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Hosanna

Ne dites pas : « Elle jouit comme une jument qui pisse. » Dites : "C’est une exaltée."

Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation de Pierre Louÿs, 1926.

Elle avait commencé son monologue par une brume d’onomatopées à peine esquissées. La rumeur d’un plaisir naissant et fragile. Les yeux clos le plus souvent, elle entrouvrait ses lèvres rosées et, d’un souffle léger, se faisait le porte-parole de ses seins dont je léchais les mamelons. Lentement et concentriquement.

La rumeur se précisa lorsque mes lèvres enserrèrent le téton. Garrot de velours.

Je sentis son corps s’arquer. La douceur de son sein s’étendre sur mon visage. Ma langue porta des uppercuts ravageurs sur ce bout de chair turgescent.

La tonalité devint plus aiguë.

Je décidais de faire jouer ma main sur son ventre. Caresses du bout des doigts. Guérilla sur épiderme et interjection d’eau sur pierre brûlante. Bouche lentement ouverte. Nuque tendue et gorge offerte.

Son cou m’offrit des opportunités que je ne pus que saisir. Meute de baisers sortant du bois pour se jeter sur la victime consentante. Le dard de baisers à la taille de guêpe et la morsure de sombres baisers transylvaniens. Zone érogène sous contrôle. Quadrillage du terrain. Aucune résistance ne fut tolérée.

Ma main glissa vers ses abysses émouvants. Gémissements venant des profondeurs lorsque j’écartai les lèvres de sa plaie à l’âme. Les embruns avaient mouillés sa roche Tarpéienne. J’y paradai quelque temps alternant flatteries et vigoureuses accolades.

Le registre vocal se métamorphosa. Les adverbes claironnèrent leurs doléances. Les onomatopées, bruits de gorge profonde, emplirent l’espace de la chambre. Dripping sonore façon Pollock.

Je précipitai ma main coupable vers ses profondeurs humides et chaudes. Majeur et index plongèrent alors que mon pouce resta, dans un geste désespéré, accroché au surplomb clitoridien.

Exclamations de surprise et voyelles jouissantes. Accompagnement vocal de l’exploration déterminée de mes doigts. Leurs va-et-vient métronomiques, leurs tâtonnements affamés, leurs frottements attentionnés mirent en branle l’exécution de sa partition. Petite musique de chambre.

Mon annulaire cerclé par l’anus lui fit chanter une ronde. La première lettre d’un alphabet musical dévoyé se prononçant, la bouche bien ouverte, par une profonde inspiration.

Crissement des ongles sur les draps lorsque mes lèvres se posèrent sur l’anche. J’obtins alors un vibrato très convaincant qui me donna rapidement son eau à la bouche.

Mon pouce rejoignit l’index et le majeur, un faisceau solide à géométrie variable jouant avec virtuosité sur la tension de ses cordes vocales.

Le chant de ma Walkyrie s’amplifia, son corps était défendant et ma langue vivante. Elle jouit avec amplitude, elle jouit dans le bruit et la fureur. Son chant de sirène était si émouvant que j’en fus aspergé.

C’était si beau, si entraînant que j’entendis le voisin battre la mesure sur le mur de la chambre.