Fugacités

Une saga de Doux Rêveur - 2 épisode(s)

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Épisode 1 : Fragrances

Les portes s'ouvrent. Je monte dans la rame. Épreuve perpétuelle. Ma canne tente de détecter les obstacles, mais à cette heure bondée... J'avance, essayant d'éviter les corps. Ma main libre erre, en l'air, à la recherche de la barre salvatrice tandis que résonne la sirène du départ. Soudain, ta main sur mon avant-bras. Fine, légère, une main de femme. J'entends ta voix. « Par ici monsieur ». Voix grave, alto dirais-je, mais belle et bien féminine. Timbre vibrant légèrement, tu l'éclaircis discrètement. Etait-ce de l'émotion ?

Ta main, furtive, m'indique la direction puis s'enfuit. « Il y a une barre juste devant ». Au son, je te devine face à moi. Ma main accroche à ma gauche l'une des barres verticales au centre de la rame.

- Merci, c'est très gentil à vous.

- De rien monsieur c'est normal.

Oui, tu es là, juste en face de moi. Ta voix est douce. J'aime ce timbre grave et chaud. En quelques mots, un effleurement, toute ta gentillesse.

Nouvel arrêt. Champs-Elysées. Des corps entrent. Ils nous bousculent. Tu m'effleures à peine. « Pardon ». Ta voix, à nouveau. Oh, faites qu'elle me parle encore !

Tu es là. A quelques centimètres. Nous ne nous touchons pas mais je te pressens. Plus petite que moi, ma tête surplombe la tienne. Des corps bougent, et nous rapprochent. Nos poitrines se frôlent, reculent, émues de ce contact impromptu. Soudain, je la distingue. Ton odeur. Ta chaleur. Elle monte à mes narines. A travers la masse nauséeuse, tu es là. Ce fin filet de fraîcheur. Cette douceur suave : le parfum de ta voix. Il m'entraîne. Je me penche légèrement. Je sens ton corps juste sous mon cou. Ton arôme m'envahit.

Parfums de femme. Coco. Le lait sur ta peau. Pêche si légère. L’onguent de ta chevelure. Bergamote, jasmin, muguet. Ta précieuse essence subtilement épandue. Je les sens tous. Ils m'enveloppent. Mon corps recourbé t’encapsule. Bulle de femme dans mon matin triste. Je sens ton corps m'approcher encore. J'espère la panne. Mais non, le métro roule. S'arrête. Combien de stations ? Quelle importance, tu es là. Ton bouquet tout contre moi. Ton souffle léger qui s'échappe dans mon cou. Je le sens ému, légèrement retenu. Tu es jeune. J’en suis sûr maintenant. Cette voix, hésitante mais si pure. Cette main alerte. Ces parfums d'été. Pas ceux d'une jeune fille cependant, oh non. Cette légère pointe musquée, c’est de la maturité. Jeune femme, tu t’en vas travailler.

Nous sommes si proches. Toutes tes vibrations dans la fine lame d'air, entre nos corps, je les ressens. Ton cœur qui bat fort. Ta bouche qui déglutit. Ta chaleur contre la mienne. Je te respire à pleins poumons.

Ton corps. J’en perçois la finesse, la joliesse. A travers les effluves, et malgré tes efforts, j’en découvre les exhalaisons cachées. Furtives échappées de sueur. Rien n'échappe à mon nez. Ta peau nue, là, si proche, sous ces millimètres de tissus ajourés. Peau de femme, douce et raffinée, qui s’évapore dans la touffeur métropolitaine. Je la caresse, je la parcours. L'odeur de ton cou parfumé. Celle plus pure de tes seins si soignés. Seins parfaits que tu hydrates au matin. Seins bien présents mais raisonnables, tu es si proche et ils ne me touchent pas. L’odeur de tes bras, puissamment mélangée, ici et par là. Ton buste est si menu ! J'emplis mes poumons, encore et encore. Tu m'envahis. Ta chaleur, ces perles sur ta peau, qui te trahissent et me subjuguent. Je te devine.

Cette note plus poivrée, plus boisée, j'ai failli la manquer ! Elle est là, je ne la lâche plus, elle me submerge, elle me transporte… Ton odeur de femme. Ton arôme le plus secret… Senteur profonde. Enfouie. Cachée. A travers tes voiles humides, chargée de son voyage, elle me parvient. Elle me parle. Elle me raconte. Ta peau si douce, à présent électrique. Tes chairs moelleuses. Les frissons des duvets réchappés de la cire. Elle est là. Elle enfle. Je la suis. Elle m'emporte, là, sur ta joue, dans ton cou, entre tes seins tendus, sur ton ventre accueillant… Elle m'attire, là-bas, tout en bas, à travers ta toison soignée, elle me glisse, entre tes cuisses, sur ce bouton enflé, et ces tendres sillons, tout juste irrigués de ton flux puissamment parfumé…

Je te vois. Je te sens. Tu es là. Sous ma bouche. Sous mon nez. Entre mes mains. Je te tiens, je te prends. Mon membre dressé. Tu le saisis. Tu le chevauches. Tu as le parfum de la liberté. Je m’abandonne à tes désirs. Tes fragrances m’étourdissent, follement multipliées. Ton sexe mêlé au mien. Nos humeurs partagées. Nos écumes échangées. Et ma joie, qui t'inonde. Et ton cœur qui chavire. Et nos cris qui nous percent.

Soudain, ta douce voix grave dans ma bulle embaumée :

- Je descends à la prochaine station. Et vous ?

- Non, je vais au terminus.

- Ça ira avec tout ce monde ?

- Oui oui ne vous inquiétez pas. Merci beaucoup mademoiselle. Vous êtes gentille.

- Bonne journée monsieur. Au revoir. A bientôt peut-être.

- A bientôt.

A bientôt… ma beauté.

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