Jérém&Nico Saison 2

Une saga de Fab75du31 - 1 épisode(s)

9 minutes de lecture

Épisode 1 : Recommencer sans lui/Un nouveau départ.

Précédemment, dans Jérém&Nico.

Nico, c’est moi : j’ai 18 ans, j’habite Toulouse, et je viens de passer mon bac.

Jérém, c’est le garçon dont je suis fou depuis le premier jour du lycée. Brun, gaulé comme un dieu, avec une petite gueule à faire jouir d’urgence ; rugbyman et coureur de nanas, depuis trois ans il occupe toutes mes pensées et toutes mes branlettes.

C’est par une belle journée de mai que j’ai trouvé le courage de lui proposer de réviser les maths chez lui. Il a dit oui.

Mais au lieu de réviser, il a voulu que je le suce ; alors, je l’ai sucé. Il a aussi voulu me baiser : là non plus, je n’ai pas dit non. Je n’ai pas pu dire non. J’en avais tellement envie.

Depuis ce jour, on s’est vus régulièrement pour de très plaisantes « révisions » : chez lui, dans les chiottes du lycée, dans les vestiaires du terrain de rugby, chez moi.

Le sexe avec Jérém, c’est explosif. Il fait ça comme un Dieu. Il fait ça plusieurs fois dans une nuit ou dans un après-midi. Un jeune mâle inépuisable.

Le sexe, c’est le moteur de notre « relation » : et Jérém, n’en demande pas plus.

Mais pour moi, c’est différent : car moi, je suis amoureux de lui.

Pendant des mois, avant le bac, notre relation a connu des hauts et des bas, principalement à cause du fait que le bobrun n’assume pas nos coucheries et le plaisir qu’il prend avec moi ; une relation houleuse qui aurait pu se compliquer encore lorsque, le lendemain du bac, Jérém a commencé à travailler comme serveur dans une brasserie à Esquirol, ce qui ne justifiait plus non « révisions » ; et encore plus, lorsqu’il a été expulsé de son appart rue de la Colombette et qu’il a emménagé chez son pote Thibault.

Pourtant, contre tout attente, ces deux évènements ont semblé ouvrir de nouvelles perspectives pour notre relation : ainsi, pendant une semaine que j’ai appelée « magique », le bobrun est venu me voir chez moi chaque jour pendant sa pause ; une semaine pendant laquelle notre complicité semblait se faire de plus en plus forte ; une semaine où sa carapace de serial baiseur dénoué de tout sentiment (notamment « pour un pd ») semblait en train de tomber pour révéler un être sensible et passionnel.

Une semaine pendant laquelle j’avais vraiment commencé à croire que tout devenait possible avec le gars que j’aimais.

Puis, la nouvelle de son probable recrutement par un club de rugby de la capitale était tombée ; Jérém avait alors aussitôt remonté toute sa carapace, et il avait fini par me quitter. Brutalement.

Après deux semaines de tristesse, de manque, de souffrance, deux semaines qui ont été les pires de ma vie, je l’avais recroisé une nuit, fin août : je n’étais pas seul, j’étais avec Martin, un moniteur d’auto-école que j’avais croisé dans une boite gay aux Carmes.

Jérém, lui, était seul, mais saoul : il s’est montré jaloux, méchant, possessif. Il est reparti en colère.

Deux heures plus tard, lors d’une bagarre, il avait cogné la tête contre un mur et il avait perdu connaissance.

Après l’accident de Jérém, j’ai passé de longues journées à culpabiliser, à me sentir responsable de ce qui lui était arrivé ; à me dire que si par malheur il devant ne pas se réveiller, ou se réveiller avec de séquelles, je ne pourrais jamais me le pardonner ; à me jurer que s’il s’en sortait, je renoncerai à mon amour, je n’essaierai pas de le rattraper dans la course de sa vie, cette folle course qui va l’amener à jouer dans un club de rugby pro de la capitale, à vivre une vie d’hétéro sérial baiseur bien plus rassurante pour lui qu’une relation prise de tête avec un pd.

Heureusement, après trois jours de coma, mon bobrun s’était réveillé, et en pleine possession de ses moyens. Thibault m’avait prévenu, Thibault avec qui j’étais en froid après qu’il m’ait avoué qu’il avait couché avec son pote, mon Jérém, quelques jours avant l’accident.

C’était il y a dix jours : depuis, je n’ai eu aucune nouvelle, ni de la part de Jérém, ni de la part de Thibault ; depuis, j’essayais d’occuper mes longues journées dans l’attente de la rentrée à la fac de Bordeaux.

Jeudi 6 septembre 2001

Il est 18h25 lorsque la sonnerie du téléphone retentit dans la chambre.

J’attrape l’appareil, le petit écran n’affiche qu’une succession de dix chiffres, c’est un numéro qui n’est pas dans mon répertoire.

Enfin, il ne l’est plus ; oui, mon cœur a des ratés lorsque je reconnais le contact que j’avais effacé de la mémoire du tel quelques semaines plus tôt (avec tous les échanges d’sms liés), mais certainement pas effacé de la mienne, de mémoire.

Dix chiffres si familiers, dix chiffres qui m’assomment comme un coup de massue, qui ravivent un chagrin toujours si vif.

Je reconnais le numéro de Jérém et tout remonte en moi, un désir violent de le revoir, accompagné d’une nouvelle flambée de colère et de jalousie tout aussi violente.

J’ai envie de répondre, mais je n’ai pas le cran de répondre. Je suis comme tétanisé.

La sonnerie finit par s’arrêter. J’ai l’impression que je vais faire un malaise. Que mon cœur va exploser, et mes poumons avec. Je suis en nage, j’ai du mal à respirer. Je reste allongé, immobile pendant un long moment. J’attends de voir s’il laisse un message, partagé entre l’envie et la crainte d’entendre sa voix. J’attends une minute, deux minutes dix minutes : aucun message ne vient.

J’ai besoin d’ouvrir la liste des appels récents pour me convaincre que je n’ai pas rêvé : non, je n’ai pas rêvé, c’est bien son numéro.

Pendant un instant, j’envisage la possibilité de le rappeler. Je n’y arrive pas.

Pourquoi il m’appelle ?

Après le dîner, je sors faire un tour en ville pour me changer les idées. J’ai envie de le rappeler, mais je n’y arrive toujours pas.

20h15. Je marche sur les quais du côté de la Daurade, lorsque le portable vibre dans ma poche. J’ai des sueurs froides à l’idée de lire le message qui vient d’arriver.

« Coucou mon cousin, je pense très fort à toi ! ».

Si Elodie n’existait pas, il faudrait l’inventer.

« Merci ma cousine, tu es adorable ».

Je range mon téléphone dans ma poche et je reprends ma respiration.

Je descends à la Garonne et je marche au bord de l’eau. L’automne est bien là, il n’est même pas 20h30 et le jour commence à décliner ; l’air est frais, et il y a beaucoup moins de monde sur les quais que pendant les chaudes soirées estivales.

Je n’ai pas fait cent mètres, que je sens à nouveau mon téléphone vibrer dans ma poche. C’est une vibration répétée, c’est le signal d’un coup de fil.

Je prends une bonne inspiration et je me saisis de l’appareil. Je regarde le petit écran et je suis assommé. La même séquence de chiffres que deux heures plus tôt, la même panique dans ma tête et dans mon cœur. Je laisse vibrer. J’ai l’impression que tout mon corps vibre avec.

Puis, certainement à la toute dernière secousse, je finis par décrocher, le cœur dans la gorge, le souffle coupé.

« A… a… allo ? » je bégaie, dans un état presque second.

« Nico… ».

Sa voix. Sa voix de mec. Cette vibration sensuelle et virile. Accompagné d’un petite hésitation inédite.

« Oui… » je lui réponds.

« C’est moi… ».

C’est la première fois qu’il m’appelle, et je crois que je ne vais pas survivre à cela.

« Je sais… ».

J’ai envie de pleurer. Pourtant, même si le geste de Jérém me touche infiniment, je ne peux m’empêcher de me montrer distant. Je suis heureux d’entendre sa voix, mais sa voix me renvoie aussi à de mauvais souvenirs, une capote qui vole, un poing dans la gueule, des mots blessants comme des lames.

J’entends sa voix et tout remonte, le bon et le mauvais. Et le mauvais, ça fait un mal de chien.

« Tu vas bien ? ».

« Oui… » je lâche, le cœur qui secoue ma poitrine de fond en comble.

« Ça me fait plaisir… ».

Silence assourdissant. Je regarde la silhouette massive du Pont Neuf qui se dresse devant moi, et je me demande si j’ai bien fait à décrocher. Je me sens comme en apnée, dans ma tête tout se bouscule, c’est un bazar monstre.

« Je voulais savoir comment tu allais…

« Je vais bien, je vais bien… et toi ? ».

« Je vais bien moi aussi… ».

Nouveau silence de part et d’autre.

C’est désormais sur l’ancien Hôpital Militaire de la Grave avec son dôme imposant que je laisse de poser mon regard, tout en me demandant si je vais craquer ou pas.

« T’as eu ton permis ? » il me lance de but en blanc.

« Oui, je l’ai eu la semaine dernière… ».

« T’as une voiture ? ».

« Pourquoi ? ».

Décidemment, je n’arrive pas à me sortir de cette attitude sur la défensive.

« Je me disais que si tu avais ton permis… et une voiture… » il hésite.

« Quoi ? » je m’impatiente.

« Ça me ferait plaisir de… » il hésite à nouveau.

« De quoi ? ».

« De te voir ce week-end… ».

« T’es sérieux ? ».

« Oui, Nico… ».

« T’es où ? ».

« A Campan… dans la maison de mon papi… ».

Silence de ma part, le cœur va exploser. Ou alors, il a déjà explosé. Je marche sur le bord du quai, je regarde l’eau du fleuve dans lesquelles les lumières du soir commencent à se réfléchir. J’a besoin de m’arrêter, de m’asseoir.

Ce coup de fil est tellement soudain, inattendu que j’en tremble, j’en perds tous mes moyens ; et cette proposition est, elle aussi, trop soudaine, trop rapide : je n’ai pas le temps de réaliser ce que je suis en train de vivre, je me sens comme un lapin pris dans les phares d’une voiture.

« Nico… ».

« C’est où ça ? » j’essaie de gagner du temps.

« Dans les Hautes-Pyrénées, à côté de Bagnères-de-Bigorre… ».

« Qu’est-ce que tu fous là-bas ? ».

« Je traîne, je récupère… ».

« Tu t’es remis de ton accident ? ».

« Moi je pense que oui… ».

« Tu pars quand à Paris ? ».

« Quand le médecin me donnera le feu vert… je dois passer des visites médicales à la fin du mois… ».

Nouveau silence.

« Tu es toujours sur Toulouse ? » il finit par me relancer.

« Oui… ».

« Tu pars quand à Bordeaux ? ».

« Dans 10 jours… ».

« Tu as une voiture, alors ? » il revient à la charge.

« J’ai une vieille Clio… ».

« Alors viens me rejoindre, Nico… ».

« Je ne peux pas ce week-end… » je lui réponds, en pensant à la visite de mon futur studio à Bordeaux.

Encore un blanc dans la conversation.

« Viens me rejoindre, Nico… c’est certainement le dernier week-end que je passe ici… ».

« Pourquoi tu veux me voir ? ».

« Je ne t’ai jamais remercié de m’avoir aidé à avoir mon bac… ».

« Je n’ai rien fait… ».

« Allez, Nico, viens passer le week-end avec moi… ».

Je suis de plus en plus submergé par l’émotion, je n’arrive toujours pas à décrocher un mot.

« Si tu ne te sens pas bien, tu repars aussitôt… » il essaie de me mettre à l’aise.

« J’ai un truc de prévu ce week-end… ».

« Nico… ».

« Quoi ? ».

« Je t’attendrai sur la place du village demain à 18 heures… ».

Je commence vraiment à être ému.

« Je ne viendrai pas… je ne peux pas… ».

« Je sais que je me suis comporté comme un con avec toi… ».

Là, je suis ému aux larmes.

« Demain à 18 heures, je serai sur la place à Campan… » il continue « et j’espère que tu y seras aussi… ».

« Je dois y aller… » je coupe court, tout en essayant de maîtriser et de dissimuler mon émotion.

Un nouveau silence s’installe dans la conversation.

« Les chanceux c’est nous… » fait Jérém au bout d’un moment.

« De quoi ? ».

« Les chanceux c’est nous, c’est toi qui me l’as dit une fois… ».

« Je dois vraiment y aller… » j’insiste, comme un réflexe de survie ; je suis tellement assommé par son coup de fil que je n’arrive même plus à respirer.

« Si tu viens, fais gaffe sur la route, ils annoncent de la flotte dans les heures à venir… salut Nico… ».

« Salut… ».


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