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Épisode 16 : 79, rue de Saragosse: "Savoure l'instant...."

Quand nous entrâmes dans la maison, je n’entendis aucun bruit. A l’exception de quelques bougies que Laura avait allumé dans ce qui semblaient être la cuisine et le salon de la maison, l’endroit paraissait… sans vie, silencieux. Je ne comprenais pas. Laura ne m’avait-elle pas dit que son amie serait là, avec son copain? Ne m’avait-elle pas dit qu’on s’amuserait bien en compagnie de Sarah? Avais-je alors mal compris?

Laura a donc allumé une poignée de bougies, et plus je foulais les pieds dans cette maison, plus j’avais l’impression d’être là où je ne devais pas l’être. Un peu comme en territoire inconnu, hostile et ennemi, en quelque sorte. Tout d’un coup, je ne savais pas/plus ce que je faisais ici. A l’aide des bougies, j’essayais de me repérer à l’intérieur de cette maison. Sarah et son ami semblaient vivre un amour très fort d’après ce que je pouvais voir à travers les cadres photo qui étaient omniprésents dans cette partie de la maison dans laquelle nous étions à ce moment-là: Sarah et Romain qui s’embrassent… Romain qui enlace Sarah, par-derrière, en passant les bras autour de sa taille… Sarah qui lèche le lobe de l’oreille de son fiancé, etc. Je ne voyais, à priori, aucun cliché explicite mais ça semblait être le bonheur absolu, l’amour fou entre ces deux-là. Et moi… je me trouvais en plein cœur de leur nid d’amour, comme un parfait inconnu, tel la cinquième roue du carrosse et je me demandais ce que j’y faisais à ce moment précis. Le couple semblait s’être absenté… alors que la jeune femme rousse m’avait dit qu’ils seraient là et que sa "proposition", ce n’était pas ce à quoi je pensais. Pourtant, j’étais seul avec elle. De quoi me poser quelques questions, quand même!

L’encens fumait et dispersait dans l’air une senteur sauvage, comme de fruits rouges. Une senteur sauvage, mais délicate et agréable. Et quand vous y combinez les bougies qui dansaient au contact de l’air, dans des verres comme ceux dans lesquels on sert le whisky. Impossible non plus d’ignorer toutes ces pétales de roses rouges sur la table. For You, de Rita Ora et de Liam Payne, extrait de la B.O. du dernier volet de la trilogie Cinquante nuances, avait été le premier morceau qui était sorti des baffles de la chaîne hi-fi, quand nous étions entrés. A présent, c’était au tour du Can’t Stop Loving You de Phil Collins. Hmmm… des chansons teintées d’amour, de sensualité, et de sexe? Que pouvait bien mijoter ma "petite" rousse? Hmmm… je crois que je commençais alors à comprendre… C’est alors que j’adressai un regard à Laura. Un regard perplexe. Un regard où je lui exprimai mon incertitude, mon manque d’assurance, mais aussi, en un sens, ma peur. Peut-être que le moment fatidique, MON moment fatidique n’allait pas tarder à se passer. J’aurais pu être davantage à l’aise parce qu’elle m’avait masturbé et sucé auparavant. Ça avait été à sens unique. Tandis que là… Ce serait à moi de m’occuper d’elle, et toute entière! L’atmosphère devint peu à peu inconfortable pour moi: mon esprit était envahi de questions, ma respiration était plus courte, mes mains devinrent moites, et pour couronner le tout… je bandais de nouveau, fort. J’étais tout dur, enfermé dans mon boxer.

Je sentis alors une main sur mon épaule. Des lèvres qui se posaient tout doucement dans mon cou. Laura me regardait et me faisait face, les yeux brillants, pétillants d’amour… et de désir (?)

-"B****t, tu as compris. Je l’ai senti, tu sais, quand je te voyais marcher tout autour de toi. Tu semblais te poser beaucoup de questions. Je me trompe? Tu semblais te demander ce que tu pouvais bien faire ici. Alors oui, nous sommes bien chez mon amie Sarah et son ami. Mais non, ils ne sont pas là. Je t’ai menti, je l’avoue. Sarah et Romain ont décidé de s’accorder un week-end en amoureux, hors de Montpellier. C’est juste que… que…"

-"Mais… Mais… Pour… pourquoi? Pourquoi tu ne m’as pas dit la vérité dès le début, Laura?"

-"Pourquoi? Pourquoi?? Dois-je te rappeler à quel point je t’ai pris au dépourvu dans votre loge? Quand j’ai commencé à te parler? Quand je t’ai demandé de venir avec moi ici? Quand je t’ai embrassé? Quand je t’ai pris sur le fait alors que tu croyais me mater en secret et que tu bandais comme un jeune étalon qui ne sait pas quoi faire de la sensualité qu’on lui a donné? Paradoxalement , tu l’étais moins quand tu m’as demandé de te sucer. Alors, je t’ai branlé et je t’ai fait une pipe. Et ça t’a plu, je me trompe? Il est où, le problème? Hein? Tu peux me le dire? Je ne te plais plus, c’est ça? Réponds-moi!

-"Je… Je… Je…"

-"J’ai envie de toi, B****t! J’ai envie que tu me fasses l’amour! J’ai envie que tu me baises comme jamais je n’ai été baisée! Ici, dans cette maison, maintenant!"

Je déglutis en entendant ces mots. Mes yeux devaient une fois ressembler à deux grosses soucoupes. Voilà pourquoi la mignonne "petite" rousse m’avaient emmené jusqu’ici! Son fantasme était de coucher avec moi! Et même si elle m’avait menti, je dus reconnaître qu’elle s’était donnée les moyens pour parvenir à ses fins. Et, plus que les autres filles que j’ai pu connaître, elle est la seule qui ait su les mots pour me parler, qui se soit intéressée à moi et faire en sorte que je sois en retour intéressé… et excité. Elle a été la seule à avoir percé la combinaison secrète qui maintenait ma boîte de Pandore fermée… et vierge. Et… je voulais que ce soit ELLE, la première femme avec qui/à qui j’allais faire l’amour.

Je sentis quelque chose sur mon cou. Non plus des lèvres, mais une main. Les lèvres, SES lèvres, ses lèvres au goût cerise, je les sentais de nouveau : dans mon cou, sur mes lèvres. Délicates et prévenantes. Douces. Sa langue recherchait la mienne. Nous gémîmes en chœur. Sa main se posa sur mon érection, et insista le mouvement de la caresse.

-"Chut… Ne dis rien… Savoure juste l’instant..."

Truly Deeply Madly, de Savage Garden... J'abandonne. Il faut que je m'abandonne, et que je lâche du lest. Il faut que je savoure l'instant. Cette maison, cette nuit, Laura.