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Intéressant Voyage

Mardi, la journée la plus chargée de la semaine et celle où je commence le plus tôt. Je prends place à bord du train qui va de la gare de Blois jusqu’à Paris sans changement à Orléans. Je m’installe dans un compartiment vide de la première voiture accrochée à la locomotive. Je n’ai pas la chance d’avoir une chambre étudiante et mes parents ne peuvent pas me payer un studio sur Paris et sa proche banlieue. Je dois m’accommoder des trains pour la poursuite de mes études.

Malgré l’horaire précoce, j’apprécie le mardi pour la chance de ne prendre qu’un train, à l’aller comme au retour. Une fois installée, j’ouvre mon manteau de mi-saison et le retire ensuite. Les beaux jours reviennent mais il fait encore un peu frais le matin, ce qui ne m’empêche pas de porter une jupe avec des collants. J’ai bien l’intention de profiter de ce soleil après un printemps pluvieux interminable.

Lorsque l’intercité démarre, je regarde à travers la vitre le ciel noir que le soleil ne tardera pas à chasser. J’aime bien cette partie de l’année où je descends du train en plein jour alors qu’en hiver je passe tout le trajet dans l’obscurité. Cela me redonne toujours le moral, surtout à l’approche des examens de fin d’année.

J’entends le bruit du train qui tente de couvrir ma musique et je tourne la tête vers la porte ouverte du compartiment. Un homme en costume sous son manteau sombre qu’il tient dans sa main, vient d’entrer. Probablement un cadre. Je me demande pourquoi il vient s’asseoir ici alors qu’il doit y avoir d’autres compartiments libres et certainement en première classe. D’habitude, je voyage seule jusqu’aux Aubrais, le seul arrêt avant Paris. Souvent à cette gare, beaucoup de personnes montent dans le train et je me trouve avec des compagnons de route pour le restant du trajet. J’aime bien les compartiments, ça me permet d’être isolée mais je n’ai pas toujours la chance que le premier wagon en possède.

Après avoir posé sa petite valise sur le porte-bagages, l’homme aux cheveux grisonnants me sourit et je réponds poliment à son sourire même si cette situation inhabituelle m’agace. Il se met en face de moi alors qu’il y a suffisamment de place pour éviter que nos jambes se gênent. Je le dévisage pour essayer de savoir à qui j’ai affaire. Il doit avoir la quarantaine passée, un léger charme se dégage de lui et il inspire une certaine confiance. Rien à voir avec les pervers qui vous font hérisser les poils.

Je tâche de faire abstraction de ses genoux qui frôlent les miens même si j’ai très envie de lui dire de prendre un autre siège. Après tout, il y en a d’autres de libres. J’écoute ma musique en regardant à travers la vitre. J’aperçois une pâle lueur naître à l’horizon et je finis par me plonger dans ma solitude.

Quelques minutes plus tard, je sens un coup de genou puis une main qui se pose sur le mien. Je tourne la tête vers l’homme qui me fixe avec un regard désolé.

— Pardonnez-moi.

Je hoche la tête sans hésitation, après tout il m’offre des excuses, ce qui n’est pas le cas de la plupart des gens dans les transports. Pourtant, il laisse sa main posée sur ma rotule et je sens de la chaleur. Cela me surprend car les miennes sont encore froides depuis que je suis sortie de chez moi. Je regarde sa main puis ses yeux pour lui faire comprendre de l’enlever.

— Le voyage serait plus agréable si nous parlions. Aujourd’hui les gens ne prennent plus le temps de discuter.

Poliment je retire mes écouteurs, j’hésite entre l’ignorer et faire l’effort de converser avec lui. Mes yeux se posent sur sa main gauche posée toujours sur mon genou et je remarque une alliance. Naïvement, j’en déduis qu’un homme marié ne peut pas s’intéresser à quelqu’un qui doit être vingt ans plus jeune que lui. J’imagine qu’il a peut-être une fille dans mes âges. Je sens surtout que si je ne lui parle pas, il continuera de faire des tentatives, comme les personnes âgées qui vous parlent dans les files d’attente alors que vous préférez garder le silence.

— Je m’appelle Henri.

Cela me fait une belle jambe de l’apprendre ! Même après ce voyage, ce sera toujours l’inconnu que j’ai croisé dans le train en allant à la fac et que je ne reverrai probablement jamais. Je sens qu’il attend que je lui donne mon prénom.

— Mathilde, dis-je à mi-voix.

Il incline la tête comme en guise de salutation et je sens sa paluche monter vers ma cuisse. Je commence à douter de ses nobles intentions.

— Votre main, s’il vous plaît.

Je me trouve trop polie mais Henri la retire avec un petit rire sans doute provoqué par la nervosité.

— Oh pardonnez-moi, je ne voulais pas vous offenser. Je suis malheureusement trop tactile et j’oublie que ça peut mettre mal à l’aise les gens.

Je n’en crois pas un mot. Pourtant, comparé à d’autres types louches qui ont tenté de me faire la conversation ou de me toucher, je ne me sens pas en insécurité avec lui. Il parait si calme mais ses yeux se montrent intéressés par ma physionomie. Ils détaillent mon corps, tentent de voir par l’échancrure de mon petit pull en V, puis descendent jusqu’à ma taille avant de s’arrêter sur ma jupe.

Je ressens l’envie de lui dire de ne surtout pas se gêner en prenant un air outré mais rien ne sort. Puisque l’homme me détaille, je n’ai qu’à faire de même et je pose mon regard en-dessous de la ceinture. Un pantalon à pince ne masque jamais une érection et j’ai un petit sourire en la découvrant. Je ne ressens aucune gêne par l’audace de le regarder ainsi. Il a commencé, j’espère que ça va le mettre mal à l’aise et lui servir de leçon.

— Je craignais d’être tombée sur une mijaurée mais je vois que je ne me suis pas trompé.

Cette remarque devrait me vexer mais ce n’est pas le cas, sans doute à cause de sa façon de s’exprimer. Je côtoie assez de pétasses toute la semaine pour savoir qu’elles jouent les saintes nitouches en public mais qu’en privé, elles se font monter par tous les m’as-tu-vu de la faculté. D’après les rumeurs, des photos de ce groupe de filles circulent sur internet. Moi j’assume ma féminité et le fait que le sexe m’intéresse.

— Je ne suis pas hypocrite. J’ai des relations mais pas avec n’importe qui.

Je me montre audacieuse, lui parlant comme si nous avions le même âge ou que je le connaissais depuis un petit moment. Je cherche surtout à lui faire comprendre que ça ne sert à rien de me tourner autour.

Je vois son sourire émoustillé et furtivement mes yeux se posent de nouveau sur sa bosse bien plus visible. Il pense avoir une chance sauf que je ne fais pas dans le troisième âge. Je ne couche pas facilement et encore moins avec un inconnu.

— Vous avez raison. Il faut faire attention sur qui on tombe, tout en profitant de la vie.

Là-dessus on est bien d’accord. Je souris pour la première fois, ce qui semble le détendre davantage et il n’hésite pas à me reluquer une nouvelle fois.

— Ce n’est pas tous les jours que j’ai la chance de voyager en si agréable compagnie.

Allez, je l’attendais celle-là ! Les pervers aussi aiment bien cette phrase et j’avoue être légèrement déçue par cette approche qui me fait perdre le sourire. Il s’en rend compte et tourne la tête vers la vitre. Je me dis que finalement, je vais peut-être enfin voyager tranquille.

— J’ai été maladroit. Je voulais dire que j’ai la chance de me trouver avec une jolie jeune femme qui assume sa sexualité.

Il ne renonce pas mais ça ne m’embarrasse pas pour autant. J’apprécie ce compliment qui rend de nouveau mon visage radieux contre mon gré. Je sais que ça va l’encourager à poursuivre et il ne se gêne pas à poser de nouveau sa main sur ma cuisse.

— Vous me trouvez comment ?

Mon regard s’attarde sur sa main puis sur la bosse en-dessous de la ceinture. Cette vue m’excite quelque peu, je n’ai jamais eu l’occasion de pouvoir mater un homme en érection dans ce genre de pantalon. Dommage parce que c’est assez plaisant, peut-être que mon prochain copain je l’obligerai à en porter pendant une soirée. Ça pourrait se révéler amusant.

— Pas trop mal mais trop vieux pour moi.

Il se met à rire de ma franchise qui ne semble pas le vexer et la main sur ma cuisse remonte légèrement. Je le trouve malin dans sa façon de faire, moins précipitée que mes ex qui cherchent tout de suite à toucher le saint Graal. Je sens naître une douce chaleur dans mon ventre.

Il tire volontairement sur mon collant qu’il finit par filer et me faire un trou bien visible juste sous le bas de la jupe. Il prend un air faussement désolé et une petite voix me dit que je l’ai bien cherché avec ma remarque. Parfois il faut que j’apprenne à me taire mais je ne sais pas pourquoi, ce qu’il vient de faire ne me dérange pas. Je le vois bander davantage.

— Je suis maladroit, dit-il sans paraître convaincu.

— Si vous ne l’aviez pas fait exprès. Tant pis pour le collant.

Je m’étonne de mes paroles, je joue à un jeu avec Henri qui me surprend et m’émoustille à la fois. En fait, je laisse parler l’excitation et la chaleur dans mon ventre ne s’estompe pas. Je sens que je mouille et au lieu d’avoir une appréhension, je suis confiante en regardant le sourire de l’homme assis en face de moi. Je me découvre un côté coquine assumée que j’ignorais jusqu’alors.

Il prend le manteau posé à côté de lui et sort de son portefeuille un billet de dix euros qu’il me tend. Je suis surprise par cette attitude. Peut-être regrette-t-il son geste ?

— Pour le collant, c’est normal que je le rembourse.

J’hésite entre refuser ou accepter. Je me dis que si je décline sa proposition, il va insister et je vais finir par récupérer le billet. Je l’attrape par l’autre bout tandis qu’il continue de le tenir. Je relève mes yeux vers lui.

— En échange, j’aimerai le garder avec moi et je vous laisse la monnaie.

Le malin, il se doute bien que je n’ai pas d’argent liquide sur moi, comme beaucoup de gens qui possèdent une carte bleue. Je pourrais refuser mais le collant est foutu et je suis exaltée par l’idée qu’il va garder ce souvenir de moi. Je ne doute pas qu’il repose sa main sur ma jambe après l’avoir enlevé et cette idée me plait.

Je relâche les dix euros. Je me lève ensuite pour pouvoir enlever plus facilement le collant sans qu’il puisse trop me mater. J’oublie comme une gourde qu’au-dessus des sièges derrière-moi, il y a un miroir et forcément Henri arbore un grand sourire sans louper une miette de mon shorty noir transparent au niveau de mes fesses.

Je me sens légèrement gênée d’en avoir tant montré mais tant pis, ce qui est fait est fait. Je reprends ma place et finis de descendre le collant jusqu’aux escarpins. Une fois retiré, je le lui donne et je récupère l’argent que je range dans mon manteau. Je sens son regard posé sur moi, scrutant attentivement ma jupe pour découvrir la moindre faille pour apercevoir plus.

— Vous êtes gentille d’avoir accepté.

Il en profite ensuite pour poser sa main au dessus de mon genou après avoir rangé le vêtement. J’apprécie ce contact espéré et sa peau me parait douce. La chaleur que dégage sa main me trouble, les miennes sont toujours aussi froides.

— Autant que ça serve !

Je ne sais pas comment j’ai osé dire ça. Dans ma tête, je l’imagine en train de se masturber avec le collant dans l’autre main en pensant à moi. Cette pensée m’émoustille beaucoup et je ne peux pas m’empêcher de diriger mon regard sur la bosse de son pantalon. Sa main remonte ma cuisse jusqu’au bas de la jupe. Je le sens plus confiant dans ce qu’il fait. Il doit sentir qu’il a une emprise sur moi. Une douce chaleur envahit le reste de mon corps, une sensation que je n’ai plus éprouvée depuis bien trop longtemps.

— Vous avez une belle paire de fesses, même si je ne les aies vu que rapidement.

Je rougis mais j’apprécie ce compliment, surtout exprimé de manière si délicate. Mes ex le disaient plus crûment. Ça me rappelle une chanson de Pierre Perret que mon père apprécie beaucoup et je suis certaine qu’Henri doit la connaître. Ses doigts glissent délicatement sous ma jupe, tout en gardant un air innocent mais ils restent à bonne distance de mon sexe. Je devrais peut-être lui dire de ne pas aller plus avant.

En le regardant, je ne ressens aucune envie de parler et je vois qu’il désire me demander quelque chose. Sans réfléchir, je lui fais un sourire pour l’inciter à se confier. Je comprends que rien ne peut m’offusquer en cet instant.

— Est-ce que vous pourriez me montrer votre culotte, s’il vous plait ?

Je commence à bien avoir chaud et mes lèvres s’humidifient malgré mon hésitation. La question ne me dérange pas mais je ne sais pas quoi répondre. Peut-être qu’en temps normal je lui aurais expliqué la différence entre culotte et shorty qu’il ne semble pas connaître. Cette demande faite si poliment me met en confiance. Je sens que si je refuse, tout s’arrêtera là, mais en ai-je vraiment envie ? Cette question me trouble car la réponse ne me vient pas spontanément.

De ses yeux, il analyse mon indécision et prend un air bienveillant. Je suis charmée par ces traits et jamais je n’aurai pensé qu’un homme de son âge puisse me troubler à ce point.

— Imaginez que vous et moi nous jouions un rôle. Je suis votre client et je vous donne dix euros de plus pour que vous m’en montriez davantage. Vous le feriez ?

Henri enlève sa main gauche et sort de nouveau son portefeuille du manteau. Il se montre très courtois, n’étant plus sur mes gardes il aurait pu relever ma jupe avec cette main et voir ce qu’il souhaite sans que j’aie le temps d’intervenir. Je comprends que mon hésitation vient du fait qu’il ne me force en rien. Il me laisse agir selon ma volonté.

Il me tend un billet mais de vingt cette fois-ci. Décidément, cet homme a de l’argent à dépenser pour pas grand-chose. Je ne me sens pas offusquée par cette nouvelle proposition et je commence même à chercher les dix euros pour faire la monnaie. Il affiche un grand sourire en me voyant faire.

— Avec vingt euros, j’espérais que vous me la donniez.

Je me mets à rire nerveusement. La situation parait invraisemblable et m’excite. Sans m’en être rendue compte, j’accepte l’idée de lui montrer mon sous-vêtement mais je n’ai pas l’intention de le lui donner. Je ne me balade pas nue sous ma jupe !

— Mon shorty coûte plus cher que dix euros et je n’ai pas l’intention de le vendre.

Il semble déçu mais lorsque je lui donne le billet de dix en prenant celui de vingt, il retrouve le sourire. Il pensait peut-être qu’il était allé trop loin mais en fait, c’est mon excitation qui semble ne pas avoir de limite. J’ai envie qu’il le voit, qu’il bande bien dur en me regardant et qu’il en tache le sien, sûrement un caleçon.

Je jette un coup d’œil à la porte du compartiment afin de vérifier que personne ne se trouve devant ni dans les alentours. Bien la peine de se poser la question maintenant… C’est seulement à ce moment que je remarque les rayons du soleil qui chassent la nuit. Bientôt, nous serons en plein jour mais ce ne sera pas avant d’avoir passé la gare des Aubrais. D’ailleurs nous n’allons pas tarder à y arriver d’ici quelques minutes. C’est le moment ou jamais.

Je relève ma jupe pour dévoiler mon sous-vêtement opaque sur le devant. Je sens son excitation et j’écarte les cuisses pour bien montrer qu’un tissu pas très large recouvre mes lèvres. La nouvelle tendance des shortys c’est d’avoir un tissu de quelques centimètres au niveau des lèvres au lieu de l’élastique qui vient serrer les cuisses comme pour une culotte.

Il pose une main sur sa bosse et ça me plait de le voir faire. Si j’osais, je me mettrais à me caresser mais ce serait aller trop loin et je ne suis pas certaine d’en avoir vraiment envie. L’exciter, c’est une chose mais je trouve plus prudent d’en rester aux limites fixées. Les hommes se maîtrisent moins quand on leur laisse trop de libertés.

Je surveille du coin de l’œil tout mouvement et mes oreilles restent aux aguets. Je retiens encore ma jupe dans ma main droite, ne sachant pas exactement combien de temps je le laisse regarder. On a le droit à combien de minutes pour dix euros ?

— Vous pourriez vous lever et vous tourner s’il vous plait ?

— Que si vous ne touchez pas et que les rideaux soient fermés.

J’ai l’impression qu’une autre femme me dirige car jamais je n’aurais pu dire ses mots. Il acquiesce et se lève avec avidité pour fermer les rideaux des vitres sur le côté. Malheureusement, rien ne peut recouvrir celle de la porte. Tant pis, avec un peu de chance personne ne verra ce qui se passe mais nous devons nous dépêcher car d’ici quelques minutes le train entrera en gare.

Une fois qu’il est installé sur le siège en face de moi, je me mets debout et relève ma jupe avec les deux mains. Une chance qu’il ne me demande pas de la retirer. Je tourne la tête vers l’extérieur pour éviter d’être vue ou reconnue par ceux qui passeraient l’allée devant les compartiments.

Les yeux d’Henri brillent, scrutant tout le shorty. Il penche la tête sur le côté pour essayer de voir mes lèvres qui sont bien humides. Cela me fait sourire.

— S’il vous plait ?

Je sais ce qu’il veut et je me tourne pour être dos à lui. Je rougis en relevant la jupe car mon sous-vêtement ne cache que peu la physionomie de mes fesses. J’observe ses réactions dans le miroir qui m’avait trahi lorsque j’ai retiré le collant. Mon postérieur semble être à son goût et je sens qu’il se retient de se masturber. J’apprécie qu’il ne tente pas de me toucher. Il continue de rester poli et ça me plait tout en me rassurant sur ses intentions.

La voix du contrôleur dans le haut-parleur nous fait sursauter. Il annonce que le train arrive aux Aubrais, dernier arrêt avant la gare d’Austerlitz. Je remets ma jupe en place et me rassois. Henri me remercie d’un mouvement de tête avec un sourire. Il estime en avoir eu pour son argent. Je me dis que je suis folle d’avoir accepté mais ça m’a bien excitée. Je regrette d’avoir mis ce shorty, craignant que le petit tissu entre mes jambes ne suffise pas à empêcher la mouille de couler.

Nous échangeons quelques sourires et je finis par croiser mes jambes, ce qui ne semble pas le déranger. Je me demande s’il descend au prochain arrêt ou s’il continue. Je n’ose pas le lui demander. Je remarque cependant que sa bosse dégonfle à peine.

— Mathilde, vous êtes étudiante ?

— Oui, répondis-je sobrement. Et vous, vous faites quoi dans la vie ?

Ma réponse le fait sourire et j’apprécie qu’il n’insiste pas pour savoir ce que je fais exactement. Je préfère garder des informations pour moi, comme si je joue toujours ce rôle qu’il me confiait tout à l’heure.

— Oh rien de très intéressant. Je travaille dans une banque et je vais dans différentes villes pour donner de temps en temps des cours de formation en interne.

Son honnêteté me fait sourire et mon regard se pose sur son alliance à la main gauche. Je me demande depuis combien de temps il est marié et j’imagine que ce doit être avec quelqu’un de son âge. C’est pour cette raison qu’il me reluque, il est attiré par ma jeunesse.

— Vous essayez de comprendre comment un homme marié peut se comporter ainsi ?

Je reste interdite par sa question et il hoche la tête. Je ressens l’impression qu’il arrive à lire dans mes pensées et cela m’inquiète légèrement craignant qu’il puisse voir à quel point je suis excitée.

— Ma femme et moi sommes en instance de divorce. Mes différents voyages retardent le processus.

Le train ralentit à l’approche de la gare et il parait inquiet. Je suis partagée entre l’envie qu’il reste et le soulagement de son départ. Je me sens déjà pantelante et je ne sais pas ce qui risque de se passer dans les cinquante prochaines minutes si nous restons dans le même compartiment. L’idée que s’il reste, que peut-être d’autres voyageurs viendront prendre place à nos côtés, n’effleure pas mon esprit.

Je le vois faire un mouvement vers son manteau et il remarque mon air déçu. Il affiche un sourire amusé et me fait non de la tête. Il vérifie sa poche où se trouve le billet de transport, la même où il a rangé le collant qu’il déplace dans un autre endroit.

Le train s’arrête et nous gardons le silence, comme si nous retenions notre respiration. J’ai vu plus de monde que cela sur le quai, à croire que certains étudiants sont déjà en vacances ou restent chez eux pour réviser. Le soleil gagne du terrain sur la nuit et je me doute que bon nombre de jeunes préfèrent profiter du beau temps que d’aller sur les bancs de la faculté.

Plusieurs personnes passent devant notre compartiment en regardant à l’intérieur. J’en entends certains qui prennent place dans ceux près du nôtre mais aucun des voyageurs n’ose venir nous déranger. Peut-être que les rideaux tirés renvoient l’image que nous préférons rester seuls.

Les portes se referment et l’intercité reprend sa route. Henri comme moi savons que ça ne veut rien dire. Pendant plusieurs minutes vous avez toujours des gens qui cherchent une place. En y réfléchissant, je me demande pourquoi l’homme en face de moi et qui me regarde avec espoir, ne se trouve pas en première classe. Je trouve cela étrange. J’aperçois un contrôleur passer dans un sens et bientôt il viendra dans le sens inverse afin de contrôler les billets.

— Pourquoi vous ne voyagez pas en première ?

Il paraît gêné avant de sortir le portefeuille de son manteau, comme si c’est une explication. Il me montre une liasse de billets.

— J’économise pour le divorce et le liquide me sert pour mes aventures d’un soir.

Il semble embarrassé par cette révélation. Je comprends qu’il fait référence à des prostituées. Pourtant, je le trouve plutôt séduisant et j’imagine qu’il ne doit avoir aucun mal à trouver une femme prête à coucher avec lui. Je repense aux vingt euros qu’il m’a donnés et je me demande comment le prendre. Il me regarde attentivement, paraissant de nouveau lire dans mes pensées.

— Mathilde, ne croyez pas que l’argent que je vous ai remis, est parce que je vous prends pour une fille de joie. Voyez cela comme un jeu entre nous. Croyez-moi, je m’en suis fait quelques-unes, aucune n’est aussi belle que vous. Vous aurez une autre vie qu’elles.

Pour la première fois, je le sens maladroit mais je ne doute pas de sa sincérité. Les prostituées font l’amour pour de l’argent, moi je l’ai toujours fait par envie. La chaleur ne quitte pas mon corps, bien au contraire, la fièvre cherche à le consumer. Je me demande ce qui m’attend jusqu’à la destination finale et dans quel état je serai.

Il me regarde moins, peut-être craint-il de m’avoir vexée. Je décroise mes jambes et relève légèrement la jupe sans rien dévoiler. Ses yeux se tournent aussitôt vers moi et lorsqu’il comprend, une lueur se met à y briller.

— Vous n’êtes pas fâchée ?

— J’ai l’air de l’être ?

Je me trouve trop effrontée mais je sais que mon shorty se trouve déjà souillé par mon excitation et que cette tension ne redescendra pas avant que nous descendions du train. Soit je change de compartiment, soit je reste mais je ne ressens plus aucune envie d’écouter de la musique. J’attends de voir ce qui va se passer maintenant.

Je le sens encore hésiter alors que je m’attends à ce qu’il prenne la parole comme au début. Je ne sais pas ce que je veux mais je trouve dommage d’en rester là sans se parler.

— Peut-être devrions-nous reprendre le rôle de tout à l’heure.

Un sourire illumine son visage et sa main se dirige vers son manteau avant de s’arrêter. Il m’observe et je me doute du regard que je lui lance, dans le genre de ceux que je lançais à certains de mes ex quand je suis bien excitée.

— Si pour dix euros je peux voir votre culotte, que puis-je avoir pour vingt ?

Je force la déglutition obstruée par la tension que je ressens. Il entre dans le jeu que je viens de lui proposer et il me laisse le contrôle. Je mouille à l’idée de me faire payer, trouvant cela particulièrement exaltant. L’idée que l’argent qu’il compte utiliser pour moi, l’argent qui lui sert pour les prostituées, me plait.

J’entends le contrôleur s’approcher du compartiment et je resserre les jambes avant que celui n’entre et demande les billets. Je lui tends ma pochette avec l’abonnement qu’il contrôle avant de me la rendre en me remerciant. Une fois le ticket d’Henri pointé, j’attends sa sortie avant de reprendre la parole.

— Vous êtes joueur, Henri ?

Il n’hésite pas à sortir un billet de vingt sans demander de plus amples informations. Je le range avant de relever ma jupe d’une main et de me caresser de l’autre. J’en ressens trop l’envie depuis une vingtaine de minutes pour rester discrète. Je remarque alors seulement qu’Henri avait mis son manteau sur ses jambes pour cacher son érection pendant le contrôle des titres de transport. Il le retire et le pose sur la place d’à côté. Ses yeux avides semblent apprécier ce spectacle.

Je veux le voir se toucher lui aussi mais il n’ose pas apparemment. Peut-être que si je glisse ma main dans le shorty pour accéder à mon clitoris, ça va le débrider. Il ne reste pas de marbre et il s’assoit plus confortablement sur le siège. Ses genoux collent mes cuisses écartées. La fièvre me prend, je retire ma main et la descend vers le petit tissu du sous-vêtement pour l’en écarter et toucher mes lèvres qui s’entrouvrent.

La respiration saccadée d’Henri me provoque, je le vois déboucler sa ceinture et passer sa main sous le pantalon. Quel beau spectacle de mettre ainsi un homme au supplice ! Je ne pensais pas que je prendrais autant de plaisir à me toucher devant un inconnu. Ne voulant pas me faire jouir, j’arrête mes mouvements et remets ma jupe en place.

— Combien pour que vous retiriez la culotte, s’il vous plait ?

Toujours aussi poli et demandeur. Sans chercher à négocier un prix, je lève mes fesses afin de retirer le shorty qui me gêne à ce stade de l’excitation. Je le range vite fait dans mon sac et j’observe la main cachée par le pantalon s’activer au niveau de son sexe. Il regarde ma jupe et je sais qu’il veut voir en-dessous.

— Le contrôleur est passé et ne reviendra pas. Mettez-vous à l’aise et je vous dirai mon prix pour que vous puissiez voir ma chatte toute mouillée.

Il regarde fixement ma jupe en arrêtant la masturbation puis acquiesce et déboutonne son pantalon. Il descend la fermeture éclair et son sexe s’en échappe, révélant un boxer basique qui baille.

Mes yeux se fixent sur la bête que je veux voir. J’aimerais qu’il ose le baisser, me la montrer et dans un même temps je le redoute car je ne sais pas qu’elle va être ma limite à ce petit jeu après cette étape. Il jette un rapide coup d’œil à la porte avant de se redresser pour baisser son pantalon et son boxer, révélant un beau sexe aux poils courts grisonnants. Il se rassoit et met son manteau sur le côté entre lui et la porte comme pour tenter de cacher la bête.

J’ai déjà vu quelques queues mais toutes des jeunes et celle-ci m’intrigue car elle parait différente, tout en étant aussi virile et fringante. Maintenant, je ne peux plus reculer.

— Ça fera dix euros de plus.

— Sans la jupe ?

Il essaye de négocier et ça me plait assez. Je venais déjà de lui prendre quarante euros et dix de plus pour juste me voir me toucher de la même façon sans le shorty, ça peut paraître exagéré. J’accepte et il me donne un nouveau billet.

Je fais comme lui, je mets mon sac et mon manteau en pile pour me cacher des yeux de ceux qui pourraient emprunter le couloir jusque-là désert. Je remonte les accoudoirs se trouvant de chaque côté pour être plus libre de mes mouvements. Mon audace me surprend lorsque je retire mes escarpins puis ma jupe que je pose négligemment sur le côté. J’écarte ensuite bien mes jambes afin de lui dévoiler mon sexe. Mes lèvres sont humides, mon clitoris commence à me faire mal et je laisse Henri, cet inconnu rencontré à peine une heure plus tôt, me reluquer. Il se masturbe à cette vue et semble heureux.

Chose payée, chose due, je commence à me toucher alors que je me trouve plus hésitante en étant ainsi. Je lance quelques coups d’œil timides vers le couloir mais personne ne passe heureusement. C’est vrai qu’à cette heure-ci, les mouvements se font rares.

— Serait-il possible de voir tout votre corps, belle déesse ?

Je rêve où il me considère comme une divinité ? Je ne me croyais pas capable de cela, à part en dehors de certains fantasmes que je fais parfois je soir mais je ressens l’envie d’être nue dans ce train. Je regarde sa queue bien érigée et qui perle d’excitation. Je la trouve trop masquée à mon goût.

— Si vous baissez votre pantalon et votre boxer jusqu’aux chevilles, ça pourrait s’arranger.

Je n’ai pas envie de le voir entièrement nu. Je crains d’être déçue par son torse qui montrerait son véritable âge alors que la vue de ce phallus comblait ma satisfaction. Cette fois-ci, il n’hésite pas à tout baisser, trop pris dans le plaisir et dans l’espoir d’en voir plus, il sait que cette situation ne se reproduira pas. Il ferait une erreur de tout arrêter. Je ne me montre pas farouche non plus.

— Combien désirez-vous ma déesse ?

Il emploie le possessif comme un être soumis et il aurait pu dire maîtresse à la place. La différence d’âge aurait pu casser ce jeu et le mot déesse se trouve bien mieux choisi. S’il devinait combien je mouille, il chercherait à me prendre d’un coup puissant et je le crois capable d’y entrer jusqu’à la garde sans difficulté. Cette pensée amène ma fièvre à son paroxysme.

— Dix euros pour me mettre nue, vingt pour que vous me mettiez un doigt et vous payez l’amende si jamais on se fait prendre.

Je pense encore à ce risque d’être surprise et arrêtée mais je trouve cela excitant. Je ressens l’envie de jouer. La chaleur et la fièvre me font perdre la raison et seul le banquier peut tout stopper. Il hésite avant de sortir un billet de vingt que j’attrape mais il ne le lâche pas. Nos regards se croisent.

— Ma déesse, j’aimerais obtenir plus après, s’il vous plait.

Je comprends qu’il ne devait pas mettre autant d’argent pour juste toucher une prostituée et qu’il obtenait plus en retour. Sauf que je n’en suis pas une et que comme il l’a dit, je suis mieux que ça. Je suis certaine qu’il n’a jamais bandé si dur pour elles et que jamais elles ne l’ont autant excité que moi. Après cette histoire, il pensera à moi lorsqu’il se touchera, j’en suis certaine.

— On verra si vous êtes sage, dis-je innocemment avant de retirer mon pull dévoilant un soutien-gorge qui comprime ma poitrine.

Je récupère ensuite le billet avant d’enlever mon soutien-gorge révélant mes tétons durs pointés vers l’homme en face de moi. Je suis bien trop excitée pour rougir de mon impudeur. Je laisse pour l’instant mes jambes serrées l’une contre l’autre pendant qu’il détaille le haut de mon corps. Ses yeux s’intéressent à ma petite poitrine qui me donne de fines courbes sans laisser l’impression d’être plate. Son regard m’embrase et ses mains sur son sexe me font frétiller de le voir se masturber pour moi.

Lorsque ses yeux descendent vers mon pubis, j’écarte docilement les cuisses pour lui laisser voir mon sésame ainsi dévêtue. Il aime mon audace alors que je me tasse sur mon siège lorsque j’entends des pas. Une jeune femme passe devant le compartiment sans s’occuper de nous et sans rien remarquer, ce qui rassure Henri qui venait d’arrêter ses mouvements. La passante n’est pas comme la plupart des gens qui regardent partout lorsqu’ils avancent.

— Pourrais-je voir vos sublimes fesses, s’il vous plait ?

Je vois qu’il s’est vite remis de ses émotions. Tout à l’heure il n’a pas réclamé de les contempler après que j’ai retiré mon shorty et je comprends son désir légitime. Je me retourne fébrilement et m’accroupis sur le siège pour rester masquée par la pile de vêtements. Je l’entends gémir, ce qui m’excite d’autant plus et je crains que ma mouille glisse d’entre mes lèvres et ne coule directement sur le siège.

— Vous êtes belle ma déesse…

Sa main qui s’occupe de sa verge commence à faire le doux bruit d’un sexe bien humide que l’on frotte.

— Pourriez-vous me tendre vos fesses en vous mettant à genoux devant moi ?

Je fais non de la tête, je trouve bien trop risquée de me mettre ainsi en évidence mais ma position est inconfortable. Je me tourne vers la fenêtre, les mains sur un siège, mes jambes sur l’autre avec la pile de vêtements qui devrait me masquer. Me cacher de quoi ? Il suffit à une personne d’arriver de la position d’Henri vers moi pour me voir complètement nue mais ainsi mes cheveux cachent mon visage.

Entre deux mèches brunes, je regarde l’homme qui arrête de s’astiquer, bien trop excité par ce spectacle qu’il pourrait en jouir. Il s’approche de moi sans s’occuper non plus du couloir et repousse mes vêtements pour s’asseoir à côté de mes fesses. Je devrais bouger pour ne pas perdre le contrôle de la situation et pourtant je reste là, attendant la suite.

Et la suite, c’est un doigt dans mon vagin, enfoncé jusqu’à la jointure qui me pousse à lâcher un gémissement trop sonore à mon goût. La vue ne l’a pas fait hésiter longtemps sur son envie. Je ressens une légère appréhension alors que son doigt bouge en moi. Je pourrais le repousser mais je le laisse faire, prenant du plaisir. Après tout, l’idée venait de mon audace et c’est ce que je souhaitais.

Il retire son index et j’entends sa respiration s’arrêter pendant qu’il déglutit.

— Je… Me ferez-vous le plaisir de me soulager… ma déesse ?

Je ne comprends pas son hésitation avant de l’entendre se lever et se diriger vers moi, queue dressée près de ma bouche. Henri reste correct alors qu’il a de multiples envies, je préfère cela car je ne suis pas certaine d’apprécier de ne plus le diriger.

— Je ne suce pas.

Mon ton est catégorique et je vois son visage confus, presque plaintif mais je lui fais un sourire. Je n’apprécie pas la fellation parce que les rares à qui j’ai accepté de le faire, se sont conduits comme des bourrins. Pourtant lui se montrerait probablement plus gentil, plus expérimenté mais je ne ressens qu’un désir : celui de me faire prendre.

— Par contre, je veux ta queue en moi là tout de suite.

Fini le vouvoiement, ce n’est plus naturel à ce stade. Mon vagin réclame sa pitance et plus le temps passe, plus nous prenons le risque de nous faire surprendre. Je le vois hésitant, se tournant vers son manteau.

— Au diable l’argent, on verra ça après ! Viens !

Ma voix ressemble plus un râle qu’à autre chose mais Henri s’exécute sans dire un mot, récupérant un préservatif dans une poche de son manteau. Il enlève à grande peine son pantalon et son boxer qui lui entrave les chevilles tout en gardant ses chaussures. Dans une autre circonstance, ça m’aurait probablement gêné mais là je ne veux qu’une chose et lorsque cette chose entre en moi d’un coup, je me sens mieux en retenant un cri entre mes dents.

L’homme semble ne pas l’avoir trouvé assez étouffé à son goût. Il me donne mon pull et je comprends qu’il veut que je morde dedans. Une fois mis en place, ma tête contre la paroi du train, je sens ses deux mains se crisper sur mes hanches. Je me fais pilonner sans retenue. Heureusement que le pull étouffe mes cris, je n’ai jamais autant pris mon pied. Je sens ses assauts déclencher un orgasme qui m’en ferait presque décrocher des larmes de plaisir.

Il se crispe avant de s’arrêter, retenant à grande peine son râle de jouissance. Je suis partagée entre le soulagement que ce soit terminé et l’envie d’en avoir plus. Il se retire rapidement et enlève avec fébrilité le préservatif qui recouvre son sexe.

Sans plus attendre, je me rhabille aussi vite que je le peux. Je récupère le shorty qui se trouve dans mon sac. Je jette un coup d’œil à Henri qui peine à se rhabiller correctement. Sa chemise est froissée, j’en souris et lorsque nos regards se croisent, je comprends qu’il se moque de son apparence. Ce qui compte pour lui, c’est l’instant partagé.

Il sort un billet de cinquante euros et me le tend sans hésiter.

— Est-ce assez ma déesse ?

Je veux lui dire que c’est bien trop mais après tout, si ça peut lui faire plaisir que de me payer, je ne ressens pas l’envie de le contrarier, surtout que je suis à bout de force. J’attrape l’argent et le glisse avec les autres.

— Grâce à vous, j’ai passé un agréable moment. Jusqu’à ce matin, j’avais une aversion pour les transports en commun.

Il se met à rire et je le rejoins. Je partage son ressenti et désormais je ne verrai plus le train du même œil. Je ne ressens pas l’envie de recommencer une autre fois avec lui si jamais nous nous recroisons. Je sais que le jeu ne sera ni aussi amusant, ni aussi excitant. C’est le genre de chose à ne faire qu’une fois avec la même personne et peut-être qu’une fois tout court.

Henri ne me verra plus jamais nue et ne me prendra plus. Je crains qu’il ne me déçoive à l’avenir car rien ne sera meilleur que ce que nous venons de partager. Un plaisir trop intense dès la première fois ne peut engendrer qu’une frustration. Certains me jugent trop cérébrale mais en attendant l’arrivée du train, je ne peux rien faire d’autre que penser.

Mon compagnon de route revient des toilettes alors que je viens tout juste de remarquer son absence. Je vois qu’il a fait un effort sur sa présentation. À l’approche de Paris, des voyageurs passent devant le compartiment et j’ai l’impression que certains nous lancent des regards appuyés, comme s’ils savaient. Je ne pense pas qu’ils aient pu mater, les voyeurs restent jusqu’au bout de la scène et lorsque ça c’est terminé, mon réflexe a été de regarder vers le couloir vide.

Nous n’échangeons que peu de mots, des banalités. Avant de quitter le compartiment, nous nous faisons la bise comme si nous étions des connaissances. Nous sommes mieux que cela, nous sommes en quelque sorte des intimes. Nos intimités se sont mêlées dans une apologie de délices partagées.

En descendant sur le quai, j’ai l’impression d’être nue sans mon collant et je me mets à rire toute seule de ma bêtise. Dans le train, j’étais nue face à un inconnu alors que maintenant je porte des vêtements. Je ne jette pas un coup d’œil en arrière pour le regarder une dernière fois. Maintenant je suis à Paris et comme tous les travailleurs et étudiants, je suis quelqu’un d’autre une fois le pied posé sur ce sol. Ma seule obsession : arriver à l’heure sans chercher à discuter ou à perdre du temps avec qui que ce soit en dehors de mes amis.

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Cette oeuvre est disponible dans un recueil de quatre nouvelles "Les petits secrets de Mathilde" disponible chez Kobo dans lequel vous pouvez retrouver cette histoire dans une version modifiée et plus longue.

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