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Ho, ho, ho! La bedaine du Père Noël

Hier soir, j'ai caressé le ventre du Père Noël. Il était rebondi et velu, pas si beau à voir et hors des canons esthétiques masculins actuels. Mais il était doux, son ventre, et, visiblement, il a bien aimé ça, le Père Noël. Et ça, oui, ça m'a fait plaisir à moi aussi. Ce n'est pas si souvent que je peux ainsi dodicher un beigne. Je sais que j'ai réussi à le détendre un peu juste avant ce qui s'avère une période très chargée pour lui au niveau professionnel. J’ai retiré une certaine satisfaction à caresser sa belle bedaine poilue, bombée, juste au-dessus de son ceinturon à la boucle énorme, qui tient ses pantalons mal coupés par dessus ses sous-vêtements en flanelle. Il gémit fort quand je lui fais ça, mais tout ce qu'il sait dire, c'est « ho, ho, ho ! ».

Je suis contente, aussi, de tout ce qu'il m'a apporté. Il n'est pas très doué dans les arts érotiques, en fait. Ce n'est pas son domaine, donc il compense en se montrant généreux, très généreux. Et pas qu'avec moi, j'en suis bien consciente. Ça peut s'expliquer : avec la Mère Noël, ça fait un bon moment déjà qu'ils ont cessé de pratiquer... Elle s'est mise au tricot entre deux fournées de petits bonshommes en pain d'épice. Bon, il paraîtrait –mais est-ce que ce sont de méchantes rumeurs?– que pendant que le Père Noël s'en va jouer au golf en Floride, après les fêtes, et bien, le Père Fouettard rejoint discrètement la Mère Noël au Pôle Nord et qu'ils s'amusent ensemble pendant quelques jours. Les elfes ont congé à cette période de l’année. Les rennes, en revanche, entendent leurs cris et de drôles de bruits, mais comme ils ne savent pas parler, ils ne disent rien. Ils se sont  demandé où était passé le fouet pour diriger le traîneau ? De toutes façons, le Père Noël s'en fiche de ce que fait Madame Noël... Il y a deux ans, le Père Fouettard avait oublié son ceinturon dans la Maison Noël. Sûrement un acte manqué ? Lui et la Mère Noël avaient pensé à ramasser tous les préservatifs et leurs emballages qui jonchaient le sol, mais, pour une raison étrange, il était reparti sans son ceinturon. À la hâte, peut-être ? Le Père Noël l'a trouvé et l'a porté pendant près de deux semaines en pensant que c'était le sien, tout en se disant qu'il était trop serré pour lui... « Mince, j'ai encore pris du poids ! » a-t-il pensé. À part ça, il n'a rien remarqué. Je crois que ça lui est un peu égal, ce que fait la Mère Noël, tant qu'elle nourrit les elfes et les rennes, gère l'atelier, s'occupe de sa correspondance et assure le reste de l'intendance, et bien, elle fait ce qu'elle veut. Et elle a raison. Lui, il fait pareil. Elle le sait, mais ça ne l’empêche pas de l’attendre qui rentre de sa tournée avec un tasse de chocolat chaud aux guimauves fondantes.

Mais revenons à hier soir : le Père Noël, donc, s'est de nouveau rendu chez moi. C'est sûrement parce que je suis sa plus féroce contemptrice. Il revient chaque année pour tenter de me faire croire à son existence. J'ai commencé à m'y habituer et même à y trouver du plaisir. On dit qu'il y a quatre âges dans la vie d'un homme : d'abord celui où il croit au Père Noël, ensuite celui où il ne croit plus au Père Noël, puis celui où il est le Père Noël, et enfin celui où il ressemble au Père Noël. Pour une femme, c'est différent.

Quoi qu'il en soit, il faut bien admettre qu'il est généreux. Il prodigue ses largesses avec le sourire et des yeux qui pétillent derrière ses petites lunettes rondes. C'est un peu comme s'il jouissait quand il m'offre des cadeaux. Je fais durer le déballage et je me dévoile aussi, en ôtant mes vêtements un par un, au fur et à mesure. Les poils de sa barbe blanche frétillent. Je ne vais pas vous mentir : physiquement, il n'a plus grand chose à offrir. En tout cas, il avait la barbe avant que ça ne redevienne cool. Peut-être était-il un bel homme dans sa prime jeunesse ? Je ne sais pas ce qu'en pensent les autres (car il y en a d'autres, j'en suis certaine), mais, pour ma part, je ne peux pas dire qu'il soit un bon amant. Ce n'est pas le plus médiocre mon plus, mais il manque de pratique et de technique. Toutefois, il a le cœur sur la main et, quand il me visite, son pénis dans les miennes. Cela lui fait bien de l'effet, même s'il faut prendre son temps. Je crois qu'il a quelques problèmes au niveau vasculaire, ce pauvre homme. Heureusement, il n'est jamais pressé.

Hier soir, il m'a gâtée. J'avais plein de souhaits sur ma liste secrète : du lubrifiant biologique à l'aloé véra, une de ces bougies qui, en fondant, rend une huile de massage à l'odeur de vanille, un string en dentelle de couleur rouge, un soutien-gorge assorti, à la bonne taille ET confortable pour y ranger mes seins (généralement pas pour très longtemps), une nouvelle natte de yoga, un set de douze bouteilles de kombucha aromatisé... et une série "d'accessoires de chambre à coucher" comme on dit en ces terres puritaines. J'en parlerai une autre fois. Il m'a tout amené, sauf les bouteilles (trop lourdes à porter car il ne pouvait pas garer son traîneau avec les rennes et tout sur le stationnement d'en face, en pleine banlieue de Hamilton...). Je lui ai demandé, une fois, si, pour venir, il volait dans les airs aussi, sans le traîneau, un peu comme Superman… Il a répondu en me montrant son ticket de métro.

Le Père Noël s'est donc rendu jusqu'ici. C'est assez étonnant. Il est venu cette année encore, malgré le fait que j'ai été très, très naughty... Je n’ai pas été sage, oh que non ! Je n'ai pas été une very nice girl cette année, c'est le genre de choses qu'il ne faut plus me demander : je n'ai jamais été et ne serai jamais une gentille petite fille à son papa Noël, loin de là. Cette année, encore plus que la précédente, j'ai redoublé d'efforts pour subvertir le patriarcat et me réapproprier la puissance de mon plaisir et de mon désir.

Hier soir, donc, j'étais sur le point d’aller me coucher quand j'ai entendu :

- Ho, ho, ho !

Le voilà ! C'est lui, oui, c'est de nouveau lui, je le sais. Par chance (ou par habitude), je suis de nouveau seule à la maison. Par où arrive-t-il ? Par un conduit étroit, serré. Le voilà sorti de ma cheminée ? Sauf que ce logement n’a que des conduits de chauffage, mais pas de cheminée. Comment fait-il, alors ? Sort-il tout droit de mon imagination ?

- Ho, ho, ho !

C'est tout ce qu'il dira. Impossible d'avoir avec lui de longues conversations, mais ses yeux rieurs savent me parler et il est plutôt doué au niveau de la communication gestuelle.

- Ho, ho, ho !

Son rire bonhomme résonne encore à mes oreilles. C'est tout ce qu'il sait dire, mais il le dit tellement bien et sur différentes intonations, si bien qu'il peut se faire comprendre juste par ces trois syllabes : « ho », encore un « ho », et puis un troisième « ho » qu’on attend comme une éjaculation qui arrive enfin. C'est magique, oui, la magie de Noël d'une communication non-verbale, tactile, sensuelle et, pour finir, érotique. Je n'aurais jamais pensé ressentir du désir pour un tel homme, l'envie de lui faire plaisir, de voir qu'il s'en réjouit.

Au moment où il pose ses mains sur moi pour la première fois, son « ho, ho, ho » est doux, comme ses paumes gantées sur mes seins. Pareil quand il se laisse toucher. Après quelques mouvements d'échauffement, il fait aussi des plus longs « hooo, hooo, hooo ! » quand il commence ses va-et-vient. Il est d'abord entré tout doucement, encore un peu mou, mais pas tout à fait, comme le bâton de vrai beurre qu'on met à ramollir pour fabriquer la pâte des biscuits étoilés à la cannelle. Il ne perd pas sa forme, mais il n'est pas vraiment dur. Assez pour entrer toutefois. C'est l'âge. Ou son surpoids ? Dans son cas, c'est un problème physique, car il était excité, c'est certain. Et quand bien même il serait résolument impuissant, je trouverais encore moyen de lui faire plaisir. Il aime par-dessus tout ces caresses sur sa grosse bedaine et son torse, suivies par des petits baisers. Mon rouge à lèvres laisse  quelques traces dans sa toison blanche.

Quelques instants plus tard, ses « ho, ho, ho » scandent en rythme ses coups de reins, devenus plus vigoureux contre mes fesses, à quatre pattes au beau milieu des draps de satin rouge, une position facile pour lui, pas trop exigeante. C’est qu’il peut tenir longtemps pour autant que ce soit confortable.

L'année passée, il s'était posé sur le dos et m'avait fait comprendre que je devrais le chevaucher, ce que j'avais fait bien volontiers... Andromaque de la Nativité, mélange des genres et des mythologies. Comme en cette fin d'année, sa visite de décembre dernier aussi était placée sous le signe du rouge : les bougies rouges de la couronne de l'Avent, trois déjà allumées, les coussins rouges du canapé, la couverture assortie, et j'avais mes règles, en plus de ça. Cela ne l'a pas dérangé. Comme le Père Noël, on ne sait jamais exactement quand elles vont débarquer. À califourchon sur lui, tout l'effort était pour moi, mais j'en avais aussi retiré beaucoup de plaisir. Il avait bien aimé me voir me toucher devant lui et c'est sans réticence que je lui avais offert ce spectacle, là, dans mon salon, à la lueur de l'arbre de Noël brasillant, mon beau sapin que j’avais enguirlandé dès son arrivée. Les lumières scintillantes ont éclairé mon orgasme, salué de son « ho, ho, hooooooooo ». Généralement, il choisit de disparaître peu après. Comment ? Cela reste pour moi un mystère. Après avoir joui, je m'effondre sur lui, il me prend dans ses bras avec une tendresse facile à imaginer, et je finis par m'endormir. Et puis, quand je me réveille, il n'est plus là, et ses habits non plus.

Cette année, ce sera plus confortable dans la chambre à coucher. J'ai envie d'y installer une caméra secrète... Non ! Pas pour filmer nos ébats ! Quelle drôle d’idée ! Qui voudrait voir cet illustre vieillard en pleine action ? Cela n’a rien de gracieux, cela mettrait à mal tout le mythe du Père Noël. Non, j’aimerais juste comprendre comment il fait pour disparaître ainsi. C'est rare que je m'endorme après l'orgasme. Lui me fait sombrer dans un sommeil profond et plein de doux rêves qui sentent les oranges et les clous de girofle, comme mes draps. Est-ce aussi la magie de Noël ? Non, pas question de nous filmer. Un jour, peut-être, je comprendrai. Ou il me le dira ?

Hier soir, donc, après le lent déballage des cadeaux, je le conduis dans la chambre à coucher. Je lui dis de se mettre à l’aise et je vais me changer : un string et une nuisette noire toute brillante, quelques paillettes sur ma peau, les cheveux détachés, et du rouge à lèvre de la même couleur que son manteau. Je reviens vers lui et constate qu’il a l’air aussi émerveillé qu’un gosse découvrant, au pied du sapin, le jouet dont il rêvait depuis des mois. C’est ça qui est bien avec les hommes de son âge : un rien suffit à les impressionner et ils n’ont pas le cerveau tout gâté par du porno (on ne peut pas en dire autant des jeunes elfes). Quelques instants plus tard, sur le lit, en rythme, mes seins se balancent sous moi, caressant le tissu soyeux de la nuisette. Il a écarté la ficelle du string en dentelle rouge sans même me l'enlever. Il est plus actif que l'an passé, plus dur aussi. Peut-être s'est-il fait prescrire une potion magique avant de venir ? Maintenant que nous sommes en plein cœur de l'action, il y va fort, en levrette. Je le sens tout au fond de moi et il glisse tout le long de mon conduit étroit, comme lors qu’il se faufile dans les cheminées : mouvement vertical, en bas, en haut, un coup de dedans et puis dehors, et ça recommence. J’entends un « Ho, ho, ho » de trois mouvements, puis une petite pause et de nouveau, comme une triple croche, « ho, ho, ho » de trois va-et-vient. Je l'accompagne de mes « ha, ha, haaaa », de plus en plus languissants. Je me laisse aller et j'y trouve du plaisir. Si on ne savait pas qu'il s'agit du Père Noël, en voyant cette scène, on ne le devinerait pas : une fois déshabillé, sans ses attributs, on ne voit qu’un homme rondouillard et doux, avec une belle barbe blanche, soigneusement entretenue, des cheveux blancs aussi et bien coupés. Tiens, je m'aperçois qu’il a gardé ses chaussettes rayées… et ses gants blancs. On verrait un homme à genoux derrière une femme un peu plus jeune que lui, en train de la pénétrer avec délectation, lui massant le dos ou saisissant ses poignées d'amour. Seul ses « ho, ho, ho » (et ses gants) le trahissent. Bon, ses gestes ne sont pas très élaborés... Comme je le disais, c'est aussi qu'il n'a pas trop l'habitude. Il ne le fait pas souvent. Moi non plus, d'ailleurs, à deux… toute seule, c’est une autre histoire, une belle histoire, aussi belle qu’un conte de Noël. Du coup, ça lui fait vraiment du bien. Et à moi aussi…

Voilà, je me suis de nouveau endormie dans ses bras, sa barbe douce chatouillant ma nuque. Quelques heures plus tard, je me réveille en sursaut. J’ai soif et aussi un peu faim. Sur la table de nuit, il y a deux tasses de lait de poule : l’une est vide et l’autre est à moitié pleine. Je porte toujours le string de dentelles rouges et la nuisette. Mes cheveux sont en bataille. Les paillettes un peu partout sur mes joues. Le nouveau tube de lubrifiant biologique à l'aloé véra est toujours posé au bout du lit, les "jouets pour adultes" aussi. Sur les draps en satin rouge, il y a quelques cheveux et des poils de barbe (ou sont-ce des poils pubiens ?) tout blancs. Et ce ne sont pas les miens.

Sur la table de nuit, je trouve une carte de vœux, avec, sur fond rouge, le portrait de mon amant (imaginaire ?) de la nuit passée. Il y est écrit, évidemment, « Ho, ho, ho ». Je l’ouvre et lis ce message :

Ho, ho, ho, honey ! Circé, ma toute belle, qui ne crois plus en moi, qui ne crois plus en rien, mais qui donnes toujours beaucoup et si bien…

Certaines personnes diront que la plus belle chose sur la terre, c'est de faire l'amour. Peut-être ont-elles raison. C’est même l'une des choses qu'on me réclame souvent, mais je ne suis que le Père Noël et, pour les miracles, il ne faut pas s'adresser à moi.

Même si ce n'est pas forcément avec force et avec une passion débordante, même sans les feux d'artifice et la vigueur de la jeunesse… Même si c’est avec calme... Même sans dire un mot... Oui, c'est une belle chose que de faire l'amour (surtout avec toi). Oui, le sexe, c'est bon, et ça fait du bien. Mais moi, je préfère encore la fête de Noël... car c’est plus souvent.

L’an prochain, je reviendrai te voir. D’ici là, surtout, ne sois pas trop sage !

Le Père Noël

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