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1. Une journée de plus.

Je me souviens de cette journée exactement comme si c’était hier.

Nous sommes vendredi et comme tous les matins, mon réveil sonne. Je l’éteins, me lève et me dirige vers la cuisine pour y boire un café. Je me brosse les dents, m’habille, me coiffe et me maquille. Je prends mon sac sur le porte manteau et m’en vais rejoindre Stacy qui est en train de lacer ses baskets, assise sur le canapé. Je fais de même et nous sortons, ensemble, rejoindre l’hôtel à petites foulées.

Le Sunday est un hôtel privé. Cela fait maintenant deux ans que j’y travaille grâce à ma colocataire. Stacy est une fille simple et facile à vivre. Je l’ai rencontrée lorsque je faisais le ménage chez sa grand-mère malade. Je venais y travailler six heures par semaine et cette fille pleine d’énergie était souvent là. À force de discussion, nous sommes très vite devenues inséparables. Notamment grâce à notre amour commun des livres. Elle m’a tirée vers le haut et ensemble, nous avons décidé de vivre en colocation, dans un studio deux chambres assez sympa, se situant à quelques minutes de notre lieu de travail.

— À tout à l’heure ma belle, bon courage ! Dit-elle en me collant une bise bruyante.

***

Je commence par la chambre 41. Comme chaque jour, je rentre mon matériel, je m’engouffre directement dans la salle de bains, où je remets des serviettes et peignoirs propres. Ensuite, je m’occupe du lit, je change les draps, refait tout comme il faut et ouvre les fenêtres. Je lave le sol et vais m’occuper « du salon » de la suite, où je remplis le minibar de victuailles. Je range ce qui doit être rangé et suis prête à continuer avec les autres suites.

Dans ce travail, chaque jour est le même que le précédent, mais dans cet hôtel tout est toujours différent. Pourtant, mon second contrat d’un an touche à sa fin. Et il me tarde de trouver un autre poste. Cette fois, je ne souhaite pas renouveler, j’aimerais beaucoup changer d’air. Sauf si je n’ai pas d’autres choix…

Je scrute chaque jour les petites annonces d’emplois et postule souvent, mais je ne reçois pas de réponse, je désespère un peu, mais j’essaye de tenir bon. Notamment grâce aux pourboires des clients.

À la fin de chaque journée de travail, j’en fais le compte. Aujourd’hui, j’ai récolté cent dix euros. Les clients ont été généreux. Cet argent me sert à acheter mes petits plaisirs personnels.

Chaque mois, je m’évade sur Aubade, commandé l’ensemble de lingerie de mes rêves.

***

J’attends Stacy au bas des marches en vissant mes écouteurs et lance ma playlist.

Je commence à faire un peu d’échauffement lorsqu’elle arrive enfin, le visage rougi.

— Ta matinée s’est bien passée ? Demande-t-elle légèrement essoufflée.

— Oui, et toi ? Tu as couru ?

— Non, je me suis juste dépêchée. Répond-elle gênée.

— Pourquoi ? Tu n’avais pas encore fini ?

— Mais si ! J’ai juste eu un petit problème. Comme souvent.

— Allez raconte-moi, tu en meurs d’envie. Dis-je en lui caressant le dos.

— Imagine que tu ouvres la porte d’une des suites et que maladroitement, tu fasses tomber deux piles de dossiers en rentrant ton matériel. Imagine le mec furieux et séduisant à tomber ! Il fallait bien que je répare mon erreur ! Et que je bave par la même occasion. Tu l’aurais vu, il était trop… Beau, sexy, musclé ! Un vrai Dieu grec ! C’est d’ailleurs pour ça que j’ai tout fait tomber, j’étais troublée par sa beauté. Dit-elle en ricanant comme une cruche du lycée.

— Ma pauvre, il est grand temps que tu te trouves un Escort-boy ou un sex-toy, au choix ! Dis-je en me moquant légèrement.

Ça ne m’étonne pas d’elle cette histoire, elle désire tellement d’hommes, mais n’en consomme aucun, allez savoir pourquoi… C’est à s’imaginer qu’elle est vierge ! Mais au fond d’elle, c’est une affreuse romantique, une effrayante dévoreuse de livre de romance et une monstrueuse allumeuse. Et c’est pour ça que je l’adore.

Après cette matinée plus que normale, on rentre chez nous, en ricanant comme des idiotes.

***

Cela fait cinq minutes que nous sommes rentrées. Stacy est partie prendre sa douche alors j’en profite pour allumer l’ordinateur du salon et lire mes courriels.

Parmi les publicités et autres banalités du genre, se trouve un message qui a pour objet : PROPOSITION D’EMBAUCHE. Je suis ravie, surprise, stressée, mais excitée.

Je clique dessus rapidement, la page s’ouvre et je commence ma lecture.

De : Crowford Steeve

Objet : Candidature retenue.

A : Dumont Alicia

« Très chère Mademoiselle Dumont,

Après examen de votre candidature, j’ai le plaisir de vous annoncer que votre profil correspond entièrement à nos attentes. Nous souhaiterions nous entretenir avec vous pour parler plus amplement de vos ambitions lors d’un entretien d’embauche.

Vous devrez être disposée à effectuer une journée d’essai suite à notre entrevue. Ensuite, j’aborderai avec vous les différentes modalités de ce travail.

Je reste à votre disposition pour de plus amples renseignements.

PS : veuillez remplir le coupon-réponse et me le transmettre rapidement.

Cordialement Monsieur le Directeur Général de « C’Cleaneasy ». Steeve Crowford. »

Je ne me souviens pas d’avoir postulé pour une agence au nom de « C’Cleaneasy » lors de mes récentes recherches d’emploi. Et le nom de Steeve Crowford ne me dit rien non plus. J’ai certainement candidaté à celle-ci il y a des semaines.

Pour en avoir le cœur net, je mène ma petite enquête, armée de mon arme favorite, Google. En vain. Je ne trouve rien d’intéressant mis à part Qu’ils ont un poste de gouvernante vacant et que l’entreprise est imposée en France et aux États-Unis. Une grande entreprise qui représenterait ma seule chance de quitter ce village, cet hôtel.

Maintenant que ma colocataire est sortie de la douche nous décidons d’aller faire quelques courses au supermarché, et la visite de notre boutique préférée. Cette semaine, j’ai récolté deux cent soixante-dix euros de pourboire, disons que j’ai de quoi me faire plaisir chez aubade.

Vingt-cinq minutes plus tard, nous entrons dans la boutique et tout de suite mes yeux sont attirés vers un ensemble, là-bas, à l’autre bout du magasin. Présenté sur un mannequin, il s’agit d’un ensemble soutien-gorge et culotte en soie carmin. Magnifique.

L’ensemble me plaît tout de suite, il m’attire, tout aussi sexy que délicat, je me dirige vers lui sans m’en rendre compte, l’hôtesse de vente me rejoint devant le présentoir et commence son « bla-bla » de vendeuse. Je la stoppe presque immédiatement en précisant que c’est cet ensemble que je veux et pour le moment rien d’autre.

Elle décampe et j’en profite pour aller rejoindre Stacy, qui a déjà plusieurs articles dans les mains.

— Tu vas vraiment acheter tout ça ? Je lui demande.

— Tu rigoles, tu sais très bien que je n’ai pas assez d’argent, je ne sais juste pas le qu’elle choisir.

— Tiens, aide-moi pendant que tu es là. Ajoute-t-elle.

— Si j’étais toi, je prendrais le turquoise, lui dis-je après quelques secondes de pure hésitation.

— D’accord, alors je prends le noir.

— Pourquoi tu me demandes mon avis ? Tu n’écoutes même pas mes conseils, grogné-je.

— Je prends le noir, tu n’as qu’à prendre le bleu, répond-elle simplement, la tête ailleurs.

— Seulement si tu me le payes. Je la taquine en me dirigeant vers la caisse pour payer mes achats.

Puis l’e-mail me revient en mémoire, je dois lui dire. C’est le moment ou jamais.

— J’ai reçu un e-mail pour un entretien. Je dis d’une petite voix.

J’espère qu’elle ne se sentira pas vexer.

— Je sais. Me répond-elle. Désinvolte.

— Comment ça, tu le sais ?

— Je le sais, car tu as laissé le mail ouvert sur l’ordi. Mes yeux ont rapidement parcouru cette page avant que je ne la ferme et ouvre Google. Satisfaite ?

— Mouais, je réponds doucement. Tu en penses quoi ? Je me risque à lui demander.

— Tu fais ce que tu veux Alicia, si tu veux un autre job, alors, vas-y. Il n’y a rien de mal à ça !

— Tu es sûr que tu ne m’en veux pas ? Je veux dire, c’est grâce à toi le Sunday.

— Tu racontes n’importe quoi, tout ce que je veux, c’est te voir heureuse ! Aller, on avance maintenant ? La grande blonde botoxée là-bas va me piquer la place !

Sans le vouloir, mes articles me coûtent l’intégralité de mes pourboires, oui la lingerie aubade coûte cher, mais sincèrement, j’adore le sentiment qu’elle me procure.

J’attends Stacy qui paie ses articles puis nous prenons le chemin de la sortie.

— Tu as trouvé ton bonheur ? Me demande-t-elle une fois le nez dehors.

— Comme toujours, j’aime particulièrement l’ensemble carmin, regarde. Je dis en le désignant dans le sac en kraft de la boutique.

— Ouais, il est super, tu as rai… ATTENTION !!!!! Crie Stacy en me tirant le bras en arrière.

En une minuscule fraction de seconde, j’ai failli me faire renverser par une voiture, alors que je traversais tranquillement sur le passage piéton. Non mais sérieusement, à quoi ça sert un passage piéton ? Mon cœur bat la chamade, mes jambes flageolent, ma bouche s’assèche. J’ai vraiment eu très peur.

Je me tourne vers le conducteur de la voiture folle et lui crie prise de panique.

— Espèce de connard !

Exact, c’est un vrai connard, il ne prend même pas la peine de s’excuser, rien, il enclenche la première et repart, comme si rien ne s’était passé.