Go Down Under

Une saga de VonErato - 5 épisode(s)

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Épisode 2 : Dynamique

— Bordel ils connaissent pas les antivirus ?!

Hum… Ça sent l’ordinateur parental vérolé par un ado qui a voulu jouer au malin en allant sur des sites douteux.

— Hum hum… mais dis-m’en plus… Lui demandais-je en levant la tête de mon ordinateur portable.

— Les gens qui m’ont appelé et qui se plaignaient que leur ordinateur affichait des pubs non-stop du style « Ta voisine est super chaude » et autres « Filles coquines dans un rayon de dix kilomètres », le machin était totalement VÉROLÉ ! Aussi vérolé qu’une fille de joie bon marché sous l’époque victorienne.

— Je vois l’image…

— Bref, il m’a fallu trois programmes antivirus et quatre antispams pour le nettoyer. Ça s’était incrusté dans leur PC, une galère à enlever. Et je crains avoir foutu le Bronx dans cette petite famille tranquille vu que j’ai affirmé haut et fort que ce genre de virus ne se trouve que sur certains sites X assez underground. Tu sais, ces sites de niches très spécifiques où t’as des catégories ultras précises comme des femmes obèses, ou des femmes aux vêtements mouillés, etc. Et ils sont que trois, père, mère et gamin de treize ans. Je sens que les repas vont être musclés. En plus en voyant la déco chez eux ça sentait la famille assez puritaine.

— C’est-à-dire ?

— Ben quand tu vois des rosaires et des chapelets assez précieux sur les meubles, une croix du Christ clouée à un mur et un portrait de la Vierge dans le hall d’entrée… Sans compter l’épouse qui avait des allures à la Bree Van De Kamp

— Et le mari ? Plutôt Rex ou Orson ?

— Je ne sais pas je l’ai pas vu.

Je le vis se servir de l’eau parfumée Citron/Menthe que j’avais faite hier. Je levais la tête en le voyant s’avancer vers moi et me fit un petit baiser. Il était passé chez cette famille après son rendez-vous chez sa psychiatre.

— Alors ton rendez-vous ? Ça a donné quoi ?

— Elle est très contente ! Dit-il en s’asseyant à côté de moi. Elle voit que j’ai fait d’énormes progrès et on va espacer les rendez-vous. Au lieu d’y aller tous les quinze jours, je vais y aller une fois par mois. Par contre elle m’a ordonné de continuer les antidépresseurs en prévention d’une rechute. Moi qui croyais m’en être débarrassé… Ah ! Je lui ai aussi dit pour nous deux. Elle nous félicite et espère que notre relation m’aidera à retrouver un meilleur équilibre…

Je me levai pour m’asseoir sur ses genoux. Mes bras se mirent autour de son cou et un des siens sur ma taille. Notre couple était encore récent, encore dans la phase de lune de miel. Mais comme ça faisait environ onze mois que je vivais 24/7 sous le même toit que lui, j’avais l’impression de le connaître par cœur. Il était déjà plus optimiste, plus énergique, plus force de propositions, et il avait retrouvé un peu de joie de vivre. Bien sûr, être amoureux ne soignait pas la dépression. Sinon l’amour serait une thérapie… On ne peut sortir de la dépression que si on le décide et surtout si on se fait aider par un professionnel. Et je veux bien sûr parler d’un psychiatre diplômé ! 

Il s’était également remis au sport. Il se levait plus tôt le matin pour aller courir ou faire du vélo dans le quartier ou dans un parc pas loin. Puis il revenait dégoulinant de sueur — inutile de vous dire qu’avant que je sois avec lui comme moitié, cette odeur avait le chic pour titiller mes bas instincts — prenait sa douche et partait chez ses clients.

—...mais j’ai confiance en moi maintenant. Je sais que je vais réussir à totalement me débarrasser de ce boulet. Puis je ne suis pas seul. Il y a Jake, Sarah, Andy, et surtout toi.

Sa fragilité de l’époque m’avait poussé à annuler pas mal de voyages au pays d’Oz juste pour être auprès de mon — administrativement — host dad et éviter qu’il ne fasse une grosse connerie. J’avais par ailleurs annulé mon séjour à Sydney prévu avec mes collègues francophones. Quelque temps plus tard, Gill m’offrait ce road trip unique et inoubliable. Malgré qu’il soit encore sous traitement antidépresseur assez lourd. Il conduisait en petites étapes, on faisait très régulièrement des pauses avec des micros siestes. Bref, malgré sa dépression encore assez présente, il m’avait offert ce beau cadeau.

— Évidemment que je suis là. Tu sais bien que je ne te laisse pas tomber.

Il remit une mèche de cheveux derrière mon oreille et me vola un baiser.

D’ailleurs, en même temps que je me battais avec le choix des visas, nous étions en pleins préparatifs pour un nouveau voyage. Un trajet d’environ 2300 km en voiture qui relierait Melbourne à Uluru. 

— Ah! En parlant du road trip, on dormirait où ? On irait de motel en motel ou on improviserait un lit à deux dans ta 106 ?

— On peut improviser un lit dans ma 106. Après si tu préfères avoir un vrai lit comme on a fait quand on est allés à Sydney, c’est comme tu veux.

— On a le temps d’en décider. Faut déjà voir combien on a de côté tous les deux, et surtout j’aimerais régler ce problème de visa.

— C’est-à-dire ?

— J’aimerais rester, mais le problème c’est que je ne peux pas renouveler mon WHV. Je n’ai pas fait de travail éligible, et je ne peux pas renouveler à Melbourne.

Il me fit me lever et étudia le tas de papier que j’avais imprimé ce matin. Il était en partie stabiloté en bleu et des feuilles à petits carreaux étaient griffonnées, raturées et gribouillées. Il se pinça un peu les lèvres, noyé dans sa réflexion. Je n’osais pas parler pour le laisser réfléchir. Il me disait qu’il était beaucoup plus efficace dans le calme.

— Le Sponsored Family Visa. Ils parlent de parrainage, mais c’est famille directe ou n’importe quel citoyen australien ? Sinon Jake connaît quelqu’un qui bosse à l’immigration, il doit avoir son numéro. On ira lui demander cet après-midi. Pour ce qui est de la résidence permanente, je préfère qu’on ne précipite pas les choses. Il faut nous assurer que nous deux ça marche.

— Mais ça fait presque un an qu’on vit 24/7 sous le même toit. C’est comme si on se connaissait par cœur.

 — Amber

Oui il « anglophonisait » mon prénom

—...être ami avec une personne et être en couple avec elle ce n’est pas du tout pareil. Alors oui on vit ensemble depuis presque un an, oui on se connaît presque par cœur, oui on est maintenant ensemble même si aux yeux de la loi je suis ton host dad. Mais il faut voir si cette nouvelle dynamique tient, si nous deux ça peut marcher en tant que couple.

— Ben ça marche bien non ?

— Oui parce qu’on est encore dans la phase « lune de miel ». C’est beau, c’est mignon, on se fait des câlins, on se tient la main, on est un peu cucul la praline, on fait l’amour presque tous les soirs voire à la moindre occasion. Malheureusement mon expérience m’a montré, non sans une certaine cruauté, que l’amour, même si tu le veux, il ne dure pas forcément. Surtout ne me fait pas dire ce que je n’ai pas dit, je t’aime vraiment Amber. Je ne veux pas que tu en doutes. Je t’aime sincèrement et profondément. Mais il faut rester dans la réalité. On a au moins vingt ans d’écart.

— Mais il y a des couples avec une grande différence d’âge qui durent…

J’avais une boule à la gorge. Je savais bien qu’il avait raison, qu’il était bien plus réaliste que moi sur notre écart d’âge. Et son expérience lui a fait ouvrir les yeux sur la force et la fragilité de l’amour, il peut durer comme il peut s’arrêter du jour au lendemain. 

Ma dernière relation s’était effritée petit à petit au fil du temps, comme les pétales d’une rose qui tombent progressivement jusqu’à la mort de cette fleur qui a manqué d’attention. La sienne s’était arrêtée comme si on avait pris le vase et qu’on l’avait fracassé contre un mur en laissant la rose se faner sans y prêter attention.

— Oui, bien évidemment. Il faut juste qu’on s’assure que notre dynamique tienne et soit durable. Et on va tout faire pour ça. Ensemble.

Mes yeux me piquaient. La réalité était brutale, mais bénéfique. 

Je versais une larme qu’il essuya aussitôt de son pouce.

 — Oh non darling, ne pleure pas. Je ne voulais pas te faire de peine. 

Il me fit rasseoir sur ses genoux, me prit dans ses bras et me caressa doucement le dos. 

— Je ne t’en veux pas. Tu es juste réaliste… Moi aussi je t’aime fort et j’ai envie que ça dure entre nous. Tu sais, j’ai l’image de l’amour comme étant une fleur, une jolie rose rouge. Et les attentions sont l’eau du vase, et le vase en lui-même. On change l’eau pour en mettre une nouvelle plus propre, on change de vase pour un plus beau, ou une petite décoration comme un ruban, une petite guirlande autour du vase, etc. 

— Je vois ce que tu veux dire, ma petite rose.

— Alors, cultivons notre amour chaque jour.

Après cet interlude romantique, Gill alla chercher son téléphone et appela Jacob pendant que je rangeais mes papiers dans une chemise en carton. Mon ventre grognait. À croire que j’avais une horloge dans l’estomac, celle de la cuisine affichait midi moins le quart.

Son portable posé sur le plan de travail en haut-parleur, la voix de son ami explosa dans la pièce à vivre dans un fond de gazouillements et d’éclats de voix infantiles.

— Hey Gill !! How ya doing?

Nice, nice! Dis-moi, t’es libre cet après-midi ?

— Euh logiquement oui, pourquoi ?

— Ben avec Amber on est dans les visas et vu que tu connais quelqu’un qui bosse à l’immigration on aimerait avoir quelques tips. 

— Vous pouvez passer après quatorze heures une fois que les petits seront couchés. Tu les connais, dès qu’ils te voient ils sont intenables. Alors que c’est déjà la galère pour les… Zachariah ! Descends du canapé !

— Tu veux peut-être que je te rappelle plus tard ?

— Non non c’est bon. Je te dis que tu peux pass… Zachariah! Si je t’ai dit de descendre du canapé, c’est valable pour la table basse !!

Voir des parents avec des enfants qui bougent et crient, il n’y a pas mieux comme moyen de contraception. Non pas que leurs deux enfants soient intenables ou mal élevés, juste qu’ils sont énergiques… Puis à cet âge là ça découvre le monde, ça veut tout savoir.

— Tu veux que l’on continue par WhatsApp ? T’as l’air occupé avec ton gamin.

— Non t’inquiètes. Donc si tu veux tu peux passer comme je t’ai dit. En plus on a fait trois courses ce matin, on a pris des gat… Salomé ! Pas les Lego dans la bouche !! 

— Bon va pour quatorze heures. Je pense même qu’on va passer à la demi pour être sûrs qu’ils soient couchés.

— Ça marche. À tout à l’he… Ooouuuuuh elle va tomber !

Je ne pouvais m’empêcher de rire en sortant une grosse laitue du frigo avec deux tomates, des pommes de terre déjà cuites et deux blancs de poulet en train de mariner dans de la sauce soja salée et de l’huile de sésame.

 — Pas facile d’avoir une conversation avec des gosses autour

— En plus, c’est bientôt l’heure de manger. Ils doivent courir pas loin de leur mère et répéter toutes les trente secondes « quand est ce qu’on mange ? » ou « j’ai faim ! » comme si ça réduisait le temps de cuisson.

— Pour après dire « je n’ai pas faim » devant leur assiette de légumes verts

 — Et ça a faim que pour le dessert

Pendant que je m’occupais de paner les blancs de poulet que j’avais coupé en petites bouchées, Gill était en train de s’occuper du reste. Vu les trente-cinq degrés annoncés pour cet après-midi, il valait mieux manger léger. 

Il ne put s’empêcher de me pincer les fesses en allant rincer les feuilles dans l’évier.

— Hé ! Espèce de vicieux ! Dis-je faussement choquée

— Oh tu ne t’en plaignais pas hier soir.

—  Fripon va.

—  Merci du compliment.

Au contraire, sa libido enfin éveillée était rassurante. C’était bon signe. Il savait m’honorer et m’écouter. Doux et vigoureux à la fois. Il pouvait se montrer infatigable, comme une soirée où il a réussi à me faire l’amour trois fois de suite — bon avec des pauses entre chaque moment d’amour évidemment. L’euphorie du début de notre couple, sans doute.

D’ailleurs, je n’en avais toujours pas touché un mot à ma famille restée en Belgique. Non pas que je n’assumais pas, juste que je craignais leur réaction. Ils sont du genre protecteur. Et savoir leur fille/petite fille/nièce en couple avec son host dad, ancien dépressif et âgé de vingt ans de plus… Imaginez le bordel !!

Comme prévu, nous quittâmes la petite maison de plain-pied vers deux heures de l’après-midi. Direction Balaclava par le Tram 3. Il faisait une chaleur cet après-midi… Pas courant à Melbourne. Heureusement que les transports étaient climatisés. L’air frais passait au niveau de mon buste habillé d’un simple débardeur rouge avec un décolleté en V dont Gill se délectait visuellement. Sa main plaquée sur mes fesses cachées par ma jupe en jean clair les palpait de temps en temps. Avec ma bénédiction, bien entendu. Et je devais avouer que me faire caresser dans un lieu public, ni vu ni connu, avait quelque chose d’assez excitant.

Vers deux heures et demie, nous étions devant une grande maison entourée d’un grillage de style victorien. Sarah vint nous ouvrir en faisant bien attention de ne pas faire grincer la porte. Jacob était assis dans le salon devant son MacBook. Il nous fit également la bise et nous fit s’assoir dans le canapé pendant qu’il allait chercher une carafe de thé glacé fait maison où flottaient des feuilles de menthe.

—  Ça va les chéris ? Demanda l’épouse à voix semi-basse.

—  Chaudement, mais ça va. Et vous deux ?

—  Ça va. À part qu’on a eu l’affront de faire des courgettes à la vapeur… Le fiasco pour les faire manger. Encore Salomé ça a été, mais Zachariah…

—  On a du blinder de sel pour qu’il daigne ne serait-ce qu’en manger les trois quarts. Après ça, une compote et au lit.

—  Ils dorment combien de temps ?

—  Deux heures environ. Deux heures de silence…

Au bout d’environ dix minutes, je mettais sur le tapis le sujet du visa.

— J’ai trouvé ce job à la pâtisserie très rapidement donc je l’ai gardé. Je sais combien c’est très compliqué pour un expat de trouver un emploi convenable et dignement payé, je n’allais pas faire la fine bouche. Mais voilà, quand je l’ai trouvé je ne comptais pas rester plus d’un an. Et je ne voulais pas laisser Gill tout seul, donc il était hors de question que je parte faire du fruit picking. Pour les autres métiers éligibles, je n’ai clairement pas la constitution physique. Puis j’ai qu’un simple BTS Vente. Donc pour renouveler mon WHV je suis un peu marron. Donc avec Gill on se disait que je pouvais faire la demande pour un Sponsored Family Visa, le 679. On se demande si c’est vraiment pour la famille à proprement parler ou s’il peut me parrainer.

— Je ne sais pas miss… Faut que t’appelles l’immigration. Ne bouge pas, je vais te chercher le numéro. 

Il fouilla son téléphone de la même marque que son ordinateur. Je savais qu’il y avait une solution, mais le doute et l’inconnu me compressait le ventre.

—  Jeremie? Jake, tu vas bien ?... Ça va ça va. Écoute je t’appelle pour avoir un petit renseignement. Tu te souviens de mon ami Gill ?... Voilà. Bon il a une jeune miss au pair depuis plus de dix mois sous WHV et au final elle aimerait bien rester, sauf qu’elle n’a pas fait d’emploi éligible pour renouveler son visa… Ne quitte pas. T’as fait quoi déjà comme boulot Amber ?

— Vente dans une pâtisserie

— Vente dans une pâtisserie.

—  Et si tu lui donnais directement le téléphone ? Demanda Sarah, un brin agacée par cette mise en scène

— Ne quitte pas je te la passe.

Je pris le téléphone et salua le prénommé Jeremie.

— B...Bonjour Jeremie

— Bonjour Amber. Alors si je résume ton cas, tu es en WHV depuis environ dix mois et demi et tu as travaillé en faisant de la vente dans une pâtisserie. Là tu souhaites finalement rester plus longtemps au pays, c’est bien ça ?

— Oui exactement

— Bon… Alors ce que je peux te conseiller comme visa c’est le… le… attend que je ne dise pas de bêtises… Ah j’en ai peut-être un, est-ce que tu as travaillé plus de douze mois avant devenir en Australie ?

— Oui j’ai travaillé dans un magasin de vêtements pendant deux ans. Pourquoi ?

— Dans ce cas, tu peux espérer le Skilled Independent Visa. C’est très long par contre, alors tu ferais mieux de t’y mettre dès maintenant. Tu peux travailler cinq ans avec celui-là, et si t’es intéressée, demander la nationalité australienne dès quatre ans. Sinon faut que tu trouves une entreprise pour te parrainer et elle pourra demander un Sponsorship Visa. Sinon, ça semble urger visiblement, tu peux te tourner vers un Bridging Visa, le temps que la demande pour le visa de ton choix se fasse.

— Donc je peux demander un Bridging Visa le temps de faire me demande pour un Skilled Independent Visa ?

— Voilà. Et je peux te diriger vers certaines agences pour te faciliter la tâche.

— Ce serait vraiment gentil…

Je prenais nerveusement des notes sur un papier que Gill m’avait posé avec un stylo. J’étais assez tendue, mais je savais qu’il y avait une solution. Je ne voulais pas quitter ce pays qui m’a accueillie à bras ouverts. Et je ne voulais pas quitter Gill… 

Puis la pensée de mes parents vint me hanter, mes amis restés au pays, tout ça me revint à l’esprit. Après tout, je peux leur dire que tout simplement j’ai envie de faire durer le plaisir. À plus de dix mille kilomètres, que peuvent-ils faire ?

— Merci Jeremie. Merci mille fois

—  C’est normal miss.

—  Je te repasse Jake.

Il reprit son téléphone et continua la conversation dans le jardin. 

Sarah me resservit un autre verre de thé glacé que je bus cul sec. Gill me caressait tendrement la cuisse, ce genre de caresse tendre et sans arrière-pensée, puis il me fit un petit baiser sur la joue.

— Petite question comme ça, tes parents, ils savent ?

— Pour le visa ?

— Oui et… pour Gill et toi

— Non, ni l’un ni l’autre. À la limite que je veuille rester plus longtemps, ce n’est pas ce qui va les emmerder. Mais leur dire que je suis avec un homme qui en réalité était dépressif quand il m’a accueillie, et qui a vingt ans de plus que moi… Ça va être plus compliqué. Ce n’est pas qu’ils sont étroits d’esprit ni étouffants… C’est juste qu’à trop vouloir le meilleur pour son enfant et trop vouloir le préserver, on finit par l’étouffer sans le vouloir.

— Tu sais, être parent c’est l’une des choses les plus dures au monde. Déjà quand ils sont petits, tu as une surveillance constante sur eux. Puis ça grandit, tu veux les protéger, mais eux veulent te prouver qu’ils peuvent se débrouiller. 

— Je n’en doute pas. J’y suis passée par la période où tu réponds « je sais » à n’importe quel truc que tes parents te disent. Mais bon, au final nos parents veulent juste qu’on soit heureux.

La conversation fut stoppée net par une petite voix qui cria

— Mamaaaaaaaaaaa

Sarah se leva d’un bond et alla vers la chambre de Salomé. 

— Ça sent le cauchemar… Lança Gill en la regardant partir.

Elle revint quelques minutes plus tard avec son petit bout de chou dans les bras, coiffé d’une tignasse châtain foncé, enveloppée dans un petit pyjama d’été rose bonbon et une tétine assortie dans la bouche. Elle fit un petit bonjour de sa minuscule main.

— Bonjour Salomé. Ben alors ? On a fait un vilain cauchemar ? Lança Gill d'une voix infentile

— Jake va lui donner sa compote. Je suis entrain de faire du tri dans mes affaires, j’aimerais savoir si notre miss Amber est intéressée.

— Ah oui, je veux bien voir.

Jake, son appel enfin fini, donna la compote pomme fraise à Salomé. Entre temps Zachariah s’était réveillé et mangeait une pomme que Gill lui avait coupée en quartiers. 

Sarah était un peu plus grande et plus développée que moi. Certaines robes raballaient à mes pieds. C’est alors que je remarquais un curieux sac en plastique noir opaque avec un gros X en ruban collant rouge.

—  Il y a quoi là-dedans ?

Elle vérifia que les enfants n’étaient pas dans les parages puis me répondit :

— Des sex-toys que je vais revendre aussi.

— Je peux voir ? 

Un poil gênée quelques secondes, elle ouvrit le sac devant moi. Des sous-vêtements coquins, un martinet, des pinces à tétons, un plug anal en inox surmonté d’un bijou bleu, et… un godemichet. C’est ce dernier objet qui attira mon attention.

 — Excuse-moi Sarah, mais le godemichet là…

— Il est désinfecté, ne t’inquiète pas. Plongé dans l’eau à cent degrés pas plus tard qu’hier soir.

— Tu peux m’en dire plus ?

Elle ferma la porte et sortit l’objet du sac pour me le montrer sous plusieurs angles. Elle m’en parle presque comme si c’était un outil du rayon bricolage de chez Leroy Merlin.

— Alors c’est un godemichet ultra réaliste en silicone de vingt centimètres de long et cinq de large. Zéro pour cent phtalates. Utilisable aussi bien en pénétration vaginale comme anale, mais avec lubrifiant à l’eau uniquement. T’as une ventouse ici et tu peux en faire un harnais. Le petit plus c’est qu’il est thermosensible. Tu le mets dans l’eau chaude et il est souple et chaud comme un vrai sexe d’homme, tu le mets en freezer il sera dur comme s’il était en verre ou un bois. T’as déjà utilisé ce genre de jouet ?

— Pas vraiment. J’ai déjà eu un vibro tout simple, mais un gode jamais.

— Dans ce cas, il est idéal pour débuter.

Je marquais un temps de réflexion. Gill adorait me regarder me caresser, me mettre des doigts et me donner du plaisir. Peut-être qu’avec un jouet de cette envergure, ça rajouterait quelque chose à nos ébats.

Je demandai à Sarah d’aller le chercher. Je voulais lui proposer cette idée. Il en avait le regard très enthousiaste.

— Alors ? Qu’en penses-tu ? Ça pourrait être un bon compagnon de jeu. 

— C’est vrai qu’un joujou comme celui-là, tout simple, offre pas mal de possibilités. On peut être créatifs avec ça.

— Toi devant mes cuisses écartées entrain de jouer avec ce joli bout de silicone…

— N’en dit pas plus je vais bander ! Et il y a des enfants…

— Va me chercher mon sac à main, je vais le cacher dedans.

Étrangement, Gill paraissait un peu pressé de rentrer. Il prétexta les heures de pointe dans les transports pour écourter le goûter. J’en étais amusée et en moins de cinq minutes nous étions dehors. L’air s’était un peu rafraîchi. J’en avais les tétons qui pointaient sous mon haut. 

— Ouh, ça s’est rafraîchi

— Oui j’ai remarqué. Tes seins font office de thermomètre.

— T’as fini oui ? Dis-je d’un ton railleur en croisant mes bras pour le priver de cette vue.

— Je suis un esthète. J’aime regarder ce qui est beau.

— Et tu as bon goût, dans les deux sens du terme. Ah, dit, tu ne pourrais pas… faire comme tu as fait à l’aller ?

— C’est — à — dire ?

— Me toucher les fesses… Ça me fait de l’effet.

— De l’effet ? À ce point ?

— Oh oui…

Comme si le hasard, ou le destin étaient avec nous, le tram arriva en même temps que nous. La foule était assez dense, normale pour une sortie de bureaux, ce qui promettait une plus grande discrétion vu que tout le monde avait le nez dans son téléphone ou surveillait son arrêt. À peine les portes s’étaient refermées que Gill plaqua doucement sa main contre ma jupe. Il palpait mes fesses un peu plates à travers le tissu. Doucement dans un premier temps, puis plus franchement. Ses lèvres m’offraient un léger bisou dans le creux de mon oreille. Un violent frisson parcourut mon dos. Mes tétons étaient si durs que j’en avais presque mal de sentir le frottement de mon débardeur. Des irritations étaient si vite arrivées, béni soit celui qui a découvert les vertus de l’aloe vera..

Je bougeais doucement mes fesses pour accompagner le mouvement. Je sentis alors deux doigts passer sous ma jupe et caresser la zone entre mon anus et mon vagin qui commençait à s’humidifier. Je déplaçais lentement une jambe pour lui laisser plus d’espace à explorer. N’étant pas experts dans le domaine des caresses dans les transports en commun, on n’osait pas aller plus loin. Et pourtant que j’avais envie qu’il me pince les tétons jusqu’à me faire grimacer de douleur.

Ce fut comme dans un film. À peine la porte fermée que je me retrouvai plaquée contre le mur et il colla ses lèvres contre les miennes. Sa langue joueuse avait encore un arrière-gout mentholé. Ses mains malaxaient mes fesses avec vigueur tout en me tenant contre lui. Une bosse se dessinait contre mon bas ventre. J’en jouais ouvertement en ondulant des hanches. Je jetai mon sac à main en direction du canapé. Mes mains remontaient sous son tee-shirt pour le lui enlever, rapidement suivi de mon débardeur. Il bécotait mon cou, mes épaules, derrière mes oreilles.

— I want you… Me souffla-t-il.

Je lui pris le poignet et l’emmena vers le canapé qui semblait nous appeler. Je posai mon sac à main sur la table basse avant de me laisser tomber allongée. Gill me débarrassa de ma petite jupe et de mon sous-vêtement qu’il envoya valser par terre.

— Tu vas chercher une capote ? Je n’en ai pas dans mon sac.

— Tout de suite…

Je profitais qu’il parte dans sa, euh notre chambre, pour sortir notre nouveau jouet. 

Alors… le chauffer pour avoir un phallus souple. Voyons ça…

Je le pris fortement entre mes mains pour le réchauffer — parce que le temps de faire chauffer l’eau puis le tremper… Gill a le temps de débander. Puis je le mets dans ma bouche, pile au moment où mon amour revient, un emballage de préservatif à la main. Il était totalement nu. Son membre eut un soubresaut quand son regard se posa sur moi, aussi nue que lui, le jouet en silicone dans la bouche. Histoire de lui faire plus d’effet, je tentai une gorge profonde. Tout ce que j’eus vu un violent haut-le-cœur et une grimace appuyée. Je le retirai de ma bouche dans un bruit de déglutition. J’en salivais malgré moi.

— Hé là, doucement Amber. Pas la peine de faire comme les actrices pornos.

— Je voulais essayer de faire une gorge profonde

— On a le temps de tester ça. Tu essayais de le réchauffer ?

— C’est ça. Pour le rendre souple.

— Je vais t’aider

Nous étions deux à le tenir dans nos mains. Comme un objet sacré. On le masturbait en même temps. Ma salive encore restée sur le silicone aidait.

C’est alors que Gill lança comme dans une prière :

— Phallus Spiritus

J’éclatai de rire.

 — C’est vrai qu’il n’y a que les voies du Seigneur qui sont impénétrables…

 

Je crachai un bon filet de salive. Mon homme fit de même. 

Je me mis sur le canapé, les jambes écartées, ma fleur de chair totalement ouverte devant lui et frotta le jouet en silicone contre mes petites lèvres. Il était agréablement tiède. 

Gill n’en perdait pas une miette. Je le voyais assis sur la table basse, en train de se caresser doucement. Mes yeux se plantaient dans ses pupilles bleu foncé, puis regardaient son délicieux gland se dénuder pour se rhabiller dans son col roulé de peau.

Puis j’introduis le godemichet en moi, tout doucement. Il n’était pas aussi chaud qu’une vraie queue, mais il remplissait bien sa fonction. Je soupirai longuement, sans lâcher Gill des yeux. Un petit jet de liquide pré éjaculatoire vint mouiller son gland. J’avais envie d’y goûter.

— Je… je veux… te goûter. Attend bouge pas…

Je m’allongeai de l’autre côté du canapé, la tête dans sa direction. Toujours mes jambes écartées et continuant de faire bouger le jouet en moi.

— Approche ta queue…

Il avança vers moi, toujours sa queue dans sa main. Je la lui fis lâcher pour poser sa grande main sur un sein. Il comprit où je voulais en venir. Il se mit derrière ma tête et me massa la poitrine de ses doigts forts. Il attrapa chaque téton qu’il fit rouler entre ses doigts, tira dessus, d’abord doucement puis plus fort. Ma langue tournait autour de son gland. Son goût imprégnait ma bouche. Il en grognait pendant qu’une main lâchait un téton pour aller caresser mon bouton de chair.

Le jouet rentrait maintenant entièrement dans mon vagin trempé. La main de Gill caressa mon bouton sensible, puis son index fit de petits cercles autour.

— T’es pas loin je le sens… Lâche-toi ma belle… Je veux te voir jouir.

J’accélérais vigoureusement les mouvements en moi au rythme de ses doigts sur mon clitoris. Mes gémissements devenus plus sonores provoquaient des vibrations sur sa queue dure et pleine de vie. La position n’était pas trop acrobatique, ni trop contorsionnée, mais je ne me voyais pas la tenir encore bien longtemps. Je masturbais son membre au même rythme que ma main et la sienne. Je commençais à être prise de spasmes. La jouissance n’était pas loin.

— Je ne vais pas… tarder à…

— Vas-y, jouis dans ma bouche…. Je vais… Ah… Aaaaah…

J’en mouillai le canapé. Je sentais mon amour éjaculer dans ma bouche et sur mon menton dans une série de râles. Son goût n’était pas désagréable. En même temps, je m’y étais habituée.

Je retirai doucement le jouet de mon entre-jambes et le laissa tomber machinalement au sol. Mon orgasme m’avait épuisée. J’en avais mal au bras et aux tétons.

Gill se laissa tomber assis sur le sol frais et posa sa tête contre la mienne.

— C’était aussi bon pour toi que pour moi ? Demandais-je, essoufflée.

— Oh oui… Tu as été vraiment magnifique.

Nos lèvres s’unirent dans un doux baiser. Il m’essuya le peu de sperme que j’avais sur le visage et m’invita à prendre une petite douche ensemble. Je laissais le jouet en silicone se désinfecter dans l’eau bouillante pendant ce temps.

Après avoir trouvé une solution à ce souci de visa, j’avais l’esprit vraiment plus léger. Je signais pour un an voir plus à Melbourne, je continuais ma vie d’expatriée aux côtés de mes collègues francophones, de Gill et ses amis qui m’avaient rapidement adoptée.

Il ne restait plus qu’un détail : l’annoncer à mes parents qui, dans leur tête, pensent que je rentre dans moins de deux mois…

Mais ça, c’est une autre histoire…

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