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Le mardi du reste de ma vie.

Ce texte est plus en sensualité qu’érotisme,  je vous offre le moment de ma seconde naissance . 

Le début de mes audaces littéraires, le début de cette nouvelle moi, de cette nouvelle vie, tellement plus porteuse, grâce à lui et à cette rencontre que je vous chuchote comme une pépite que l'on dépose précieusement. 

Un témoignage  d'une rencontre qui se veut optimiste malgré les douleurs. Il est pour lui, il est pour vous, goutte d'eau sacrée dans l'univers.

Une question qui s'impose. 

Et si l'amour dont on nous parle tant était autre chose d'encore plus puissant et universel?

Si une force supérieure pouvait rapprocher les âmes.

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Un matin comme tous les autres mais je prends plus le temps de me préparer aujourd’hui. La douche dure un peu plus longtemps, je choisi avec soin, le parfum qui ornera ma peau.

Je caresse celle qui voudrait tant être touchée par tes mains.

Mes cheveux lissés, soyeux, sont ornés de ce joli symbole triangulaire en métal argenté, qui en fait ressortir l’éclat.

Je prends le temps de m’observer aussi, ce visage qui t’attirait, même pas eu le temps de savoir ce qui te plaisait en lui.

Passons aux choses sérieuses, s’orner de la plus belle lingerie, c’est pour moi la politesse de la féminité, un peu de dentelle, un décolleté bien ajusté et un sourire dans le miroir.

C’est le grand jour, le rendez-vous, peu de chance que tu sois là mais qu’importe, j’ai rendez-vous avec moi, j’ai rendez-vous avec nous. De toute façon, je ne pourrais être ailleurs qu’à cet endroit. Je dois aller au bout.

Il faut se presser, un horaire à respecter, un bus à prendre… J’enfile ma jolie robe noire, celle avec un décolleté en V

qui laisse joliment apparaître la courbe de mes seins mais aussi celle dont le décolleté se prolonge dans le dos. Un pantalon noir lui aussi dans lequel je me sens bien, et, ah oui, le parfum, celui dont je t’ai parlé.

Es-tu allé le sentir ? Je ne crois pas, tu m’en aurais parlé.

Je pare mes doigts de ta fleur préférée, un de nos nombreux points commun,

Un dernier sourire, un dernier face à face, je me sens belle ce matin.

Il faut partir. Le temps est lourd, orageux, je me sens en accord avec lui .Devoirs maternels effectués avec succès ! J’attends ce bus qui n’arrive pas, le temps file et je ne serai pas à l’heure au rendez-vous.

J’ai beau me dire que c’est ridicule, que tu ne seras pas là, je me dois cette ponctualité. Respect, honneur, superstition ? Je ne sais pas, c’est plus fort que moi. Sur le trajet, les horloges se jouent de moi, 9h14 pour la première, 9h11 pour la suivante, je remonte le temps, si seulement c’était possible, une semaine, rien qu’une petite semaine, retrouver ce qui m’anime, retrouver le feu, se réchauffer à nos mots, s’enivrer de nos poésies, vibrer dans ton attente.

L’hôpital enfin.

Le cœur battant j’avance, une pause pour orner mes lèvres de ce joli rouge noir, j’avance vers lui, il me tarde de le voir. Sera-t-il accessible, occupé ? Et toi, que fais-tu ? Auras-tu eu l’audace de venir ? Je sais que quoi qu’il en soit, tu seras là, imperceptible et pourtant si prégnant. Je vais puiser la force à sa source. Utiliser l’énergie du lieu. Transcender la perte brutale et ressentir cette joie intense, cette vie qui revient en moi et que tu as sublimée.

L’impact est fort, la porte est grande ouverte, il est là, je le vois. Notre banc d’un bleu irréel comme dans les compositions de Magritte.

Assieds-toi et souviens toi mon corps de cette légèreté retrouvée, la colonne vertébrale qui s’est reconstruite sur ce banc-là.

Il fait gris mais de rares rayons de soleil viennent me faire un clin d’œil et effleurer ma peau.

Je me souviens de ces moments surréalistes et suspendus vécus ici, il y avait toujours un mélange de bruine et de soleil lorsque l’on se parlait. Je me souviens de ce lien puissant, d’une force, d’un aimant qui nous réveillait toujours plus fort.

Je n’ose pas prendre le temps de sentir ce qui se passe en moi. Je prends mon carnet rouge, dépose mon téléphone rouge lui aussi à portée de main, chausse les lunettes mi rondes mi carrées qui te plaisait et inonde le papier de mes mots. Ils coulent facilement ce matin. Le temps passe et je me détends. A ma gauche, une grande baie vitrée, le reflet ne permet pas de percevoir l’intérieur.

Tendre la main, te toucher, sortir de l’abstrait, rentrer dans le réel, le doux, le tendre, les aspérités des grains de ta peau. Prendre ton visage dans mes mains et plonger dans ton regard. Je me dis que tu pourrais être juste là et chasse cette idée aussitôt. Je sais que tu ne viendras pas, tu as fait ton choix, tu refuses de cacher, mentir, trahir. Je ne peux qu’admirer à quel point tu es un homme merveilleusement entier. C’est mieux que tu ne viennes pas, je ne voudrais être celle dont tu as honte, je préfère rester dans un bulle, déposée dans ton intérieur.

Le soleil a disparu, la pluie s’installe et je deviens cette folle qui un matin de mai, dans une cour d’hôpital, laisse doucement rouler une larme sous son parapluie bleu nuage. Les autres n’existent pas, il y a bien ces passants attables autour d’un café mais ils n’ont pas de couleurs, pas de consistances.

Un matin comme tous les autres, un nouveau pari,

Rechercher un peu de magie dans cette inertie morose

Clopin clopant sous la pluie, jouer le rôle de sa vie

Il y a juste moi et un banc bleu.

Sur ce banc j’ai compris qu’il était possible de revivre, j’y ai partagé des moments merveilleux, entendu pour la première fois ta voix hypnotique, on a été nos essentiels, on s’est noyés en comblant nos solitudes qui se faisait écho.

Comme deux pièces de puzzle, nous nous sommes engouffrés l’un contre l’autre, puisant un oxygène qui nous faisait défaut.

On s’est émerveillés de se répondre, de se comprendre, de cette complicité si rapide et sincère.

On s’est trouvé beau et encore plus à l’intérieur.

J’ai retrouvé le rire, les délires et les fou-rires. Des photos du temps où j’étais encore moi. L’envie d’être de nouveau celle-là.

On a fait sauter nos verrous. On a osé.

On en voulait toujours plus et Dieu que c’était bon de déguster la vie.

Savoir qu’on pouvait plaire, être désir et plaisir, être aimé sans retenue.

Ce banc , notre histoire, c’est aussi pour moi la conscience du non-retour. C’est saisir ma chance, c’est ouvrir le cadeau fou de notre rencontre.

Ce banc, notre histoire, ce sera mon appui, le décor de mon spectacle, le tremplin de mes textes, mon audace et ma force, ma matrice.

C’est ici, que je rentre en scène et que je m’écris enfin.

L’orage gronde, la pluie m’arrache à mes pensées et m’oblige à vous quitter toi et lui. Je m’installe sous un grand parasol, je suis à un mètre et aperçoit les légères lignes bleu au milieu des fougères, on dirait un mélange du douanier Rousseau et de Magritte. J’éclate de rire. Ils vont vraiment venir me chercher. Un bref regard aux alentours, je suis évidemment seule, quel autre individu viendrait écrire sous un parasol à une terrasse d’hôpital ?

Des mots flottent dans les flaques… « Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville.. » . Les flaques deviennent des vagues, le sentiment de ta présence à mes côtés. Il est presque 11h, l’heure où tu aurais dû t’en aller.

Je te laisse partir mon magnifique aimant, il faut continuer nos vies. Ne pas se dire qu’on s’est raté. On s’est au contraire trop bien rencontré. Et puis on sait que cette chose qu’on nomme amour, cette force qui fait bouger le monde existe. Que sa puissance fait partie d’une autre dimension et que certaines âmes sont reliées. Se dire qu’on a pu le toucher, je n’oublierai jamais ses sensations à distances. Gardons cette perle au fond de nous pour les jours où la vie est angoisses et où la lumière manque.

L’orage est devenu trop violent, il me pousse à partir. Il faut quitter notre cour, retourner au milieu des autres voix, des autres souffles, se mêler aux autres.

Il n’y a pas d’autre choix, la vie est là, je vais l’honorer et la chérir.

Et demain

Transformons la donne, soyons là, subtilement, discrètement... autrement dans la forme, aussi identiques dans le fond

J’ai envie d’encore qu’on se découvre, compléter le puzzle, te laisser une autre place, toi l’alter ego, ma vie parallèle, ma pièce rapportée, mon révélateur. Partageons jusqu’au bout nos couleurs retrouvées, nos découvertes, nos doutes et nos victoires.

.Je t’invite à ne pas se perdre mais à tout gagner.

Osons confronter nos vies, partageons les doutes de nos chemins, nos cruelles fissures qui nous font réagir au-delà des apparences, dépassons nos terreurs qui nous torpillent.

Ne doutes pas de ma bienveillance et de l’amour que je te voue et te vouerait quoi qu’il arrive, nous restons là blottis dans l’un dans l’autre comme les deux parts d’un même tout.

Le banc bleu est en moi, il t’attend...


Tout peut changer aujourd’hui

Est le premier jour du reste de nos vies

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