Il était debout. La bouche, le menton luisant.

- Je veux le retour de la chienne. Que tu l’as fasse réapparaître.

Le ton était à nouveau impérieux.

- Fais la venir !

Elle sentit quelque chose monter en elle, une envie inexorable, inarrêtable au risque d’en crever ou de basculer dans la folie.

- Attache moi. Je veux être attachée. Et défonce moi. Défonce moi le cul. S’il te plaît. Défonce moi.

- Évidemment...

Il prononça ce mot non pas comme une réponse, un acquiescement mais plutôt comme la conclusion logique d’une réflexion intérieure.

-bAttachons donc cette chienne enragée pour la soumettre. Comme elle le demande.

- Oui. S’il te plaît. Je le demande. Vraiment.

Il revint avec deux draps blancs.

- Tu me vois dans l’obligation… d’improviser. Il souriait. Mais peu importe le lien, non ?

- Arrête… Attache moi. Je t’en supplie. Attache moi et baise moi. Fort.

- “Fort” ? Je te le promets. Ce sera même pire.

Elle le regarda. Interdite.

Ses poignets furent enserré dans le drap. Un noeud simple, épais, avec le plus de contact possible avec la peau. On ne jouit pas que d'être entravé, on jouit aussi du contact de l’entrave. Ils le savaient tous les deux.

Elle était nue, il l'avait déshabillée, calmement. Elle était dos à lui, les genoux sur l'assise. Son corps blanc contrastait avec le tissu sombre. Il commença par le poignet droit. D'abord, le noeud, serré lentement, puis l'autre extrémité attachée à l’applique en métal - il y en avait une de chaque côté du canapé - et enfin la mise en tension du lien. Ses poignets s'élevèrent l’un après l’autre.

Elle le regardait faire. Aucune parole, juste leurs souffles. Leurs souffles et le crissement du tissu pour seuls bruits.

Elle le sentit s'éloigner, comme un peintre le fait de sa toile pour avoir une vue d'ensemble, apprécier la composition, les lignes de force.

- Une crucifixion. Inversée. Païenne. Mais une crucifixion. Très bien.

Elle était les bras en croix, chacun d’eux prolongé par le tissu blanc, torsadé, chiffonné.

Il se rapprocha. Il glissa une main entre ses jambes. Exerçant une pression douce mais ferme sur chaque cuisse, il les écarta. Son autre main, posée sur ses reins, la guidait pour accentuer la cambrure, placer au mieux son bassin.

- Tu as un sexe magnifique. Le sais-tu ?

- Non…

Il soupira.

- Il y a tant de choses que tu ne veux pas voir. Tant de choses… mais je vais te dessiller. J'y parviendrais. Que tu sois d'accord ou pas, cela n'a pas d'importance.

Il prit sa vulve à pleine main, la caressa sans aucune douceur. Elle était humide.

- Tu sens ça, tu sens que ce que je fais ?

- Oui.

- Non, tu ne le sens pas.

Il lui enfonça deux doigts dans le vagin.

- Tu sens ce que je te fais ?

- Oui… oui…

- Tu te fous de moi. Tu sens mais tu ne ressens pas.

- Vas-y ! Défonce moi, je suis ta chienne. Vas-y !

- Tu veux que je t’encule ?! Hein ?! Tu veux te mentir, encore ? Ton corps et ta tête sont sortis de l’Enfer par des chemins différents. Ils ont dû le faire pour survivre. Pour s'échapper de là, ils ont dû faire des choses… terribles. Mais cela les a séparés, ils n’osent plus se regarder en face. Putain ! Tu dois jouir ! Pas mentir ! Pas te mentir. Je vais te prendre. Mais pas t’enculer. Prendre ton vagin, oui. Je vais le prendre sans retenue, je fais le prendre jusqu'au fond, tu dois m'y rejoindre. Tu dois faire le chemin. Tu vas souffrir. Mais tu vas jouir. Vraiment. Il est plus que temps. Plus que temps de sortir de l’Enfer.

Il l'a pénétra. Doucement. Mais totalement. Le plus loin qu’il pouvait.

- S’il te plaît. Je veux jouir...

- Alors donne toi le droit de le faire ! Je ne suis que le moyen pas le but.

Il prit un rythme lent mais violent. Chaque coup de rein la percutait, la faisait vaciller, les liens la retenaient mais elle était en déséquilibre, ballotté d’avant en arrière. Sa tête pendait entre ses épaules.

Il lui saisit les cheveux, de longues mèches blondes de poupée, les réunit d’un coup de poignet en une corde épaisses et à peine tressée. Et il tira.

Sa nuque se tendit, son visage se leva.

- Regarde moi.

Elle continuait de regarder devant elle.

- Regarde moi ! Ne fuis pas !

Il la prenait impitoyablement, une main profondément enfoncée dans la chair de ses hanches. Chaque coup était une secousse qui la ravageait.

Elle tourna la tête. Il ne voyait qu’une partie de son visage, inondé de larmes.

- Tu mérites d’être aimée. Tu m’entends.

Les coups de reins étaient métronomiques.

- Mais ni par moi, ni par aucun autre.

Leurs corps s'entrechoquaient, se fracassaient.

Son regard était celui de la peur, de la panique mais aussi du désir.

- Aime toi. Reprends ce que l’on t’a volé. Reprends ce que tu as mérité. Mets fin à la douleur. Jouis. Rejoins moi.

Elle sentit ce sexe dans son vagin, son mouvement, sa chaleur, cette sensation d'être prise entièrement et de sentir l'autre totalement en elle, d'être lié à lui au-delà de la simple mécanique des corps.

Elle sentit aussi leur souffle s’accorder, leur corps se synchroniser, bouger dans un même mouvement.

Une pression. D’abord, cette pression dans son vagin qui annonce le plaisir lent, rayonnant qui se répand de plus en plus rapidement dans le ventre, les seins, dans tout le corps pour venir se fracasser dans sa tête.

Un acte de foi… dans sa voix… cela revint à son esprit. Il voulait réaliser un acte de foi envers elle mais un acte de foi qui devait venir d’elle.

Elle jouissait. Pleinement. Avec une telle intensité que cela en devenait insupportable. Comme observer le retour du soleil après l'éclipse.

Il jouit.

À l’apogée.

Ce fut plus qu'un orgasme partagé, ils communiaient. Au plus profond, de leur chair, de leur esprit, ils communiaient. Par ce qu’ils avaient de plus beau et de plus laid, avec leurs peaux et leurs souffles, ils communiaient. Par leurs regards, leurs cris, les larmes, par la morsures des liens dans la chair, par la vision de la soumission absolue, par leurs sexes, par le sperme et la cyprine, ils communiaient.

Aucun d’eux ne put dire combien de temps, ils restèrent attaches l'un à l'autre. Lui, le torse collé à son dos, ses hanches à ses fesses caressant doucement ses cheveux, reprenant son souffle à même sa peau. Elle, haletante, les bras écartés comme le Christ en croix, le corps écartelé, chaque centimètre de sa peau brûlait, ses dernières larmes séchant en traînées noirâtres.

Après il y eut la tendresse et la consolation.

Les liens furent détachés, son corps libéré de la contrainte, de la tension. Il la soutint l’allongea. Des gestes simples, d'une infinie précaution. Il prenait soin. Il ne comptait plus, il ne voulait plus compter à ce moment. Il n’y avait plus qu’elle. Il embrassa le sel des larmes séchées, la peau meurtrie des ses poignets, il baisa son front, ses lèvres. Il baisa aussi ses seins si chauds, si doux. Il baisa même son sexe.

Il s'assit derrière elle, la prit contre lui, peau à peau. Sa bouche prêt de son oreille et sa main dans ses cheveux. Il la bercait, un peu, comme on le ferait pour une enfant après un cauchemar ou durant l’orage.

Et il lui murmura, doucement, des mots comme un secret que nul ne devait savoir, à part eux.

Il dit aussi l'amour auquel elle ne croyait pas, il lui dit que ce n'était pas grave, il lui dit le chemin, il lui dit de ne plus pleurer et d’oublier.

Il lui dit tout cela. Et bien plus encore.

Elle s'endormit. Paisiblement. Enfin.

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