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Je con-cours

Première épreuve


“ J’ai connu des excitations très fortes, j’ai eu des orgasmes, de gros orgasmes et de petits orgasmes, des orgasmes de souris blanches et des orgasmes de baleine, pour vous donner un point de comparaison. Des orgasmes qui me prenaient la chatte et venaient irradier mon cerveau, d’autres plus légers qui ne faisaient que très légèrement frétiller mon clitoris. Mais je n’ai jamais eu le sentiment d’avoir épuisé toutes les possibilités. Voilà ce que je venais de comprendre…” en découvrant l’annonce d’un excitant jeu concours.

Cet extrait d’Ectasy de Ryû Murakami m’est revenu en parcourant les quelques lignes d’une annonce qui a immédiatement attisé ma curiosité et embrasé mon corps.

Un mystérieux inconnu proposait de gagner une soirée inoubliable de plaisir, dans un cadre luxueux, avec orgasmes multiples garantis. Le jeu serait ponctué de différentes épreuves qu’il fallait relever afin de remporter le gros lot. Il me semblait, à tort, être ouvert à toute femme désireuse de se faire sauter par le premier venu et j’exprimais mon envie de concourir. L’organisateur opérait en fait à une sélection préalable sur photos et alimentait l’excitation des concurrentes à coup de belles phrases et de poèmes érotiques. Le joueur anonyme semblait, au travers de ses mots, un homme ferme, sûr de lui, vicieux et élégant à la fois, mettant de la beauté et de la subtilité dans son indécente proposition. J’aime les surprises, j’adore les défis et je mouillais déjà à l’idée de me mettre en quatre pour charmer, pour exciter, pour obséder un homme dont je ne savais rien. J’envoyais des clichés de mon corps nu: cambrée à quatre pattes, simplement parée d’une jarretière ou lascivement étendue les jambes gainées de bas soutenus par un porte jarretelle. J’accompagnais mes photos d’un poème.

« Petite catin toute excitée de se montrer,

Corps exhibé à un mystérieux inconnu,

Répondre à ses envies pour ne pas le frustrer,

N'a-t-elle pas de limites la coquine ingénue?

C'est qu'il est fort habile; 

Exigences pernicieuses,

Pour troubler la débile,

 Réveiller la vicieuse.

L'imaginer en elle;

 Dépendance insidieuse,

Et déjà elle ruisselle,

 La poupée licencieuse. »

Ma candidature a retenu son attention et j'ai reçu les instructions tant attendues. La première épreuve consistait en l’envoi d’une lettre de motivation accompagnée de l’enregistrement sonore de son plus bel orgasme. Et c’est pleine du désir de jouir de l’inconnu que je me mis à la rédaction de la lettre d’auto-promotion qui me faisait entrer totalement dans le jeu, jeu qui allait bientôt m’engloutir.



Popins                                                                                          Monsieur l'organisateur du jeu-concours

Genève, le 1er Avril 2015                      

                                                                             Monsieur,

     

           Vous mettez au concours une extraordinaire nuit de plaisir en compagnie d’un homme charmant et animal, égoïste et généreux, de l’homme merveilleusement complexe que vous êtes. La lauréate devra être capable de s’abandonner totalement à vous, prête à assouvir tous vos désirs, se montrer tantôt angélique et câline, caressant la peau moite de celui qui vient de jouir en elle, tantôt sauvagement bestiale, offrant son con et son cul à celui dont elle lèche habilement l’anus. Bien sûr, les compétences sexuelles ne doivent pas être les seuls atouts de la parfaite amante d’un soir. Elle se doit d’être sublime, élégante, drôle et cultivée, et doit pouvoir, au delà de la jouissance charnelle, régaler l’esprit de son partenaire, se montrer attentive à son bien être, anticiper ses désirs, une femme à l’image d’une geisha.


          Je suis la candidate idéale pour assumer ce rôle. Vous rencontrerez une jolie femme sans artifice, simplement excitante, naturellement bandante. Mes grands yeux bleus sauront vous charmer d’un battement de cils longs et fournis qui accentuent un regard coquin et rieur. Vous ne pourrez que sentir monter en vous le désir lorsque je pincerai de gourmandise mes fines lèvres, subtils contours d’un large sourire ou que je caresserai ma nuque fine et délicate surplombée d’un carré court de cheveux blonds. L’innocence de mon visage contraste avec la lubricité de mon être. J’aime jouir des atouts dont dame nature m’a généreusement dotée. La douceur de ma peau n’est qu’invitation aux caresses, la souplesse de mon squelette n’est qu’incitation à la débauche. Mon corps semble fait pour le sexe et je l’utilise à ce pour quoi il est prédestiné.


          Il m’est arrivé de supplier un homme d’arrêter de me faire jouir, au milieu d’un cri, tellement les orgasmes devenaient au fil des heures insoutenables. C’est d’ailleurs mon meilleur amant, habile de la langue et des mains,qui lui même m’a honorée du titre de meilleure partenaire sexuelle. Je l’ai inondé à de nombreuses reprises, il me buvait littéralement. J’ai aussi goûté à la soumission avec un maître ferme et intransigeant qui m’a mise en état de transe. Il n’hésitait pas à me cracher au visage tandis que sa queue s’engouffrait au fond de ma gorge. Je me suis également offerte à un inconnu. Non pas l’inconnu de boite de nuit, autre plaisir, l’inconnu que vous n’avez jamais vu ni entendu. Quelques échanges courts, un sms    “ je suis nue sur mon canapé, je t’attends, viens vite” et une nuit de jouissance sublimée par l’excitation de l’indécence. Il a commis l’erreur de m’appeler avant d’arriver ce qui a, je dois le dire, atténué le mystère et a minima mon plaisir. Si je con-cours à ce jeu c’est dans l’espoir de revivre un mélange de ces trois merveilleuses séries d’orgasmes.


          Je nous imagine nous rencontrant pour la première fois, rien que quelques indices préalables, juste un écran de projection de nos propres fantasmes. Je vous laisse les commandes des vibrations de mon antre et, au milieu de parfaits inconnus qui nous prennent pour un couple amoureux et complice, nous faisons connaissance. Nous découvrons la personne avec qui nous partagerons une nuit de plaisir et de vice. Prendre du plaisir, donner du plaisir, seules ambitions d’une soirée hors du commun. Je ne cherche pas l’amour, je ne cherche pas à briser un couple heureux, vous pouvez être assuré de ma discrétion. Je veux gagner la nuit avec vous, les apparats me sont accessibles et j’ai des amants lorsque je le souhaite. J’aime vous exciter au travers des mots, vous faire bander et vous sentir fiévreux. Je ne peux toutefois, au risque d’être exclue du concours, accepter de vous faire découvrir ma voix, mon souffle, mes râles, tout comme je ne voudrais pas entendre la vôtre. Je souhaite préserver le mystère: ne me croyez pas insoumise. Je ne veux pas hypothéquer mon plaisir. Je regrette de ne pouvoir satisfaire à l’intégralité des exigences mais soyez assuré que je me rattraperais au cours des prochaines épreuves si vous m’en donnez l’opportunité.
Je vous implore de faire de moi votre traînée de luxe, sans voix jusqu’à ce que vous m’entendiez jouir, votre queue au fond de moi.


Dans l’attente recevez, Monsieur, mes salutations les plus lubriques. 
                                                                                                                                                                             Popins           


Il se montra conciliant malgré l'aphonie que je lui imposais en me laissant une seconde chance. Il m’ordonna de faire preuve d’imagination et de créativité pour le faire jouir en compensation de mon silence sous peine d’exclusion du concours. Cet homme m’obnubilait et j’étais prête à tout pour continuer à jouer, prête à tout pour l'avoir et gagner la partie. Mon excitation alimentait ma créativité, je débordais d'envie de lui. Comment le surprendre? Il est facile de jouer avec les images, jouer avec les mots est plus ardu. Il voulait entendre ma voix, j' allais lui montrer mon corps en mouvement. J'ai réalisé un court métrage, non pas une sextape vite fait mais un film juste pour Monsieur x, avec un générique à son attention; la facilité peut être mais une facilité zélée. Je me mettais en scène, caressais mes seins, présentais mon cul sans jamais montrer mon visage le tout sur les râles de Jane Birkin invitant Serge à le rejoindre. Je n’étais plus qu’une marionnette qui obéissait aux injonctions de celui qui tenait désormais les ficelles de mon être: je prenais vie lorsqu'il le désirait. C’est quand j'ai reçu l’intitulé de la seconde épreuve que j'ai pris toute la mesure de la perversité du Maître de mon je et de l'exquise emprise qu'il avait sur moi.