7 minutes de lecture

Épisode 3 : Mon premier

J’entre dans l’hôtel, titubante. Il fait une chaleur accablante malgré le vent et les nuages gris. Les manches de mon pull dénudent mes épaules mais retombent sur mes mains. Je ne suis pas bien.

Munie de ma clé, j’entre dans la modeste chambre que je me suis attribuée pour la journée. La femme de chambre qui m’y a accompagnée m’a souhaité un bon séjour. J’étais gênée, ruminant mes pensées, sachant bien ce que j’allais y faire.

Une douche fraîche m’a tranquillisée. J’enfile un peignoir, le coeur toujours serré.

Cela fait un peu plus de six mois et nous ne nous sommes revus, bien malgré moi. Honteuse, je me rappelle le plaisir que j’ai eu à être avec lui et pour lui… surtout pour lui.

Il semblait m’aimer, il était craintif sans que je n’ai pu m’en rendre compte.

Nous nous sommes revus deux fois suite à nos retrouvailles…

Malgré moi, je vois un préservatif emballé sur la table de nuit collée au lit.

Allongée sur le lit, les volets grands ouverts, à la recherche d’une respiration…

-------

Dans l’ascenseur, après qu’il m’ait tant manqué :

Lui : Enfin tranquilles… !

Moi : Paul…

Serrés, chacun dans nos bras, sans la foule qui nous sépare.

Sa langue, inquisitrice sans le savoir, plus rapide que la dernière fois. Des baisers florentins qui allaient trop loin…

Ses mains sur mes fesses, ma drôle d’hésitation, puis mes jambes repliées autour des siennes. Je ne touchais plus terre, au coeur de son salon.

J’avais soif de lui lorsqu’il me faisait le tour de sa nouvelle location. Les deux chambres de ses enfants, cuisine et salle de bains, à la volée.

-------

- Paul…

Son nom sur mes lèvres, dans la chambre d’hôtel. Et les souvenirs qui me reviennent. La folie qui me reprend, sans suite ni couture…

Mon corps sur son lit blanc. Mes pieds sur ses épaules nues. Ses mains survolantes, sa langue virevoltante…

Sa langue,

sa langue… !

Très peu sur mes seins,

au creux de mes reins,

là où mon amour coule,

pour lui sans amour

lui qui ne m’a jamais aimée,

lui qui ne se pardonne pas de me l’avoir fait croire

ou de l’avoir cru…

-------

Alors que je m’écoule, mon téléphone vibre. C’est lui.

Il me sait sur Paris et regrette de ne pas trouver assez d’énergie pour m’y rechercher.

Il me demande le nom de l’hôtel, pour une visite rapide avant 16h30.

Agacée, je lui réponds sèchement qu’il a déjà dû passer devant.

-------

En tailleur sur ma chaise de bureau. En petite tenue, j’admire les parties humides de mon sexe. Laissant mes jambes pendre, je les écarte mieux, relève mon bassin et m’incline un peu plus. Je vois que je me masturbe, halète un peu sous cette curieuse recherche, souffrant surtout de le savoir loin de moi. Mon odeur me revient sans souci, mes « Tu y es, tu y es ! » aussi . Je revois son visage qui s’y love, qui y aspire mon liquide clair sur fond rouge, rose, foncé.

Toutes ces parties de mon anatomie qu’il explore, surtout celle qui attire mes doigts, charmeurs malgré moi, créateurs de fantasmes plus douloureux qu’agréables…

-------

Je me reprends à temps, le coeur lourd avant l’éclat.

Aujourd’hui, je ne jouis plus ainsi, je ne me caresse plus.

Je ne sais plus.

Mes rêves érotiques apaisent un peu mes matinées, mais pas le reste des journées.

Six mois et cette situation dure, avec ses hauts et tristes bas.

-------

Mes bas... je ne les porte plus.

-------

La scène se termine ainsi, comme toutes les autres depuis que je me suis reprise : une main inerte sur mon clitoris. Inarrêtable.

Je me mords la lèvre au souvenir de sa moiteur. D’autres larmes me viennent. De véritables spasmes de douleur.

Le pire songe est celui de sa langue au plus près de moi, là où elle fut.

Jamais il ne m’a fait jouir ni fait l’amour.

Malgré mes résolutions, ce que je lui en ai dit. Malgré mon envie d’évoluer au sein de notre relation… Je l’aime.

Je l’aime avec déraison, par folie de le vouloir sans cesse, malgré ses propres sentiments.

Je ne peux faire taire les miens, pour tout ce qu’il m’a fait...

-------

L’air devient plus frais. Peu adepte des siestes, je m’assoupis sans m’en rendre compte.

-------

C’est en fin d’après-midi que je m’éveille, la main sur mon clitoris. Cessant de me maudire, je reste là à attendre le soir.

Un courant d’air frais par une porte qui s’ouvre. Je perçois clairement une ombre sur le mur face à moi. Il est dans le petit corridor, juste en face de la salle d’eau.

Pétrifiée, j’attends son arrivée.

Il m’appelle, s’inquiète et me voit, déployée sur l’oreiller, mon corps à nu sous le soleil.

Il laisse échapper une exclamation, plus gêné que choqué. Embarrassé par sa posture, il ne tarde pas à saisir ce qu’il m’arrivait, ce que faisais, il le sait, en pensant à lui.

-------

Il approche son visage. Paralysée, je ne sens pas son souffle, mais tout de suite sa langue, plus chaude que ses lèvres.

- Aaaaah… !

Mon cri, plus profond que fort. Un semblant de délivrance.

Il n’est pas hésitant. Ma cyprine devient salive.

Je peux caresser ses cheveux, ses joues, très rouges et chaudes.

Je l’aime… Oh, comme je l’aime !

Il me faut sa chaleur, sa moiteur mouillée. Il ne s’aventure pas, comme s’il ne le savait pas, l’endroit de mon plaisir. Peu m’importe ! Je l’aime aussi près de moi, prenant soin de moi. Pour mon bien.

Ses gestes automatiques trahissent mon premier regret. Je le veux partout, voir mon corps s’humidifier sous ses baisers. Voir ma poitrine reluire et se lever pour lui, la tête entre mes jambes.

Je crains pourtant de briser l’instant, de le brusquer à peine arrivé.

Pleinement consciente, je savoure l’instant sans le guider. Cette sensation qui m’a manquée, que je ne croyais pas, un jour, retrouver… Cette pensée est un cri de joie et je l’attire davantage à moi. Nos yeux se rencontrent, pour la première fois.

- Prends-moi !

Il se fige. Le spasme m’envahit.

- Encore…

Magnifique, mon envie se glisse sous lui. Il a trop chaud, retire sa chemise et je le revois comme il était la dernière fois, dans son maillot de corps blanc, mais sans le bas.

- Paul…

Un peu plus nu, il se rapproche de moi pour m’embrasser. Je peux sentir sa boucle de ceinture, défaite, frôler mon ventre nu.

Écarquillée, je lui offre d’autres baisers sans oser croire à mon bonheur. Et pourtant… Ses lèvres poursuivent leur itinéraire, à fleur de sexe.

Je ne peux que le caresser, que le câliner et gémir de joie. Mon souffle est posé et mes yeux redécouvrent la chambre triste dans laquelle je suis entrée. Je me demande enfin ce qu’il fait là, puis souris de toute mon âme.

J’expire un rire, l’enserre un peu plus. Mmmmm, cette extase m’avait manquée ! Je suis à nouveau sur son lit...

-------

L’arrêtant d’une main :

- Je voudrais m’asseoir sur ta bouche.

Il s’arrête tout à fait, se relève difficilement et :

- Je ne crois pas que ce soit une bonne idée… Je ne peux répondre à ton amour…

Lentement, je m’enlève du peignoir, passe mes bras dans son dos et me réfugie dans son cou. Je l’embrasse sans mot dire. De petits baisers, intenses au possible. Je ne peux m’en écarter.

Il souffle douloureusement, me rend mes baisers, par acquis de conscience. Nous nous réchauffons, lui moins ardent que moi.

Confuse, je retiens une excuse.

C’est alors qu’il se rapproche de lui-même, redécouvre mon visage, dénude le bas de son corps et me prends entre ses jambes. Assis tous deux, il me caresse les cheveux. Je le goûte un peu, un soupçon de langue sur sa peau. Je remonte le sillon de son dos, passe mes doigts sous son haut, redescend ma caresse à l’orée de ses fesses.

Il chuchote mon prénom, me dit qu’il perdrait la tête si je continuais. Sa franchise ouvre la brèche sans même qu’il s’en aperçoive. Coquine, je me joue de lui, avec bienveillance. Avec le sérieux d’une amoureuse qui se croit charmante pour l’homme aimé.

Couché sous moi, je l’embrasse à pleine bouche. Nous nous enroulons l’un à l’autre. Je bascule sous lui, à son initiative. Nous ne cessons d’aller et venir, jusqu’aux bords du lit, l’un ramenant l’autre dans ses bras aimants.

Ses caresses, autrefois tâtonnantes, m’ont saisie à pleines bouchées.

Il me mord l’entrecuisse, me volant un cri de douleur. Je l’entends s’en excuser, me soulager de baisers. L’attirant encore, je lui exprime qu’il peut le faire et me pincer à volonté.

A sa demande, j’aimerais un suçon. Mon premier. Refusant dans le cou, il me saisit une fesse qu’il aspire délicatement. La sensation, de surprenante devient agréable. Toute ma douleur de coeur s’y réunit pour qu’il l‘annihile.

- J’ai envie de toi…

A ces mots, il se saisit du préservatif, brillant sous nos regards.

- Non… sans. Je veux te sentir.

Il me retourne sur le dos, s’enlace de mes jambes, amène son sexe aux portes de ma virginité… et je m’étrangle en un râle de douleur. Les prémices de la pénétration me font toujours souffrir. Je l’attire néanmoins tandis qu’il s’écarte de moi, définitivement.

Il m’intime, tendrement, qu’il ne le peut. Qu’il ne peut me faire souffrir. Qu’il en a déjà fait souffert d’autres avant moi mais qu’il ne peut me faire du mal.

Je bégaie.

Il m’assure qu’il arrive de s’y reprendre plusieurs fois afin que l’hymen se brise.

Je devrais être outrée face à une telle mauvaise volonté.

Mais, d’aveuglée, je deviens désespérée.

Je le reprends et il me rend mal mes baisers. J’hésite presque comme lui, demandant à être rassurée.

- A****, je ne sais où j’en suis pour le moment… Je veux te faire du bien, te soulager mais je n’y parviens pas… Je suis perdu.

Je lui caresse, du bout du pouce, sa mâchoire. Il tressaille sous cette caresse de femme, trop peu goûtée. Je le savais et pourtant, devant mon obstination et au risque de nous en rendre malades, il me reprend contre lui. Je ne veux même pas arracher la dernière barrière qui nous séparait encore. Calant mon dos contre son torse, il lie ses mains sous ma poitrine et m’embrasse tout doucement. Nos langues finissent par déborder de nos bouches, pareils à deux fous d’amour dont l’un ne peut satisfaire l’autre. Je sais qu’il s’en désole et reprends les devants, mes fesses par-devers lui.

Tendue, ses mains pleines de caresses jusqu’aux épaules, il me fallait l’amour. Émergent ma tête, enfoncée dans l’oreiller, je le supplie de m’aimer, de m’aimer par n’importe quel moyen. Il humidifie mon anus, s’y engouffre autant que possible et se relève discrètement.

Un baiser sans autre portée.

-------

J’attends de longues minutes avant de m’esquinter de pleurs jusqu’au matin.

A suivre…

Appuyez sur "Entrée" pour effectuer votre recherche