Go Down Under

Une saga de VonErato - 8 épisode(s)

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Épisode 3 : Des craintes justifiées

— Je pense que j’aurais dû les ménager un peu après leur avoir dit que je restais plus longtemps en Australie.

— Je pense que ça a fait un peu trop d’un coup. Ton expatriation est plus longue que prévu ET t’es en couple avec ton host dad. Ça fait un peu beaucoup d’un coup. Résumait Alex, un de mes collègues francophones issus du sud de la France.

— Ben écoute Alex, ma mère me demande comment ça va les amours. Je lui réponds…

— En même temps tu connais tes parents, leur réaction n’a pas dû t’étonner…

La journée en était qu’à sa moitié que j’avais déjà envie de me recoucher. J’avais passé la matinée à distribuer des CV dans tout le coin Richmond, à trois kilomètres du centre de Melbourne. J’avais fait le tour de toutes les pâtisseries, boutiques de vêtements ou de souvenirs, bref n’importe quelle boutique nécessitant une vendeuse. J’avais dû distribuer au moins une vingtaine de CV. J’avais noté des adresses sur un carnet que je rayais au fur et à mesure. Il était à peine midi et j’étais déjà claquée.

De plus, mon moral était assez bas. Non, rassurez-vous, avec Gill tout se passe bien. Juste qu’hier soir j’ai tout balancé à ma mère au détour d’une conversation WhatsApp. J’aurais peut-être dû uniquement lui dire que je comptais rester plus longtemps à Melbourne sans avouer ma relation. Au départ j’étais censée rentrer dans un mois, et là je lui annonçai que finalement je restais quelques années de plus. Certes mes parents sont hyper contents que l’expérience me plaise. Mais quand je leur ai dit que j’étais avec un homme qui a deux fois mon âge… là ça leur a fait un peu plus bizarre. De plus, ils savaient depuis ce road trop à Sydney qu’il sortait d’une dépression et s’imaginaient que j’étais une énième femme atteinte du syndrome de l’infirmière. Vous savez, ce genre de femmes qui va toujours vers des personnes en difficulté, malheureuses, impuissantes, etc…

Bon ok auparavant j’avais le chic pour endosser le rôle de la sauveuse dans mes relations passées, que ce soit amical ou amoureux. Mon ex était plan-plan, autrement dit il se complaisait à se plaindre de sa situation sans trop rien faire pour la changer. Il touchait les aides pour le chômage, moi je bossais comme vendeuse dans un magasin de vêtements bon marché. Quand je lui disais d’aller vers tel ou tel endroit qui cherchait quelqu’un dans ses cordes, il préférait pleurnicher et dire que « de toute façon ils ne me prendront pas ». Sans compter son père qui le traitait de paresseux. Sans doute existait-il d’autres moyens de motiver son enfant. Certes il n’avait aucune confiance en lui, mais trouver du travail l’aurait sûrement aidé. C’était aussi à cause de ça que je l’avais quitté — j’avais également compris mon syndrome de l’infirmière et j’avais réussi à me déconstruire pour avoir des relations plus saines. Sans grande surprise, il l’avait mal pris et m’avait supplié pour que je revienne en jouant les amoureux transits façon « sans toi je ne suis plus rien ». Il m’avait harcelé pendant des mois, ça avait été très dur aussi bien pour moi que pour mes parents. 

À l’époque, je nouais des sentiments amoureux parce que je voulais aider la personne. 

Mais là avec Gill s’était totalement différent. J’ai commencé à l’aimer quand il a commencé à aller mieux. Et ça, mes parents ne voulaient pas le croire. À leurs yeux, j’étais toujours l’archétype de la chanson « Les petits chapeaux » de Goldman. « Elle ramasse les paumés, tout c’qui traîne. Les vieux, les chats, dans l’tas y avait moi. Les plaies, les bosses, ceux qui saignent, elle aime » 

Agacée, j’avais fait l’erreur de crier à ma mère de brûler « ses putains de torchons féminins et d’arrêter de me voir comme une adolescente naïve qui veut aider tout le monde ». Le ton était vite monté. Mon père m’avait lancé un cinglant « Tu vas rendre ta mère malade avec tes conneries ». J’avais répliqué « Quelle connerie ? Celle de choisir d’être heureuse dans un pays que j’aime et aux côtés d’un homme qui n’a pas joué de sa maladie et qui est respectueux ? Si maman se rend malade à cause du bonheur de sa fille, le problème ne vient pas de cette dernière. » Et je leur avais conseillé d’aller consulter rapidement un thérapeute avant de leur souhaiter une bonne journée et raccrocher. Bien sûr, j’avais épargné à Gill cette scène. Je ne voulais pas qu’il culpabilise et qu’il se sente responsable de ce spectacle.

Et tout ce que je viens de dire, mes collègues expatriés francophones le savent. Ça évite de le répéter une nouvelle fois sous forme de dialogue. On va gagner du temps.

— Oui je savais bien que ça les choquerait un peu de me savoir en couple avec un quadra qui risque la rechute. Ce qui me gonfle là-dedans c’est qu’ils sont encore persuadés que j’ai encore mon syndrome de l’infirmière.

— Ne prends pas mal ce que je vais te dire, mais t’en es pas totalement débarrassée. Me lança Manon, une autre collègue venue de Paris, réputée pour être franche

— Je ne cherche plus les relations avec des hommes fragiles ou compliqués ou torturés

— Alors pourquoi t’es avec ton host dad ancien dépressif qui risque de rechuter à tout moment ?

— J’ai découvert qui il était hors syndrome dépressif. Tu crois quoi ? Que c’est sa manière de faire les nœuds coulants qui m’a séduite ?

— Tu peux quand même comprendre que tes parents aient pris peur et qu’ils soient inquiets

— Mais ils ont toujours peur ! Peur de tout et de rien !

— Estime-toi heureuse qu’ils t’aient laissée partir à plus de dix mille kilomètres

— Même à l’autre bout du monde ils arrivent à me gaver !

— Ils s’inquiètent pour leur fille, c’est normal.

— Oui d’accord, m…

Je fus coupée par mon portable qui se mit à vibrer dans ma poche. Je décrochais rapidement en espérant que ce soit un employeur qui accepte de me recevoir en entretien. Ce fut mon agence… Mon cœur se serra de stress. Je craignais le pire.

— Oui allô ?

— Ambre ?

— Oui.

Je reconnus la voix de la personne qui s’occupait de moi.

— On a reçu un mail de tes parents qui affirme que la personne qui t’as reçue serait problématique.

Putain… Ils ont osé…

Je tentai de garder mon calme. Je me levai pour éviter sur la terrasse profite de la conversation et alla dans une rue à côté.

— Problématique ? C’est-à-dire ?

— Il semblerait qu’il soit fragile psychologiquement

— Alors je vais mettre les choses au clair immédiatement. Certes mon host dad a fait une dépression, certes il a toujours un risque de rechute comme n’importe quelle personne qui a malheureusement vécu ça, mais sachez que ça n’a JAMAIS entravé ses missions. Jamais il n’en a joué ou utilisé sa maladie pour de mauvaises raisons. Il a pris la décision de se faire suivre, il a toujours suivi son traitement à la lettre, il a toujours été transparent envers moi et me faisait un compte rendu de ses séances thérapeutiques. Je peux comprendre que mes parents aient eu peur. J’ai tenté de leur expliquer, en vain. Et sachez que ce mail qu’ils vous ont envoyé me surprend.

— Oui, je comprends très bien. Mais comprends que si la situation n’est pas adaptée, notre rôle est de te placer dans une autre famille.

— Oui, naturellement. Mais je n’ai eu aucun problème de n’importe quel ordre avec mon host dad.

— Je vous crois. Mais je vais quand même contacter ton host dad pour savoir sa version.

— Et bien, contactez-le. Nous n’avons rien à cacher ni à nous reprocher.

Je lui souhaitai une bonne journée et raccrocha nerveusement. J’envoyai précipitamment un sms à Gill pour savoir où il était. J’appréhendais sa réaction…

Je revins m’assoir à table, toujours énervée, et avala ma limonade d’un trait.

— Ça va Ambre ? Me demanda Alex.

— Non ! Mes cons de parents ont tapé un scandale dans mon agence et ont raconté comme quoi mon host dad était problématique.

— Hé, parle mieux de tes parents ! Répondit Manon.

J’aimais sa franchise. Mais là, dans l’état d’énervement où j’étais, elle me gavait. Et elle était plus jeune que moi en plus. Pour qui elle se prenait à jouer les grandes ?

— Je m’en fous, ils ne peuvent pas m’entendre. Bon, je vais aller retrouver Gill on va aller s’expliquer à l’agence directement. Comme si j’avais que ça a foutre.

— En même temps je peux comprendre qu’ils veuillent être rassurés. Ce sont tes parents, c’est normal qu’ils aient pris peur.

Alex était beaucoup plus diplomate et philosophique. Mais là, je n’étais pas en état.

Je les excusai, me levai, leur souhaita une bonne journée et quittai le café rapidement. Je voulais être seule pour me calmer. Je marchais d’un pas lourd. Mes petits talons claquaient le sol. Mes yeux étaient au bord des larmes et me piquaient. Déjà que je m’étais empêtrée pour ce problème de visa il y a un petit moment, je n’allais pas ENCORE avoir des problèmes indépendants de ma volonté. Comme si je m’étais décidée un beau matin « tiens je vais tomber amoureuse de mon host dad qui sort tout juste de dépression ». 

Je n’en revenais toujours pas que mes parents aient pu contacter l’agence comme ça… Et cette manie d’avoir toujours peur de tout. De me considérer encore comme une personne naïve qui va tout donner au premier paumé venu et qui va s’autosaboter juste pour aider autrui… Ça, c’était le moi d’avant ! Je ne suis plus comme ça ! Et ils vont devoir le comprendre !

Non loin de là se trouvait la station où passait le train express pour Belgrave direction Boronia, à plus de trente kilomètres. L’agence était dans le coin. Je voulais aller les voir en live.

À peine j’étais dans le hall que je reçus un appel de Gill. 

— Oui mon chéri ?

— Dis-moi Amber, je viens de recevoir un appel de ton agence…

Sa voix avait perdu sa tendresse habituelle.

—...c’est quoi cette histoire de mail ? Tu as dit à tes parents pour nous deux ?

— Je leur ai dit pour le visa… et dans la conversation je leur ai avoué pour nous deux. Et ils ont pris peur…

— Forcément ! Tu t’attendais à quoi ? Host dad divorcé, ex-dépressif avec risque de rechute, tu pensais qu’ils allaient saluer ça avec un grand sourire ? Tu ne les connais pas tes parents ?

— Mais, mais… Ils ne peuvent rien faire. C’est à moi de prendre la décision.

— Je n’ai jamais précisé que j’étais dépressif quand je me suis inscrit ! Je voulais mettre toutes les chances de mon côté. Bon en même temps les agences sont peu regardantes tant que tu alignes les dollars. Je t’épargne les histoires sordides que j’ai entendues. À la limite on a la loi pour nous. Bon, t’es où ?

— A… A la station de Richmond. J’allais prendre le train pour Boronia pour aller les voir.

— J’avais la même idée. On se retrouve devant l’agence.

— J’en ai pour quarante-cinq minutes de transport. T’es où toi ?

— T’occupes. Je serai à Boronia dans trente minutes si ça roule bien.

— D’a… d’accord…

— Je te dis à tout à l’heure.

 — Je t’aime…

Il raccrocha. Sans me répondre. 

Le trajet fut très long. J’avais le casque sur les oreilles. La voix de Lana Del Rey pénétrait mes oreilles. Le paysage défilait devant moi. Des maisons victoriennes, d’autres en brique rouge, des bois verts pétillants. Le soleil brillait très haut. Il faisait horriblement chaud et la clim était en panne. J’aurais bien accueilli une gorgée d’eau glacée, mais ma gorge était trop nouée. Je sentais que Gill était fâché. Et je le comprenais. J’étais arrivée hier après le fameux coup de fil à mes parents l’air de rien. Je ne lui avais rien dit du tout. En même temps, je comprenais sa réaction. Ce genre de révélations n’était pas anodin.

Combien de je m’en voulais. J’avais pensé bien faire en imaginant que mes parents seraient juste choqués, mais qu’ils ne diraient rien pendant quelques jours le temps de digérer la nouvelle. Et que je pourrais profiter de ces jours pour dire à Gill que mes parents savent pour nous deux. Mais je ne m’attendais pas à un tel scandale, ni qu’ils envoient un message à l’agence. Et qu’elle appelle Gill. Tout ceci allait loin.

Une fois arrivée à la gare, je mis le GPS sur mon téléphone pour aller à l’agence. Gill m’avait envoyé un sms pour me dire qu’il y était déjà et qu’il m’attendait dedans, au frais.

Quand je pénétrai l’enceinte du bâtiment. Je le trouvai entrain de discuter avec la femme qui me suivait. Une grande perche d’au moins un mètre septante avec une queue de cheval brune. J’entendais ce qu’ils se disaient :

— Oui, j’assume mon erreur de ne pas avoir dit que j’étais toujours en pleine dépression. Mais comprenez deux choses. Premièrement je voulais faire une bonne action, faire découvrir l’Australie à une jeune personne au pair. Et deuxièmement, ma psychiatre, que je vois toujours, m’a affirmé et noté noir sur blanc dans mon dossier que j’étais psychologiquement apte à prendre en charge quelqu’un. Avant je n’aurais pas pu, mais au stade où j’en étais quand je lui ai parlé de ce projet, elle m’a estimé apte. Tenez regardez…

Il lui tendait un scan de son dossier qui était dans son téléphone.

Je m’approchais.

— Excusez-moi…

Ils se retournèrent vers moi.

— Ambre ?

— Oui c’est moi

— Bien. Je discutais avec ton host dad sur la situation. Suivez-moi…

Elle nous fit nous asseoir face à un bureau en open space.

— Bon, je ne vais pas y aller par quatre chemins. Vous, Gill, vous auriez dû signaler à l’agence que vous étiez sous suivi psychiatrique et nous montrer un dossier qui certifie bien que vous êtes apte à prendre une personne au pair à charge. Mais bon, vous avez fourni une preuve recevable que je vais ajouter à votre dossier. Toi, Ambre, il n’est pas de notre ressort de gérer les différends familiaux des personnes que nous prenons en charge.

— Oui je sais bien. Mais je ne savais pas qu’ils enverraient un message pour se plaindre.

— Je comprends très bien. Je vais donc leur envoyer un message pour dire que tout est en règle et que ton host dad est apte à te prendre en charge. Et je mets le dossier à jour.

J’étais soulagée…

— On peut y aller ? Demanda Gill.

— Oui oui c’est bon. Passez un bon après-midi.

— Vous aussi.

L’affaire fut réglée rapidement au final. J’avais un sourire léger. Aussi léger que la brise qui caressait mes cheveux une fois dehors.

L’idée de savoir que mes parents seraient remis à leur place par l’agence… Qu’ils se prennent en pleine face qu’ils ont eu une réaction démesurée… J’en riais nerveusement.

 — Ça te fait rire ?

Gill était toujours remonté. Un peu calmé depuis le coup de fil certes, mais sa voix était toujours tendue. Mon sourire s’effaça de suite.

— C’est nerveux…

— À ton avis, comment tu crois que je l’ai pris ce coup de fil soudain de l’agence alors que j’étais entrain de brancher le box internet/téléphone d’une dame de soixante-cinq ans qui s’était fait envoyer sur les roses par le SAV, et qui est en plus malentendante ?

— Ben… mal.

— Et le fait que j’apprenne que tu m’as caché la réaction de tes parents pour nous deux ?

—...mal

— Mal ? Ce n’est rien de le dire ! Ça s’est passé quand ?

— Hier après-midi. Après avoir déposé des CV dans le quartier.

— Tu es rentrée l’air de rien, tu m’as dit que ton après-midi s’était bien passé. Qu’il n’y avait rien de plus à raconter, etc… Je sentais bien qu’il y avait un truc qui te travaillait, et tu me disais que c’était « seulement » la fatigue. Comment veux-tu que notre couple marche si tu ne me dis pas les choses ? On va où là ?

— Je… je ne voulais pas que tu culpabilises ou que ça te mette mal, que ça plombe la soirée

— T’as raison. Il vaut mieux que je l’apprenne de la bouche d’une parfaite inconnue en plein travail plutôt que ce soit ma moitié qui vienne me voir et me dire honnêtement « écoute chéri il y a un problème, mes parents sont choqués de notre relation. Faut que tu les rassures »

— Mais ils auraient été fermés au dialogue.

— On aurait réglé ça ensemble en direct avec eux. Mais non, t’as préféré utiliser ta meilleure poker face et…

Son téléphone sonna. Il le prit et me dit :

— Je sais où j’en suis. Je te reprends.

Et décrocha :

— Oui allô ? Oui ? Votre PC est en mise à jour depuis hier soir et il est toujours sur quarante pour cent ? Oui oui oui ne vous en faites pas, je vais venir c’est quoi votre adresse ?... D’accord, je serai là dans vingt minutes. Votre nom ?

Il notait sur son bloc-notes digital.

— Très bien. À tout de suite.

Il raccrocha.

— Ce que je veux te dire Amber, c’est que je voudrais que tu me dises ce genre de problèmes. Surtout que ça nous concerne tous les deux. La communication d’un couple c’est le meilleur ET le pire. Si tu fais les choses dans mon dos pour soi-disant ne pas me mettre mal alors que je suis maintenant tout à fait capable de faire face à des ennuis sans tomber sur une tour Kapla… On ne va pas aller loin tous les deux. Tu comprends ?

— Oui…

Il mit sa veste, puis son casque, et monta sur sa Ducati.

— J’attends des actes maintenant. Maintenant je vais te laisser, j’ai un client. Profite de cet après-midi et du soleil pour méditer sur ce qui s’est passé et sur ce que je t’ai dit. On se retrouve ce soir.

Il démarra en trombe, sans m’embrasser, et partit. Je restais là, plantée comme un poireau. Je me sentais tellement… bête. J’avais pensé bien faire, et ça me revenait dans la face comme un boomerang — pour une expatriée en Australie c’est vraiment un comble. La gorge me serrait. Avaler ma salive me faisait mal. 

Sur l’émotion, j’en voulais à mes parents. Je me disais que s’ils n’avaient pas fait leur petit scandale je n’aurais pas eu à cacher ça a Gill et il ne serait pas déçu contre moi. 

En marchant de façon désuète, je tombai face au parc du quartier. Boronia Park.

Je me mis sur un banc sous un arbre et lâcha mes nerfs. Le peu de maquillage que je portais sera rapidement balayé par mes larmes. J’espérais juste que mes parents ne me contactent pas pile à ce moment-là, sinon je risquais de leur dire des choses que je pourrais regretter. Déjà je regrettais certaines pensées que j’avais pu avoir envers eux depuis ce coup de fil.

J’en avais déjà assez de cette journée. Je voulais rentrer, retrouver Melbourne et le quartier qui m’avait accueillie et où j’avais mes marques.

Dans le train, je posai ma tête contre la vitre. Je revoyais le même trajet, mais en sens inverse. Devant moi, un couple s’étreignait tendrement. Je les enviais. J’aurais tant voulu que Gill me prenne dans ses bras pour oublier cette sale journée.

Soudain, je reçus un sms d’Alex :

« Alors ? Ça s’est arrangé avec ton agence ? »

Je lui répondis :

« Avec l’agence oui »

« Comment ça ? »

Je lui laissais un rapide message vocal pour lui expliquer rapidement le pourquoi du comment.

« Tu veux qu’on se voit ? J’ai déposé Eva au travail »

Eva était sa petite amie qui l’avait suivi dans l’aventure australienne.

« Si tu veux. J’arrive à la station du Centre de Melbourne dans dix minutes »

« J’y serai »

Il me retrouva dans le grand hall. Il me fit une tape amicale sur l’épaule pour me réconforter et m’invita à boire un coup dans un petit bar pas loin. Il s’était pris une crêpe au chocolat avec son smoothie à la mangue. Moi je ne buvais qu’une simple limonade rose. En ôtant mes lunettes de soleil, il constata mon maquillage qui avait coulé sous mes yeux.

— Un bout de crêpe ?

— Non merci. Je n’ai pas faim…

— T’as mangé à midi ?

— Un demi-sandwich. J’ai le ventre noué, et depuis tout à l’heure ce n’est pas mieux.

— Parce que Gill est un peu fâché ?

— Il ne m’a même pas embrassée… D’habitude quand il part à moto il me fait toujours un bisou avant de mettre son casque. Là, rien. Il ne m’a même pas tenu la main…

— Une façon de te montrer qu’il n’est pas content. Et je le comprends. Tu sais Ambre, tout ce qu’il veut c’est que tu agisses comme une personne en couple. Il veut se sentir important à tes yeux, que tu agisses et le voit comme ta moitié. Surtout dans ce genre d’affaires où vous êtes concernés tous les deux.

— Je sais… Pourtant je l’aime vraiment. Je le vois vraiment comme ma moitié. C’est grâce à lui que j’ai compris que je m’étais défaite de ce putain de syndrome qui me pourrissait mes relations. Je ne suis pas tombée amoureuse par la gravité de ses plaies, mais par la façon qu’il a eue de la panser doucement et de faire l’effort de se soigner. Quand j’ai vu qui il était hors de la maladie, j’ai compris que je n’étais plus l’Ambre qui ramassait tous les paumés qui trainaient et qui était fasciné par la profondeur de leurs blessures. 

— Il faut que tu lui dises ça. Mais aussi que tu lui prouves.

— C’est ce qu’il m’a dit. Il veut des actes.

— Alors tu sais ce qui te reste à faire.

Il m’accompagna dans un restaurant japonais qui faisait de la vente à emporter. Gill adorait la nourriture du pays du soleil levant. Je pris des makis, des sashimis de saumon — on boycotte le thon rouge —, des nigiri, des california rolls, deux chirashi saumon/avocat et une boite de mochi goût matcha. En boisson j’optais pour deux bières blondes, une bouteille de saké et deux de limonade au litchi. Un classique japonais.

— T’as vu large. Me dit Alex en riant.

— Au moins il nous en restera pour demain. Bon, je vais rentrer.

— Tu veux que je te raccompagne ?

— Comme tu veux.

Visiblement, au vu de l’absence de moto, il n’était pas encore rentré. Je mis le repas du soir et les bouteilles au frigo, ouvrir les volets, ôta mes chaussures, puis alla me démaquiller. Je ne voulais pas qu’il me voit avec ces yeux de panda.

Quelques minutes plus tard, je reconnus le moteur de sa Ducati. Il était là…

Je me mis dans le salon avec quelque chose pour lui caché derrière moi. Mon cœur tambourinait dans mes oreilles. La porte s’ouvrit, suivie de son célèbre :

 Amber, I’m home!

— Je suis là…

J’attendais qu’il ôte sa veste et ses chaussures pour lui parler.

— Je peux te dire quelque chose ?

— Oui, bien sûr. Je t’écoute.

Il s’assit sur une chaise devant la table à manger et me fixa.

— Je sais que tu m’en veux… Je sais que j’ai mal agi… Je pensais qu’en réglant ça de mon côté je pouvais t’éviter une possible rechute. Je n’ai pas fait ça pour te mettre de côté, ou parce que je n’ai pas envie d’agir comme quelqu’un en couple. Je me sens vraiment en couple avec toi. Je me sens vraiment comme une femme amoureuse et aimée en retour. Je ne te l’ai pas dit, mais c’est grâce à toi que j’ai compris que je m’étais défaite du syndrome qui me pourrissait la vie auparavant. Tu sais ? Le syndrome de l’infirmière dont je t’ai parlé pas mal de fois à Sydney. Et bien je m’en suis totalement défaite. Je ne suis pas tombée amoureuse de toi pour tes plaies, mais par la façon que tu as eue de les panser et de trouver la force de te relever et te battre. Et puis bien d’autres choses chez toi m’ont séduite. Quand j’ai vu qui tu étais en dehors de la maladie, j’ai compris que je n’étais plus l’Ambre du passé qui ramassait les paumés qui trainaient et qui était fasciné par la profondeur de leurs blessures. Je suis la nouvelle Ambre, celle qui t’aime sincèrement. Et qui veux te le prouver.

Sur ces mots, je sortis une rose rouge de derrière mon dos et la lui tendis. À cet air surpris, il ne devait pas s’attendre à ces mots ni à cette fleur. Ma gorge se serrait à nouveau et mes yeux me brûlaient.

Je n’avais pas l’habitude de faire de telles déclarations. À vrai dire, c’était plutôt mon ex qui avait le monopole des déclarations enflammées.

— Forgive me… Dis-je en conclusion.

Il me fixait inlassablement. Quand est-ce qu’il allait enfin réagir bon sang ? 

Enfin, un sourire sur son visage. Il se leva, prit la rose de ma main, la prit à son tour et me tira doucement vers lui. Il plaqua cette grande main dans mon dos et me colla contre lui. Mes bras l’entourèrent. Je fermais les yeux pour savourer ce contact qui m’avait manqué toute la journée.

— Je n’étais même pas arrivé chez mon client que je t’avais déjà pardonné…

Il me caressait doucement le dos, puis mes cheveux. Il me fit un petit baiser sur mon front. Je relevais la tête. Ses yeux brillaient, son visage était plus lumineux grâce à son sourire. Ses lèvres semblaient m’inviter. Je tendis mon visage et, enfin, nos bouches se rencontrèrent. J’avais l’impression que mon cœur flottait tant qu’il avait gagné en légèreté depuis ce début de journée. J’étais bien.

— Plus de cachoteries, promis ? Me dis-il en me faisant une légère pichenette sur mon nez à ce dernier mot.

— Promis !

— Bon… Je vais chercher un verre pour cette rose. Un verre à whisky sera parfait.

Je l’enivrais ? Ou au contraire je le saoulais ?

Ou simplement qu’il ne voyait pas l’intérêt d’avoir cinq verres à whisky alors que nous étions à peine quatre à en boire.

— Il y a déjà le repas pour ce soir dans le frigo.

— Ah oui ? Tu as pris quoi ?

— Ouvre, tu verras. Si ça te convient… tu viens me rejoindre sous la douche.

Je partis dans la salle d’eau. Mes vêtements de la journée, un simple short, mon tanga et un débardeur volèrent dans le panier à linge sale. Je me mis sous le jeu d’eau tiède. 

Quelques secondes plus tard, j’entendis la porte s’ouvrir. Une main tira le rideau — je me serai cru dans un remake de Psychose — Mon Gill était devant moi, totalement nu. Jackpot !

Je lui fis un peu de place. Par chance, sa douche était assez grande. 

On se fit un long câlin ponctué de caresses. Nos mains exploraient le corps de l’autre. Même si elles le connaissaient sur le bout des doigts. 

Les miennes passaient de son dos à ses larges épaules. Puis sur son torse aux pectoraux presque absents. Il n’était pas « sec », juste très légèrement dessiné. Mes doigts effleuraient ses tétons foncés, son ventre habillé d’une toute légère ligne de toison claire qui descendait jusqu’à sa queue qui commençait à être prise de tout petits soubresauts. Sa peau était légèrement poisseuse avec la chaleur qu’il avait fait, mais franchement je n’en avais rien à faire. L’odeur de sa sueur était assimilée au plaisir charnel et primaire qu’il m’offrait, comme un réflexe pavlovien.

Ma main s’attarda sur son bas ventre. Mon pouce caressait doucement ses poils autour du nombril. Mon ongle un peu long allait de temps en temps le griffer lentement. Je le sentais frissonner. Son membre s’éveillait doucement.

— C’est quoi cette fixette sur mon ventre ? Me dit-il d’un ton railleur.

— J’aime te faire languir…

 — Coquine…

— Toujours avec toi

Je finis par céder à l’appel de sa queue. Je descends le long de son torse en laissant un chemin de baisers, surtout sur ses tétons. Je m’attarde sur son ventre, mon nez passe dans son nombril puis dans ses poils. Je le sens frémir, respirer profondément et soupirer. Sa main caressait tendrement mon crâne à travers mes cheveux.

Je finis à genoux, pas facile sur le sol dur de sa douche à l’italienne, ça fait un peu mal. Je décide de m’accroupir, sur demi-pointes.

— Tu y arrives ? Me dit-il en riant après avoir coupé l'eau

— Pas facile sur le sol dur. Ça fait mal aux genoux.

— Je pense qu’on va investir dans un tapis antidérapant. 

— Bonne idée

Je pris son membre dans ma main, le décalotta entièrement et commença à passer de petits coups de langue dessus. Son gland était si doux… Ma bouche le goba entièrement. J’appuyais mes lèvres dessus. Je tenais son membre dans ma main. Je massais ses testicules dans l’autre. Ils étaient couverts de cette même toison claire et douce. Aussi douce que cette peau qui couvrait sa jolie queue dont je me délectais sur toute la longueur. 

Je sentais mes lèvres gonfler entre mes cuisses. Je me sentais mouiller. Un peu plus et je me mettais à couler sur le sol. Je lâchai ses deux joyaux de chair pour me masser le clitoris. Il était gonflé comme mes petites lèvres. Je poussai un gémissement en décrivant de petits cercles autour avec mes doigts. Je tenais toujours son membre dans ma main, je l’enfonçai dans ma bouche, presque jusqu’à la gorge. Je retentai une gorge profonde… sans résultats. À part un énième haut-le-cœur.

— Qu’est-ce que je t’ai dit Amber ? Dou-ce-ment avec ta gorge

— Il paraît que la gorge profonde offre de très bonnes sensations chez un homme… Je voulais réessayer.

— Ça ne s’improvise pas. Ce genre de pratique n’est pas sans danger. Il faut t’entraîner avant. Mais ne t’en fais pas, ta bouche m’offre déjà beaucoup de plaisir.

Il était tellement rassurant… 

Je reprenais où j’en étais en accélérant mes mouvements buccaux. Je me frottais le bouton de chair en rythme. Je sentais que je n’allais pas tarder à venir. Je gémissais la bouche pleine de lui. Et je voyais bien que les vibrations de ma voix lui faisaient de l’effet.

— I’m close… Me dis-il, la tête en arrière, en pleine extase.

— Come into my mouth…

Au bout de plusieurs minutes, il poussa un long râle et joui dans ma bouche, sur ma langue et sur mon palais. Son goût était doux, comme à l’accoutumée. Je vins à mon tour dans de petits cris étouffés. Ma mouille aspergea le sol de la douche.

Je retirai son membre de mes lèvres, le regarda dans les yeux et avala ce qu’il venait de m’offrir. Il me fit un grand sourire et m’aida à me relever. Le baiser que je lui offris avait le goût très léger de sa semence, et ça ne le gênait pas. 

— Ma petite princesse…

Nos nez se caressèrent doucement. Bon Dieu comme je l’aime…

Petite douche rapide, puis plateau japonais devant la télé. Toujours aucune nouvelle de mes parents… Sans doute doivent-ils cogiter. Se dire qu’ils ont peut-être exagéré. Avec du recul, je me rends compte que j’ai peut-être exagéré en leur criant dessus. Au final, ils se sont juste inquiétés.

Je pense qu’une rencontre au calme sera bénéfique pour tous.

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