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Femme à lunettes...

Bonjour mademoiselle!

Bon… Je ne suis pas original comparé à la dizaine, à la vingtaine voire à la centaine de clients qui rentrent chaque jour dans le restaurant dans lequel vous travaillez. Moi, vous m’avez tapé dans l’œil…

Ce mercredi 7 février, c’était une journée de merde (pour moi). Je devais me rendre au Havre, pour y suivre un module de formation consacré aux origines de la ville «Océane», dans l’optique de l’examen de recrutement que je prépare depuis des mois. Je suis guide touristique.

J’ai dû rebrousser chemin à Rouen parce que la ligne SNCF entre Paris Saint-Lazare et Le Havre n’était plus desservie à cause du froid qui sévissait sur notre pays. Je suis rentré à Amiens en bus. Et là, j’avais une heure et quarante-cinq minutes à tuer avant de prendre un train qui allait m’emmener jusqu’à Abbeville.

Une heure quarante-cinq, c’est long… En plus, j’avais faim. Je me suis dirigé vers le restaurant kebab libanais dans lequel vous travaillez, mademoiselle. Celui situé pile face au parvis de la gare de Amiens, séparés seulement par ce long boulevard. J’ai poussé la porte. Votre boss était au comptoir. Deux collégiennes étaient en train de déjeuner. Idem pour un couple de lycéens.

C’est alors que je vous ai vue. Vos cheveux d’un châtain bien foncé et longs… Un foulard léger les couvrait en partie… Vous portiez des lunettes de forme rectangulaire. (Femme à lunettes, femme à…) Vos yeux sont marrons et en forme d’amande. Qu’ils doivent être beaux quand ils brillent d’une certaine lueur… Que j’aimerais faire briller les yeux d’une femme comme vous, mademoiselle… Vous mesurez bien un mètre soixante. Vous êtes plutôt mince. Oh oui, vous m’avez tapé dans l’œil! Je ne vous connais pas, mais je sais que j’aimerais faire votre connaissance (si je pouvais…)

Votre boss avait pris ma commande: un sandwich double steak, salade tomates oignons, sauce samouraï, avec frites. J’avais commandé aussi un demi de bière blonde Stella. Ce fut vous qui m’aviez servi, ça je ne peux que très bien m’en souvenir. Vous avez une démarche gracieuse, vous savez? Vous m’avez servi mon repas. Tout était disposé sur un plateau noir. Vous m’avez souri, et vous êtes repartie. Là, je n’ai pas pu m’empêcher de jeter un coup d’œil à votre fessier. Je ne suis qu’un homme… Mademoiselle, pardonnez-vous si vous en êtes gênée (de mon comportement et de mes révélations de mâle alpha).

Les deux collégiennes parlaient d’un Nolan ou d’un Antonin, de «Non mais allô quoi!». Elles m’ont rappelé celles que j’ai connues, il y a des années. Elles m’ont rappelé celles qui me regardaient de haut et qui se moquaient de moi à cause de mon acné sur le visage et de mon appareil dentaire...alors que des mots doux se bousculaient dans ma tête, pour elles.

Les deux lycéens, eux, leur amour était palpable, c’était indéniable. Un seul plateau. Des frites pour deux. Lui, limite, lui donnait à manger. Elle, elle le regardait avec les yeux de l’amour. J’ai même pu capter (malgré moi, et… voyeur) l’un de leurs baisers à la sauce andalouse. Le temps d’un instant, je les ai enviés, moi l’éternel célibataire.

Je disposais de quarante-cinq minutes avant de retraverser le boulevard puis de rejoindre le parvis de la gare et enfin le hall. La nourriture était succulente, mais elle n’était pas le seul délice de ce repas. La bière ne m’avait pas enivré. Pardonnez-moi, mademoiselle, mais vous m’avez tapé dans l’œil. Je n’y peux rien.

Il restait quelques frites sur le plateau, et un peu de sauce. J’étais repu. Je n’aurais rien pu avalé de plus. J’ai remis mon manteau sur moi, et mon sac de l’A.S. Saint-Étienne en bandoulière. Je vous ai adressée un «au revoir!» et je suis sorti de votre restaurant. Je savais que je m’en souviendrais pour un certain temps d’une durée indéterminée…

La suite? J’ai pris mon train pour Abbeville, puis je suis monté dans un bus à destination d’Etaples sur Mer/Le Touquet. D’Etaples/Le Touquet, un taxi collectif m’a conduit jusqu’à ma ville de Boulogne sur Mer.

Je suis allé à la bibliothèque de l’université où j’étais encore étudiant il y a quelques mois. Je me suis connecté à Internet. J’ai retrouvé mes confrères et mes consœurs d’une plateforme où l’on publie des beaux textes chauds mais agréables, délicieux et savoureux. Peut-être vais-je vous rendre un hommage un jour, mademoiselle…

Je suis rentré chez moi. Je suis allé direct dans le temps intime qu’est ma chambre. Je n’ai laissé qu’une lumière tamisée. J’ai mis le radiateur en marche. Je me suis allongé sur la couette tiède de mon lit.

Je me suis déshabillé. D’abord le haut… Ma main s’est posée sur mon ventre, sur mon torse, sur mon bas-ventre. Je me suis caressé les mamelons, en y passant un doigt de haut en bas et en les pinçant. Je vais vous avouer que… je rêvais que c’était vous qui me le faisiez. Ensuite le bas… J’ai écarté les jambes. J’ai effleuré mon pénis d’une main. Après quelques mouvements de va-et-vient, le bout de mon sexe était décalotté. J’ai utilisé ma salive comme lubrifiant, et ai focalisé mon attention sur mon gland de plus en plus sensible. (Mademoiselle… J’essayais de vous imaginer sans vos vêtements, mais encore avec vos lunettes. Votre cou… Vos seins… Votre ventre… Votre pubis… Votre vagin et vos nymphes intimes… Vos hanches… Vos genoux… Vos pieds… Ma main était votre main, et vous me caressiez comme j’adore me caresser.)

Ça a duré quinze ou seize minutes, je ne sais pas. Une fois bien lubrifié et stimulé, mes caresses étaient plus fluides, plus rapides. Le plaisir, lui, plus intense. J’ai fini par atteindre ce fameux point de non-retour, où il n’y a plus rien à faire si ce n’est continuer et lâcher prise. La petite mort s’est emparée de moi. Je haletais, j’ai gémi. Je n’étais plus que plaisir intense. J’ai joui pour moi, j’ai joui pour vous. Je m’imaginais, le temps d’une pensée sporadique, que j’éjaculais sur votre poitrine, votre ventre ou sur votre langue. C’était si bon de jouir en pensant à vous, mademoiselle, belle inconnue.

Je sais que je vous choquerai certainement une fois que vous aurez lu cette lettre, après votre journée de travail. Moi, j’aimerais juste vous remercier de m’avoir fait tourner la tête, de me l’avoir fait perdre. Je sais qu’il n’y aura rien entre nous, mademoiselle. Il se pourrait par contre que je revienne déjeuner, parfois. Pour vous voir, pour vous voir me sourire, belle jeune femme à lunettes. Il se pourrait même qu’en rentrant chez moi, je veuille retrouver ce désir, ce plaisir, cette jouissance qui «nous» sera propre.

A bientôt, j’espère…

Un admirateur anonyme...