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Épisode 4 : Épilogue

Je l’entends encore se rincer la bouche, cracher dans le lavabo ce qui lui restait de moi en lui.

J’entends encore la femelle moustique qui me pique et prend possession de moi cette nuit.

Il est allé retrouver son lit, ses enfants. Sans dormir.

Attirée par mon odeur, elle explore ma chaleur, là où il n’est pas, même pas, allé.

Je ne lui en veux plus. Il me l’avait dit et, aveuglée, je n’ai pas pu, ni su, l’écouter.

Je ne croyais pas que la tendresse, ma tendresse, pouvait faire du mal.

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Sur le chemin de chez moi, j’entends un enfant par une fenêtre en pleurs. Et je pense à moi, qui ne sait pas en vouloir. Qui, attendrie, attends encore pour le savoir.

Je les croise tous les jours ces mères souriante et calmes, délicates et fermes, toujours prêtes à jouer, parfois comme le père, avec le petit enfant.

Je les associe à celles plus sérieuses ou tristes, à l’amour colérique et me dit qu’elles toutes ont dû faire jouir et connu l’amour, quel que soit leur âge ou leur physique. Les hommes aussi... Et je me pose des questions sur moi, sur ma solitude ressentie et qui n’en finit plus d’exister.

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Perfectionniste, exigeante, je ne le suis plus. Mais les mots m’attendrissent trop, m’exaltent trop, s’ils sont écrits.

Nous nous sommes connus ainsi et il est parti, un peu tard mais jamais trop.

Je me trompe sûrement sur les regards et attentions réelles qui m’entourent, lorsque je glisse, après de long mois à me raffermir, une main dans ma poche arrière, au comptoir. Je le sais derrière, un peu en retrait. Sans pousser la provocation jusqu’à saisir ma lune, je baisse mon regard, rougissante jusqu’à ma nuque tendue. Celle-là même qui appelle les baisers de l’invisible puis court se cacher, bien trop gênée. Le jeune homme était tout aussi timide…

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Un jour, elle sortira, avec sa petite robe ou bien sa jupe noire cintrée. Elle sera toujours moi malgré la différence de rouge et le sourire de ses lèvres.

Son rendez-vous l’attendra à la gare et ils feront en sorte que tout se passe bien sans oser trop y croire, sans ne plus jamais croire aux histoires parfaites dès les premiers mois. Chacun fera en sorte d’être le plus détendu possible. Ils le seront peut-être, pour leur commun bien-être.

La chamade du ventre, l’imagination surplombante de la voix, puis du visage de l’autre, prennent enfin du sens. Cette fois, pour eux, c’est un essai. Oubliées les erreurs du passé, mais pas la sensation d’attente.

Une attente puisée à la plus belle source qui soit. Celle de ses lettres, puis de ses paroles.

De sa peau, puis de son corps, mais là encore, nous ou je me presse trop.

Aimé avec frissons depuis le site de rencontres, mes pores récolteraient le suc de ses baisers. Là encore, ils attendraient pour s’y déposer. Et le plaisir grandirait comme un être de chair et de mouvements. Patient et tremblant, il nous enlacerait, sans autre instance que celle des corps qui se cherchent, sans se presser encore aux vagues de l’autre.

Allongés sur le lit, l’un ou l’autre surplomberait l’autre, s’appuierait, sans autre pression que celle de la main, sous l’oreiller.

Tendre et douce main, posée à plat, sans domination aucune ni poing serré.

Le corps qui se cambre et les yeux qui s’en imprègnent, avec douceur.

Ces yeux du dessus sur le corps du dessous,

L’espace qui se serre, entre deux genoux,

L’extase qui se fait, qui s’y créée sans plus de choc,

que celui de l’amour, qui y naît, encore à peine,

à flore de peau.

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