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L'amour par intermédiaires

Une lettre enflammée ? A l'ère des e-mails ? Non ! Je suis donc remonté loin, loin dans le passé… Dans les années 1980… Pour cet échange de missives transatlantiques. A l'époque, on mettait un petit timbre "Air Mail" sur l'enveloppe. Mais (note à l'intention de nos plus jeunes lecteurs), on faisait déjà très bien l'amour.

Paris, 1980…

Chère et Tendre F…

Il y a six semaines que tu as pris l’avion pour passer un an aux Etats-Unis, dans un labo de pointe du MIT, après m’avoir laissé une consigne que, sur le coup, j’avoue n’avoir pas bien comprise. « Un an c’est long, m’as-tu dit, même si tu viendras passer quinze jours avec moi l’été prochain. Je ne demande pas une fidélité de femme de marin… Non, vis normalement, comme un homme libre. Je sais que tu aimes les femmes, aime-les ! Mais j’exige, si tu veux me revoir, que tu me racontes avec précision, comme tu sais le faire, ce que tu auras fait avec elles. Je ne devrai ignorer aucun de tes gestes ni des leurs, aucune de vos jouissances ! Promets-le moi ! »

Je n’étais pas en position de discuter – nous venions de jouir tous deux, j’étais encore en toi, dans l’instant d’apesanteur qui suit le plaisir… Je n’ai pas réfléchi et, jusqu’à ce que ton avion décolle, je n’ai pas osé te demander d’éclaircissement.

Les semaines suivantes se sont écoulées dans la tristesse de ton absence, que nos échanges de lettres ne pouvaient qu’alléger. Mais, vendredi, ta dernière lettre m’a rappelé ma promesse : « Je suis sûre que tu ne t’es pas fait moine, ce n’est pas ton genre ! Alors, souviens-toi de TOUT me raconter ! » Ai-je eu tort d’y voir un lien avec ce collègue américain dont tu m’as parlé, ce rouquin si sympathique, paraît-il ?

Samedi, c’est tout pensif que je me suis rendu en vallée de Chevreuse passer le week-end chez mes amis Roland et Michèle R…, que tu connais. Leur maison est toujours aussi accueillante, une sorte de vaste et confortable demeure bourgeoise faite pour abriter une immense famille, plus des invités. A midi et l’après-midi, nous étions une douzaine, mais le soir venu, il est apparu qu’en dehors de moi, une seule personne n’avait pas prévu de rentrer coucher à Paris : une amie d’enfance de Michèle. Une blonde aux yeux bleus, mince et plutôt élégante d’allure, certes, mais n’arborant ni le décolleté bien rembourré ni le maintien provoquant de certaines des invitées de l’après-midi qui avaient attiré mon regard et éveillé ma concupiscence (laquelle, après six semaines de sevrage, ne dormait que d’un œil). Elle portait d’ailleurs une jupe et un chemisier on ne peut plus sages et parlait avec douceur et… modestie (comme eût dit ma grand-mère).

Nous étions donc quatre, avec nos hôtes. Roland s’est exclamé que c’était parfait et s’est mis aux fourneaux, on pouvait lui faire confiance. Ce fut en effet délicieux, mais je suis incapable, vu la suite des événements, de me souvenir du menu.

Après dîner, nous avons conversé très agréablement et… joué au Scrabble. Non, je ne te raconte pas d’histoires ! La délicate blonde n’était pas sans charmes, certes, mais nous avons joué au Scrabble, et tout au plus m’a-t-il semblé qu’elle souriait de plus en plus au fur et à mesure que l’heure tournait.

Minuit approchant, Michèle nous a conseillé d’aller nous trouver un lit – la maison comptait assez de chambres d’amis pour loger un régiment. La blonde et moi – je n’ai pas dit qu’elle s’appelait Juliette, prénom délicat qui lui allait très bien – Juliette et moi nous sommes donc mis en quête d’un lit. Dans mon esprit, de deux lits. Pas dans le sien…

J’ai fait escale dans une superbe salle de bains communiquant avec une chambre dotée d’un vaste lit, visiblement très confortable – Juliette s’est exclamée en le voyant que c’était un lit parfait pour cette nuit ! Quand je suis revenu après m’être rafraîchi, elle était nichée sous les draps. On ne voyait que son petit visage, ses yeux bleu vif et ses longs cheveux dorés.

Curieusement ému, je me suis penché à son chevet et j’ai murmuré : « Bien… Heu… Bonne nuit… »

A ma stupéfaction, elle a eu comme un gémissement et m’a tourné le dos en murmurant : « Oh non, alors ! J’ai rien compris ! »

Et tout d’un coup, moi, j’ai compris. J’ai compris ce que je devais faire pour elle… et pour toi.

La bouche sèche, le cœur battant, j’ai balbutié : « Oui, bonne nuit… mais pas toute seule… » Et, tout doucement, je l’ai embrassée dans la nuque, à la racine des cheveux.

*** Oui, là où tu sais… Ah, tu m’as bien dit que tu attendais pour lire mes lettres d’être dans ton lit, bien au chaud, n’est-ce pas ? ***

Elle a poussé un long soupir d’aise, puis s’est retournée vers moi. Elle était nue sous les draps, et très vite, je l’ai été aussi. Nu et sous les draps.

*** Tu étais bien en nuisette, comme à ton habitude, n’est-ce pas ? Alors, tu n’as eu aucun mal à t’en débarrasser, et voici que tu es nue, toi aussi… ***

Elle avait un corps mince et délicat, une peau pâle de vraie blonde, des lèvres gourmandes – je ne m’en étais pas aperçu jusqu’alors… Ses baisers étaient gourmands, eux aussi, et sous mes mains, ses seins, de taille modeste pourtant, se montraient très amoureux – leurs pointes se dressaient fièrement. Et quand je les chatouillais de la langue…

*** Oui, c’est cela : caresse tes seins, puis humecte le bout de tes doigts et pince légèrement tes mamelons… Je sais qu’ils se dressent, à présent… Continue… ***

Son corps était souple près du mien, et sa langue agile dans ma bouche. Ma main est descendue le long de son flanc, a caressé sa hanche étroite, puis son ventre plat et lisse… Pour atteindre son délicat buisson, doux et blond.

*** Oui, descends toi aussi jusqu’à ton sexe, que je connais si bien. Caresse ta toison, comme j’aime tant le faire. Effleure ton bouton et écarte délicatement tes grandes lèvres. ***

Elle a poussé de petits cris d’encouragement quand mes doigts ont pénétré dans son intimité la plus douce, où j’ai perçu une humidité encourageante. Alors que sa bouche s’égayait sur ma poitrine, mes doigts ont délicatement titillé son bouton, qui n’attendait que ça pour montrer son nez…

*** Tu en fais autant, n’est-ce pas ? Oui, continue. Ton bouton aussi vibre sous tes doigts, qui le caressent et le frottent, le frottent et le caressent. Tes cuisses ouvertes vibrent… ***

Ses jambes ont entouré les miennes. Son sexe aimantait le mien, pointé droit vers sa tendre cible… Quand j’ai pénétré en elle, sa bouche a émis une sorte de chant de plaisir…

*** Je sais que tu as emporté ce jouet électrique que nous avions acheté en riant rue Saint-Denis, et jamais essayé. A présent, il se montre utile, n’est-ce pas ? D’une main, tu lui ouvres le chemin, de l’autre, tu le presses sur ton sexe. Ta respiration se fait saccadée et des ondes de plaisir parcourent ton corps… ***

Alors que l’éclair de la jouissance m’électrise, ton image me vient, ton corps arqué par le plaisir… C’est en toi que je jouis, alors que ses jambes m’enserrent !

La nuit a été animée, mais – tu sais que tu peux me croire – ton image flottait souvent devant moi et, le dirai-je… la présence de ton fantôme décuplait mon plaisir.

Au petit matin, je m’étais assoupi quand elle m’a réveillé… Dans la lueur indécise de l’aube qui filtrait par les volets, je l’ai vue se dresser au-dessus de moi tandis qu’elle m’enjambait avec un grand sourire !

*** A présent, tu t’empares de l’autre achat que nous avions fait, cet olisbos de doux plastique – je me souviens que tu avais dit qu’olisbos, c’était quand même plus joli que godemiché ! Tu l’enfonces doucement entre tes lèvres, à l’entrée de ton vagin… Tu le ressors, puis tu l’introduis à nouveau, en un mouvement de va-et-vient de plus en plus rapide, de plus en plus ample ! ***

Elle m’a chevauché en riant, son corps tressautait au dessus du mien, son sexe engaînant le mien, allant et venant joyeusement jusqu’à l’explosion simultanée.

*** Plus vite, plus vite, plus loin en toi ! Ton corps se tend, ta bouche s’entr’ouvre, enfin le plaisir t’envahit… ***

Quand j’émergeai, ton image était encore devant mes yeux… J’avais compris ce que tu avais voulu dire en me quittant. Je venais de faire l’amour avec toi par son intermédiaire.

Pour finir, je m’en voudrais de ne pas te faire partager un instant d’amusement – celui où notre hôtesse, Michèle, m’a accueilli pour un brunch. Juliette venait de nous quitter pour raisons familiales, non sans que nous ayons échangé nos numéros de téléphone. « Je n’y croyais pas, me dit Michèle, mais nous avons bien dû admettre que les exclamations, les soupirs masculins et les petits cris féminins que nous entendions ne pouvaient venir que de vous deux… Eh bien, cher Monsieur ! Mon amie d’enfance du Couvent des Oiseaux ! »

J’ai eu l’air coupable du gamin pris la main dans le pot de confiture. D’autant plus que notre amie s’est complaisamment étendue sur le fait qu’elle avait été obligée d’utiliser des boules Quiès pour pouvoir s’endormir (je la soupçonne d’avoir un peu exagéré). Finalement, j’ai cru bon de protester que je n’avais pas détourné une innocente oie blanche qui… Michèle m’a coupé en riant : « Oh, je suis sûre que non. Au couvent, nous étions six internes dans notre chambre, elle n’a pas mis trois mois pour… pervertir les cinq autres… »

Voilà. Tu as tous les détails promis. J’espère que le fait que j’aie été, cette nuit, plus séduit que séducteur ne t’ennuiera pas…

Avec Amour

Ton A…

PS – Je relis ta lettre de vendredi dernier, celle où tu me parles de ton collègue roux – Thomas, c’est ça ? La prochaine fois que je trouverai une lettre de toi dans mon courrier, je la rangerai avec soin et j’attendrai d’être seul, le soir, au creux de mon lit, pour l’ouvrir. Je serai prêt à tout lire – et à tout faire – en pensant à toi. Je t’aime.

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Cambridge (Massachusetts), 1980…

Mon doux et tendre A…

Ta dernière lettre m’a enfin fait passer une bonne nuit, la première vraie bonne nuit depuis mon arrivée ici. Merci merci merci merci…

J’ai en effet « rentabilisé » les petits objets que nous avions achetés ensemble, mais pas encore utilisés – car, du point de vue matériel, tu as sur toi tout ce qu’il me faut. Mais, faute de grives, n’est-ce pas… Je ne te détaillerai pas ma nuit – j’ai suivi à la lettre tes instructions.

Ce matin, je me suis levée toute guillerette. Mon collègue Tom (Thomas, oui) a eu droit à une œillade particulièrement assassine dès la réunion du matin. Du coup, il a répondu n’importe quoi à une question du Patron et s’est fait copieusement engueuler !

En début de soirée (j’écris ces lignes vers minuit), j’étais toujours dans mon petit bureau, et lui aussi – les jeunes doctorants comme nous ont intérêt à bosser plus que les autres ! J’ai vérifié que nous étions pratiquement seuls dans le Département et je me suis mise… en tenue. Puis j’ai été le retrouver dans son bureau.

Il a levé les yeux vers moi et il a souri (je ne pense pas qu’il se soit aperçu que je fermais la porte à clé, parce qu’on ne sait jamais). Il m’a dit : « Ah, c’est toi ! Toujours au travail, toi aussi ! »

Je lui ai fait un sourire à incendier ses cheveux roux et j’ai répondu : « Hé oui… Dis-moi, Tom, sais-tu ce que les chercheuses françaises comme moi portent sous leur blouse blanche de labo ? »

Il a pris cet air abruti que prennent souvent les hommes quand ils sentent qu’ils ne contrôlent plus la situation : « Heu… Non… »

J’ai fait un pas vers son bureau et j’ai dit : « Rien du tout ! » en défaisant le bouton du haut de ma blouse. Il est devenu si rouge que j’ai craint qu’il s’évanouisse (parfois, je ne mesure pas la puissance de mes charmes…). Puis il s’est levé, s’est dirigé vers moi avec l’air de s’attendre à ce que je m’enfuie, ou que j’appelle la police ou les pompiers… Alors j’ai porté le coup de grâce : j’ai défait un deuxième bouton.

Le pauvre, il était si ému qu’il a fallu que je l’aide à se déshabiller. Heureusement qu’il ne me restait plus que trois boutons de ma blouse à défaire et que j’étais bien nue en dessous… De son côté, nous avons eu du mal avec son pantalon et son caleçon, à cause de Dick, qui était tout droit et tout raide (Dick : c’est comme ça que les messieurs appellent leur engin favori, par ici).

*** Ah, toi aussi tu es nu dans tes draps, pas vrai ? Et tu as aussi une belle érection… Mais oui, la tienne est plus belle, mon amour… ***

J’ai bien aimé sa manière un peu chien fou de me couvrir de baisers un peu partout – mais surtout sur les seins. Il faut dire que les Américains font une fixation sur les poitrines féminines ! A force d’être au centre de ses attentions, la mienne rougissait… de plaisir. Et je percevais qu’ailleurs en moi, une certaine humidité naissait et se développait… Alors je me suis dit qu’il fallait passer aux choses sérieuses, et je lui ai gentiment tourné le dos, pour aller m’appuyer fermement des deux mains sur son bureau, le dos bien cambré, les fesses saillantes, les jambes bien plantées sur mes petits talons, un peu écartées, juste assez…

*** Ah, tu as du mal à respirer… J’espère que tu as toujours, sur la table de nuit, ma crème à tout faire, tu sais bien, celle que tu aimais étaler sur ma peau, un peu partout… Mets en un peu sur ta poitrine, aux endroits les plus sensibles. C’est pire, à présent ? C’est normal, je n’avais pas dit que c’était pour te soulager. Maintenant, mets en un bon peu dans le creux de ta main… ***

Il a grondé de plaisir anticipé et s’est jeté sur moi, dans l’intention de m’embrocher, je pense. Ah, heureusement que je veillais au grain et que j’ai pu guider son harpon, il aurait pu se faire mal en ratant sa cible ! Mais ma main l’a guidé au milieu de mon pussy (oui, c’est comme ça qu’on dit, ici…) et l’a aidé à s’enfoncer, doucement mais fermement, encore, encore, encore plus loin… Hmmm, c’était bon…

*** Ne fais pas la tête et sers toi plutôt de ta main, mon amour. Oui, attrape ton beau dickie… Et commence des aller-retour bien dosés. Avec la crème, c’est meilleur, pas vrai ? Oui, encore… Encore… ***

Il m’a longuement pilonnée – je ne l’aurais pas cru si résistant, mais j’en ai profité… Au moins autant que lui ! Heureusement qu’il ne savait pas que je pensais à toi – à un moment j’ai dû t’appeler, mais il ne s’en est pas rendu compte, ça l’aurait sûrement déconcentré !

Quand il a craqué, en criant quelque chose que je n’ai pas compris (je ne maîtrise pas encore très bien l’argot américain), je lui ai donné une bonne note. Puis il s’est à moitié effondré sur la moquette ; je me suis retournée et je l’ai embrassé très gentiment.

*** Oui, encore, encore… Ah, voilà, AH… Tu penses à moi, n’est-ce pas… ***

Que je te dise, pour conclure… Mon gentil Thomas m’a demandé une de ces « gâteries françaises » (d’après lui), de celles que l’ami San-Antonio dénomme « spécialités de Saint-Claude ». Je n’ai pas refusé, mais je l’ai fait patienter.

C’est maintenant à toi de lui donner satisfaction. Oui, à toi ! Car tu vas revoir la blonde Juliette,  n’est-ce pas ? Et toujours en pensant à moi… Je parie qu’elle sait très bien se servir de ces lèvres si gourmandes dont tu parlais. Tu me détailleras tout. Tout !

Et moi, je pourrai mettre mon Thomas au comble du bonheur, en adoucissant son harpon de ma langue avant de le gober gentiment.

Mais c’est ton sexe, non celui de Tom, que je dégusterai et c’est dans ma bouche, non dans celle de Juliette, que tu jouiras.

Je t’aime.

F…

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