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Le baigneur et la mer

Je ne savais rien d'elle ou si peu. Nous avions échangé des lignes psalmodiques, des mots en ligne et en anglais, quelques intentions de s'apprécier mutuellement, à distance, elle à Lviv, en Ukraine, moi à Genève en Suisse. On se plaisait et aucun des deux ne l'avouait vraiment. Nous évoluions dans le nuage internet sur Facetime comme le baigneur et la mer.

Yara avait des yeux magnifiques, d'une couleur vert émeraude rare et inoubliable. Je me souviens de sa peau laiteuse, de ses seins comme des pastèques, de sa discrète retenue. Elle avait les airs sages d'une étudiante bien élevée, l'innocence des jeunes années associée à un léger complexe d'infériorité dû à des formes un peu trop généreuses qu'elle assumait pleinement mais qui la gênaient. Le visage de Yara était magnifique, souligné par une bouche bien faite d'un rose aux reflets humides dévoilant sa gourmandise sans en dire trop.

Si je m'aventurais à la provoquer, elle affichait un détachement étudié et parfaitement efficace. Un soir en ligne, après quelques mots tendres, elle m'avait dévoilé ses seins à la caméra un court instant. Rien de plus. Je me sentais presque gêné de l'avoir poussée à cet exploit. S'en est suivi un long silence de plusieurs mois. Nos vies prenaient le tour qu'un destin dirigeait hors de tout contrôle. Les jours passaient et je me trouvai à diriger un bistro. Yara saisit une opportunité de voyager à Genève. Le patron de bar ne résiste pas aux tentations s'il n'est pas épaulé par une solide relation. Je venais de me libérer de toute atteinte à ma liberté en la personne d'une Dominicaine à moitié folle. Une autre Sophie n'avait pas tardé à planter ses talons aiguille dans mes délires de fantasmes. Yara s’immisça soudainement. Bien sûr qu'elle pouvait dormir chez moi! Bien sûr, nous allions réaliser une séance de photos, avec le patron de bar photographe.

Sophie tenait à son indépendance. Elle avait d'autres plans. Ainsi, chez moi restait chez moi et j'accueillis Yara durant une courte semaine. Un peu de jonglage d'emploi du temps et le tour était joué. Sophie ne baisait pas vraiment de toutes façons. Elle s'occupait de ses affaires, ce qui ne l'empêchait pas d'afficher une pointe de jalousie.

Fini Facetime. Yara se prêta immédiatement au jeu de la séance photos. Malgré mon emploi du temps chargé nous trouvâmes l'opportunité de réaliser de très beaux clichés dans une intimité et une complicité étonnantes. J'étais loin de penser à quel point Yara était photogénique. Je ne suis pas mauvais photographe moi-même mais il est rare de tomber sur de telles perles. Je n'ai jamais pris la moindre photo de Sophie. Pourtant, Sophie avait tous les atouts qu'un homme pouvait désirer: gueule d'amour heurtée, corps longiligne, jambes fines et droites, petit cul ferme, peu de pudeur, signe du Scorpion, l'expérience indéniable des hommes et une confiance en elle aussi ferme que ses petits seins.

Yara était tout l'inverse. Je me trouvai très vite dans une double relation ingérable. Si l'on y ajoute mon bistro, ma vie ressemblait à un curieux ménage à quatre dans lequel deux des protagonistes ne se connaissaient pas. Lassée de n'être pas invitée au bar où traînait Sophie avec ses arrière-pensées, Yara apparût le deuxième jour en terrasse. Durant plusieurs heures, il me fallut jongler de l'une à l'autre. Rien de très agréable, chacune ayant rapidement compris le petit jeu auquel je m'étais imprudemment livré.

L'inoubliable expérience que je vécus avec Yara eut lieu lors d'une parenthèse hors de ces petits jeux, hors du temps. Nos séances photos avaient éveillé chez elle un désir. Elle ne pensait pas être à la hauteur, n'ayant pas connu beaucoup d'hommes. À vingt-quatre ans, elle semblait encore une enfant pour tout ce qui tourne autour du sexe.

Yara était ravie du résultat donné par les photos. Certaines étaient très osées, mais elle n'avait montré aucune gêne à exposer sa fine chatte rose à mon objectif fouineur. Émoustillée par ses poses sensuelles et par la vision de son corps offert en toute confiance dont je ne profitai pas, elle m'avoua désirer plus de cette rencontre qui scellait deux années d'exploration virtuelle à distance. Elle réunit tout son courage pour m'avouer des envies qui la chamaillaient.

- Je n'ai jamais pris le sexe d'un homme dans ma bouche, dit-elle.

- De quoi t'es-tu nourrie toutes ces années? plaisantai-je en ne cachant guère ma curiosité.

Yara avait une bouche attirante, des lèvres pulpeuses, sans trop exploser de chairs arrogantes, sous un petit nez moucheté de minuscules tâches de rousseur. L'éclat de ses yeux, dans lesquels se reflétaient toutes les étoiles de la galaxie comme en pleine nuit, complétait un visage angélique aux courbes douces parfaitement dessinées et encadré d'une abondante chevelure auburn. L'idée de glisser mon organe le long de cette petite langue inconnue imprégnée d'un désir goulu me traversa l'esprit avec délice.

- J'aimerais que tu m'apprennes, fit-elle.

- Que je t'apprenne? Quoi?

- À donner du plaisir à un homme avec ma bouche.

Devant mon air légèrement décontenancé, elle insista.

- Tu as de l'expérience, tu dois savoir comment on fait et j'aimerais apprendre à le faire bien. Tu es délicat et patient avec moi, je te fais confiance. Apprends-moi!

- Bien, je vais te montrer...

Mon assurance cachait une surexcitation comme je n'en avais peut-être jamais connue. Ou la première fois que je partais au milieu de la nuit rejoindre un premier amour pour une première aventure sexuelle: j'avais dix-sept ans. Yara m'offrait de retrouver à quarante ans l'aventure excitante d'un dépucelage - sauf que c'est sa bouche délicate que j'allais dépuceler - et j'avais carte blanche pour régler l'exercice sur ma définition du plaisir. J'allais prendre mon temps et enregistrer ce moment pour toujours dans ma mémoire comme la définition même du fantasme. Un fantasme dont je n'avais pas la moindre idée à peine quelques minutes plus tôt. J'avais été bien inspiré de ne pas la brusquer, de faire confiance à son imagination et à ses envies. La leçon allait être intéressante, me dis-je. Elle fut loin de tout ce que je pouvais imaginer.

Je la pris par la main et l'entraînai dans la chambre bien éclairée par un soleil radieux. Je voulais tout voir, aussi je ne fermai pas les stores. D'abord je guidai sa petite main aux ongles soignés et peints vers ma cuisse.

- Il faut commencer par doucement éveiller le désir, commençai-je sur un ton didactique. Un peu de pression des doigts mais pas trop, des caresses dirigées de l'extérieur vers l'intérieur des cuisses sans toucher le sexe, pour éveiller le désir de façon élusive, poursuivis-je sans avoir un quelconque début de plan de ce que j'allais lui raconter.

La suite fut tantrique. J'improvisais à l'écoute de mes désirs mais mon cerveau était uniquement occupé à enregistrer la leçon pour m'en rappeler encore et encore jusqu'au jour où je ne pourrai plus bander. Cette leçon qui vaut tous les fantasmes en uniforme d'écolière sera mon futur Viagra, me dis-je. J’ôtai mon jeans pour me mettre à l'aise et nous éviter un moment interdit et statique à attendre la suite. Je m'installai confortablement dans les oreillers tout en guidant sa main docile sous mes sacs affermis par le contact délicat de ses doigts. Ils ne formaient plus qu'un, comme un boulet prêt à s'engouffrer dans le canon que je voyais grandir alors que mon autre main s'aventurait dans la chevelure abondante et soyeuse de la jeune élève.

- Approche ta bouche de mon sexe! lui ordonnai-je en chuchotant. Pas trop vite, laisse- moi sentir le souffle de ta respiration sur le bout.

La chaleur des profondeurs de sa gorge se répandait comme un fluide au sommet de mon sexe qui répondait de plus en plus aux caresses délivrées et au scénario qui déroulait ses sortilèges envoûtants. Tout en continuant à diriger sa main dans un massage précis et aérien de mes boules, j'attirai son autre main vers le cylindre grandi que formait mon phare dressé sur une mer agitée.

- Il faut le prendre fermement, mais pas trop fort et sans toucher le gland, se poursuivaient les instructions inventées à mesure. Tu fermes le poing autour du manche et tu vas et viens lentement de haut en bas en tordant légèrement le poignet.

J'avais imaginé l'intention de ne pas toucher le gland surtout pour éviter de jouir trop vite et laisser le temps de m'habituer au contact exquis de sa peau douce. Mon sexe ne semblait plus vouloir s'arrêter de grandir.

- Il devient énorme, lâcha-t-elle en écarquillant les pupilles sans quitter mon pénis des yeux.

- Silence! ordonnai-je tendrement de peur d'exploser d'orgueil sur son visage qui rosissait.

- Utilise ta bouche pour embrasser le gland! Seulement les lèvres, comme pour l'envelopper. Imagine que tu prends la première bouchée d'une glace sur un cornet qui commence à fondre!

Elle l'imagina si bien et reproduit si assidûment le geste que tout mon corps s'électrifia... Elle était assurément une très bonne élève, qui écoute son professeur, et amatrice de glaces en cornet. Le contact de sa bouche était humide et tiède. Elle en salivait abondamment. Je ne pouvais que me réjouir.

- Le goût est bon, soupira-t-elle.

Il fallait, à cet instant, beaucoup de self-contrôle pour ne pas céder à l'envie de napper ce visage innocent d'une fontaine volcanique de sperme. Elle ne disait pas « ton sexe est grand et il a bon goût » pour me flatter, comme l'exprimerait intentionnellement n'importe qui voulant faire plaisir - alors que ce serait plutôt gênant pour moi d'entendre à cet instant un tel cliché de film porno - non, elle était sincère et étonnée à la fois. Alice au pays des merveilles qui ouvre grand des yeux dessinés par Disney (donc dix fois trop volumineux en proportion du visage et du corps) mais une Alice d'âge largement légal équipée de seins lourds et de tout ce qui constitue une vraie femme, pas une enfant.

Je lui dis comment placer la langue, à quel rythme, comment appuyer et ne pas redouter l'abus de lubrifiant, l'avaler, en remettre. Sans aller, mais presque, jusqu'à l'apprentissage de la respiration continue, comme pour jouer du didgeridoo, Yara suivit chaque instruction à la lettre, avec une application étonnante. Elle voulait vraiment apprendre et s'appliquait si méthodiquement que ma queue s'en souvient. Le berceau que formait sa langue pour accueillir le passage de mon membre jusqu'au contact de sa gorge avait l'onctuosité d'un vagin équilibré en lubrifiant, ce qui est certainement le but cherché par la fellation. J'en étais persuadé. Elle s'acharnait à envelopper l'organe entre le palais, les parois de ses joues et la langue aussi naturellement que les limbes enveloppent un épis de maïs tout en imprimant un rythme de la tête qui entrait en résonance avec les ondes de mon plaisir.

Jamais aucune femme ne m'avait demandé de lui enseigner ce geste si généreux dans les rapports amoureux. Jamais aucune n'avait provoqué de telles sensations aux zones sensibles de mon anatomie. Je n'en ai jamais rencontré depuis non plus.

Elle trouva l'amour peu de temps après ce stage en eaux troubles. Yara est aujourd'hui mariée et épanouie. Elle ne m'avoua que bien plus tard qu'elle était alors très amoureuse de moi. Il y eut d'autres leçons après, d'autres expériences, avec d'autres. Celle-ci fut la plus pure. Dans toute sa candeur, elle m'offrit une vraie leçon, que nous avons adoré perfectionner avec assiduité toute une semaine inoubliable et qui la couronna « experte ».

Souvent je me redemande qui était le baigneur dans l'histoire. 

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