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Épisode 1 : Une nuit au musée avec Lewis

Le monde angoissant du silence et de l'obscurité. Un monde si étrange et si attirant à la fois, un monde qui m'appelle et que je vais rejoindre ce soir.

Il est vrai que les "nuits au musée" sont toujours pleines de monde, mais une autre façon de voir les choses existe, être gardienne moi même, un soir... Juste pour voir.

Me voilà me préparant pour ma nuit, le Palais des Beaux Arts, j'enfile un jean taille basse, une paire de bottines camel que je prendrais soin de retirer ce soir, des chaussettes en laine et un tee shirt noir que je traine depuis des années, un gilet, une écharpe au cas où ce musée n'est pas chauffé.

Sous mon tee shirt un soutient gorge noir et la culotte qui va avec, car comme une parente m'a toujours dit... on se sait jamais.

Je relève mes cheveux en un chignon rapide sur ma nuque, me pare d'une bague nuage en verre qui fera office de point américain au cas où... j'attrape mon thermos, le paquet de cigarette russe qui traine sur mon frigo, ma pomme et un bouquin.

Bon, je ne suis pas certaine que lire Mérimée soit une très bonne idée... j'ai déjà peur du croque-mitaine, et quand je pense à toutes ces statues qui n'attendront peut être que moi... Mais je suis courageuse et décidée.

Je fourre tout cela dans mon sac et me mets en route vers le centre.

19h, la lumière du fin du jour donne un aspect de maison hantée à l'édifice qui se dresse devant moi, j'appréhende un peu.

Je récupère les clés, le gardien de jour me briefe sur les tâches à accomplir puis me laisse dans l'immensité du silence qui m'entoure.

Je retire mes chaussures, enfile mes chaussettes, et part à la conquête de ce Palais majestueux.

Sur la pointe des pieds, j'avance sans faire de bruit, je commence par la salle des statues XIXème, sur l'aile droite du musée.

Étranges, torturées, envoûtantes, elles se dressent devant moi comme une armée de pierre, je n'ai rien a craindre mais la Vénus me revient en tête. Jouant machinalement avec ma bague nuage je m'avance en silence.

La nuit s'installe dehors et me plonge peu à peu dans une obscurité épaisse. Armée d'une lampe torche je poursuis ma route vers la Rotonde Fremiet puis me dirige vers l'Atrium. Le bruissement de mes pas sur le marbre résonne sur les hauts plafonds, l’acoustique de cette pièce a presque côté magique.

Placée en son centre, la lumière éteinte, je m'offre à l'espace presque infini qui m'entoure, je ferme les yeux et écoute avec attention ce que le Palais me murmure.

J'entends le ronron de la ventilation, les craquements de sa charpente, le bruit des rafales qui battent contre les fenêtres. Mes sourcils se froncent, mon coeur s'accélère, derrière mes paupières des créatures cauchemardesques prennent formes. Une drôle d'impression m'envahit.

Mes yeux s'ouvrent je me raisonne et affronte mon angoisse quand soudain..

Le silence se rompt, un bruit de verre brisé semble venir de l'étage, mon sang ne fait qu'un tour.

Le plus silencieusement du monde je gagne la petite galerie, et peu aventureuse désormais je braque l'obscurité de ma torche.

Je sens un mouvement dans mon dos et mon instinct m'invite à courir, je ne reconnais plus le musée de mon enfance et mes plus grandes frayeurs me rattrapent.

Une douleur vive me foudroie lorsque j'entre dans la salle dédiée à Courbet et au réalisme. Mon pied vient de rencontré le verre brisé et laisse derrière lui une mare rouge bien réelle elle aussi.

Au comble de mon angoisse, une main se saisit de moi et étouffe un cri.

Éclairant son visage je découvre un homme bien plus âgé, il semble lui aussi surpris de cette situation.

Je ne serai pas seule finalement ce soir et du monstre qu'il incarnait quelques instant auparavant, celui que je fuyais, le voilà qui me sourit d'un air gêné.

Il ne voulait pas me faire peur.

Regardant mon pied ensanglanté il m'invite jusqu'à l'entrée des artistes, là où j'aurais du me rendre de suite au lieu de traîner dans les galeries.

Assise sur une table face à lui, il examine ma blessure et me soigne presque sans me faire mal, il en a vu d'autres.

Il m'installe ensuite dans un fauteuil et me propose un verre, je ne peux refuser, cela m'aidera à me remettre de mes émotions et calmera peut être la douleur.

Nous trinquons à la rencontre de deux inconnus et de la folle nuit d'aventure qu'ils s'apprêtent à vivre, je croise son regard, trop tard me voilà déjà rougissante, je détourne les yeux, j'espère qu'il ne s'est rendu compte de rien.

Les heures passent, nous discutons, écoutons de la musique, nous nous noyons dans les yeux l'un de l'autre et je n'ai pas envie de fuir...

Un frisson me parcours, le sommeil m'appelle, Lewis me propose de poursuivre ce que j'avais commencé, une visite guidée du musée, en musique cette fois ci et bien sûr à la lumière de cette lampe qui faiblit si vite.

Son regard est plus vif, il attise mon envie.

Soutenue par son bras, nous déambulons dans les différentes galeries.

Il m'explique beaucoup de chose mais je ne l'écoute pas vraiment , je l'observe dans la pénombre de la torche, il me plaît, me trouble.

J'ignore si cela est du à son odeur, la douceur de sa voix, la chaleur qui émane de son corps ou de ses gestes presque tendres qu'il tente de faire de façon presque discrète.

La lumière nous plongera bientôt dans le noir, une boule douloureuse s'installe dans mon bas ventre, non plus de peur mais une envie furieuse, diabolique. Je le regarde et ne peux m'empêcher de sourire, il reste concentré mais renforce son étreinte autour de ma taille.

Nous nous retrouvons au centre de l'atrium et au son d'une valse de Chopin qui résonne sur tous les murs il m'invite à danser.

Une main se pose sur mes reins, de l'autre il englobe la mienne, son regard est presque enfantin.

Nous valsons ainsi, jouissant de l'immensité de l'espace, moi en appuis sur ses pieds comme font les pères avec leurs jeunes enfants, je me fais la plus légère possible.

La légèreté nous emporte et avec elle nos rires se mêlent aux accords du piano.

Lewis s'assombrit soudain, son regard intense se fixe sur le mien, je ne bouge plus, tente de soutenir ses yeux noisettes. Une envie bouillonnante s'étend dans mon ventre et dans ses yeux encore éclairés à la lumière qui ne sera plus d'ici quelques secondes je sens un appétit féroce monter.

Nous voilà maintenant dans le noir complet, le silence revient, terriblement dense.

Sa main qui n'a pas quitté le bas de mon dos se fait plus exploratrice.

Sa respiration est calme et régulière, mon cœur, lui, bat à tout rompre. Il ne nous en fallait pas plus.

Mes mains glissent le long de son dos, viennent se réchauffer sur la peau de son corps ardent. Je me blottis un peu plus contre lui, voulant le sentir, le pénétrer de tout mon être, le capturer.

Je sens entre ses cuisses une érection qui ne fait que croître, elle semble si dure, ferme, puissante.

Dans la pénombre je l'entends esquisser un sourire et je sens ses mains resserrer leurs étreintes.

Je pose une main sur son torse, je pourrais presque sentir son cœur tenter une échappée.

Des lèvres piquantes se posent sur mon front. Sa barbe parcourt mon cou et dépose un baiser sur mon épaule dénudé.

La passion est rarement contrôlée, éruption volcanique puissante et fusionnelle.

Lorsque ses lèvres touchent les miennes le monde n'existe plus et je me noie dans un bain d'exquises sensations.

Nos lèvres s'embrassent, se mordent, s’entrouvrent et se goûtent. Ses mains explorent la texture de ma peau, provoquent de doux frissons à en perdre la raison.

Le silence se remplit de nos souffles, nos soupirs. Une de ses cuisses vient dangereusement se caler sur mon entre-jambe déjà bien humide, sent-il cette moiteur au travers de nos jeans?

Je le repousse un instant et m'éloigne de son visage afin de savourer d'avantage le regard bestial qu'il me lance.

Je m'éloigne à reculons en lui faisant face, mes yeux se sont habitués à l'obscurité, il me dévore et semble percevoir l'idée que j'ai derrière la tête.

La chasse a été de courte durée, et c'est au milieu des colonnes de pierre qu'il se saisit de moi.

De ses mains froides et puissantes il s'offre sans mal une vue imprenable sur une poitrine pointant avec délice vers le ciel, quémandant caresses et baisers.

Sauvage, je ne prends pas le temps de le laissé faire, préférant prendre les devants et défais, dans un cliquetis, la boucle de sa ceinture.

Mes doigts passent sous la couture de son jean  et effleurent furtivement un fruit défendu et terriblement juteux.

Son soupir m'indique bien des choses, le désir ardent pour que je m'en saisisse et que j'en croque une partie par exemple, pourtant... je n'en ferai rien. Je n'en aurai pas le temps.

Sa réaction ne se fait pas attendre, m'agrippant à la taille il me dépose sur une des nombreuses tables du Beau Café. Et, comme quelques minutes plus tôt, il s'offre en un claquement de doigt deux jambes longues, fines et dénudées.

Espiègle, il caresse le galbe de mon mollet, s'arrête à proximité de mon creux poplité et m'arrache un soupir de satisfaction.

En faim de ses baisers je m'assieds sur le bord de la table, passe ma main dans ses cheveux, empoignant son dos, le mordant à l'épaule, m'enroulant autour de son bassin.

L'instant se fige, et sur moi son regard se fixe, ainsi cet endroit sera notre terrain de jeu, et je sens là, toute proche, une verge prête à commencer.

Je la libère ainsi de sa prison de tissu et la guide vers un cocon de velours, doux, chaud et humide.

Là, assise face à lui, le désir que je ressens à cet instant m'oblige à fermer les yeux, la limite du raisonnable sur le point d'être franchie.

Dans cette nuit qui ne fait que commencer, aux sons de nos expires entremêlés nous ne faisons plus qu'un...

... sous le regard outré des milliers de personnages de peinture qui nous entourent.