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La position de l’écrivaine

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    Durée : 11:27 min

    Adossée au chambranle de la porte, elle m’observe en avalant un bol de café au lait par petites gorgées. Aucun sourire ne s’imprime sur ses lèvres fines...

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Adossée au chambranle de la porte, elle m’observe en avalant un bol de café au lait par petites gorgées. Aucun sourire ne s’imprime sur ses lèvres fines, ni aucune gravité d’ailleurs. Étrange sensation, presque dérangeante, que d’être la cible de ce regard neutre. Davantage qu’à ma personne, son attention s’attache à mes gestes, à mes attitudes. Sans doute cherche-t-elle à connaître mes pensées, à savoir si une place lui est réservée.

Oui mon amour, je pense à toi. Comment ne pas me focaliser sur notre histoire naissante ? Ton image occupe chacune de mes méditations, même alors que je pense à rien. Tu es là, à trois mètres de moi, je fais semblant d’être occupée, je t’observe à la dérobée. T’en rends-tu compte ? Peut-être, peut-être pas.

Elle a disparu. L’eau coulant du robinet de la cuisine m’interpelle. Elle doit laver son bol, elle me manque. Le silence se fait entendre, tout à l’heure je trouverai le bol sur l’égouttoir.

Elle est revenue sans bruit, je ne l’ai pas entendue. Accroupie à même le sol, elle pose une joue contre ma cuisse. Moment de douceur quand mon amour ronronne de ma main dans ses cheveux. Elle ne cherche rien, rien d’autre que ce contact qui dépeint à lui seul la plénitude de nos sentiments partagés. Rien de sexuel, rien de fantasmatique, rien de criard, juste mes doigts lissant la courte chevelure soyeuse, et sa joue contre ma cuisse.

« Je t’aime. », déclare-t-elle d’une voix profonde, grave, de celle employée pour énoncer une vérité crue. Et moi je jubile en silence de sa déclaration sobre, cependant si merveilleuse. S’insinue en moi l’étrange sensation de n’avoir vécu que pour cet instant, comme si le passé représentait le chemin que je me devais de parcourir afin de la rencontrer.

« Dis-moi ce que tu écris. »

Je reprends pour elle cette lettre adressée à personne. Elle sourit de savoir que je reconnais mes sentiments.

« Ouvre une nouvelle page sur Word. Écris et lis en même temps, parle de nous. »

Je m’exécute sans même m’interroger sur cette demande particulière, c’est facile. Les mots viennent aisément, la langue française est d’une richesse insoupçonnée, je ne doute pas de lui déclamer mon amour sans la lasser par des mots mille fois répétés. Cette phrase l’amuse.

« Qu’est-ce que ça te fait de savoir que des inconnu(e)s liront ces lignes ? » demande-t-elle, la voix toujours aussi rauque.

Je ne réponds pas, coincée par la question inattendue. Elle n’insistera pas, fidèle à ses habitudes. Mon cœur enfle dans ma poitrine, la saveur unique de cet instant prouve qu’elle est un être à part. Je conjuguerai désormais au quotidien les verbes à la première personne du pluriel. Nous est sans doute l’un des plus jolis termes qui soit.

Sa main s’insinue sous ma veste de pyjama, Elle vérifie si mon cœur enfle réellement. Cette attitude me ravit au lieu de m’amuser. Je lui dis tout ce que j’écris au fur et à mesure que les mots s’alignent. Ses doigts agacent mon téton, pourtant son regard reste tendre, sans l’excitation particulière dansant dans ses prunelles. Voulait-elle que je le note ou souhaitait-elle me l’entendre prononcer ?

La caresse se fait précise ou éthérée, rien n’est acquis. Sa main cajole mon sein , elle en affole la pointe l’instant d’après puis, fière de la réaction suscitée, se régale de mes mots. Est-ce la cause ou la conséquence ?

« Je ne vais pas me régaler seulement de ta prose. » entends-je tandis que mes doigts tremblent, suspendus en guirlande au dessus du clavier.

« Continue. » Elle sait, si j’écris je dois parler. Elle souhaite m’entendre décrire ce chemin tortueux qui mènera à la volupté. Son regard s’illumine, sa langue humidifie sa lèvre inférieure.

Sa joue a quitté ma cuisse, remplacée par son autre main. Je ne me suis même pas aperçue de son changement de position. Du pyjama je ne porte que la veste, ses doigts caressent ma cuisse nue, impriment un léger massage qui les amène à l’intérieur, là où la peau est plus sensible. À moi de me mordre la lèvre pour une autre raison.

Comment va-t-elle s’y prendre ? Le sait-elle seulement ou guette-t-elle un signe, une parole qui déterminera le futur proche ? Elle sourit de provoquer mon émoi dans tous les sens du terme. L’absence de réponse est déjà une forme de réponse.

Mes seins réagissent désormais sous la câlinerie particulière, fêtés chacun leur tour par la main audacieuse. Elle rompt le contact et m’observe, espiègle, se complaisant de ma surprise, de ma hantise de la voir interrompre le jeu. La peur s’estompe, elle défait un à un les boutons de ma veste, en écarte les pans, m’interdit de l’enlever.

« Je veux savoir jusqu’où tu peux aller. »

Sa voix rauque me provoque, elle le sait, elle en joue, elle s’en délecte. Mes mots trahissent mes pensées, mon tourment, les siens au contraire entretiennent le mystère. Par son timbre si particulier elle me baise déjà. Non, ce terme n’a rien de vulgaire, il reflète la réalité de l’instant. Mon amante me remercie au contraire de l’avoir employé.

Sa main de nouveau sur ma cuisse remonte lentement. Elle cherche à savoir si je ne mens pas, si je n’exagère pas. Un doigt coquin, délicat, parcourt ma blessure intime de bas en haut, puis elle en observe la brillance avec attention. Mon corps pleure de se savoir abandonné. Juste un petit coup de langue sur mes tétons, elle reprend son observation. Comme si elle comparait l’humidité de sa salive à ma cyprine. Cette idée l’amuse. J’ai envie qu’elle me touche de nouveau.

« Je sais, mon amour. Écris. »

Je m’exécute, car de mon application dépendra la sienne. C’est chaud, brûlant, palpable, indécent. Je pensais tout connaître en amour.

« La position de l’écrivaine dans le Kâma-Sûtra lesbien. » Sa phrase ne me fait pas rire. Si je ris tout sera à refaire. Pourvu que mes parents n’arrivent pas maintenant. Elle sourit de ma pensée. Sans doute partage-t-elle mon angoisse car sa main se pose sur mon sexe, l’ouvre. Un doigt fouineur investit ma vulve. De son autre main elle caresse mes seins, joue avec les tétons…

Je peine à écrire, elle s’en moque à présent. Je finirai le texte plus tard.

Elle me désire, me parle, elle sait par sa voix faire monter mon état d’excitation. Je mouille, elle a soif, sa bouche se pose sur ma fente. Sa langue se fraye un chemin entre mes nymphes moites. On ne joue plus.

Elle me veut, ne parle plus, elle a soif de ma jouissance, n’aura de cesse de savourer ma liqueur jusqu’à obtenir ce qu’elle souhaite. Sa langue distille les premières caresses à la base du capuchon, mon clito exacerbé se montre. Elle le pince entre ses lèvres puis le lèche.

« Viens ! »

De nouveau sa bouche sur ma fente, sa langue en moi, un doigt masturbateur s’occupe seul de mon bouton tandis que son autre main caresse mes seins. Mon amante ne veut plus attendre. Elle ne désire pas me faire l’amour, juste recevoir mon orgasme. Le moyen elle le connaît, ce qu’elle souhaite c’est profiter de l’instant où…

« Jouis mon amour. »

Trois mots et c’est l’extase. Elle a juste le temps de se replacer afin de se repaître de mes chairs. C’est de la folie, indescriptible. Volcan, raz-de-marée, explosion, implosion, petite mort, tous ces termes et aucun à la fois. Il est si difficile d’exprimer ce moment si particulier, quand tout s’arrête, quand tout chavire.

Je jouis sans lui dire, elle le sait.

Sa langue dans mon antre est le langage qui entretient mon orgasme, le prolonge. C’est puissant, long, très long, presque silencieux. Son doigt abandonne mon clito pour ne pas ajouter la douleur à mon plaisir. Sa bouche ne me quitte pas. Elle me lèchera tant que durera mon extase. Enfin je succombe, tout disparaît autour de moi. Tout sauf sa langue qui se régale de mes dernières contractions.

Il me faut la repousser. Jamais je ne suis sentie aussi nue, aussi vulnérable. Elle me prend dans ses bras, je chancelle, elle m’embrasse. Sa salive garde mon acidité. Je reprends pied doucement. C’est fini, j’ai joui.

Elle me presse de terminer l’écriture du texte tandis qu’elle va nettoyer la cuisine. Mes parents arriveront vers 13 heures.

« Je t’aime. » clame-t-elle au loin.

« Moi aussi je t’aime. » Je ne le lui dis pas, Elle le lira.

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