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Fontaine sur un toit brulant

Ils s’étaient rencontrés dans le midi de la France à l’ombre d’une double pile dans un cloître en ruine. Ils étaient tous les deux passionnés par la mythologie et l’antiquité. Il lui avait expliqué avec insistance que l’alternance des pleins et des creux sur les vestiges d’une colonne représentait la concorde. Elle avait compris qu’il essayait de la séduire gauchement ou d’attirer son attention sur une complicité sexuelle à mots couverts.

Ils s’étaient donné rendez-vous le lendemain à la terrasse d’un café pour déguster une glace. Elle était intriguée par ses réactions ou du moins par la relative tiédeur de cet homme à son encontre. D’habitude les « hommes » se montraient beaucoup plus empressés. Il avait un front triste, mais parfois ses yeux s’éclairaient de silences bruyants quand il l’observait.

Elle était subjuguée par son érudition toute particulière, par sa sensibilité et par son humour plus ou moins heureux. Féru d’étymologie, il lui avait expliqué le sens premier et caché de « séduire », « divertir », « être charmé » et « être enchanté ».

Ces paroles qui auraient pu être ennuyeuses étaient empreintes de tendresse par le délire qu’il infligeait aux sens des mots. Qu’importe, elle aimait rire et se sentait pleine de pétulance ! Au fond d’elle-même, elle ne savait pas si cet homme l’attirait. Elle oscillait entre le refus et le désir. Pourtant, elle se sentait désirée silencieusement, son cœur martelait sa poitrine ; elle resplendissait. Elle rayonnait de ces sourires prometteurs et c’était d’autant plus exquis que cette harmonie entre eux était encore dans les limbes du plaisir à venir.

Elle voulut savoir. Ils étaient sur le point de se quitter, quand par une audace inouïe, elle lui proposa de venir dîner tard dans la soirée chez elle. Elle ne voulait pas se séparer de ces yeux admiratifs et brulants.

Pendant le repas ils avaient parlé de la cuisine d’Apicius. Ils n’étaient pas d’accord sur les ingrédients d’un mets. Pour la composition de ce plat, elle suggérait des tétines de femelles porcines et lui parlait de vulves de truies au miel. La conversation lui paraissait complétement décalée, elle avait cuisiné des calamars frais qu’elle avait coupé en rondelles.

Puis, ils avaient discuté de la prostitution sacrée, de la hiérogamie. Elle s’était identifiée à une hétaïre des temples antiques, et lui aurait été son minotaure. Bien sur, elle avait passé sous silence l’intention qu’elle avait de lui montrer le chemin de son labyrinthe.

Il s’était levé pour prendre son briquet posé sur la table basse du salon. Elle l’observait sans détourner ses yeux, elle attendait fiévreusement, muette. Il posa une main sur sa nuque frôlant des doigts le fin duvet sous ses petits cheveux. Sous la peau, un léger frissonnement dressa sa houle. Il approcha ses lèvres pour l’embrasser. Sa bouche était gourmande et pulpeuse, ses lèvres délicieusement chantournées. Il suçotait le sommet sensible de la frange charnue. Elle avait happé la lèvre inférieure qu’elle lutinait avec sa langue et ses dents. Les succions langoureuses, les pressions des langues faisaient sourdre comme un oenomel le long de ses nerfs invisibles. Des canaux inconnus reliaient ses lèvres à ses seins et à son ventre, comme un ruissellement favonien.

Elle le prit par la main l’entraînant à sa suite dans les escaliers qui menaient à la terrasse.

Aimes-tu les massages ? Il répondit : « Jésus Christ a dit à ses apôtres massez-vous mes enfants, comme je vous aime assez ». Ils s’esclaffèrent tous deux de cette idiotie. Elle appréciait sa repartie, il avait une façon toute particulière d’orienter la conversation avec de petites blagues inattendues. Tout en se souriant, Ils se déshabillèrent de concert. Elle fit glisser le slip de son compagnon, le membre était tendu et empêtré dans le tissu. Quand elle le libéra, frôlant le raphé, il ne put réprimer un tressaillement qui fit balancer lentement son sexe érigé.

Il voulut se saisir de ses seins. Elle refusa : « pas maintenant, ne bouges pas, ne me touches pas, laisse-moi te caresser.

Le flacon d’huile parfumée en main, elle était tout entière dans l’adoration de la chair vivante. Elle appréciait beaucoup qu’il se laisse faire tout en réfrénant ses pulsions. Elle aimait cette volonté puissante, cette maîtrise de lui, si différentes de celles des autres hommes qu’elle avait connus. Ces hommes qui ne voulaient que se jeter sur elle pour dévorer sa chair en omettant les délices de la dégustation lente et sensuelle. Elle savourait pleinement cette lutte en lui pour elle. Elle pensait : « je peux humer ton odeur de proie, je sens ton désir, effluence de cannelle et de fumet hircin ».

Allongé sur le plaid moelleux qu’elle avait étalé au sol, il suivait les cyprès aux ramures fastigiées, puis il saisit l’éclat des étoiles qui baignait leurs corps d’une lumière d’éternité dans cette nuit tutélaire. Il sentit tout à coup le baiser du fluide odorant s’épancher sur son torse traçant une mince rigole capricieuse s’amassant en un petit lac sur son nombril. Elle étalait le liquide soigneusement, avec des gestes lents, longs et appuyés. Elle lui massait les épaules et la nuque décontractant les muscles un à un. Elle accompagnait ces mouvements d’un regard attentif et gourmand. Elle palpait la chair ferme du ventre et des flancs, ralentissant, musardant parfois pour effleurer du doigt les endroits où la peau est si tendre provoquant un léger tressaillement qui la ravissait secrètement.

Le parfum oriental de santal et de magnolia engourdissait sa pensée et exaltait ses sens. Elle appliquait maintenant le liquide sur les jambes de l’homme et sur ses cuisses, s’attardant sur les faces internes. Les pressions et les relâchés dessinaient quelques mystérieux signes cabalistiques voués au désir et dont elle seule avait la connaissance innée. Souplement comme Bastet, elle était à quatre pattes regardant l’objet de ses attentions félines. Elle adoptait de façon faussement ingénue des postures d’une délicieuse indécence.

En se baissant, elle fit glisser tout doucement la chair tendre des aréoles de ses seins contre le buste de l’homme s’enduisant à son contact d’onguent odorant. Il arqua la tête en arrière, avançant sa poitrine tout en approchant légèrement le pubis pour mieux sentir la caresse des doux halos. Il pouvait sentir le chemin de leurs épicentres comme des baisers muets sur son ventre, comme une myriade de perles de feux. Elle l’embrassa.

Les reins de la nouvelle prêtresse étaient merveilleusement cambrés, relevant ses fesses rondes et charnues en direction de la lune, telle une païenne. Elle était là, se frictionnant à son corps, se balançant, offrant le spectacle divinement impudique de ses formes pleines de promesses. Comment ne pas glorifier la déesse pour ce spectacle exquis ?

A chaque effleurement de ses tétons, le petit obélisque se dressait pour aller à la rencontre de sa gorge voluptueuse. A l’aide d’un léger mouvement des reins, électrisé par ces caresses sensuelles, il s’enfonçait parfois un court instant dans un hémisphère tendre. Ce badinage lui plaisait délicieusement et l’exaspérait en même temps. Il aurait voulu que sa maîtresse le prenne avec ses mains ou dans sa bouche. Il tremblait.

Devant la supplique muette des mouvements de son corps, elle s’empara de la hampe du pavillon qui faisait ses délices. Elle faisait coulisser en avant la mentule adorée entre ses deux mains pleines d’huiles comme pour le traire. Elle l’oignait comme les anciens enduisaient les pierres sacrées de lait ou de sang. Elle enserrait la base du thyrse avec ses doigts. Ses caresses comme des incantations magiques, tendaient et faisaient palpiter la lourde amulette. « O mon ancre, mon jeune bouc, ma proie délicieuse, je vais te rendre fou, je briserai ton âme pour le sacrifice. » Sa voix était altérée par l’exaltation et le désir. L’amulette montrait la direction du Ciel.

Par une étrange magie, il sentait que son sexe charmé par les sortilèges d’amour, bien que près d’exploser, s’arborait et s’élançait comme s’il voulait se détacher de son corps. Elle se sentait affaiblie par la risée qui mordait. Aux frissons de l’ondée répondait la fertile écume. Elle savait qu’il serait, le menhir turgide du sous bois, l’orfèvre de son or, qu’il la battrait et la martèlerait. Son sang était enflammé par les souffles et les faibles râles de son amant. Elle était tenaillée par le désir de le mener bientôt à l’autel brûlant.

Elle approcha les lèvres humides de son sanctuaire vers le gland turgescent. Il faisait mouvoir sa tête tumescente de bas en haut tout le long de la ravine amie en séparant ainsi le sillon vermeil. Il se frottait en ouvrant la cuculle de la perle dilatée. Osant un pas à l’orée de ses moiteurs, pour aussitôt refluer, pour revenir encore et encore, tel le ressac dévorant les berges de son île. Elle éprouvait une jouissance qui est l’incision de la chair mouillée.

Ne pouvant plus tenir, elle s’empala violemment parcourant toute la longueur du bélier têtu. Un cri s’échappa, leurs yeux s’ouvrirent devant l’étonnement du plaisir. Elle se laissait envahir comme une terre ouverte à la mer. Elle était accroupie sur sa monture, elle ondulait faisant osciller son échine. Elle s’abaissait sur lui jusqu’à la garde des bourses qui venaient frapper son périnée. Elle se soulevait jusqu’au sommet du boutoir à l’orée de son huis pour esquisser encore et encore ces va et vient crucifiants.

En se relevant, elle serrait le membre viril avec ses muscles secrets. Elle le scrutait d’un regard pénétrant, avide de s’abreuver de l’effet produit. Elle disait « je te suce, je te suce ! ». Quand elle redescendait, elle s’ouvrait, s’écartelait, elle s’offrait sans pudeur. Il s’enfonçait en elle au plus profond. Tantôt il se sentait comme dans un fourreau chaud et étroit, tantôt il était baigné dans les laves de son brasier. Elle le tétait par son vagin, essayant de l’aspirer plus loin encore à l’intérieur d’elle.

Il lui avait pris la main serrant ses doigts. Par leurs yeux, par la joie lubrique des mouvements de la chair, leurs esprits étaient mêlés. Elle coulait et coulait encore, débordait, l’inondait ! C’était trop, il n’en pouvait plus. Elle sentait le pubis et la toison de l’homme contre son capuchon. Ils étaient moites d’ivresse et de luxure. La sueur se mélangeait à la salive de ses belles lèvres se faufilant jusqu'à l’intérieur de ses fesses. Elle ruisselait, fontaine magique aux tièdes éclaboussures.

Elle avait l’impression en serrant ses cuisses sur le corps glissant de son amant de se frotter à un immense pénis luisant. Comme si le corps entier de l’homme était devenu son sexe !

Elle devint totalement déchaînée, folle dans son délire érotique. Elle sut qu’elle n’était qu’un feu chaud et violent qui criait. Elle était la fluidité de ses flammes. Un nuage passa devant ses yeux évaporés. Elle s’ouvrait sur lui descendant et montant violemment plusieurs fois. Il ne respirait plus, son cœur cognait dans sa poitrine.

Cette course frénétique avait drainé toutes les énergies de son corps. Il serrait les dents, Il sentait le grondement de la tempête qui couvait et cela semblait s’amplifier sans fin. Sous cette acmé infinie, ils crièrent. Elle accéléra ses mouvements, agrippée à lui et lui mordit l’épaule. Il crut un instant qu’il allait voir enfin la délivrance, il allait exploser, quand elle l’étreignit de ses muscles cachés empêchant sa jouissance incandescente de déferler. Son orgasme était suspendu dans l’éternité.