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En-cas au "Plaisirs d'Eros"

La matinée a été rude. Elle a besoin d'une pause, quelque chose qui lui fasse oublier pour un temps la pression du boulot. Derrière elle la porte se referme et elle se retrouve dans la rue. Elle aborde les quais de la Seine et le flot paisible du fleuve commence à la rasséréner. Ah! Paris ! Cette ville a toujours été magique!

Oxel respire à pleins poumons l'air pur de la capitale. Elle a du mal à imaginer qu'il y a quelques centaines d'années, l'atmosphère polluée par les véhicules à combustion de l’époque était à peine respirable! Il fait beau en cette matinée de mai et le soleil lui chauffe agréablement la peau. Oxel est entièrement nue, comme d’ailleurs la plupart des promeneurs. Elle est parée de bijoux dont certains font maintenant partie intégrante de son corps. Seuls quelques frileux seulement portent encore des vêtements en cette fin de printemps.

Oxel se dit qu'Il est loin le temps où les humains cherchaient absolument cacher leur corps des regards et ne portaient des habits qu'à cet usage !

L'humanité avait fait un bond en avant quand elle avait renoncé à nier sa condition animale. Ce n'avait pas été un renoncement à l'intellect, bien au contraire, mais plutôt une prise de conscience des limites. Dès lors les choses étaient devenues plus simples. Plus de Dieu anthropomorphe pour dicter des règles contre nature. Comment un Dieu pouvait-il être un animal ? L'acte sexuel avait été démoralisé, au sens qu'aucune notion de morale n'y était plus rattachée. Jouir était devenu un plaisir normal. Les gens s'y adonnaient désormais en public sans aucune gêne, seuls où à plusieurs. La pornographie avait disparu, ou s'était généralisée c'était une question de point de vue. Concrètement : c'était devenu banal ! L'érotisme par contre s'était élevé au rang d'art. Provoquer le désir chez l'autre était devenu le passe temps favoris!

Justement, c'était le créneau d'Oxel! Elle et son mari Emualliug (dit Emual) ont monté un site de tridi. Son concept : rendre le personnage d’Oxel si attirant que le spectateur, principalement mâle, préfère jouir en la regardant moyennant finances, plutôt que de vraiment aller s'envoyer en l'air gratuitement avec la voisine qui en a pourtant sacrément envie. Et le plus fort c'est qu'ils y arrivent plutôt bien! La mise en scène des fantasmes virils d'Emual ajoutée à l'intuition féminine d'Oxel forment un cocktail détonnant ! Elle a un véritable don pour trouver les petits détails qui rendent les hommes fous.

Perdue dans ces pensées philosophico-professionnelles Oxel arrive au "Saveurs d'Eros". C'est un petit bistrot en bordure de Seine qui a été construit sur le modèle des anciennes Guinguettes. Derrière l'aspect populaire rétro se cache en fait un des établissements les plus chics de la capitale.

A l'entrée une charmante hôtesse l'accueille :

-" Bonjour Madame, désirez-vous consommer? Donner ? Ou peut-être les deux?"

-" Les deux s'il vous plaît" répond Oxel

-" Alors veuillez me suivre pour les ablutions "

La jeune femme précède Oxel dans une petite salle d'eau à côté de l'entrée. Là se trouve un fauteuil faisant penser à un transat dont on aurait relevé le dossier et raccourci le plateau.

-"Même si je sais que Madame, est une cliente fidèle vous savez que je suis tenue de vous préciser ce que je vais faire et il faut que Madame me donne son accord "

-"Faites je vous en prie, vous savez que j'adore ce petit préambule. D’ailleurs la dernière fois ne nous étions pas mises d'accord pour explorer mutuellement toutes les possibilités de cet instrument lors d'une de vos poses ? Je n'ai pas trouvé le temps, mais ce n'est que partie remise !

- " Ce sera avec grand plaisir " répondit l'hôtesse avec un sourire gourmand avant de réciter son texte officiel:

- "Madame. Vous avez émis le désir d'être donneuse à notre établissement. L'attention permanente que nous portons à la qualité de nos produits nous impose une procédure d’ablution sous effusion. M’autorisez-vous à introduire l’effuseur dans votre sexe ?"

- "Je vous y autorise" répondit Oxel du même ton solennel.

Sans attendre que l'hôtesse l'y invite Oxel s'installe sur la chaise en position semis allongée et écarte les cuisses. La jeune femme prend alors de la main droite un objet oblong à l'aspect luisant de la taille d'un d'un penis de belle dimension raccordé à un tuyau. De la main gauche elle écarte délicatement les petites lèvres d'Oxel qui sont admirablement brodées de fils d’or, comme le sont également le capuchon de clitoris et ses tétons.  L'intérieur rose du sexe contraste avec la peau extérieure lisse et bronzée. L'hôtesse introduit l’appareil qui se met en marche automatiquement. La sensation est très agréable. L'appareil est fait d'une matière dont l'établissement garde jalousement le secret et qui a la particularité de ne générer quasiment aucun frottement. Même quand elle est totalement sèche elle donne au toucher la sensation d'être recouverte d'huile. Le simili-phallus est percé de milliers de petits trous dont la moitié diffuse une lotion d’ablution et l'autre moitié l’aspire.

L'opération est rapide, trop au goût d'Oxel qui regardant l'hôtesse ne peut s'empêcher d'ajouter avec un grand sourire :

"Décidément il faudra vraiment que je prenne le temps!"

Sortant de la salle d'eau Oxel suit un petit couloir qu'elle connaît bien et qui l'amène dans une grande véranda surplombant la Seine où un couple hétéro et une femme seule sont attablés.

Un maître d'hôtel vient l'accueillir :

- "Bonjour Madame. Votre table comme d'habitude ?"

- "Ce sera parfait" répond-elle.

- "Je reviens prendre votre commande dans quelques minutes."

Oxel jette un œil machinal sur le tridi projeté par sa table mais elle connaît la carte par cœur !

Elle a goûté à chacun des en-cas plusieurs fois et ne s'en lasse jamais.

Le "Saveurs d'Eros" n'a que deux spécialités, le sperme et la mouille. Tout le pari du chef avait été de partir de ces saveurs classiques et de réussir à les décliner de mille façons plus extraordinaires les unes que les autres afin de décupler l’effet des phéromones. Les plats agissent directement sur le cerveau profond, un peu à la manière d’une madeleine de Proust, remémorant au consommateur des souvenirs sexuels qui avec le décalage du lieu et du contexte créent une réaction émotionnelle hautement érotique.

Si le sperme est au menu de plusieurs grandes tables, la mouille, ce fluide lubrifiant sécrété par le les femmes quand elles sont excitées, ne se trouve qu'ici. Sa récolte n'est en effet possible que grâce au secret de la matière dont est également fait l’effuseur. L'appareil qui est utilisé pour cette opération ressemble d’ailleurs beaucoup au premier : un sexe masculin très bien proportionné, souple et qui glisse sans aucun frottement. Des milliers de petits trous captent le liquide qui suinte des parois du sexe. Bien sûr, plus la femme est excitée plus la production est importante. Il est donc muni d'une petite excroissance qui vient exciter le clitoris. Ce n’est ni plus ni moins qu’un stimulateur vaginal et clitoridien, la Rolls Royce des sex toys. Tout automatique, il est capable de capter les réactions de la donneuse et d'adapter ses caresses pour les rendre plus efficaces. Le résultat est redoutable. En un rien de temps la plus frigide des femmes se met à couler comme une fontaine, pour le plus grand bénéfice du restaurant. Mais la subtilité de la machine ne s'arrête pas là. Elle est également capable de prévoir le déclenchement de l'orgasme et elle est bridée pour ne jamais y arriver! L'objectif est bien sûr de maintenir la donneuse sans arrêt sur le fil pour une production optimale.

Malheureusement, à ce jeu-là, le plaisir peut se transformer rapidement en torture.

Alors il y a le bouton vert.

Celui-ci a deux fonctions. La première est charitable : elle inhibe le bridage. C'est le "feu vert" vers la jouissance. Pour que les femmes n’y aient pas recours trop vite, le concepteur a ajouté une récompense pour celles qui savent résister. Partant du constat que de façon naturelle plus l’excitation dure et plus le plaisir final est intense, il a amplifié le phénomène. Le logiciel est programmé pour la conclusion arrive d’autant plus vite que l'attente a été longue. Il en résulte de véritables explosions orgasmiques atteignant des niveaux de plaisir plusieurs fois supérieurs à la normale.

La deuxième fonction est purement commerciale, la pression sur le bouton vert dirige la récolte vers un flacon séparé qui sera vendu bien plus cher sous le nom de "nectar orgasmique".

Le système fonctionne exactement de la même manière pour les hommes sauf bien sûr que la forme de l'appareil est adaptée pour être pénétrée par le sexe de l'homme et que la récolte se fait en prises successives quand l’homme appuie sur le bouton.

Le serveur est revenu et Oxel à justement choisi une gelée de nectar orgasmique. Aujourd'hui elle a des envies de femme. Son amie Imoan est en voyage et elle lui manque.

En attendant sa commande Oxel entreprend de se brancher. C'est l'expression consacrée pour les donneurs. Elle se relève légèrement, touche un bouton virtuel sur le tridi qui fait sortir le phallus escamoté dans la chaise et se rassoit en l'introduisant dans son sexe. Celui-ci commence immédiatement ses allers-venues en caresses subtiles.

La sensation est délicieuse et tout en se laissant pénétrer par le désir elle observe les autres clients.

La femme seule est plongée dans sa lecture. Elle n’est apparemment pas branchée. Oxel ne peut pas en avoir le cœur net car elle lui tourne le dos de trois quarts mais le nombre de shots de sperme vides sur sa table laisse penser qu'elle est là depuis un certain temps et elle n'aurait certainement pas pu résister à la machine aussi longtemps.

Elle porte ensuite son attention sur le couple. Elle n'avait pas remarqué à quel point ils étaient jeunes. À leur état de fébrilité il semble évident qu'ils mettent les pieds pour la première fois dans l’établissement. Oxel note qu'eux non plus ne sont pas branchés. Ils ne sont venus que pour consommer. Leur virée au "Plaisirs d'Eros" doit être le préliminaire à quelque jeu plus physique.

Il est interdit de se livrer à des ébats dans la salle de restaurant. Celle-ci est dédiée à l'introspection du plaisir. Les clients sont priés de respecter le calme du lieu. La jouissance si elle arrive doit rester silencieuse. Par contre rien n'empêche les convives de rejoindre les salons ou les jardins et de se laisser aller à extérioriser leurs émotions à loisir.

Oxel est maintenant très excitée, la machine dans son ventre la mène irrésistiblement au septième ciel ! Si la mouille n’était pas récoltée elle serait trempée ! Elle sait qu'il ne faut pas qu'elle pense à ce plaisir qui va sans cesse lui échapper mais qu'elle laisse plutôt le manque s'immiscer lentement en elle.

Son regard est soudain attiré par un mouvement sur sa droite. Oxel tourne la tête et n'en croit pas ses yeux: la femme seule est courbée en avant sur la table, s’appuyant sur ses avant-bras pour ne pas s’affaler. Comme s’il subissait d'importantes décharges électriques, tout son corps est secoué de spasmes violents et silencieux faisant danser ses seins percés d’anneaux.

Oxel réalise que depuis le début la cliente était branchée et qu'elle vient juste de recevoir l'ultime récompense de son endurance exceptionnelle !

L'image ravive des souvenirs chez Oxel. Son amie Imoan détient le record à ce jeu. Elle aussi a un site tridi érotique, moins suggestif et plus explicite que celui d’Oxel. Sous l'impulsion toujours plus pressante de ses fans elle avait décidé d'aller jusqu'au bout de ses limites. Au lieu du restaurant, elle avait préféré la salle des simples donneurs, qui est équipée de confortables transats sur lesquels on peut savourer son plaisir allongé. Elle avait tenu plusieurs heures à se voir refuser l'orgasme par la machine qui s'escrimait elle-même à le provoquer. De son propre aveu les derniers moments avait été la pire expérience qu'elle n'avait jamais vécue. Mais la tridicam était là et l'audience dépendait de sa performance. A la fin, quand elle avait cru devenir folle de frustation elle en avait appelé à la délivrance du bouton vert mais elle était allée trop loin. La jouissance fut foudroyante et le cœur ne put encaisser le terrible choc. Bien sûr l’assistant médical de ses implants biomedic l’avaient réanimée immédiatement. Elle ne s’était aperçu de rien et surtout pas de son plaisir. A la place il y avait un trou noir dans sa mémoire.

Sur le tridi tout cela ne transparaissait pas et la séquence du « foudroiement » était devenue mythique. On y voyait la jeune femme propulsée plusieurs centimètres au-dessus de sa couche sous l’impact de l’orgasme. La cuvée Imoan de ce jour-là se vend à des sommes indécentes, bien plus élevées que pour les autres trésors gardés dans les réserves du restaurant et qui proviennent des donneurs les plus célèbres de la planète.

Perdu dans ses pensées Oxel ne reprend contact avec la réalité que pour réaliser que son ventre est en feu! L'infatigable suceuse de mouille est en passe de la rendre folle de désir mais elle n'a pas le temps de s’y attarder.

Tout à coup la porte des cuisines laisse place à un athlète tout en muscles dans un état d'érection impressionnant.

Oxel reconnaît immédiatement le plat: un "shot in vivo".

Il est assez rare d'en voir un. D'abord parce que il est très cher. Pour le servir le restaurant doit en effet s'organiser pour avoir un serveur disponible à tout moment, et la charte de qualité impose qu'il ait respecté une abstinence d'au moins une semaine. Ensuite le service comporte des risques non négligeables : le serveur est spécialement préparé avec une machine bridée. Ça et l'abstinence font de lui une véritable bombe que la moindre étincelle émotive peut faire exploser. Il y a déjà eu des allumages intempestifs! Mais le plus imprévisible reste le client ! Souvent pris de court par la soudaineté et la violence de la décharge il en gaspille la plus grande partie !

C'est sans surprise que le serveur se dirige vers les jeunes. Pour une première fois ils ont voulu faire les choses en grand !

La jeune fille ouvre la bouche et tend la langue. Elle est vraiment très jolie et personne ne pourrait rester insensible à la promesse d'une de ses caresses buccales. D'ailleurs pendant un instant, la bite du colosse est agitée de mouvements qui font craindre à Oxel qu'il ne perde le contrôle mais en grand professionnel il arrive finalement à se maîtriser. Il vient délicatement déposer son membre sur l’humide coussin de chair. Le contact suffit à le faire venir et Oxel voir nettement la semence gicler. Les premiers jets violents s’éclatent au fond de la gorge. Les suivants, laiteux et gras coulent lentement dans la bouche de l'adolescente. Celle-ci n'est nullement impressionnée. Ce n'est que lorsque l'homme a fini de se vider qu'elle referme les lèvres. En même temps qu'elle suce le gland pour déclencher les dernières contractions et ne perdre aucune goutte, elle prélève sur lui les arômes subtils dont le chef l’a enduit pour sublimer le goût du sperme. La bouche pleine, elle ferme les yeux et fait rouler sous sa langue le liquide gluant, s'imprégnant de sa substance, de ses saveurs. Le jeune homme qui l'accompagne la regarde intensément, comme pour partager ses sensations. Petite gorgée par petite gorgée elle avale le nectar en se délectant de le sentir glisser lentement. Finalement, rouvrant les yeux qu'elle plante dans ceux de son amant elle lui murmure :

-"C’est extraordinaire ! C’est à la fois si différent de tous les spermes ce que j’ai connus et en même temps je les ai tous retrouvés. Merci pour ce cadeau délicieux."

Oxel sort de sa contemplation. Elle est arrivée à un niveau d'excitation considéré par beaucoup comme hors norme. Elle remarque le plat que le serveur vient de lui apporter.

Elle le sent, elle hume les senteurs de la femme inconnue qui a sécrété ce nectar en pleine jouissance, elle s’en laisse envahir, ferme les yeux et se retrouve devant la chatte trempée d'Imoan. Elle l'entend l'encourager à poursuivre ses caresses de sa langue. Elle se voit enfoncer les doigts dans son amie.

Alors elle prend une bouchée, les saveurs de sexe éclatent sur ses papilles saturent son cerveau et elle appuie sur le bouton vert. 

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