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La thérapie de Vienne

1. Bouteilles à la mer


Chers lecteurs et lectrices de ce carnet virtuel, j’ai écouté votre conseil : je me suis résolue à consulter ! Voyez donc ce qui suit…


Le docteur Utargier se cale dans son gigantesque fauteuil, étend ses jambes sur son bureau et me fixe entre les pointes de ses chaussures de cuir beige clair.

— Reprenons. Vous donc contez vos frasques à votre compagnon ?

— J’ai souvent essayé.

— De fait, de fait, mais lui avez-vous dit que vous couchiez avec des hommes, comme ça ?

— Oui.

— Et ?

— Il ne le supporte pas. Mais impossible de parler, il est sur une autre longueur d’ondes.

— Laquelle ?

— C’est pas son truc le sexe.

— Il ne vous fait pas bien l’amour ?

— Oh si !

— Voit-il d’autres femmes que vous ?

— Je ne crois pas.

— En êtes-vous sûre ?

— Je vous dis que ça ne l’intéresse pas, la notion d’objet sexuel lui est tout étrangère. Je sais, moi, ce que coucher veut dire tandis que mon mari, lui, mélange tout. Et il souffre : où je prends du plaisir, il ne trouve qu’infidélité.


Le regard du sexologue se perd dans le vide au-dessus de ses pieds de cuir beige à lacets courts. Il semble m’ignorer, mais j’ai la troublante impression de léviter sur un nuage, nue face à lui.

Puis il poursuit.

— Où est le problème ?

— Je ne supporte plus…

— De vous faire du bien ?

— Non, ce décalage entre nous. Je ne peux plus vivre de la sorte.

— Dans le mensonge ?

— Je ne mens pas.

— Vous baisez.

— Parfois, oui.

— Vous n’avez jamais rencontré d’homme comme vous ?

— J’aime Paul.

— Mais ?…

— Que faire quand on est trop différents ?

— Vous croyez que Paul ignore qui vous êtes vraiment ?

— L’écart entre nous se creuse, je suis à bout.

— En amour, la pitié ne produit aucun effet. Et je crois que vous le savez… Aimez-vous écrire ?

— Je tiens mon blog, *Bouteilles à la mer*.

— Bien. Prenez la plume et parlez-moi de vos amants. Contez-moi tout ce que vous voudriez dire à Paul. Qu’en votre encre coulent vos sucs les plus intimes ! M’accorderez-vous telle faveur ?


Sitôt rentrée, sans réfléchir, je me suis mise à écrire. J’ai en effet beaucoup à dire.

Pardonnez-moi, fidèles amis, de déserter mon blog pour quelques semaines. À très bientôt !



2. Je n’aurais pas dû ?


Nous étions sur le point de nous baigner dans le lac désert par cet après-midi brûlant.

Je retirai discrètement mes quelques vêtements et me penchai sur le ponton, fascinée par la pureté de l’eau bleue. Mon mouvement était anodin, mais je n’aurais pas dû me pencher de la sorte.

Sans doute n’avais-je pas songé au spectacle inattendu des mes fesses rondes légèrement entrouvertes sous les yeux de Delmar, mon compagnon de travail en train de se dévêtir derrière moi (nous avions fait une halte impromptue tant nous souhaitions goûter à la fraîcheur du lac bleu), à la blancheur de mes formes plaquées sur le rideau vert des arbres dans le lointain.

Je m’aperçus trop tard que j’étais soudain offerte à cet homme ! S’il me prenait, saurais-je me refuser ? Un étrange déclic se produisit alors en moi… Je me penchai davantage encore comme si mon visage voulait toucher cette eau délicieuse, bien consciente maintenant d’exposer le galbe de mes cuisses, la trace sombre de ma raie et, sans doute, la pulpe de mes lèvres semi-closes. Je me redressai et piquai un plongeon dans l’eau fraîche.

Delmar, également nu (qui aurait prévu un maillot de bain pour une morne journée de travail ?), ne tarda pas à me rejoindre. Nous nageâmes gaiement jusqu’au ponton de l’autre rive tout aussi déserte. Une course-poursuite s’amorça dans l’eau claire, mais Delmar me plaqua rapidement contre les pilotis. Tentant d’écarter son roseau qui frôlait mon ventre, il m’enlaça et je reposai ma tête contre la sienne. Joue contre joue, je sentis ses mains lisser mes rondeurs, puis, sans ambages, son doigt dans ma raie, son doigt entre mes lèvres, son doigt dans ma fente. S’en suivit un long baiser. Mon corps embrasé dans la fraîcheur du lac accueillit son membre avec délice. Nous ne formions plus qu’un, je serrai sa taille entre mes jambes.

J’ai joui très fort cet après-midi-là.



3. La piscine des Ducharnier


Ensuite il y eut la piscine des Ducharnier, où j’avais décidé de prendre un bain de bonne heure ce matin.

Assise non loin du bord, je laissais les premiers rayons du soleil lécher mon corps nu quand Ducharnier s’approcha. Mes jambes croisées dissimulaient mon bas-ventre tout en révélant la fermeté de mes cuisses dont le teint hâlé contrastait avec mes seins pointus encore blancs. Le spectacle ne déplaisait pas à Ducharnier… Il me convia à prendre le petit-déjeuner avec sa femme qui s’affairait autour du grille-pain à quelques mètres de là. « Volontiers ! Donnez-moi un instant, je rentre m’habiller et j’appelle Paul ! » fis-je. « Inutile, venez en tenue d’Ève et laissez donc Paul dans les bras de Morphée encore un petit moment ! » me lança Ducharnier dans un large sourire.

Avec sa femme Alice, il formait un couple gai à l’humour pince-sans-rire, d’au moins quinze ans notre aîné, qui avait tout de suite plu à Paul. Nous les connaissions depuis peu. La veille, ils avaient organisé un cocktail qui se prolongea tard dans la nuit. Nous conseillant de ne pas prendre le volant, ils nous offrirent de nous reposer dans leur somptueuse villa. Alice ne sembla pas surprise le moins de monde lorsque, nue de la tête aux pieds, je pris place sur le banc de bois face à eux deux, en t-shirt et bermuda. Je les félicitai pour leur excellente marmelade d’oranges amères quand une question saugrenue me vint à l’esprit. Avaient-ils coutume de déjeuner de bon matin avec une femme nue dans leur jardin ? « Ma foi non, mais c’est ainsi qu’il les préfère, n’est-ce pas Ducharnier ? » répondit Alice en lui jetant un bref regard du coin de l’œil. Puis, tels deux jumeaux, ils affichèrent un sourire bon enfant. Sur ces entrefaites, Paul nous rejoignit. Je sentis que l’indécence de ma *tenue* l’agaçait au plus haut point. « Vienne, va t’habiller s’il te plaît. » dit-il glacial. 

Je quittai la table et regagnai notre chambre où je pris une douche froide. J’enfilais une robe légère à même ma peau quand l’atmosphère de la pièce s’assombrit. Je levai la tête. Ducharnier, tout sourire, se tenait debout dans l’embrasure de la porte restée ouverte. Il franchit la distance qui nous séparait et passa son bras autour de ma taille. Il affecta une expression sévère, son visage se rapprocha. Ses lèvres, sans chercher à rencontrer les miennes, effleurèrent mes joues. Je me retins de crier. « Tu l’auras méritée ! » glissa-t-il dans mon oreille d’un ton doux-amer. D’un seul élan, il me souleva de terre, me plaça sur ses genoux et releva ma robe. C’est alors qu’une pluie de gifles s’abattit sur mes fesses. Puis il se mit à les masser avec une douceur inattendue. « Tout doux, ma pouliche, tout doux », dit-il essoufflé. Il me poussa sur le lit. Ma courte robe masquait mon sexe. « Montre ta chatte, veux-tu ? » Je me taisais. « Quoi, tu fais ta tête maintenant ? Je vais t’apprendre à te baigner nue dans ma piscine, petite allumeuse ! » dit-il en se levant. « Tourne-toi ! Vite, à quatre pattes ! » Coincée entre le mur et Ducharnier, je n’avais pas le choix. Je m’exécutai. D’un mouvement leste, il arracha ma robe, « Voilà, nue ! » et me flanqua une nouvelle volée de claques. « Sais-tu qu’avec cette paire de fesses on ne se balade pas nue chez Ducharnier ? » dit-il presque amicalement. « Non ! » fis-je toujours à quatre pattes. Je posai mon front contre le drap. « Ta paire de fesses ! » souffla-t-il en caressant mon sexe. Son doigt glissa sans encombre dans ma fente humide et commença d’en jouer. Sa bouche baisait le creux de mes reins tandis que sa main libre parcourut mon dos et se referma sur mes seins durs. Il me reprit par la taille. Sa bite effleura mes lèvres, puis l’orée de mon antre. Il ne put s’empêcher de me gifler de nouveau la fesse. « Assez punie, petite salope ! » dit-il. Et il m’empala. Mêlant claques et caresses, il allait et venait, de plus en plus fort. « Donne-moi ce que je mérite ! » lâchai-je au bord de l’orgasme. Il allait jouir. « Non ! criai-je. Encore ! » Il parvint à se retenir, contracté dans mon fourreau. Une nouvelle volée de claques chauffa mes fesses à blanc et son va et viens reprit de plus belle. Chaque saccade me projetait plus haut sur cette onde magique ; je hurlais mon plaisir et poursuivais ma course effrénée vers ma jouissance qui semblait ne pas finir quand, soudain, Ducharnier libéra sa semence dans le creux de ma gousse. À bout de souffle, il se lova contre mon dos et, pressant ses paumes sur les pointes érigées de mes seins, il murmura à mon oreille : « Ta paire de fesses, salope ! » Puis il se retira à la hâte, enfila son bermuda et regagna le jardin. À demi consciente, épuisée, je m’endormis presque immédiatement. 

Quand je m’éveillai, il devait être midi. La chambre était vide. Je m’approchai de la fenêtre et vis Paul nager consciencieusement dans la piscine. En quête d’un vêtement, j’aperçus mon corps dans un vaste miroir. Mes fesses encore rouges saignaient légèrement par endroits et, surtout, me brûlaient. Je m’enduisis de ce qui me tomba sous la main, une crème après-soleil… Je souffrais, mais pas au-delà de ce que je pouvais supporter. Ducharnier m’avait infligé une décoction proportionnée au plaisir que je sus en tirer. N’avais-je pas mérité mes orgasmes ? Je me lavai à grandes eaux.

Le soir nous rentrâmes tard chez nous, les Ducharnier nous avaient retenus la journée entière. Sitôt couchée, j’éteignis la lumière. Las ! Paul grimpa sur mon dos et, appuyé sur mes fesses encore tièdes et meurtries, se mit à me pilonner dans le noir. Il ne put me voir, en larmes, réprimer des cris de douleur.



4. La digue

Docteur Utargier, je vous ai écrit maintes lettres mais je ne vous transmets que celle-ci.

Sachez que mon statut d’écrivaine improvisée m’avait transformée en épouse exemplaire. Chaque jour, je cuisinais. Et pas une seule fois, au terme de mes longues heures d’écriture, je ne me refusais à mon mari. Les choses toutefois se gâtèrent quand j’entrepris de me relire. Je ne commandais plus que des plats préparés et ne pouvais dissimuler mon humeur massacrante. Mes amants de papier, que ma relecture sans cesse ressuscitait, entravaient le passage en bonne et due forme de Paul entre mes jambes. Impuissante à masquer mon désarroi, à l’heure de chair je ne jouissais plus.

Je me mis alors à fréquenter la bibliothèque universitaire. Les multiples petites lampes vertes, dont le halo baignait à intervalles réguliers le bois de nos pupitres, me rassuraient. Mais je ne parvenais même plus à me lire.

Un homme qui ressemblait à un professeur venait lui aussi chaque après-midi. Il m’observait du coin de l’œil, remarquait mes hésitations, mon regard tantôt perdu, tantôt distrait par la perspective des abat-jours. Mon inconstance semblait l’intéresser ; il s’arrangea pour me rejoindre à la cafétéria.

— Nous nous connaissons, n’est-ce pas ? dit-il dans un sourire calme.

— Je crois, oui, fis-je.

— J’effectue des recherches généalogiques…

— Ah, vous n’êtes pas professeur ! coupai-je un peu bêtement.

— Non, pas du tout. Et vous ?

Je restai muette.

— Vous ressemblez à une *écrivaine*, avança-t-il en articulant précautionneusement son dernier mot.

— Oui...

La conversation se poursuivit. Nous prîmes un second café, puis un troisième.

— Me laisserez-vous deviner ce que vous écrivez ? finit-il par me demander.

Un silence s’en suivit. Je réfléchis un instant ; son pupitre dans la bibliothèque était trop loin du mien pour qu’il eut pu déchiffrer mes pattes de mouche.

— Je me disperse beaucoup... dis-je.

— Vous semblez écrire des choses très simples et en même temps très complexes.

—…

— Je ne sais pas, mais peut-être s’agit-il de *cela*, ajouta-t-il d’un ton modeste.

Ses doigts parcoururent furtivement ma cuisse sur le velours lisse de mon pantalon. Je lui jetai un regard interloqué.

— C’est peut-être *cela*... qui vous tourmente, reprit-il plaquant sa main entre mes jambes.

J’allais le gifler mais une intuition soudain m’en dissuada.

— *Peut-être cela* ! Pourquoi *peut-être* ? m’enquis-je impassible.

En guise de réponse, sa paume se pressa sur le velvet contre mon entrejambe *comme s’il cherchait à le protéger*.

— Pourquoi ? fis-je.

— Je ne sais pas… susurra-t-il la bouche tout près de mon oreille tandis que les doigts de sa main formaient une arche mouvante entre le drap de la banquette et le tissu de mon pantalon, à l’abri des regards indiscrets.

Je le laissai poursuivre. Son insistance désabusée m’insufflait une chaleur bienfaisante. J’oubliai mes écrits improbables, mes affres des jours derniers, Paul et mes amants. Mon désir lentement montait. Mon compagnon de bibliothèque s’interrompit.

— Venez ! fit-il, je connais un peu la maison.

La cafétéria était en sous-sol. Il me prit par la main et m’entraina au second sous-sol par un escalier dérobé. Nous franchîmes un couloir sombre. Il poussa une porte qui donnait sur une petite pièce aveugle où s’amoncelaient des piles de livres larges comme des encyclopédies. Laissant la porte bâiller, il me jucha sur la pile la plus haute, caressa mes mollets et retira mes chaussures à talons. Rapidement, il ouvrit mon pantalon dont il me dépouilla en même temps que de mon string mouillé, enleva mon chandail et libéra mes seins. J’étais nue. Une main contre mon cou, il me tétait goulument tandis que son doigt parcourait mon sillon, écartait ma fente et glissait sur mon bouton. Puis il s’agenouilla face à mon fruit mûr et passa mes jambes sur ses épaules.

— C’est peut-être ton con qui te tourmente… murmura-t-il avant d’absorber mes lèvres.

Sa langue apprivoisait ma chatte avec une habileté consommée.

— Peut-être, peut-être ! hurlai-je ivre de plaisir.

Sa bouche s’éloigna. Il remonta à ma hauteur. Je me tournai adoptant ma position favorite. Il saisit mes hanches et me pénétra. Sa trique, douce et dure, me besognait avec fureur. Nos sexes vibraient à l’unisson, j’allais jouir ! Mais il se retira. Ses doigts recueillirent mes sucs pour en enduire mon anus que sa bite sollicita sans tergiverser.

— Ouille ! fis-je.

— Ne fais pas ta mijaurée, veux-tu ?

— Non, mais... mais...

— Mais quoi ? dit-il en progressant lentement.

— Aïe ! Tu me fais mal !

Il sortit. Très vite je sentis sa langue chaude titiller mon orifice puis s’y presser tentant de furtives irruptions. Ses lèvres se refermèrent et longuement, amoureusement il embrassa le creux de mes fesses comme il m’eût embrassé sur la bouche. Je ne pus alors m’empêcher de presser mon doigt sur le haut de mon cratère. Il buvait toujours mon anus quand, enfin, j’exultai.

Jambes ouvertes, je posai ma tête contre sa poitrine. Son doigt glissa dans mon cul, aussi loin qu’il le put.

— Ton cul est plus sauvage que ton con, laisse-moi le dompter !

— Oui, répondis-je.

Il me prit et se remit à me creuser sans pitié. J’émis un cri de douleur quand soudain il franchit le cap. Je savourais alors cette longue bite, de l’orée de mon corps au creux de mes entrailles, tandis que lui poussait comme dans un trou sans fond. J’explosai. Il ne tarda pas à me rejoindre projetant son nectar au plus profond de moi-même.


Docteur Utragier, je termine ce soir ma longue missive par cette récente *aventure* qui m’a autant comblée tout à l’heure qu’elle me désole maintenant, à l’heure précise où je vous écris. Quant à la relecture du tout et aux corrections qui s’imposent, cela m’ennuie prodigieusement : je n’en viendrai jamais à bout. Pardonnez-moi de vous livrer le fruit imparfait de ma spontanéité.

Espérant vous rencontrer bientôt afin de poursuivre ma thérapie, je vous salue bien cordialement.

— Vienne