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La Mer qui coule en moi


L’iode commence à se libérer dans l’air. Et les couleurs froides de l’hiver disparaissent pour que s’installe une lumière bourgeonnante, timide et prometteuse. Les plages vont commencer à s’habiter de paréos, bermudas fleuris, de maillots et chapeaux à larges pans sursautant aux pas des passants.

Après une nuit écourtée par un réveil soudain, je me lève en sueur. Je sors de cet appartement trop petit pour moi. J’enfile une blouse sans bouton en voile de coton, qui fait office de tunique sur de simples sous-vêtement et une paire de sandales.

Nos regards se sont croisés au cri de la mouette qui nous a surpris tous les deux. Lors de cette promenade rythmée par les filets de pêcheurs qui s’enroulent et se jettent dans l’eau. Nous nous observons du coin de l’œil quelques instants avec la lumière du jour qui naît au loin. Son visage me dit quelque chose. Son regard limpide et franc me rappelle celui des pêcheurs mais il n’en a pas l’allure. Plus élancé et élégant, il doit avoir une voix soutenue et douce. Il me rappelle ce chanteur d’hier soir dans cette salle de concert un peu underground que je n’ai pas pu quitter du regard. Il a même envahi mes rêves de la nuit passée.

Je continue ma route vers les dunes encore sauvages avec ces herbes courtes et sèches qui n’ont pas encore profité du renouveau de la nature. Il me suit avec des pas au son tamisé par ce sol mou. Je le sens trop proche de moi, comme s’il irradiait dans mon cou. Je me retourne, inquiète.

Il est torse nu, probablement aussi à peine éveillé. Son torse, est blanc, si blanc, presque livide, avec une démarcation de col. Et pourtant, il pourrait l’exposer ce torse. Nous montrer cette force et ses imperfections. Je suis fascinée par ce contraste de couleur et le suis du regard. Je me rapproche de lui hésitante et il m’agrippe par la taille, fermement. J’effleure la ligne de son col de ma main droite, ma main la plus habile. Sa peau est plus rêche sur le cou, je m’enfonce ensuite dans l’odeur du creux de son oreille. Cet endroit que je préfère chez un homme. Aucune tricherie possible. Toutes les eaux de toilette du monde ne peuvent pas cacher leur vraie odeur. Je m’y arrêterais bien, et pourtant.

Imprudente, je m’aventure en ne sachant pas tout à fait ce qui va nous arriver. Le ventre, laiteux avec le creux du nombril, irrésistible, je tente de le remplir avec ma langue vivace. Et la ceinture, je déteste les ceintures. Probablement l’équivalent des soutien-gorge pour ceux et celles qui nous cherchent, nues. Alors j’enlève le mien après qu’il m’ait enlevé ma tunique.

L’embrasser dans le creux de sa bouche mouvante avec la chaleur de nos poitrines l’une contre l’autre. Ma peau s’embrase. La sienne aussi. Son excitation prend forme. Ebahie, je soupire languissante. Mon entre-jambe s’éveille et le sang me monte à la tête. Je tourbillonne.

Mes mains sont à nouveau sur ce torse que je pousse légèrement. Ce n’est plus que son torse, c’est aussi un peu le mien, les mains collées à lui. Je le veux, lui et personne d’autre. Son odeur me plait, ses couleurs de peau, son souffle, sa texture, ses regards. Couché sur le dos sur les grains de sable qui crissent légèrement, telle une gourmandise à déguster. Je m’approche de lui ma poitrine effleurant son sexe et remontant vers sa poitrine pour lui donner un avant-goût de comment je compte savourer sa gourmandise, avec une bouche qui cherche et partage son plaisir.

Il me touche lui aussi, surtout où il fait chaud. J’avais oublié à quel point il est doux d’avoir un corps de femme. Et d’être avec un homme. Autant les saveurs salées d’un sexe de femme pourraient m’enivrer, je ne saurais pas quoi faire de leur poitrine. Un torse d’homme, par contre, est naturellement attirant. Imberbe, tendu, bouclé, bombé, large, renfermé…et puis le sien qui passait par là.

Leur sexe aussi. Mais pas n’importe lequel. Surtout pas à la virilité exacerbée : agressive et fière, là pour être le centre de tout. Je les aime sensible, discret et pourtant parfaitement assumé. Et j’ai besoin de les voir. Pour vérifier.

Son sexe, je ne vois maintenant plus que lui. Intrigant, il bouge parfois seul et le toucher provoque une légère tension de tout son corps. Attiré par mon éclosion, il contemple la chute de mes hanches, mon ventre et passe sa main sur mon pubis. Sa respiration est de plus en plus courte.

Curieuse, j’explore sa verge avec ma bouche alors qu’avec ses doigts il découvre les contours de mes lèvres, mon clitoris et s’approprie ma cavité vaginale humide qui sent le sel. Il sait s’y prendre. Car je le sens malgré que je sois émerveillée par ce que je découvre avec mes lèvres et ma langue. Je joue et m’arrête sur le dos à ses côtés, je lui tends ce qu’il connait maintenant.

Il y dépose vaguement sa main qui me parait si froide tout d’un coup. Je le regarde et je m’imprègne de toutes ces odeurs qui me grisent et rendent ce moment unique. C’est à lui de venir me chercher avec ce qu’il peut assumer. Et je le sens tellement que je jouis, en silence. Devenue molle, je me laisse porter par ses mouvements, ses baisers.

J’entends la mer.

La mer qui coule en moi. Et j’adore cela. Je me suis apaisée et adoucie. Plus rien ne peut m’arriver. 

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