Go Down Under

Une saga de VonErato - 8 épisode(s)

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Épisode 8 : Complicité (Partie 4)

Ces deux chapitres devaient en être qu'un seul, mais ça faisait une lecture très longue donc on m'a conseillé de couper en deux x) Voilà voilà, bonne lecture ;) Le prochain chapitre est en cours.

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Le lendemain, nos valises passèrent d’un Pullman au Grand Hôtel (à ne pas confondre avec le Star Grand Hotel). Deux cent dollars de différence. La chambre était beaucoup plus simple au niveau de la décoration et du style. Bon ces dessus de lits à grosses fleurs rouges sur fond jaune était un peu kitch et faisait mal à la rétine, mais peu importe. Tant qu’on dort bien...

La suite de notre périple se déroula à l’Aquarium. On estime qu’il contient treize mille animaux. Il est composé d’espaces à thèmes, à savoir un espace pour les crocodiles, un pour les hippocampes, un autre pour les poissons venimeux dont l’extérieur était décoré de racines comme si on était sous des sortes de palétuviers, un autre pour les tortues. Mais la principale curiosité de cet aquarium restait le coin aux requins. En empruntant un tunnel au fond pour les visiteurs, on les observe sous tous les angles, par en dessous, par-dessus, à côté de vous. Amber avait presque sursauté en voyant un requin blanc nager dans sa direction. J’avais pas résisté à l'envie de fredonner le thème de Jaws près de son oreille.

— Dit moi, pourquoi les requins attaquent l’Homme?

— C’est par erreur ma grande. Je t’explique, les surfeurs sont attaqués parce qu’ils sont confondus avec des phoques et autres animaux dont se nourrissent les requins. Ils voient très mal et le temps qu’ils comprennent que c’est pas un dauphin...ben ils t’ont arraché une jambe. Y a aussi les morsures de défense si tu as le malheur de venir sur son territoire. Les attaques restent rares et on estime que les chiens font plus de victimes dans le monde que les requins.

— Et pourtant les dents de la mer le vendent bien comme un tueur

— Tout comme Shark Attack, Sharknado etc… C’est même devenu un sous genre du Natural Horror. Autrement dit, la faune et la flore anormalement agressives envers l’humain. Tiens ça me fait penser que j’ai trouvé le dernier Sharktopus qui est sorti en 2015. Sharktopus vs Whalewolf. Est-ce que dans le titre tu ne sens pas comme un avertissement du style “ça va être totalement con mais tu vas te marrer”?

— C’est ça qu’on appelle un nanar?

— Exactement.

Elle leva la tête pour regarder un deuxième requin passer au-dessus de nous. Offrant la vue de son poitrail blanc.

— Ce sont lesquels les plus agressifs?

— Requin bouledogue qui est très courant ici, requin tigre réputé pour avaler tout ce qui passe à portée de bouche, requin bleu, requin marteau qui attaque plus par défense. Mais si le requin attaque l’homme pour se défendre, l’homme l’attaque pour faire de la soupe d’aileron.

J’avais vu trop de documentaires sur ce type de commerce où les ailerons sont coupés à vif avant qu’on rejette l’animal balafré dans la mer pour qu’il se vide de son sang. Tout ça pour faire des soupes…

La suite du séjour se passa à China Town. A croire que toutes les grandes villes du monde disposent de leur quartier chinois. Et tous se ressemblent. Des boutiques de vêtements typiques, d’autres qui proposent de la musique (avec l’explosion de la K-Pop, y a un fillon à prendre) ou des K-dramas, des cafés, des restaurants, des supermarchés avec des produits importés.

Assis sur un banc, nous dégustions chacun une barquette de nems. Les miens étaient à la crevette et ceux d’Amber au poulet. C’est gras, c’est brûlant au milieu, mais bon sang que c’est bon… Et j’ai toujours bien aimé la street food. Être sur un banc et manger sur le pouce.

— Tu veux goûter? Me demanda la miss en me tendant son nem couvert de sauce aigre douce.

Je pris une bonne bouchée avant de lui rendre la pareille. Devais-je voir quelque chose dans la façon qu’elle a eu de mettre mon nem dans sa bouche?...Ah Gill ça suffit! T’es pas dans un film de Dorcel ni une New Romance mielleuse (quoi que…)! Arrête ta fixette sur Amber et les objets phalliques, et mange tes putains de nems, ça va être froid!

— Celui qui a crée les nems, faudrait lui faire un monument. D’ailleurs, il me semble que c’est même pas chinois les nems.

—Non Amber, c’est vietnamien.

— Alors pourquoi appeler ces quartiers China Town et non pas...je sais pas...Asian Town?

— Peut-être parce que les chinois sont trop puissants, haha!! Ils sont partout et sont très doués pour le buisness. Je parie qu’ils sont presque tous les restos soit disant japonais du coin. Je suis sur que si je balance une insulte en chinois tout le personnel va réagir.

— T’en connais?

Cao ni zuzong shiba dai

Apparemment j’ai du le dire un peu fort, vu que pas mal de passant m’ont soudainement fixé comme si j’avais bouffé leur enfant avec du ketchup.

— C’est qui veut dire?

— Encule tes ancêtres sur dix huit générations.

Elle eut un tel fou rire qu’elle en recracha son bout de nem prémâché.

— Pourquoi dix-huit? En Occident on dit sept non?

— Dix-huit parce que les chinois font toujours mieux que les autres.

Lors d’une balade dans l'après-midi, Amber remarqua de curieuses créatures légèrement habillées malgré les températures et qui restaient sur place en fixant la foule. Certains contre un mur, d’autres sur les bancs, d’autres simplement au milieu de la foule.

— Elles ne travaillent pas de nuit?

— Certaines bossent le jour. La prostitution est autorisée donc elles font ça à la vue de tous. Par contre, les réseaux sont interdits. Malheureusement des gamines venues des Philippines tombent dans les pièges des mafieux. Elles pensent faire du mannequinat et lorsqu’elles comprennent qu’elles vont être obligées de faire le tapin, le piège est déjà refermé. Par contre, celles qui font ça de leur plein gré… je sais pas quoi en penser.

— C’est un métier que tu ne fais pas par choix je pense…

— C’est sûr, j’ai jamais vu une gamine dire “plus tard je veux être une prostituée”. Quand t’es en galère de fric, tu vas vers le plus simple. Après y a la question de t’objectifier contre de l’argent. Au final je n’ai aucun avis là dessus. Je ne juge pas. Tant que la personne sait ce qu’elle fait en connaissant les risques…

Je regardais ces filles. Sur chacune je me demandais “réseau ou plein gré”? Je chassais mes pensées pessimistes sur l’objectification du corps de la femme (de tout âge…). Je préférais profiter du moment avec ma protégée. Cette dernière mordait à belles dents dans un baozi encore chaud.

Soudain son regard fut alpagué par la devanture d’une boutique qui proposait autant de pâtisseries que de produits alimentaires japonais. Elle fourra son dernier bout dans sa bouche et me fit signe de la suivre.

— On se prends quelques trucs pour grignoter ce soir?

— Ah ben si tu veux.

Quelques trucs… J’ai cru qu’elle allait dévaliser la boutique. Gâteaux moelleux au thé matcha, limonades, chips, biscuits, bières… Le tote bag allait déborder ou craquer sous le poids, c’est pas possible…

Elle vida le sac sur son lit une fois dans notre chambre. Je pris les boissons pour les mettre sur mon lit.

— Alors? On commence par quoi? Demanda-t-elle

— Les trucs salés, ça nous fera un apéritif.

Elle prit le premier paquet au hasard. Apparemment c’était des soufflés gout poulet frit… Mouais, ils avaient de poulet que le terme sur le paquet. Ca me faisait plus penser à de la sauce au miel. Cette espèce de sauce barbecue américaine blindée de miel.

— On dirait des céréales au miel!! Lança Amber

— Je dirais plutôt de la sauce barbecue au miel…

S’en suivi un paquet dont l’odeur me faisait penser à la nourriture pour poissons. Ces soufflés n’avaient strictement aucun gout…

Je pris peur devant un roulé soufflé qui avait une forte odeur de poisson. Pourtant l’emballage montrait un petit fantôme tout mignon.

Dès lors où le goût se propagea dans ma bouche, je fixa Amber qui eut la même réaction que moi.

— Ah c’est dégueu!!

Fuck...Amber, va nous chercher un truc pour nous rincer la bouche.

La limonade goût melon passa très bien. On enchaîna avec des feuilles d’algues sèches qui n’avaient strictement aucun intérêt.

— Ils sont forts ces japonais. Ils te font un packaging super mignon pour te vendre des trucs, au mieux sympas, au pire dégueulasses.

— C’est ce qu’on appelle le marketing. En plus ce pays c’est le temple des trucs kawaii.

En guise de touche alcoolisée on prit une bière blonde qui n’avait rien d'extraordinaire mais qui passait bien.

Le repas se résuma à une simple salade composée dans la grande salle de l'hôtel avant de revenir à nos achats. Cette grosse part de gâteau moelleux vert pomme m’intriguait.

— Je m’attendais à un goût de matcha plus prononcé.

— Moi aussi.

Ensuite ce furent des petits biscuits en forme de koala gout cheesecake fraise pas dégeus, des petits champignons au chocolat super bons, des KitKat gout...champagne et fraise (non non je déconne pas) qui avaient un goût vraiment spécial. On sentait bien le champagne à la fin. Des mochis au matcha bien riches en goût, ça compense le gâteau du début. Des bonbons durs gout chocolat et banane...vraiment pas bons et écoeurants.

— Faut pas le manger ce truc… Lança ma protégée

— Faut pas l’acheter, faut pas le vendre, faut pas le créer! Comme le soufflé au poisson.

Une nouvelle limonade nous rinça la bouche. En mordant dans un bonbon à la forme d’un bâton d’encens, je compris pourquoi il y avait un Pikachu sur l’emballage. C’était d’un acide...à vous faire fondre la langue!

— Bon ben… nous avons fait le tour. Alors Gill, verdict?

— Beaucoup de trucs spéciaux. Déjà ce roulé soufflé au poisson, plus jamais. Mais ces biscuits japonais sont souvent ultra soufflés, et ça perd en goût. Ces bonbons à la banane, j’aime pas du tout. Par contre, ces champignons chocolat, j’adore. Les boissons, ben ça va quoi, ni plus ni moins. Assez déçu par le gâteau moelleux mais les mochis sont super bons. Les biscuits au champagne sont vraiment spéciaux. Ça m'emballe pas plus que ça.

— La même. Ces biscuits champagne/fraise, je veux bien les finir et je te laisse les champis au chocolat.

La soirée se déroula tranquillement devant une énième rediffusion du premier opus de Crocodile Dundee. Une soirée film/grignotage comme on en avait pas fait depuis un moment. Je retrouvais ce bonheur presque enfantin de regarder quelque chose de marrant en mangeant des cochonneries, et en bonne compagnie en plus.

Après une longue nuit de sommeil, nous passâmes la matinée à l’Art Gallery NSW. Elle proposait une mise en avant très importante de l’art aborigène ainsi qu’une galerie consacrée aux artistes européens. Jusqu’à l’art contemporain.

En arrivant dans une salle dédiée au mouvement dadaïste, nous vîmes un groupe de personnes s’extasier devant...une simple chaise. Mon dieu mais comment peut-on vendre ça comme de l’art. Une simple pissotière retournée et tous les bourgeois en manque de sensations vont hurler au génie. Quelle insulte pour nos grands artistes…

Oui je sais que les goûts sont dans la nature...mais faut pas exagérer!! Moi je vais chier dans des boîtes de conserve et les vendre trente mille dollars pièce et je vais faire passer ça pour de l’art. Comment ça, ça a déjà été fait?...

C’est alors qu’un gardien leur demanda de bien vouloir se pousser de sa chaise. On fut pris d’un fou rire incontrôlé. Heureusement que j’étais allé aux toilettes avant.

— Dans le cul les bobos!! Lança Amber.

— Les ravages de la glorification du néant, haha!

— Je suis sûre que si je me roule par terre en disant des mots au pif je suis sure qu’ils vont dire que c’est dénonciateur.

— Ou alors on se tient la main en dansant comme des gamins.

Elle me fixait comme pour me mettre au défi. J’ose?

Si vous aviez vu la tête des gens dans la salle où nous nous sommes donnés en spectacles… Nous avions lancé des mots comme “mondialisation” “capitalisme” “Apple” “cheval” “singe” “dollar” sous forme de comptine au rythme enfantin en nous tenant les mains en sautant et tournant. Dans une salle d’art contemporain, nous avons eu des applaudissements. Il y a même des personnes qui sont venus nous voir pour nous féliciter de notre prestation tellement dénonciatrice des abus de toutes sortes.

Une femme habillée comme si elle allait à la City nous demanda notre nom de duo. Amber lança un simple:

— Nous avons un nom qui change tout le temps. Donner un nom fixe c’est s’enfermer dans un carcan qui est un barrage à l’expression onanique de l’exégèse de notre créativité.

Et nous repartîmes main dans la main en sautillant dans les salles jusqu’à disparaître de leur champ de vision.

Y a pas à dire, cette enfant était une véritable boule d’énergie, un vrai rayon de soleil. Elle riait à en pleurer.

— Comment on les a bananés!!

— Comment tu m’as trop fait rire avec tes mots savants.

— Merci, je sais pas ce que ça veut dire! A part l'onanisme.

— Coquine va...

La suite se passa au zoo. Amber fut d’ailleurs choquée de la brutalité des koalas quand le mâle est en période de rut. Il était réputé pour harceler la femelle jusqu’à ce qu’elle cède.

— Ça me rappelle mon ex…

— C’est à dire, sweety?

— Oh, rien...rien, c’est du passé.

Jusqu’à ce qu’on aille se poser dans un petit bar, je remarquais que sa mine s’était assombrie. Je savais qu’elle avait eu un petit ami avant de venir et que ça s’était brutalement fini. Mais elle ne m’avait jamais donné de détails. Celà dit, je n’avais pas cherché à en savoir plus.

Euh...elle venait de passer de la bière un peu forte au Sex on the beach là… Bière puis vodka sans éponger? Oulà…

— Disons que ça m’a rappelé mon ex car il faisait exactement comme le koala mâle. S’il te plait, j’ai envie… S’il te plaît mon amour, je t’aime… S’il te plaît, ça fait longtemps… S’il te plaît, j’ai passé une mauvaise semaine… S'il te plaît, je suis malheureux et ton corps est ma seule source de bonheur…

L’alcool semblait lui délier la langue.

— C’était pas une mauvaise personne, il a pas eu une enfance simple. Pour te résumer, Il avait une vilaine cicatrice sur le visage. Une brûlure due à un accident. Sa mère a eu un mauvais geste alors qu’il jouait dans ses pattes dans la cuisine...elle a renversé la friteuse sur lui...Il avait trois ans. Ca lui a brûlé la moitié du visage. Résultat, tout le monde se moquait de lui, depuis toujours. Sa mère était du genre à le surprotéger, son père au contraire le poussait à “être un homme”. Il n'était pas méchant, mais il se complaisait à se victimiser. Et moi j’avais l’impression que je devais tout le temps l’aider. J’avais l’impression de me sentir exister en épaulant les gens qui souffrent. J’avais toujours ce besoin de s'allier à des personnes qui allaient mal, j’arrivais pas à dire non, l’image que j’avais de moi même variait en fonction de la capacité que j’avais à aider les autres...

— Ça n'a pas un nom ça?

— Syndrome de l’infirmière oui. Je me mettais en quatre pour lui, pour le rendre heureux, et je me rends compte avec du recul que j’en ai fais beaucoup plus pour lui que ce que lui a fait pour moi. Certes, il était dépressif, mais j’ai tout fais pour l’aider, même lui donner des numéros de psychologues. Mais rien à faire! Rien!...

Elle avala une dernière gorgée.

—… Même le sexe je me forçais, pour lui! Des soirs où il avait envie mais pas moi, je me forçais parce que sinon je culpabilisais de lui refuser même ça.

J’en avais les yeux grands ouverts. Je ne connaissais pas ce gamin, mais à travers les mots de la miss, je devinais un espèce d’attention whore qui se complaisait dans sa déprime et qui l’utilisait pour attirer la pitié. J’avais vécu pareille situation, et je ne ressentais pas ce besoin d’avoir les regards sur moi. Au contraire, je voulais qu’on m’oublie…

— Quand je lui trouvais des annonces d’emploi, il me disait qu’il allait postuler, et après il me disait “gna gna de toutes façons on me répondra jamais” et autres “gneu gneu je suis trop nul”. A un moment j'ai fini par me remettre en question et j’ai compris que j’étais aussi une partie du problème dans cette relation. Et bizarrement, il avait du mal à accepter que je sois moins “aux petits soins''. Mais j'ai compris comment il fonctionnait le jour où je lui ai posé un ultimatum. Ou il acceptait de se faire suivre pour devenir une meilleure personne, ou je le quittais. J'espérais un “oui je vais me soigner pour aller mieux et qu’on prenne un nouveau départ pour un avenir plus sûr"...mais j’ai eu droit à un discours culpabilisant comme quoi je l’abandonnais. Faut dire aussi que son père n’avait pas son pareil pour lui en mettre dans la gueule. Quand je suis partie il lui a dit que j’avais bien fais et que je meritais mieux que, je cite, cette grosse larve incapable. Oui, son père faisait partie de ces personnes persuadées que la déprime/dépression est une question de volonté.

— Cette idée reçue a la vie dure…

— Oui. Mais j’ai tout fais pour l’aider… Je me sentais presque vampirisée… Même quand j’avais des projets il me tirait vers le bas. Ou alors il m’encourageait, mais sans grande conviction.

Je voyais ses yeux devenir rouges. Elle allait pleurer, je le sentais. Je lui fais un petit signe pour qu’elle s’assoit sur la banquette à côté de moi. Je passais doucement un bras autour de ses épaules et la cajolais tendrement.

— Comment j’ai pu m’écraser comme ça…

— On fait tous des conneries ma grande. Je pense exactement pareil quand je pense à mon mariage. Mais dit toi qu’on est pas objectif quand on est amoureux. T’as cru bien faire, c’est tout. Puis faut voir comment on banalise la dynamique femme infirmière/homme toxique dans les romans… Toi au moins t’as eu le courage de vouloir te sortir de ces patterns, comme dit ma psy.

Patterns?

— Un pattern en psychologie c’est une émotion ressentie dans une situation donnée.

— Ah d’accord.

— Regarde nous, tous les deux on s’est sortis de nos traits toxiques. Imagine ce que ça aurait pu donner… Un homme dans une dynamique de destruction et une femme infirmière prête à se détruire par amour… Cliché d’une dark romance comme ils en pondent chaque année et qu’on veut nous faire passer ça pour une relation normale.

— C’est pas faux…

J’essuyais ses joues mouillées de larmes.

— Ma psy me disait qu’il était impossible de nouer des relations saines si on n’est pas nous-mêmes sains dans notre tête.

— Oui…

— La vie n’est pas une New Romance, ma fille. Les relations toxiques ne sont pas normales, et elles sont à éviter à tout prix. Les hommes toxiques ne sont pas de pauvres petites choses à sauver, mais ne seront sauvés que s’ils le décident. Et les femmes valent mieux que d’être les potiches ou les défouloirs de ces mêmes hommes. Homme comme femme, on est apte à aimer sainement que si on s’aime avant tout.

— Tu as raison…

Je posais un petit billet en guise de pourboire et proposa à Amber d’aller prendre l’air. Dehors le vent soufflait un peu. Pour parler de façon poétique, j’esperais qu’il emporte les larmes de ma protégée. Je la sentais trembler contre mon bras.

— Tu veux qu’on rentre au chaud?

— Oui...S’il te plaît…

Pendant qu’elle prenait une douche, je lui ouvrais son lit. Elle s’enroula dans les draps moelleux. Je lui caressais doucement les cheveux, avec tendresse.

— Désolée...J’ai trop bu… J’ai du t’emmerder avec mes histoires.

— Mais non, pas du tout ma grande. T’as eu besoin de vider ton sac, c'est normal.

— J’ai quitté la Belgique sur un coup de tête. J’avais besoin de me reconstruire, et fuir son harcèlement. Il me suppliait de revenir. Mais mon WHV s’arrête dans quelques mois, je vais repartir en Belgique et retrouver ma vie…

Elle se mit à répéter en boucle:

— Je veux pas partir. Je veux pas partir.

Amber, sweety, calme toi…

Je m’abaissa à son niveau, genoux à terre, et la câlina tendrement.

—...si tu veux rester, restes. Tu sais très bien que ma maison est ouverte pour toi.

— Et si j’arrive pas à renouveler mon visa? On va me foutre dans l’avion à coup de pied au cul et…

Amber! Stay calm… Si tu veux rester, on fera tout ce qui faut pour ça. Déjà, tu vas cuver un peu, et boire de l’eau. Attends…

Heureusement que j’ai toujours une petite bouteille dans mon sac. Je la lui tendis et elle l’a but d’un trait.

— Tu me remercieras demain. Je t’épargne un gros mal de tête au réveil.

— Merci… T’es vraiment trop gentil. J’ai de la chance d’être tombée sur toi…

— Moi aussi Amber...J’ai de la chance de t’avoir connue… Aller, faut dormir maintenant. Demain on se fera une balade tranquille.

Je lui fis la surprise le lendemain matin en lui apportant un egg muffin d’un McDo situé à deux cent mètres de l'hôtel. Avec un jus d’orange et quelques pancakes. Ce petit ange émergeait avec difficulté. Mais je vis ses yeux pétiller en reconnaissant le sac marron clair.

— Comment tu te sens?

— J’ai l’estomac un peu en vrac…

— Mal à la tête?

— Non pas trop.

— Tant mieux. Aller, tu vas avaler ça, ça va te requinquer.

Je le regardais mordre à pleines dents dans son sandwich. De mon coté je m’étais pris un simple café avec deux pancakes, en plus de mes cachets.

Elle avait le regard baissé. J’avais l’impression qu’elle s’en voulait d’avoir laissé sa langue se délier hier soir.

— Ça va ma grande?

—...désolée pour hier…

— Désolée de quoi?

— D’être partie en live sur ma vie, mon ex, ma famille…

Je lui caressa tendrement le haut du crâne pour la rassurer.

— Tu n’as pas à t’excuser. T’as eu besoin de vider ton sac.

— Non mais j’étais tellement ridicule…

— Mais non, pas du tout. J’ai compris bien des choses sur toi et au final je me suis rendu compte qu’au niveau de la vie amoureuse on a traversé des situations semblables. Et qu’on a fait le choix de nous améliorer pour ne pas nous laisser couler. Puis, je vais te dire une chose, dès lors où tu commences à ne plus vouloir agir comme les autres voudraient que tu agisses, c’est toi qu’on va pointer du doigt. Tu as décidé de ne plus jouer les infirmières et essayé de pousser ton ex petit ami à remettre le pied à l’étrier, et il t’as fait culpabiliser. Le problème venait de lui. Il t’aurait vraiment aimé, il t’aurait encouragée dans tes projets, et il aurait accepté ton aide.

— C’est vrai… En plus, tu m’as dit une phrase qui va me rester. “Homme comme femme, on est apte à aimer sainement que si on s’aime avant tout.”

— C’est devenu ma maxime, en quelques sortes, depuis que j'ai quitté l'hôpital.

— On devrait l'écrire et l’encadrer quelque part chez toi.

— Bonne idée. Dès qu’on revient à Melbourne, on se crée une belle affiche avec une belle écriture et un joli cadre.

Son petit déjeuner englouti, ma jolie belge me dit qu’elle voulait reprendre une douche histoire d’être sur pieds. Je lui répondis que je descendais à la réception et que je l’attendrai.

Accoudé au bar, je pianotais sur mon téléphone. Alors voyons...Jake qui envoie des photos de ses enfants sur le groupe de discussion, Andy qui raconte une énième anecdote sur un client qui visite des sites...qu’on assume pas en public.

Comment ça dix pour cent de batterie? C’est quoi cette connerie? Feignasse d’Iphone!

Je remontais jusqu’à notre chambre pour aller chercher ma batterie nomade. Je tapotais doucement à la porte pour signaler à Amber que je revenais en coup de vent. C’est alors que j’entendis sa voix depuis la salle d’eau. J’ouvris doucement la porte… Pendant quelques secondes, je cru qu’elle gémissait de douleur, qu’elle avait glissé dans la douche ou que sais-je…

En fait, elle était loin de souffrir. Je devinais très bien ce qu’elle faisait…

La porte était entrouverte… Non Gill, ne fait pas ça… C’est son moment intime…

Mon oeil furtif capta son image en une demi seconde. Elle se frottait le dos du pommeau de douche (éteint bien sur) contre son entre cuisse et se faisait rouler un téton dur contre son pouce et son index. Cette vision était sublime. Son visage était en pleine extase.

Discrètement, je fouillais mon petit sac pour trouver cette bon Dieu de batterie. J’essayais de ne pas être perturbé par les sons d’Amber.

— Oh...Gill…

Attends attends attends...J’ai pas halluciné, elle a bien dit mon prénom…

Mais est-ce qu’elle divague, ou elle sait que je suis là et elle m’appelle?

Je restais sur place, sans bouger, sans dire un mot. Mon entre-jambe commençait à s’éveiller. Oh non c’est pas le moment! Déjà c’est un miracle qu’elle n'ait pas capté que je me sois soulagé lors d’une nuit dans la voiture…

Je l’entendais gémir mon prénom encore et encore. Histoire d’être sûr, je jetais un autre coup d’oeil furtif. Elle avait changé de position et était assise au sol, une main surtout de son petit bouton et l’autre avec deux doigts en elle. Ses yeux étaient clos et elle respirait de plus en plus vite.

Mon Dieu comme j’avais envie d’elle… Envie de ses lèvres, sa peau, ses courbes...

Vite, je pris ma batterie portable et sortit de la chambre. J’aurais l’air fin avec une érection en public… Aller mec, pense à des choses répugnantes. Une poubelle pleine sous quarante degrés, un cadavre véreux, mon ex femme...Ouf, c’est bon. Ma dignité et mon intégrité sont sauvées.

Environ dix minutes plus tard, Amber arriva enfin. Petit short en jean, legging noirs, baskets, tee shirt blanc et veste noire, maquillage léger… Une merveille!

— Désolée pour l’attente, je ne savais plus où j’avais mis mon téléphone. Me dit-elle.

— Ne t’en fais pas, t’as pas à te justifier.

Je lui souriais. Apparemment, elle ignorait que je l’avais surprise sans le vouloir. Et c’était pas plus mal. Je ne voulais pas la mettre mal à l’aise en lui disant “Au fait, je t’ai vu en train de te toucher en pensant à moi. Tu me fais le même effet…”. Et puis quand bien même elle ne serait pas gênée et qu’il se passe un truc entre nous, ça va apporter quoi? Elle part des quelques mois, je vais souffrir de cette séparation, et je veux pas replonger. Oui vous allez me dire “Elle veut pas partir, crétin”, déjà c’est pas gentil “crétin”, et rien n'est officiel. Elle a dit ça en ayant pas mal bu. Ce à quoi vous me répondriez “t’as qu’à lui poser la question, imbécile”. Je vous prierai d’arrêter de m’insulter, merci!

— On va où au fait? Me demanda-t-elle.

Ah...Oui...Où on va au fait?...

— Euh...comme tu veux ma grande.

— On pourrait aller se poser à Bondi Beach.

— Ah tu veux faire Bondi Beach? On se fait un petit sac de plage et on y va.

Maillots déjà mis, bouteilles d’eau, papiers, argent, jeu de carte, crème solaire, chapeau, lunettes de soleil, enceinte nomade, sandwishs, biscuits, fruits… C’est parti.

Bondi Beach était réputée pour être une des plus belles plages du globe. Le réseau de transport l’avait bien compris et desservait ce coin. La plage était bondée mais on trouva une petite place. Derrière mes lunettes forme aviateur, mon regard glissait doucement sur le corps de ma protégée qui ôta ses vêtements pour dévoiler son bikini rouge et noir. Elle se tartinait généreusement le corps de crème solaire indice cinquante. Valait mieux être prudent avec le soleil ici, le cancer de la peau était la première cause de mortalité nationale.

— Tu veux bien m’en mettre dans le dos s’il te plait?

— Oui bien sûr.

La façon que j’avais de la lui étaler ressemblait plus à un massage. Elle ne manifestait aucun signe de désapprobation, bien au contraire. Elle semblait apprécier le contact de mes mains sur sa peau.

Elles passaient sur ses épaules, son dos, ses hanches… Je la sentais se détendre, s'apaiser…

Des images me revenaient comme un boomerang (pour un australien c’est un comble, haha…), je me voyais lui défaire les deux cordes qui tenaient son haut de bikini et passer mes mains sur ses petits seins presque inexistants, sentir ses tétons durcir sous mes doigts avant de passer sur son ventre, et glisser tendrement une main entre ses cuisses.

— Tu voudras que je t’en passe aussi?

— Hein? Euh oui, si tu veux

Elle avait les mains fines et douces. Elle me chatouillait à aller et venir sur mon dos et mes épaules.

— T’es chatouilleux toi

— Un peu

Elle fit exprès de titiller mes hanches. Je me cambrais par réflexe, comme un chat. Et elle recommença encore… Oh la garce!

— Tu vas voir toi…

Je lui rendais la monnaie de sa pièce. Certains nous regardaient avec amusement, d’autres agacés qu’on rigole un peu trop fort pour eux… J’emmerde ces gens là! Je passe du bon temps avec une personne que j’aime après une longue dépression, alors fuck off!

La gentillesse australienne n’était pas un mythe, et un groupe de personne accepta de garder un oeil sur nos affaires le temps qu’on aille se tremper un peu. L’eau était un poil fraiche mais c’était agréable. Amber avait un peu plus de mal à rentrer. Je lui tenais le poignet tout en jetant un oeil autour de nous pour éviter une mauvaise rencontre. Le contact avec une méduse est vite arrivé…

— Ah c’est froid quand on arrive au ventre

— Mouille toi un peu ça va t’aider

Au loin, on voyait les surfeurs aussi typiques que clichés dompter les vagues. Ah, ça me rappelle mes vingt ans… Les cours d’informatique suivis d’un petit tour à la plage où j’allais surfer avec mes potes. La période de l’insouciance…

— Attention la vague!

En une fraction de seconde, elle se jeta dans mes bras. Je la serra fermement et on prit le rouleau qui nous fit revenir sur nos pas. Amber toussa un peu.

— Ça va ma grande?

— J’ai avalé un peu d’eau, mais ça va. Bon, au moins on est rafraichit.

Les jours suivants, il était pas rare qu’on aille refaire trempette. Les temps sur la serviette était tué en jouant aux cartes ou à grignoter ce qui nous restait de snack japonais.

Le dernier soir, nous nous posâmes sur Harbour Bridge pour admirer une dernière fois l’opéra.

— Alors? Tu es contente de ces vacances?

— Oh oui, les plus belles vacances. Sydney est vraiment un super endroit et je comprends pourquoi toutes les personnes au pair se pressent pour y aller. Il y a tellement de choses à voir. J’en ai pris plein les yeux, c’était...j’ai pas les mots.

— Alors dans ce cas, je suis heureux. Je suis heureux d’avoir pu te permettre de découvrir la ville, de t’avoir offert ces vacances que t’as sacrifié pour rester à mes côtés. Je me répète, mais je te serais toujours reconnaissant. En tant qu’host dad, c’est moi qui doit te guider et te chapeauter au sein d’un pays que tu connais pas. Au final, tu m’as pas mal chapeauté aussi.

— Ce n’est pas l’host dad que j'ai aidé, mais l’homme, et l’ami. Oui, je ne te vois plus vraiment comme mon host dad, mais de plus en plus comme un ami. En tant qu’host dad, you’re the best! Et petit à petit, au fur et à mesure de notre séjour, j’ai commencé à voir l’ami que tu pouvais être. Le soutien que tu peux apporter, la gentillesse aussi, les bons conseils, la culture sans prendre les autres pour des ignares… Je suis heureuse d’avoir partagé ces vacances avec toi, et d'avoir vu qui se cachait sous le vernis de l’aussie host dad. You’re the best!!

Je vais chialer putain! Ses paroles me touchaient tellement. J’avais envie de la serrer fort contre moi et l’embrasser à pleine bouche. Mais je ne voulais pas gâcher le moment. Après tout, elle avait dit qu’elle me voyait comme un “ami”. Mais tant qu’elle était heureuse, je l’étais aussi. Ma joie, mon bonheur, et mon sourire, dépendaient des siens.

C’est pas ça être amoureux au final?

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