Go Down Under

Une saga de VonErato - 3 épisode(s)

Épisode suivant >

23 minutes de lecture

Épisode 1 : Go Down Under

— Hurry up miss! Ils vont arriver.

— Ça va Gill, calme-toi. Les invités arrivent que dans une heure.

— Tu penses qu’on aura assez de saucisses ?

— Mais oui

— Et les brochettes, ça ira ? J’ai bien fait de prendre celles au curry ?

— Mais oui, ne te prends pas le chou. Et avant que tu ne poses la question, oui il y a assez de steaks s’il y en a qui veulent se faire des hamburgers. 

— Je veux juste que ce soit nickel. J’ai vraiment envie de prouver que je commence à aller mieux.

— Ils le verront de toute façon. Tu es aux antipodes de ce que tu dégageais il y a encore quelques mois…

L’homme à qui je m’adressais était mon host dad.

Voilà dix mois que j’étais fille au pair à Melbourne. On va dire qu’une rupture sentimentale m’a fait quitter la Belgique, presque sur un coup de tête. Après deux ans passés avec un gars assez plan-plan, j’avais besoin de bouger. Et quelques semaines plus tard, j’étais dans l’avion pour l’État du Victoria. J’avais jeté mon dévolu sur ce quadragénaire fraîchement divorcé. J’avais passé plusieurs entretiens avec différents contacts, mais par malheur ils avaient tous des enfants. Et je n’ai clairement pas de patience, que ce soit avec des enfants ou des ados. M’occuper d’un modèle réduit capable de produire des cris stridents pendant une demi-heure parce qu’il ne veut pas aller se coucher ou que t’as planté la paille dans la brique de jus de fruits alors qu’ils voulaient le faire eux-mêmes, très peu pour moi. Et je ne parle pas des ados qui roulent des yeux ou font la tronche juste parce que t’as eu le toupet de leur demander de ranger leur chambre ou de vider le lave-vaisselle. Je crois que j’ai un souci avec les enfants des autres…

Lors des entretiens il semblait sûr de lui, cool, sans prise de tête, motivé à me faire découvrir la culture locale et perfectionner son français assez bateau. Mes amis en avaient rigolé en disant qu’un divorcé désirant accueillir une jeune fille au pair ça sentait l’homme en chien.

Mais ils étaient à des années-lumière de la vérité.

Environ un mois après mon installation, j’avais trouvé un petit emploi de serveuse dans une pâtisserie française. Un soir, j’étais rentrée un peu plus tôt et je l’avais surpris en larmes dans le salon, une corde à ses pieds. En réalité, il était en train de se noyer dans l’océan noir et boueux qu’était la dépression, et m’avait dit qu’il ne valait tellement rien qu’il n’était pas capable de faire un nœud coulant. Voilà pourquoi il s’était inscrit sur ce site, il cherchait un peu de compagnie sous la forme d’une personne au pair avec qui il pourrait échanger. Comme une dernière bonne action avant de partir. Il m’avait tellement ému ce soir-là…

Son divorce l’avait détruit. Apparemment sa femme l’avait quitté pour son patron. Patron d’une grande entreprise d’import-export dont elle était secrétaire et était passée assistante par la magie de la promotion canapé. J’étais tombée sur ces deux lascars en me baladant non loin de la CBD, le quartier des affaires. Audi, montre Baume et Mercier et Berluti aux pieds… Honnêtement, ce type-là n’avait rien pour lui… Riche, mais physique banal. Ôtez-lui ses affaires de marque, remplacez-les par du Tati et il ressemblera à un Batista de chez Starbucks. C’est sûr qu’il n’avait rien à voir avec Gill, informaticien indépendant et son pack Peugeot, Swatch et Geox. Mais bon, ce n’était pas sa faute s’il était tombé sur une femme vénale qui a préféré la beauté clinquante du luxe à celle d’un cœur rempli de bonnes valeurs et d’humilité.

— … Ton sourire n’est pas forcé, tu prends plus d’initiatives, tu es plus lumineux, plus enjoué.

— Il faut dire que tu m’as beaucoup aidé. Et je ne te serai jamais assez reconnaissant.

Sa voix grave et profonde était si tendre. Au début, je le confesse, j’avais du mal avec son accent australien très appuyé. Mais mon oreille a fini par s’y habituer et on se comprenait. J’avais même fini par le trouver sexy. Son accent hein !...Quoi que…

— C’est normal Gill. Tu m’as tellement offert pendant ces dix mois. Tu m’as fait découvrir ton pays et ta culture. On a pas mal voyagé aussi. On a fait beaucoup de choses tous les deux. Les cinés, les sorties, les pique-niques, les visites, etc. Bien plus que ce que j’ai pu faire avec mes homologues francophones.

— Tu m’as redonné goût à la vie. Sans toi je pense que j’aurais fait une grosse connerie.

Il me saisit la main en me disant ça. Cet homme, sous ce physique taillé en V et ces cheveux blonds coupés presque à ras, était un véritable cœur tendre. Pas une guimauve qui écœure, mais plutôt un doux bonbon réconfortant. Ses grands yeux bleus brillaient. Une larme coula sur sa joue. Je l’essuyais doucement avec mon pouce.

— Ne me remercie pas, j’ai fait ce qui était normal

— Je repense à toutes ces nuits où tu m’as entendu pleurer et où tu es venue alors que tu travaillais dans les heures à venir, cette fois où t’as caché mes ceintures, mes lames de rasoir et mes somnifères alors que j’avais ouvertement le projet d’en finir… Tu as tellement fait que j’ai l’impression de pas t’avoir assez rendu.

— Ne te mine pas pour ça. J’ai passé de tels moments avec toi que…

— Que quoi ?

— … que je songe à renouveler mon Working Holiday Visa.

— Vraiment ?

Il semblait contenir son bonheur avec une certaine difficulté. Les larmes avaient disparu.

— Oui. Et j’aimerais renouveler mon hébergement chez toi. Si tu es d’accord bien sûr…

Je le sentais rayonner. Visiblement, je lui avais illuminé sa semaine, voire son mois.

— Mais bien évidemment ma grande ! Tu restes autant que tu veux. Tu fais partie de ma vie maintenant.

Je lui sautai dans les bras, comme si des ressorts étaient fixés sous mes pieds nus. Il nous fit tournoyer un milieu de la cuisine avec euphorie, comme… un couple. Je le trouvais fort beau, c’est vrai. Et depuis des semaines je devinais ses regards qui glissaient sur mon corps. Autant avec respect que concupiscence. L’été pointait le bout de son nez dans l’hémisphère Sud et j’avais troqué mes jeans contre des shorts et des robes estivales aux couleurs gaies. Aujourd’hui j’étais vêtue d’une longue robe bleu turquoise qui m’arrivait aux chevilles. C’était ma tenue de tous les jours quand je ne sortais pas.

— On trinquera à cette nouvelle ce soir avec tout le monde. Dit-il avec un immense sourire ?

— Pour sûr ! Bon, je vais me laver.

— D’accord. Je vais en profiter pour nettoyer le barbecue.

— Tu ne veux pas un coup de main ??

— Non non ne t’en fais pas. Va te laver tranquillement.

Sous le jet d’eau tiède, je laissais mon esprit divaguer. Comme je voudrais que Gill me rejoigne dans la douche et qu’il me savonne. Imaginer ses mains fortes frotter ma peau me fit frissonner. Je ne pus résister à l’envie de me caresser le bouton tout en faisant rouler un téton entre mon pouce et mon index. Mes séances de masturbation se faisaient de plus en plus fréquentes tant il occupait mon esprit. Il fallait vraiment être la dernière des connasses pour oser quitter un homme comme lui. Sa richesse n’était pas dans son compte en banque, mais dans son esprit. C’était ça qui m’avait fait succomber. Ça et sa carrure si virile…

Une fois soulagée, je me séchais avec ma serviette de bain et enfile une robe blanche avec des motifs de plumes arc-en-ciel qui m’arrivait au-dessus des genoux. Je comptais lui en mettre plein la vue ce soir. J’habillais mes paupières d’un dégradé orange qui finissait en violet au fur et à mesure qu’on se rapprochait des cils. Cils que je couvrais d’une bonne couche de mascara noir après avoir entouré mes yeux d’un sensuel trait d’eye-liner de la même couleur. Mes cheveux humides furent retenus par un petit foulard orange noué sur le côté en un nœud basique, et je finis avec mon collier avec ma pierre de soleil. Je finalisais ma préparation avec un spray capillaire au monoï sur mes cheveux ondulés, et me voilà parée pour la soirée. Une paire de sandales bleues à petits talons m’attendait dans ma chambre.

Les mots de la langue française et anglaise additionnées ne suffiront pas pour vous décrire la grandeur de ses yeux et de sa bouche quand il me vit revenir dans le salon. On serait dans un cartoon il aurait eu la mâchoire à ses pieds, la langue déroulée comme un tapis rouge et les rétines en forme de cœur.

—En voilà une jolie pin up

Mes joues rouges devenues rouges me trahissaient. Touchée par ses mots, je me mis à tourner sur place pour faire bouger ma robe. Elle accompagnait mes mouvements fluides. Je devinais sans problème Gill qui ne décollait toujours pas ses yeux. Il était droit comme un I dans la pièce, son produit décapant dans une main, une éponge dans l’autre.

— Je… je vais aller me doucher rapidement. Les invités ne vont pas tarder.

— Tu veux que je fasse un truc pendant ce temps ? Je sors la viande ? Je mets la table dehors ?

— Tu peux commencer à préparer l’apéritif. Tu peux sortir les chips, les pistaches, bref ce que tu veux. Tu les mets dans les bols en plastique.

— À tes ordres !

Je sortis des cacahuètes, des chips au vinaigre et un petit mélange « asiatique ». Il rangeait les biscuits apéritifs dans le bar à alcool où se trouvaient toutes les boissons fortes. Le vin et les bières étaient dans le frigo de la buanderie. Et encore, chacun amène quelque chose. C’était la coutume en Australie.

Bols, remplis. Bougies à la citronnelle, allumées. Assiettes en carton, mises. Couverts, mis. Musique, enclenchée. Un best of des Midnight Oil ferait l’affaire.

— Mais que tu es parfaite. Dit une voix grave derrière moi.

Chemise blanche aux manches relevées jusqu’à ses coudes, jean brut, visage encore ruisselant d’eau et cheveux mouillés… Qu’est-ce qu’il est beau…

— J’ai fais que mon rôle de fille au pair

— Je n’en demandais pas tant. Ah très bonne idée les bougies antimoustiques

— J’en ai un qui m’a piqué à la cuisse cet après-midi. Donc j’ai pensé que c’était le moment d’inaugurer ces bougies.

— Et tu as eu raison

Cinq minutes plus tard, on sonna à la porte.

Ses amis, qui l’avaient également soutenu durant sa dépression, étaient tous là. Sarah et Jacob, un couple rayonnant d’amour qui vivait à l’autre bout de la ville accompagné d’Andy, un brave gars un peu trapu qui était le comique de la bande. Il avait vraiment le physique du rigolo de service. Le couple avait apporté une bouteille de vin rouge, et le bon vivant deux packs de six bières. Ils se claquèrent de grosses bises et chacun enlaça Gill en lui demandant comment il allait. Il affirma à trois reprises qu’il était heureux et qu’il avait une grande annonce à faire. Je me sentais visée…

— Il n’y a pas vos gamins ce soir ? Demanda Gill.

— Non, ils sont chez mamie pour la semaine. Répondit Sarah en posant son sac à main.

— Laquelle ?

— Belle mère. Mais ça va nous faire du bien de se retrouver tous les deux, hein mon roudoudou ?

—Oui ma fraise. Alors on a apporté le vin pour la viande. Un petit rouge qui ne paie pas de mine que je tiens d’un ami caviste. Tu m’en diras des nouvelles.

— C’est sympa Jake, mais je limite un peu l’alcool

— Ooooh, tu peux bien en boire un peu non ? Puis je croyais que t’étais plus sous antidépresseurs.

— Certes. Mais j’ai envie de réduire un peu. D’ailleurs, je vais la mettre sur le plan de travail. Allez vous installer dehors.

Je profitais d’être seule avec lui à la cuisine pour lui demander à voix basse quand il ferait cette annonce. Il me répondit qu’il ne pouvait pas attendre le repas et qu’il le ferait à l’apéritif.

À peine les bières furent débouchées qu’il se lança. Il se leva et demanda l’attention générale :

— Déjà j’aimerais tous vous remercier d’avoir été présents durant cette période où j’étais au plus bas. Feu ma mère m’a toujours dit que c’est dans les pires moments qu’on reconnaît ses amis, et ça n’a jamais été aussi vrai. Vous avez tous été présents, vous m’avez empêché de faire bien des conneries. Et rien que pour ça, je vous serai infiniment reconnaissant.

Nous applaudissions ce petit discours. Andy lançait des « bravo ! ». Gill fit un signe de la main et continua :

— Ce n’est pas fini… Et j’aimerais vous annoncer que notre miss Belgique a pour projet de signer pour un an de plus parmi nous. Cette même miss qui m’a été d’un grand secours et d’un grand soutien durant cette dure période, qui fait désormais partie de ma vie, et qui m’a fait faire des progrès en français.

Il m’avait fixée en me donnant ce surnom. Tous étaient enchantés de savoir que je comptais rester plus longtemps que prévu. Je dois avouer qu’ils m’apprécient bien. Le couple me considérait presque comme leur deuxième fille, et pour Andy je sentais que j’étais l’objet de fantasmes non assumés, mais qu’il gardait pour lui. Par respect

Sur ce flot de bonnes nouvelles, les bières furent descendues aussi rapidement qu’un verre de lait au petit déjeuner. Je m’apprête à allumer le barbecue quand la voix d’Andy légèrement éméchée me lança :

— T’es sûr que tu ne veux pas un coup de main ?

— Non non t’en fais pas. Je sais allumer un barbecue.

— Tu sais faire ça toi ?

— Pourquoi ? Ça t’étonne ?

J’étais amusée.

— N... non pas du tout. Juste que je n’ai jamais vu une femme allumer un barbecue.

— Et bien tu ne pourras plus dire ça.

Je ne le prenais pas mal bien sûr. Au contraire, je m’amusais de la situation et en faisais un peu trop pour distraire la galerie. Gill m’avait appris comment procéder et maintenant j’étais la reine du barbecue.

Pendant que je me régalais d’un délicieux hamburger, je tentais une petite approche discrète vers mon host dad qui exposait un nouvel avis nuancé sur la question aborigène en 2020 à Jacob qui semblait plus manichéen.

— M’enfin ils n’ont pas autant accès aux soins que nous, ni à l’éducation. Reconnais que c’est injuste comme situation. 

— Oui, mais ce que je veux dire c’est qu’il faut arrêter cette victimisation permanente. OK la génération volée c’est une honte. OK les Anglais ont empoisonné les points d’eau. Mais ça va faut passer à autre chose. Ils ont tous encore cette rancune envers les blancs comme si nous on était responsable des actes des Anglais. Mes ancêtres et les tiens étaient de simples fermiers qui ne faisaient de mal à personne.

— Mais ce n’est pas ce que je te dis Jake. Ce que je t’explique c’est que s’ils avaient un meilleur accès aux soins et à l’éducation ils seraient moins rancuniers.

— Mais ça n’a rien à voir. Personnellement je n’ai jamais vu une secrétaire refuser un rendez-vous médical en mode « parce qu’on ne prend pas les aborigènes ». Et encore je ne parle pas de ceux qui sont au fin fond du pays. Eux par contre ils ne se gênent pas pour nous regarder de travers parce qu’on est trop blanc.

La discussion montait dans les tours. Andy me regardait comme pour dire « here we go again », et Sarah hochait la tête de droite à gauche en fixant son mari d’un air blasé. Quand Jacob avait un peu bu, et encore c’était que des bières très légères, il partait dans un blabla socio-politico-historico-ethnologique en étant persuadé qu’il avait la vérité et la solution à tous les sujets. Je vous laisse imaginer ce qu’il a a dire sur le conflit israélo-palestinien….

— Ah toi tu réponds à la connerie par la connerie ??

— Mais ce n’est pas ce que je dis

Mon pied partit en direction de la cheville de Gill et l’effleura. Il eut un petit sursaut en bas de sa jambe. Sans doute qu’il ne s’attendait pas à ce geste de ma part. Je fus agréablement surprise qu’il y réponde favorablement. Je me doutais bien que je ne le laissais pas indifférent. Je devinais les regards sur mon corps quand on allait à la plage ou quand je portais des tenues qui mettaient en valeur les rares atouts que la nature m’avait offerts. Oui oui j’ai l’impression que niveau poitrine mon corps est resté bloqué l’adolescence alors que j’en suis sortie depuis des années ! Au point que je me demande pourquoi je m’arrête toujours devant les ensembles dans les boutiques de lingerie…

Bref, perdue dans mes pensées je ne remarquais pas que j’avais arrêté de bouger mon pied, mais que Gill continuait de caresser ma cheville avec le sien tout en continuant d’argumenter. Tout à coup, Sarah donna un coup de coude à son mari suivi d’un :

— Et si tu allais chercher le sorbet ?

— Bonne idée le sorbet. Ça a un effet lubrifiant. Lança Andy.

— Ça fait glisser ? Répondis-je

— Elle a tout compris !!!

J’éclatais de rire avec Gill pendant que le couple partait en cuisine. Oui je ne vous ai pas dit, quand Andy est schnolle il va rapidement sous la ceinture.

— C’est quoi déjà le sorbet ?!

— Citron ! cria Jacob

— Gill, il te reste de la vodka ?

— Il doit m’en rester un peu oui, pourquoi ?

— Je vais me faire un colonel ! Dit-il en se levant.

Il partit à l’intérieur. J’entendais la conversation graveleuse qui se déroulait dans la pièce.

— Un colonel ? Tu aimes ça ? Demanda Sarah. 

— Oui. Et si vous en connaissez une avec des bottes, une cravache et qui hurle des cochonneries en allemand, je prends !! Enfin… loin de là de vous insulter.

Je regardais Gill non sans une certaine gêne. Ce dernier profita que les invités étaient occupés pour me prendre la main.

— Tu passes une bonne soirée ?

— C’est plutôt à toi que je devrais poser la question

— Très belle. Et il n’y a pas que la soirée qui est belle….

Il me fit un petit clin d’œil tendre. L’alcool lui déliait-il la langue ? Voyons voir…

— Ooooh, tu es romantique quand t’as bu toi.

— Et non, je n’ai bu que deux bières, et je suis sur celles sans alcool depuis le début du repas.

Donc… depuis tout à l’heure il n’y avait que du zéro pour cent alcool dans son verre. L’illusion était si parfaite… Moi qui croyais qu’il allait finir aussi schnolle qu’Andy…

— Ah… Tu as donc toute ta lucidité. 

— Exactement. Et je pense chaque mot…

Il vérifia que personne n’avait les yeux rivés dans notre direction, et me fit un tendre baisemain. Mon cœur battait sous ma robe et dans mes tempes. Il semblait se contreficher de nos deux décennies d’écart. Son regard et sa tendresse habituelle en disaient long… Ça sonnait comme une évidence. Une réciprocité à ce qui s’était éveillé en moi depuis des semaines et qui me hantait.

Je voulais l’embrasser, là, maintenant, tout de suite ! J’avais à peine commencé à avancer mon visage que je fus coupée dans mon élan par la porte vitrée qui s’ouvrit d’un coup.

— Oh ça va j’ai rien contre les Allemands ! Ils ne m’ont rien fait personnellement ! Lançait Jake. 

— Je disais ça pour ne pas te vexer. Répondait Andy, un brin gêné. 

— J’ai passé l’âge de me victimiser pour un rien. Je laisse ça aux féministes 2.0 qui hurlent au sexisme si un homme leur tient la porte.

L’air de rien, j’envoyais un rapide sms à Gill. Je faisais mine de répondre à ma famille restée à Namur.

« J’ai envie de t’embrasser… »

Il me répondit en prétextant répondre à sa psychologue qui lui demandait s’il voulait avancer son rendez-vous pour la semaine prochaine.

« Moi aussi. Et depuis longtemps »

Bizarrement j’avais hâte qu’ils partent. Mais en même temps j’appréhendais la suite des évènements. Gill était mon host dad avant tout… Mais bon, certaines choses ne se contrôlent pas. Qu’allait-il se passer une fois la porte claquée ?

La réponse tomba environ une heure plus tard. J’étais en train de ranger les bouteilles dans le frigo quand je sentis deux grandes mains remonter vers mes épaules et des lèvres pulpeuses se coller contre ma tempe. Je tournais la tête pour lui faire face. Nos nez s’effleurèrent doucement dans un petit baiser papillon. Puis nos lèvres se rencontrèrent, enfin !

Depuis le temps que je rêvais de ce baiser. Un baiser à son image, tendre et passionné.

Sa bouche se décolla, s’ouvrit un peu comme s’il cherchait ses mots et qu’ils ne voulaient pas sortir. Puis il lança ses mots qui résonnèrent dans toute la pièce :

— Je t’aime…

Il l’avait dit dans ma langue maternelle. Cette déclaration inattendue ricocha dans mes oreilles, dans mon esprit et dans le salon. Elle flottait entre nous et attendait une réponse. Mon cœur manqua d’exploser de bonheur.

— Moi aussi !! Dis-je

Presque je l’avais crié. Comme pour lui prouver que j’étais sincère.

Ce fut à mon tour de l’embrasser. Avec la même sincérité que ce que j’avais dis précédemment. Nos langues ne mirent pas longtemps à se rencontrer. Dos à lui, je sentais ses mains venir sur mes hanches, caresser mon ventre, puis encouragé par mon petit gémissement il remonta vers mes petits seins presque inexistants. Je posais mes mains sur les siennes pour l’encourager à réveiller les deux petites pointes sous le tissu. J’ondulais doucement des hanches contre son entre-jambes que je sentais grossir lentement.

— Tu veux vraiment ? Me me demanda-t-il, gentleman

— Oui… Tu en as ?

— Il m’en reste dans la table de nuit.

— Tu me rejoins dans ta chambre ?

— J’éteins le salon, je mets l’alarme, et je suis tout à toi.

Je partis presque en courant vers sa chambre qui était à côté de la mienne. Je me jeta sur son lit, envoya valser mes sandales dans un coin de la pièce ainsi que mon foulard dans mes cheveux et l’attendit. J’en profitais pour ouvrir son tiroir et poser un préservatif sur son oreiller. Il y a mieux pour célébrer un nouvel amour réciproque qu’une conception.

Une fois arrivé, il s’allongea à mes côtés et m’invita à me loger dans ses bras. J’appréciais ce long câlin. Le calme avant la tempête. Mes yeux plongés dans les siens remarquaient ses pupilles  dilatées. Ses doigts agiles remontaient dans mon dos le long de la fermeture éclair de ma robe. Je devinais qu’il avait envie de l’ouvrir. Je lui donnais mon consentement en lui déboutonnant sa chemise tout doucement. Dévoilant ainsi son torse imberbe où trônait une simple rivière de poils au niveau de son ventre et qui descendait sous la ceinture. Il avait ouvert ma robe au même moment. Les deux bouts de tissu finirent au sol. J’étais désormais poitrine nue, habillée seulement de mon tanga blanc. Il semblait apprécier la vue de mon corps allongé sur le dos.

— Tu as un très beau corps. Me dit-il.

— Pas autant que le tien… Toi au moins on sait qu’on a affaire à un adulte

— Tu dis ça par rapport à tes seins ?

—... Oui…

Il passa une main sur l’un et le palpa avec douceur. Son pouce faisait le tour de l’aréole. Des picotements commençaient à naître dans mon ventre.

— Ils sont très mignons

Comprenant l’effet que ses caresses avaient sur mon corps et mon désir de lui, il se baissa à hauteur de mes deux petites pointes et en goba une. L’avantage d’une poitrine de petite taille comme la mienne était que j’en étais hautement sensible. Je poussai un petit cri quand il en prit une entre ses dents et tira dessus. Je descendis ma main vers mon sous-vêtement déjà bien humide et commençais à me caresser à travers le tissu poisseux.

— Tu te caresses ? Coquine. Dit-il avec amusement en levant la tête vers moi

— Si tu savais combien de fois je me suis touchée en pensant à toi…

— Vraiment ?

Il semblait à la fois surpris et flatté.

— Oh oui…

— Je peux confier un petit truc ? J’aime regarder. 

— C’est-à-dire ?

— Bon pas regarder par le trou de la serrure à l’insu de la personne bien évidemment. Mais j’aime regarder une femme se caresser.

Il aimait mater… Et bien il allait être servi, mon amour d’host dad.

Je fis descendre mon dernier vêtement que j’envoyai valdinguer dans la pièce et commençai doucement à caresser mes lèvres. Le regard qu’il eut en me voyant la main entre mes cuisses écartées et mon corps bouger doucement sous mes caresses fut indescriptible. Comme s’il voyait enfin quelque chose dont il rêvait depuis longtemps. Le voir déboucler sa ceinture devant moi et dévoiler ses jambes finement musclées eut l’effet d’un violent courant électrique depuis mon vagin jusqu’à dans ma colonne vertébrale. Je me caressai plus vite à la vue de son membre en semi-érection. J’avais envie de le goûter, sentir sa chaleur contre mes lèvres, balader ma langue sur ce gland rose foncé, gober ses testicules, d’être enivrée de cette odeur musquée si primaire.

— Tu veux te faire venir sans moi ? Me demanda-t-il, toujours amusé

— J’espérais que… tu t’occupes de moi

Il posa sa main sur la mienne et la fit remonter doucement jusqu’à lui. Il renifla mes doigts humides et les mit dans la bouche, sans me quitter des yeux. Il aspirait le liquide qui les souillait. Je sentais sa langue aller contre mes ongles et contre la pulpe de mes doigts. Comme s’il voulait me prouver que sa langue pouvait en faire autant sur une autre partie de mon corps.

So delicious… Dit-il en ôtant mes doigts de sa bouche.

— Je suis sûre que cette langue pourrait faire des merveilles à un autre endroit

— La tienne pourrait en faire autant… Do you know… sixty-nine ?

J’avais peu fais cette position. La redécouvrir avec lui était inespéré. Je ne voyais ça que dans mes fantasmes. J’acceptais d’un hochement de la tête.

Il se positionna sur le dos. Je mettais mes genoux de part et d’autre de son visage, lui offrant la vue complète de mon entre-jambes couverte d’une légère toison drue et courte. Il attendit que je sois à la bonne hauteur de son membre avant de commencer à titiller mes grandes lèvres à coup de petits baisers qui allaient un peu vers l’aine avant de revenir vers ma rivière brûlante. De mon côté, je bécotais son gland humide déjà couvert d’un peu de liquide séminal. Ce mélange de sueur et d’odeur musquée éveillait en moi mes instincts primaires. Je ne voulais pas du sexe « papa/maman » comme j’étais habituée avec mon ex petit ami, je voulais quelque chose de vraiment primaire. Je voulais me faire coquine, gourmande, presque chienne. Je voulais goûter à son expérience.

J’enfonçais son membre chaud dans ma bouche. Il gémissait contre mes nymphes qu’il écartait avec ses pouces. Sa langue dure s’enfonçait dans mon trou. Puis allait vers mon clitoris qu’il stimulait en faisant de petits cercles tout autour. Je respirais fortement tout en le suçant avec amour et désir. Une main tenait sa queue bien dure pendant que l’autre malaxait ses testicules lourds de privation. C’est qu’il était vraiment doué de sa bouche, mon amour d’host dad. Comme si chacun répondait aux stimulations de l’autre. C’était beau… J’aspirais sa queue comme il aspirait mon bouton de chair.

— Like this … yeah… Je gémissais dans sa langue maternelle. Lick me … yeah…

Ses mains lâchèrent mes lèvres pour remonter vers mes fesses nues qu’il massait avec ferveur. Je gardais son membre dans ma bouche, sans bouger. Je me contentais de gémir contre cette peau lisse qui avait déjà pris le goût de son liquide pré éjaculatoire. Je le fais cogner au fond de ma gorge avant de le retirer. Je sentais la salive couler sur mon menton et le relier à son gland.

— Doucement ! Doucement… I will come

— Alors, prends-moi

Je roulai sur le côté pour me mettre sur le dos, les jambes écartées, totalement offerte à lui. Il déroula le préservatif sur sa queue bien dure, se mit au-dessus de moi sur ses bras et me pénétra doucement. Je me raidis sur le coup. Je me sentais écartée, dilatée par cette épaisseur à laquelle j’étais peu habituée. La nature l’avait gâtée à ce niveau-là aussi. Même si évidemment, la taille ne compte pas. Mais je me sentais totalement remplie de lui.

Mes jambes enlacèrent sa taille comme pour le garder au plus près de moi. Il commença à aller et venir. Son pubis frottait mon clitoris gonflé et sensible. La position était parfaite et je me sentais décoller au fur et à mesure de ses coups de reins. Une de ses mains caressait mes seins pointus et durs comme deux petits bouts de corail. Nos corps continuaient d’onduler dans une danse lascive et torride. Une danse qui nous faisait suer de plaisir. Plus érotique qu’un tango argentin. Mes gémissements étaient devenus de petits cris.

Dans l’action, je fais signe à mon amour de changer de position. Je voulais le dominer pour le sprint final. Je voulais lui arracher et lui offrir ce plaisir qu’il n’avait pas connu depuis des années.

Je me retrouvais à califourchon sur lui, sans perdre le lien qui unissait nos corps. Je plaquais mes mains sur son torse et le chevauchais fièrement. Ses mains saisirent mes fesses pour accompagner mes mouvements. Je sentais sa queue palpiter dans mon vagin. Les cris de mon amant résonnaient dans mes oreilles.

— Tu es… magnifique… Me dit-il.

— Toi… aussi… Oh oui… Oui…

Je n’étais pas loin… Je n’allais pas tarder à jouir… Je voulais essayer de le faire venir en même temps que moi, comme dans un cliché de film. Je m’agrippais à son épaule d’une main, l’autre griffant son ventre, et accélérais mes mouvements. Mes cheveux collaient mon visage trempé de sueur, ma bouche d’où sortaient mes cris de plaisir proches de l’orgasme était sèche.

— I’m Comming… I’m Comming !! criait Gill toujours cramponné à mes fesses.

— Let’s come … together… Now!

Enfin… l’explosion ! Comme dans un de ces films mainstream nous avions réussi à jouir ensemble, sans aucune retenue. Dans cette petite mort, nous nous sentions vivants.

Je me laissais tomber doucement sur lui. Nos cœurs battaient à l’unisson.

Au bout de plusieurs minutes, nous retrouvions une respiration calme. Une de ses mains était posée sur mon dos, l’autre caressait doucement mes cheveux collés par un mélange de sueur et de spray au monoï. Il me fit un petit baiser sur la joue que je lui rendis.

Après une douche rapide, nous étions sous le drap entrain de nous câliner. Je savourais ce renouveau dans ma vie sentimentale. Cela dit, j’appréhendais la réaction de mes parents restés au pays. « Coucou, maman, coucou papa. J’ai un truc à vous dire, je suis en couple avec mon host dad et je reste en Australie. Sinon ça va ? »

Mais bon… En même temps ça ne regarde que moi. J’aime Gill, il m’aime, nous nous aimons, et c’est ce qui compte.

— Je pensais à un truc… Me dit-il doucement

— Oui ? Quoi ?

— Et si on se refaisait un road trip ? Comme on a fait quand on a été à Sydney.

— On irait où ?

— À Uluru

— Le Red Center ? L’Ayers Rock ?!

— Exactement. Je sais que tu rêves de le voir en vrai. On se programme ça, on fait les valises et on part ensemble. On fera ça à notre rythme, sans se presser.

Bon sang comme je l’aime…

L’idée d’un nouveau road trip avec Gill non plus comme host dad, mais comme moitié me fit avoir une bouffée de bonheur. J’acceptais son idée en l’embrassant.

Il me parla ensuite de refaire un visa comme résidante permanente.

Tout allait si vite. Mais c’était ce que je voulais. Je le voyais revivre après des mois à broyer du noir et vouloir en finir avec la vie. Il voulait désormais la prendre à bras le corps et la dompter. Avec moi à ses côtés.

Mille fois oui !!

Appuyez sur "Entrée" pour effectuer votre recherche