Je con-cours

Une saga de Popins - 3 épisode(s)

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Épisode 3 : Je con-cours

Troisième épreuve


Les jours défilaient et je n’avais toujours pas reçu les instructions. Je me repassais souvent le film de la soirée en me masturbant. Un film fait de sensations, de caresses, de pénétrations, de jouissance, de sons. Je n’avais aucune image si ce n’est le décor de la salle de jeu, d’une crinière de feu et du bout rouge d’un cigare. Je n’ai pas saisi ce que l’organisateur attendait de moi pendant cette épreuve, je me suis juste laissée aller sans jamais poser de limite ni de protestation. J’en suis moi-même étonnée. Je ne m’étais jamais abandonnée ainsi, sans aucun contrôle, sans même poser un visage sur les personnes qui usaient de mon intimité. Mais le plaisir que cela m’a procurée réclamait de ressurgir, d’éclater en moi. Et j’ai accueilli l’enveloppe déposée dans ma boite aux lettres avec le sourire, le cœur battant et le souffle court.

Cette fois j’étais invitée à une soirée libertine que je qualifierais de nudiste. Je m’attendais peut être à tout sauf de devoir me présenter à l’épreuve sans rien. Mais j’allais me prêter au jeu tout comme je l’avais fait dans les précédentes épreuves. C’est avec des escarpins rouges, une huile qui parfumait ma peau et un trench que je montais dans un taxi. Le chauffeur m’a lancée un sourire entendu en m’ouvrant la portière. Je lui répondis d’un clin d’œil arrogant et me dirigeais vers le majordome, qui lui portait son uniforme et ses gants blancs. Je n’ai pas eu à présenter le carton d’invitation que j’avais glissé par précaution dans ma poche.

–Bonsoir !

–Bonsoir Popins, me dit-il en ouvrant la porte. Il m'emboîta le pas.

Le hall de « L’arbre de Penthée » est majestueux. Le haut plafond est orné de poutres apparentes et d’un magnifique lustre en cristal. Le sol est en marbre. Il donne sur le grand escalier recouvert de moquette rouge que j’avais emprunté la dernière fois. A gauche, une large porte en bois sculpté donne sur la pièce que je supposais être la salle de réception du fait de la musique et des rires que je devinais. Une autre porte plus modeste lui faisait face à droite. Mon portier me proposa de me débarrasser et c’est un peu gênée que je lui confiai le seul élément textile qui composait ma tenue. Je me retrouvais nue devant lui et je me consolais en projetant l’idée que, bientôt, j’allais me retrouver parmi les autres hôtes qui seraient, eux aussi, nus comme des vers. Il me demanda de patienter et il s’engouffra dans la pièce secondaire et ressortit sans mon trench mais avec un plateau rond argenté couvert de coupes, qui me semblait être à la finesse des bulles qui remontaient à la surface, du champagne. Il me le confia sans même me le demander. Il n’en avait pas besoin. Je le bénissais à l’idée d’entrer avec un accessoire qui me semblait pouvoir faire office de tenue. Il se dirigea vers la grande porte et m’ouvra la voie vers la fête.

J’avançai de deux pas et je stoppai net, le souffle coupé, mes yeux ayant parcouru la pièce du regard. Oui c’était bien le lieu des réjouissances. Il devait y avoir une trentaine de personnes, hommes, femmes qui se déhanchaient, se frôlaient, s’embrassaient, riaient. Ils ne prêtaient pas attention à moi, tout occupés qu’ils étaient à leur plaisir. Ils étaient élégamment vêtus de costumes et autres robes et portaient tous un loup qui dissimulait leurs visages, loups en dentelle, en satin, parés de plumes, de perles, plus ou moins larges, plus ou moins couvrants. J’inspirai un bon coup et avançai parmi eux en me cramponnant au plateau pour me donner de la contenance et pris naturellement le rôle de serveuse, peut être celui de servante. Je passais entre les corps mêlés et proposais mon breuvage à ceux qui avaient une main libre. J’arpentais la salle à la lumière tamisée, des éclairages rouges apportaient de la chaleur au lieu et laissaient deviner la tapisserie épaisse au mur. Mes talons scandaient mes pas et annonçaient l’arrivée du champagne. Des bras se tendaient vers le plateau, se délestaient de leur coupe vide et se resservaient. On me remerciait tantôt d’une œillade, tantôt d’une tape sur les fesses. J’avais l’impression délicieuse de contribuer à la débauche environnante en dispensant la boisson qui libérait les comportements obscènes des invités. Dans un coin de la pièce, deux hommes s'affairaient autour d'une femme qui commençait à me rejoindre dans sa tenue. Elle s’était débarrassée de ses vêtements pour mieux offrir son corps aux quatre mains qui l’exploraient. Ils s’embrassaient, se caressaient. Je m’approchais de ce trio quand elle ôta le bouton du pantalon de l’un d’eux, qu’elle agrippa la queue dressée devant elle et qu’elle se mit à la lécher du bout de la langue. Ils étaient trop occupés pour prêter attention au plateau que je leur tendais et je repris ma marche avec un soupir de frustration. Les étreintes autour de moi m’échauffaient et j’espérais que mon rôle dans la soirée ne se résumerait pas à faire le service, je désirais que l’on se serve de moi.

Des mains se posèrent sur mes hanches, sans crier garde et glissaient sur mes fesses. Ma tripoteuse était derrière moi mais ses mains trahissaient son genre. De fines mains douces, aux ongles vernis. Elles me caressaient avec douceur. Un baiser posé dans mon cou me fit frissonner.

–Bonsoir Popins, me glissa à l’oreille ma douce anonyme.

Cette voix je la connaissais, je la reconnaissais, c’était la voix de Salomé.

–Bonsoir Salomé lui répondis-je sans même me retourner.

Je fermai les yeux, transportée instantanément dans les plaisirs passés. Salomé continuait à me caresser tendrement le postérieur. La douceur de ses mains contrastait maintenant avec les morsures qu’elle s’appliquait à me faire dans le cou, des morsures légères du bout des dents mais qui pénétraient ma chair alors que ses doigts effleuraient ma peau. Ses cheveux frôlaient à présent mes épaules. Je sentis le plateau vaciller en avant et je me ressaisis. Je me retournai vers elle, me défaisant de ses mains et de ses crocs.

–Vous prendrez bien une coupe de champagne ?lui ai-je dit tout en lui lançant un sourire et en lui présentant le plateau qui commençait à manquer cruellement de boisson.

Elle portait une longue robe noire à fines brettelles, fendue sur le côté jusqu’à mi-cuisse, son loup était très simple, juste un léger masque en tissus satiné qui laissait ses pommettes bien apparentes. Ses yeux en amande étaient mis en valeur par une bordure dorée, ses longues boucles, seule image que j’avais d’elle jusqu’à présent, tombaient sur ses épaules. Elle était magnifique.

Salomé termina son verre, le déposa sur mon présentoir argenté et prit les deux dernières coupes.

–Je suis heureuse de te revoir dit-elle. A ta santé ! Et nous trinquâmes.

On vint la saluer en la prenant par la taille et on me priva d’elle. Je finis ma coupe d’un trait pour compenser ma frustration. En bonne serveuse consciencieuse que j’étais, je me dirigeais vers la porte pour aller réapprovisionner mon plateau à délices. Il faisait bien plus froid dans le hall. Mes tétons se dressèrent et mes poils s’hérissèrent. Je frappai à la porte secondaire et on me donna un autre plateau. Et je retournais me mettre au chaud dans la salle des débauches. L’ambiance était de plus en plus lubrique. Je n’étais désormais plus la seule nue, et ci et là, les corps s’entremêlaient. Certains dansaient lascivement, à deux, à trois et n’hésitaient pas à pénétrer à l’intérieur des uns des autres. C’est seulement quand mes yeux croisèrent mon reflet que je remarquai le grand miroir au fond de la pièce, qui jusque là était recouvert d’un rideau rouge en velours épais. L’homme au cigare avait dû prendre son poste. Cette idée m’excita. Je commençais à être lassée de voir tous ces ébats autour de moi sans y prendre part, j’étais surtout frustrée. Mais j’avais les mains prises, et quand bien même elles avaient été libres, je ne me serais pas autorisée à y prendre part sans avoir reçu de consignes. C’était une épreuve et mon rôle semblait se résumer, pour le moment, à abreuver les convives. Mais j’avais envie de jouer, de provoquer celui que j’imaginais se délecter en admirant la débâcle dionysienne bien à l’abri des regards, tel Penthée dans son arbre. Mais le roi de Thèbes avait été remarqué et il avait payé de sa vie son voyeurisme. Sans vouloir en arriver à de tels extrêmes, je voulais qu’il sache que je le voyais, que je le devinais et que cela m’amusais. Alors j’ai posé le plateau sur une petite table à proximité, je pris une coupe et me mis à lécher la bordure du cristal en me déhanchant sur « A wither shade of pale » qui passait à ce moment, je bus une petite gorgée, me pinçai les lèvres et repris mon effleurement labial tout en fixant le miroir et en promenant ma main sur mes seins. Je le narguais, me rebellais. Salomé vint me rappeler à l’ordre.

–Que fais-tu ?

–Rien, je bois un peu. Cela m’est interdit ?

–Non, pas vraiment. Allez viens ça va être l’heure de la pièce montée. Tu es attendue à l’office.

Je soupirai mais obtempérais, laissant le plateau à disposition sur la table. Je pestais à l’intérieur. A croire que le joueur ne voulait pas que je m’amuse, enfin, il voulait surtout que je joue son jeu à lui, garder le contrôle de mon comportement, de mes gestes, me rappeler que c’était lui le maître du jeu, je ne pouvais m’empêcher de penser cela.

La pièce montée…. après avoir proposée des coups à boire, j’allais servir des petits choux

La traversée du hall provoqua à nouveau la réaction épidermique consécutive à la morsure du froid. Je frappai à la porte de l’office et on me fît entrer. Je découvris un chariot élégamment décoré, assez bas, presque un char de carnaval en miniature. Plusieurs pièces montées faites de choux à la crème ou de macarons multicolores étaient disposées dessus. Mais surtout je remarquai un emplacement au milieu de celles-ci, un fauteuil incliné qui ressemblait aux sièges baquets des voitures de sport. Je ne fus pas vraiment surprise quand on m’invita à m’y installer. Et on nous transporta, les pièces montées et moi, au milieu des ogres lubriques après avoir allumé des fontaines à étincelles qui accentuaient la mise en scène. J’avais la sensation exquise d’être la reine des cons en plein défilé. On plaça le char au centre de la pièce à disposition des convives.

Ma position était obscène, j’étais allongée nue sur le dos, la poitrine bombée par l’inclinaison de mon fauteuil, la tête légèrement en déclive, les jambes écartées, mes escarpins aux pieds. Les gourmands n’hésitèrent pas longtemps et, rapidement, un attroupement se forma autour des gourmandises sucrées toutes offertes. Des mains se servaient en pâtisseries, d’autres se servaient de mes seins, de mon con qui ruisselait déjà. De la crème anglaise était étalée sur mon ventre qu’une langue avide venait aussitôt faire disparaître. Des queues se présentaient devant ma bouche répandant parfois un jus chaud au fond de ma gorge que j’avalais d’un trait pour pouvoir reprendre rapidement mes dégustations, et ma langue repassait de l’une à l’autre. On me fourrait aussi par la chatte, tantôt avec douceur, tantôt sans ménagement. Je jouissais d’être ainsi utilisée. Je n’étais pas en reste des plaisirs saphiques, hommes et femmes se relayaient dans l’utilisation de mon corps. Je différenciais les cunnilingus féminins par la finesse de la langue qui me le prodiguait, la douceur du menton qui s’appuyait sur mon cul et par les caresses des cheveux longs sur mes cuisses. Sans même avoir besoin d’ouvrir les yeux clos de plaisir depuis que la première main s’était posée sur moi.

L’orgie sucrée dura un long moment, qui me parut pourtant bien court tant je désirais qu’il ne s’arrête jamais. Mais petit à petit, repus et épuisés, les dégustateurs se raréfiaient. On vint retirer le carnavalesque char avec le seul dessert encore présent en son centre. Une fois dans l’office, je me remis debout, mes jambes flageolaient. J’étais collante de salive, de mouille et de foutre. Le majordome me présenta mon trench et m’aida à l’enfiler, puis me raccompagna vers la sortie sans dire un mot. Un taxi m’attendait. C’est dans le rétroviseur intérieur que je découvris mon visage, mes joues rosies, mes cheveux gluants et le large sourire que je ne pouvais m’ôter, heureuse d’avoir été ainsi la pièce à monter et de l’extatique jouissance que cela m’avait procurée. Mon corps me rappelait mes exquises sensations, mes seins étaient tout sensibles après tant de caresses et de pincements, ma chatte me brûlait après tant de pénétrations phalliques et digitales. Je ne pris même pas de douche avant de me coucher, souhaitant ainsi prolonger la béatitude qui m’enrobait, en gardant en moi, sur moi les traces des différents fluides sur ma peau.



Épilogue


C’est la semaine suivante que j’ai reçu le contrat qui allait bouleverser ma vie ordinaire.

Le gros lot du concours était une place en tant qu’employée chez Penthée, nourrie, logée, blanchie. Je n’ai pas hésité une seconde, ce n’était pas une nuit d’orgasme qu’on me proposait, c’était une vie de luxure et de débauche. Je suis, depuis, le jouet, la chose à disposition des hommes d’affaires qui souhaitent s’offrir une pause entre deux négociations de contrats juteux, des habitués libertins ou des propriétaires des lieux, parfois à disposition de tous à la fois.

Salomé est devenue mon amie, mon amante, ma confidente. Nous arpentons les expositions et les concerts quand on ne fait pas usage de moi. Elle est l’épouse de Penthée, et si elle je la connais par cœur, de son mari je ne connais que le bout rougeoyant d'un cigare. Son plaisir est dans le voyeurisme et il ne prend, en tout cas à ce que je sache, jamais part aux jeux sexuels qui se déroulent dans sa demeure.

Cela fait maintenant deux ans que je suis La pute de luxe qu’on prend quand on le désire, La salope qui avale sans en perdre une goutte, La chienne qu’on encule sans ménagement sous les yeux de mon Maître, toujours terré derrière son miroir, et pour rien au monde je ne céderais ma place.

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